VOYAGE 'AUX ÉTATS-U,NIS D'AMÉRIQUE. ~vrll~es de M. DEPRADT el aulres qui se...
}

VOYAGE
'AUX


ÉTATS-U,NIS D'AMÉRIQUE.




~vrll~es de M. DEPRADT el aulres qui se 'trolwent
, chez BÉClIET azné.


1 9 • Les quatre Concordats, suivis de Considérations sur le
. gouvernement de I'Eglise en général , et sur l'Eglisc de


France en particuliel', depuis 1515, 4- vol. in-8,
• 22 fr. 50 c.


2°. Des Colonies et de la Révolution actuelIe de l' Amé-
rique, 2 vol. in-B. (rare ), 15 fr.


3°. Les trois derniers mois de l' Amérique méridionale et
du Brésil, seoonde édition, reyue ~ corrigée et auglllen-
tée, 1 vol. in,...8. , ' : , ' 3 fr.


4°. Les six derniers mois de l'Amérique et du Brésil,
faisant 'suite aux deux ouvrages ci-dessus sur les Colo-
nies. Paris, l' vol. in~B., 4 fr. 50 c.


5°. Piecesrelatives a Saint-Domingue et a l' Amérique ,
1 voL in-B., " I 3 fr.


6°. Ailtidote au Congd~s de Rastadt, suivi de la Prusse et
sa neutralité; nouvelle édition de' ~es peux ouvrages,
1 gros vol. in-8., 8 fr .


7°· Le~t:,~~,~~J!le~te~r ~e;!?~ris.1:1~~1.~ in-B,." 3 fr. 55 c.
8°. Prehmmatreslle-la-SeSSldh dC1.81"r, 1 vol., 3 fr. 50 c.
9°· Des progd~s du gouvernement repJ"ésenkLtif enFrance,


1 vol. in-S., . 1 fr. 25 c.
10°, L'Europe apd~s le Congres d'Aix-Ja--ChapeIle, faisam.


suite au Cong¡-esde V ienne, deuucmeédit .. l v. in-B. ~ 6 fr.
111) •• M-émoires historiques sur la Révolution d'Espagne,


1 vol. in-B., ,~7 fr.
12°. Congres de Carlsha<l,lré et!le partie, 2 vol. in-B., 6 fr.
13°. Etat de .a culture en France, 2 vol. in-B., 10 fr.
14 0. Petit Catéchisme al' usage 4es fran~ais , sur les affaires


de ]eur pays, deuxieme édition, 1 vol. in-B., 3 fr. 50 c.
15°. De la Révolution actuelle de l'Espagne et de ses suites,


1 vol. in-B." 4 fr. 50 c.
16°. De l' Affaire de la loi des Elections, deuxieme édition,


revue et corrigée, 1 vol. in-B. , . . 6 fr.
17°. Prod~s complet de M. de Pradt, pour l'affaire de l' ou-


vrage ci-dessus, 1 vol. in-B., ' , '. 3 fr.
IBo. De la Belgique depuis 1739 jusqu'a 1794, 1 vol. in-B.,


3 fr.
19°. L'Europe et l'Amérique depuis le Con gres d'Aix-Ia-


Chapelle, 2 vol. in-B., janvier 1821, 9 fr.
20. L'Europe et l'Amérique en 1821 ~ 2 vol. in-B., jan-


vier 1822, ' 12 fr.




\\ ... ~Io Xl - /17-
~. VOYAGE ..


AUX


ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE,.
ou


OBSERVArrIONS
BURLA SOCIÉ.TÉ, LES M<EURS, LESUSAGES


ET LE GOUVEP.NEMEN'f DE CE PAYS,


REC U ~ILLIES E~ 1818, 18IgET 1820,
, " " ~, .


PAn MISS WRIG~T;; '(,;!:
TIJ.4DUIT, DE~' J.GiAt~·J~.~~t~l'rlo'N~';'


" " .: t.' r .~". .' '. J. er.':. ~ J' •• ~' ¿. ."/ •
>,.-.. ¡ "¡-';1'P'An~~)~r:"T. PARISOT,


Officicr tle Marine éliminé en 1815, traducteur
de FLORENCE MACARTHY, KENILwO~Tu,etc.:


TOME PREMIER.


A P.ARIS,


. A ugustins, nO 57 ;
{


BÉCHET ainé, Lihraire "':' Éditeur, quai des


CIICZ ARTI-IUS'BERTRAND, Libraire, rue Haute-
fcuille, nO 23.


1822.


DE L'IMPRD1EiUE DE HUZARD-COURCIER.







AV GÉNÉRAL LAI~AYErr1~E.


Il vous a été donné de voir réaliser cet
avenir de paix et de bonheur que vous
prédítes a l' A mérique ~ au moment oii elle
venait de 's' aJlranchir par d"hérolques ef-:
forts a'UX'quels vous aviez pris une si noble
parto L~ arbre de la liberté a porté ses
fruits sur cette terre OU des mains coura-
geuses et non Tnoins hab~lesont su le
planter et le garantir de tous les orages.


Le tableau de la prospérité dont jouzs-
·sent aujourd' hui les États - Unís vient
d' etre tracé par une jeune Anglaise, et je "
me suiseJJorcé de le reproduire dans natre
langue. A qui pouvais-je plus convena-
blelnent dédier cette peinture si intéres-
sante de la,félicité des Américains et des
heureltX effets de la liberté J qu' el l' émule




(g


et . d l' affLÍ de ¡;¡;r (l~hing'lofl -' au 'pcitriote
qui proclcuna le premier en Europe la
déclaratió,l ftel droits de' 'l' homme, au
constant défenseur de la libertf fran-
raise? ~ "


D' autres m,otifs m'y ont encare engagé.
LajeuneA nglaise dont j' ai tradllit Z!-ou-
vrageyavalJ:consigné l' expressron de; ses
sentime1l8,-d/estinle et d' admiratwn ,pour
vas Verl;u8~~t 'volee _beau 'caraotcre ,avant
d'avoM; j)eM.b~Jtk rf<Jl(ilMr ,les" ,lkns
d' amitié qui l' atlachen-6 ~ tVíjoW'Jí.ui .. a
vous et '(t'Votre jámille. ,Cette double cir-
constanee: a ,déaidé _ "mt;4 d¿marche. Mes
sen tiTnen s pen80nnels m' enfai$,aientetussi
un devoir; et /abienveillance particuliere
do1?-t vous m~ Mnorezréolamaitde ,ma part
ce faible JwTnmage. ,Veuill~,l' agréer avec
l'assurance reiteree de la,profonde véné-
ration que vous,m'inspirez",etqueje par-
tage avec toús les Frangais amis de leur
patrie etde la liberté.


J. T. PARISOT.,
Paris, ~ janvier 182.2.




..
,


AV ANT-P·ROPOS


DU TRADUCTEUR.


ON connalt la prédilection qu'a généra-
lement un traducteur pour son 'auteur, et
sa partialité en faveur de l'ouvrage a la
VerSiQll duquel il a consacré ,8es8oins ~t
ses vei1l68. Jc«n"e'lltrepresdnIiJd8Bc ]~8'-de
fair&'}l'~~ft.li\tre\ quO'ori' va lire : iI est
sous les yeux du public., qui confirmera ou
cassera le jugement qu~en ont porté des
hommes d'un lnérite éminent, et dont le
gout a souvent servi de regle au mien; je
me bornerai a exposer briev:ement les cir ..
constances auxquelles il doit son existence.


L'orgueil national cst de tous, peut-
etre, le plus susceptible, et celui qui s'ir-
rite le plus vivement lorsqu'il est blessé.
L'émancipation des colonies de I'Amé-
riquc septentrionalc a humilié l'orgueil
britannique. Aussi les Anglais (du moina
"le plus grand nombre) continucnt-ils de




( viij )
nourrir, un levain d'hostilité contre leurs
freres des' États-Unis .. Aveuglés par ce
sentiment, ou dans la vue de' JIatter la
passion de leurs eompatriotes, > presque
tous ,les voyageurs qui, par hasard ou


>.par ,.:choix::, sont partis dea > bords de la
. Tamise,pour aller- visiter les -républíques


'cOmérroaines, ont défiguré), dans Ieurs re-
-~atioDS:i'nCi)n~86ulOO1ent le caractere, les
moours, les iustilutions. et,,,le ¡ouverne-
'ment de la nation emhPi8ai.:l1e':tm.~.!:~eme
jusqu'au climat ~t aJlx pr~uctionsdu sol,
.en un,mo~tQutce.qu'eutroDve aux :fAats-
.


T TUI"'S ~ ~ i , ' ' '. , . f'i-J;. oC :. - J" ~ .,.: j '?' } .1' '
Sigánérale:que soj;t,cette.,di8p0sitioD, il


.étaitnéanmoins 'permis . de ~ ;or{)iJ::~. qu'a
l'i:astar de toutes les regles;, >~ne pr~sen­
terait quelque .exceptioll : ,BOliS ,en, ·avons


. un eXfmple. Une jeuo6:Anglaise 8~6II}.bar­
qua en 1818 ·pour ·l'Amériqu.e :du nord,
avee la résolution de se dépouiller de
tonte préventioD nationale; et .d'observel'
les hOlnmes et les eh oses tels- qu'ilsexi-
stawn t réellelnent. Ses observa tions formen t





(.ix )


la matiere dulivreque j'aientrepris de tira-
duire; et ce qui, je pense, parcútra ,extre-
lllemeD t :remarq ua ble, e' est que la 'eornes-
pondance ou elles ;sont rassemblées ai1 pu
etre écri te,pr une jeune personne .dans
toute la fleur (le l' a.ge, et de .plus adressée


f a. une autrefemme. La grawit2i Gtl.oontalns
sujeta et la maUJierehabile :et-ferme,doflt
ils sont-traités ne mériteBtpai~moiD6d'al'e
"reman¡uée$p'~ < ~:J i '.~J ~J6lW ,?:;l[ .. e·:'~::::'i,)j.
- ;;~)~~~~~~olKl~yt01lt-a+fllitintim;e,


n'était pas destinée a voir le jour; :mais
quelques. pa·tri6t~ anglais :-jngerent 4llC sa
publication pouvait etreutik~ auneépo.quc
04i Ja l~b6rté· a -laq uelle,. a~nt 10us les
,peufles..était:8i,indignement¡rolomnme~ Le
.st1Cces a justitié eette qpinioD;et lesletbres
d~·lnias W rjght" ·dont il a para trois iédi-
tioDs en Amériq ue et ~UK en Anglat.erre ,
viennent d'etre traduites dans trois ou qua-
tre Iangues.


CesJettres présentent un caractere par-
ticulier; elles sont peut- ctre le preInicr
hOffiluage fendu par une plUlllC anglaisc




( x )
a tout ce qu'il y a de beau, de bon, d'uLilc
et d'admirable en Amérique. Elles réve-
lent aux peuples tout ce qu'ils doivent at-
tendre de la liberté. L'état florissant d'une
partie si considérable du N ou~eau-Monde
est une éclatante justification des principes
et, de la" oonduite politique des partisans
vertueux et éclairés de la révolution fran-
Qaise; parmi lesquels' se distingue si éJnÍ-
nemmeüt'\le "vQnéhiblé"'patriote 'don t le
nom se trouve placé en te~~~\.JI\~:-t~a­
duetion.


,Jen'ai qU~UJl mQt.a,ajouter. D'apres les
conseils ,de.personnes q1iiJont',autoritéen
pareille lIlatmré~'·fai:crtt\ devoir 'ne me
permettre auctin retraIlcheméIlt hi aueune
altération au texte de l' ouvrage original.
le me sui~ appliqué a letraduire ~vec une
fidélité scrupuleuse. :


J. T. P.
Paris, 26 janvier 1822.





A CHARLES VVILKES,


HAnlT ANT PE NE\V-YORK •..


. Quo.it¡ue je sois incertaine jusr¡u' (Z fjllel poillt
les senttmens .. exprimés dan s ce Livl'e seronl
d' ac~ol'd< avec . les fJPtres) je nepui,s1;'ésistera,
l' impulsi<?n ~~: ~~zpf,,8re.~f (¡ l~f:~í!(Jl~(p~{le.~ ft'fB~ Je dédier.'··,N ~",:.~.".~ .- . . .


.J." .ül. ... I. "Jh ').ll)t t"f'" 1 ' .' '.
'lI.janr\observe "cJob~e'pat/'ie adoptiCle aClec les


yeux d'une étrangere, j'ai pu quelquifois elre
trop prompté·; ou me trompe,. dans mes jugemens.
Bien que je ne Cl'aigne pas que JJzes inexacti-
tudes puisscnt portero sur des faits de quelque
impOl'lanCe~il estpossihle qu'ull.citoyen de t Amé-
rique découvre dans ce que j' ai écril de ¡ légcl'es
erreurs dO~ll un lecleul' étranger ne sauraits'apel-
cevoir ~ el do~t moi~méme je n' ai pu enticremcnt
me pl'éserver ~ quelque authentiques que soient'
les SOUl'ces oil. j' ai puisé.


Si, dans ces Lettres, j' ai émis des opinions
qui d~fferent des vótres -' je suis persuadée que
vous les vcn'ez avec indulgence) el que ~ n011::-
obstant les difauts que vous pou/'/'e:,~ t/'OUVCl' dans




mon Ouvragc" vous me pal'donnel'cz d'avoil' saisi
celte oeeasion de vous témoignel' publiqucment
tout le respeet que 171,' inspire volre eal'aeteJ'c.,
ainsi que llion souveni,. l'econnaissant. POUI' les
lZombreuses marques d~ amitié donl vous 111,' avez
hOllorée.


Permeltez-moi dc me dire" mon che,. Monsieul'~
tres respectucuscmenl el tres qffectionnément ',7


Votrc, ctc .


. L'AUTEun.


Note, da traducteur.


~ n parait que M. V/ill..cs était lié aux fédéralisLcs) dau&
le tcmps Ol1 deux partis divisaicnt'Ies citoycns des États-
U nis. Cctte dédicace est une preuvc de la candet;lr et de
la droiture des intentions de l'aúteur qui, en exprimant
avcc "ivacité ses sentimens a l'égard de certaines nuanccs
(l'opinions el de cerlains Retes, n'en a pas moius rendu
un juste hOlllmage aux hommes d'état quiont figurú aux.
prcmje~s rül13s dans le parti fédéralistc, et clu'on verra
}l()l1orahlcment cités dans cet Ouvrllgc.






CONTENUES DANS LE TOME PREMIER.


LETTRE 1. Tl'aversée.-Glaces flottantes.- Baie de
New-York.- Arrivée dans eette ville. page 1


LETTRE n. Aspcct général de la viIle de New-York
et de ses environs. 20


LETTRE 111. Mc.eurs de la classe ouvrierc.-Auecdotes. 29
LETTRE IV. Air et manieres des jeunes femmes.-


Ton ~e la société.-Réception faite aux étrangers. [!O
l,ETTRE V. Visite a Philadelpbie. ~ Observations


sur la société des Amis . .:.... Lois et' i~sÚtuti~~s 'de
.William Penn. - eode Péna1. - Abolition de la
traite des Noirs. - A/Ji'anchissement des esclaves
dans les étals du Nord. - Condition des negres
dans ces'étals. G3


LETTRE VI. As})ect général'de la ville de Philadcl-
phie. -Son architecture.-La maison des États.-
Remarques sur la conduite du premier congres
américain. - Anccdotes. - PartieuJarités d u carac-
tere politique du peuple de Pensylvanie. -:- Du
gouvcrnement intérieur des États de I'Union. 10(1-


LETTRE VII. Ton de la société a Philadelphie.-
Aventure ci.'un officier prussien. - Le chqalier
Correa de Serra. - M. Garnett. ' . \ ,154


LETTRE VIII. Visite a Joseph Bonaparte. - Remar":
ques généralcs. - Maniere de vivre du country-
gentleman américain. 173


LETTRE IX. Voyagecnremontantlariviered'Hudson.




( :\.lV )


'"--Dét:i1s sur l' AC:lllémic de W cst - Point. - Défilés
des H;uts-Pays. -:- Trahison d'Arnold. -Alhany
et ses environs. page 183


I.ETTRE X. Úépart pour le Niagara.~Maniere de
,·oyager.-Description (lu pay~.-Canandaigua. 216


LETTRE XI. Gencsséo.-Visite a M. Wadsworth.-
Le fermier ailléricain. - Etablissement sur le nO\1-
"can territoire.- Aspec~ des forets. 23'2


LETTRE XlI. Village indien.-Observatiol)4 S\1r les
J ndiens. - Comluite du Gouvernémcnt américain a
leurégard. 255


LETTRE XIII. Départ du Genesséo . .:.... Chute de la
riviere dc cc nomo - Pont singulicr. - Auhergcs
ilméricain«1S'-¡:- Sqt'V¡ce deja poste au lettres dan s:
les disb"¡ca .~¡ie~ ~ipl&. - Voyage a Lewiston. -
S:mt du Niagara. . 277


lJETTRE XIV. Le IacErié. -Aspect général des eaux
d'Amérique. - l\Iassacrc sur la rivicre Raisin.-
Coml)nt naya} sur le Iae Erié. - M. Birkhcck. ,)1 /•




VOYAGE
AUX


ÉT ATS-UNIS D' AMÉRIQUE.


"LErrrR~" PR~~rt~~.:"
r , _


Traversee. '~ Glaces jlottantes. BaÚ de
New-Yorli. -../lrrivée dans cette ville.


Ncw-York, scptcmbre 1818.


J E pense, ma chere amie , que la nouvelle de notre
arrivée , saines et sauves ~ et de l'accueil aimable
que nous avons rec;u de plusieurs familles de
cette ville, est bien pres de vous parvenir. J'ai
écrit alors trop a la hate ,. et ]a tete encore trop
étourdie ( comme vous savez qu'onl'a d'ordinaire
en sortant d'un navire), pour pouvoir entrer dans
de grands détails sur les évenemens, au reste tres
peu remarquables, denotre traversée; jevais y sup-


.L. l.




( 2 )


pléer. Nous avOl~S vu des baleilles, de~ requins, des
soumeur~ et d'aulres mQnstres marins leR-q!!an_
tité; car les brises étaient assez légeres, la mer et
le ciel assez rians, pour engager toutes les hordes
hideuses des sujets de Thétis a quitter les gouffres
profonds de l'humide empire; mais ~e speeta~le
rr est pas extraordinaire. La seule chose digne d' etre
citée parmi toutes celles que le hasard offrit ~ notre
Vlle, e&t une énorme montagne de glace flottante
que nous rencontrames par 43° de latitude, vers
l'extrémité su~ du hane de Terre - Neuve. C'est
une rencontre·tresra~e par cettelatitude, aumois
d'aout. Je n'oublierai jamais la~et~ sen-
sation que produisit cet objet sur le capitaine
de notrenavire, sur une autre passagere et sur
moi. Des vents faibles du nord - est avaient ré-
gné pendant t~ute la journée, et nous faisions
si peu de chemin que Filé de glaee que nous
avions découverte dans la direction de notre
route, vers une heure apres midi, n'était
guere qu'a trois lieues derriere nous, au coueher
du soleil. Nous étions· assis n9nchalamm~nt sur
le pont ,causant de clíoses assez insignifiantes,
lorsque les yeux du capitaine se porteren.t par
basard sur la montagne de glaee ,'qui ,a la derniere
lueur du crépuseule, paraissait une roche noire
dont le triple sommet se détachait sur la teinte





( 3 )


}}leuAtre'de l'horizon. Une exclalnation sondaine du
capitaine Staunton nous fit lever hrusquelnent,
l'autre passagere etmoi,et tourner nos regards du
coté qu'il nous indiquait. Nous aper«;umes une
lueur tres vive brin~r sur la pointe la plus élevée
de ce qui nous présentait a101'8 l'aspect d'une roche.
Nous demeurames muets, et frappés d'une sorte
de stupeur; nous respirions a peine, et chacun
e,le nous imaginait avec effroi une cause déplorable .
au spectacle extraordinaire qui s'oftrait a notre
vue. Quelques infortunés marins? un seul, peut-
etre, échappé au nauWage 1:Jur ~avmt;; ffilt '.' 'périr
tou8 'S4MF~gfiohs', s'était sans doute accroché
a cette masse glacée ; mais hélas ! p~ur y prolonger
seulement son agonie, et luo\lrir au milieu des
horreurs du froid , de la faim et du désespoír ; il
avait formé une.espece de \hi\cher avec quelques dé-
hrisde son navire,et vena.it d'y mettre le feu,espé ...
rant que lesombres qni comlnen«;aient a ohscnrcir
le ciel, feraient apercevoir la flamme de plus loín,
et que ce signal de détresse frapperait les regards
de quelqu'un a hord du batiment qu'il voyait s'é-
loigner depuis le milieu du jonr. Telles furent
les idées, diversement modifiées peut-etre, qui
se présenterent a notre esprit avec la rapidité de
l'éclair. Déja le capitaine se disposait a donner
rordre de virer de hord, et de Inettre un 'canot


l .•




( 4 )
a la mer pour l'envoyer au secours· du malhell-
reux ,ou des malheureux nau&agés, quand une
brillante étoile se montra au - dessus de l'é-
norme masse de cristal , dont le' sommet paru!
trembler pendant quinze a vingt secondes par
l'effet de la scintillation. Nous fames quelque
temps av~nt de pouvoir sourire de l' explication
prorilpte et naturelle d'un aspect qui, u~ in ..
stant auparavant, avait excité si vivement notre
intéret et notre curiosité.


11 est d'usage de se plaindre des incomIllodités
qu'on s()úffr~ a bord d'un navire, et, je conviel1s
qu' elles sont l1ombreusésjmais; '¡mur l~s per.sonn~s
qui ne sont tourmeIÍtées ni du mal de lner, ni
du mal, plus grand peut-etre, de la peur, je pense
qu'une traversée ne doit pas etre sans plaisir,
mais surtout sans intéret. Nos co~pagnons passa-
gers, presque tous Américains , étaient gais, obli-
geans; affables et communicatifs, le navire ex-
ceHent, etle capitaine, aussihravehomlne qu'ha-
hile marin, s'occupait non-seulement de la sureté
de son hatiment ,mais encore du bien-etre et de
la commodité de tous les etres vivans qui se trou-
vaient a bordo Un moraliseur aurait eu heau jeu
ponr apostropher la capricieuse fortune ,en enten-
dant ce vieux navigateur raconter combien de fois
iI avait sillol111é l'Océan atlantique, et remercier




• ( 5 )
Dieu d'avoir essuyé mille tempetes, sans janlais,
eomme disent les marins, perdre un seullnat, ou,
si mieux vous l'ai~ez , d'avoir couru mille dan-
gers, sans éprouver aucun accidento J'ai causé
quelquefois avec des marins plus jeunes de moitié
que notre capitaine, et qui n'avaient jamais fait
un voya ge sal1S perdre quelque mat , et voir leur
cxistence en péril, pardessus le marché. Mais n'est~
cepas ainsi sur ]a mer de la vie? Les uns s' embar-
quent pleins d'ardeur et d'espéral1ce, bravent les
vents et les flots, évitent gaiment tous l~s rocher~ et
les has-fonds, et viennellt ~nfinj~\ef.l~a.Q..Q ... e piÚSi-
hlement d~n~ ~~.- 4~Y:r~ de la vi~ill~s~e, ridés par
... 1~ .. ~ "'j~" ¡ .•.. :.} • *. ,.
rage ,il esf vrai , mais respectés par le sort ,; tan-
dis qued'autres, sans cesse hattus par les élémens,
voient leur gouvernail hrisé, et leur gréement
mis en pieces, échoucnt sur tous les écueils, et
meurent mille fois avant de mourir la derniere.;


Ce que j'ai souvent admiré pendant le voyage,
c'est la tranquillité et en meme temps l'activ¡té
sans égale de l'équipage de 110tre navire. ,Jamais
de reproches de la part du capitaine, jamais de
,mécontentementdecelle des lnatelots. Le premier
cxercait son autorité avec douceur et hienveil-
~


lance, et, par une conséquencenaturelIe,I'ohéis-
sanee des autres, était offerte avec promptitude et
dévoumncnt. Le llavirc était parfaitclllcnt nommé




( 6 )
la Concorde (1), cal' je n'ai jamais entendu de
dispute a hord ,excepté une nuit , ou, dans la
cabinevoiSme de la mienne, il s'établit·, sur un
pointde controverse; une altercation tres vive, qui
dégénéra presqueen querelle. Les parties étaient,
un jeune Ecossais, ferme dans sa croyance sur la
grace et la prédestination, un vieil Anglais, aussi
enteté a ne croire ni a l'une ni a l'autre·, et un
Américain, qui, san s etred'accord aveeaucuIÍ des


" deux, s'effor~ait de les apaiser. Il y réussit pro-
hablement, car, au milieu d'une distinction suh-
tile de l'Anglais· sur-la· préscience ,je m' endormis,
et, quand je me ~·;f;':1e.,-,n~eIlten~s plus
que le craquement du navire, et le bruissement
de l' eau qui glissait le long de ses flanes.


Chose digne de remarque, tous les gens de l' é-
quipage, depuis Iecontre-matlre jusqu'auIDousse,
savaierit Jire el écrire, 'et·, je ·crois meme, étaierit
en étát· de converser sur rhistoire de leur pays,
ses ¡ois, sa situation présente et sa perspeetive
p6tir l~avenir. Lorsque notre h~ltiment semblait
dermiráu milieudu calme des vents et de la túer,
j'ai . souvent-passé une heure a m'entretenir avec
quelqu'un de-ces. fils de Neptune, oecupé a rac-


(1) The .Amitr.




• (7 )
commoder une voile ou un cordage, et je puis
'IDUS assurer que j~ n'ai jamais cessé un sem-
blable entretien, sans avoir acquis quelquenotion
utile, ou con~u une plus haute idée du pays au-
quel mon interlocuteur appartenait.


Quelqu'un qui -n'a contell1plé la mer qu'assis
tranquillement au bord du rivage, éprouve une
sorte de plaisir et meme d'exaltation a se sentir
majestueusement transporté sur la surface de.ce
vaste abime; a voir l'hornme, cette étonnante créa~
ture, lutter contre les élémells courroueés ,- diri-
ger la. course de son vais~eau;pe~~s jolD8 tt
d~ mois,enb.el:S:,';S8.J1sÍn.tyeur etsans incertitude,
et"Ce~"'i~u~ner la proue vers le port qu'il veutat~
teindre, plus exacternent encore que l'aiguille
aimantée qui le guide ne se tourne vers le poleo :


Pardonnez-moi cet avcu, mais je n'avais jamais
bien apprécié l'audace et la persévérance deeo-
lon11 , avant de m'etre trouvée pendant plusieurs
semaines entre la voute du ciel et l'immense Océan,
11'ayant d'autres objets sous les yeux qUf! des flots,
des nuages ,et des astres que je voyais se lever et se
coucher au setn des eaux dont j'étais environnée.
Combien alors me parut extraordinaire le génie qui
put calculer l' existen ce d'un monde inconnu !
Combien je trouvaicourageux l'homme qui osa s'a-
handonner a la merci d'tme lner non encorc explo~




( 8 )
rée, et regal'dée jusqu'alors comme sans limites!
COlnhien j'admirai cette 'conuanée que n'ébranIe-
rent niJes fureurs des éléméns, ni le choc despas-
sions. En vainlafrayeur, larage'etle désespoird'un
équipage ignorant et superstitieux Se' déchainent;
un hommesait leur résister . Mais qñelliomme! Seul
'contre une mult!tude aveugle et exaspérée par
les'souffrances', soutenu par son puissant génie,
atl':milieu'deS' périls de la mer" des horreurs d'une
révOlte 'et' des: inquiétndes' que ne pouvait man-
-qne~rle.:fitire na1trifüíre espérance qüi tardait tant
a",~ réIil~?~deM@tWálféí'm~ flab.~ ~s dt=isseins,
et mit a fin 'sa noble ~éiítrepi'l§ft ~~fél~n;
ignore peut-etre _ encore tout ce qu'il doit a ce
grandhornme (l).


Le monde qu'un 'héros' décollVrit, 'et'que 'des
fanatiques et ~es hrig~~ds sOl:l~He!,e.!!t, ,de crimes
pend~iti~ ~n' lo~g espac,e, de temps ~ est devenu


( J) Ce passage rappelle les vers suivans de Millevoie :
V oy~z-vous ce ,Génois, l' oeil attaché sur l' onde,


Reculer encspoir llllimite dll mobdé ?,'
En vain de reisen mis,. huil ausil couitofF'1'ir
Cet uni\'ers caché qu 'il saura conquérir;
II dt!vore , huit ans, les reflls el I'outragc.
Mais l'auguste Isabelle acceptc son courage :
Le$ mcrs qui l'attendaient s'onvrent a ses vaisseanx ;
11 parto Taus les périls l'ássiégcnt sor les caux.
Qucl brllit sourd et lointain! c'cst la trombc lapide




• ( 9 )
ensuite le refuge des hommes persécutés de tous
les pays. An nord ,il présente une nationhien:


. organisée, dans tonte lavigueur de la jeunesse
et tonte la fierté de l'indépendance. Dans sapar-
tie méridionale,. un peuple long-temps accahlé
sous le poids. de l'ignorance el· de l'oppressi~n"
vient de rompre ses chaines, de revendiquer
ses droits, et de fonder . des . répnbliques que
la génération prochaine verra puissantes, riches,
éclairées et protégées par des lois justes, des in-
stitutio~s sages et un généreuxpatriotisme,-rlomre
les efforts de ~urs .~.Q\éri.§~.~15·ma: ...
G'l~iRn,'iH~·.t.dIitres qtrelles peuvent renfermer
dans leur sein.


Ce De fut pas sans une vive émotion que vers
le soir . du trenticme jour, apres avoir quitté la


Qui roule en tourbillon , qui monte en pyramide.
Une flamme sinistre aux mats vicnt $ 'attachel'.
O prodigc! Ó terreur! l'oracle du nocher,
La boussole esl muette, et l'aiguille infidi:Ie
S'éloigne, en tournoyanl, du pQle qui l'appelle.
Déjll les Castillf.ns ,entourés'dc la"mort,
De Palos ~ a.grands cris, rcdemandaient le port.
Seuf contre tons, Colomb les sonrient, les consolc,
Et, pour eux, son génie est une autre boussole.


Ces vcrs sont extraits du morceau qui a remporté le prix
de poésic a l' Académic fran~aisc en 18°7-


(Note du traducteur.)




( 10 )
'l\'Iersey (1), j'entendis crier: Terre! et tournant
les regards du coté Otl allaít Se cOlIcher le: soleil ,
j'aper<;us les. hauteurs de Never-'Sink s'élever
presque imperceptiblement au-dessUB de la mer ,
et cQuper d'tme bgne noiratre lanappe pour-
prée qu' ofIraient le -ciel et l' ean dans eette . par-
tie de l'horizon.


Vous vous rappeleztrop bien la llelle 'posi-
tian· de New- York, peal' que j'aie hesoin, de
-\TousJa décrioo. Lahaie parsem.ée d'iles et fer-
,mée 'par· ,les' '-h~teurs des ,NalTows, forme un
.imm6Q_!_~· 8iroalair~ ".i.'reqoit:~les. eaux
de la riviere d'HudOOir-!t~~'i~} I'\Jl3Wlifique
présente un aussi beau coup-d' reíl que lorsque
:vous l'admiriez, iJ ya vingt ans, excepté qu'ellc
e~t peut-etre¡·plm garnie ,qu'alors de,~ hatimens
de toute espece, ,depuis la pirogue légere lUs-


- qu'au, majestueux navire alrois mats, qu' on
voit arriver, toutes voiles déployées, des ports
lointains de l'Europe, ou de ccux plus loill-
tain~ encore de l' Asie.


Tout, dana levoisinage'deNew·- York, a
une apparence de -vie et de -gaité~. La pureté
de l'air, la sérénité du ciel, la llltIltitude des
navires qui sillonnent la baie dans touLes les


(1) Riviere d' Anglcterre sur laquellc est situéc Livcrpoo1.




• ( 11 )
directions , soit pout gagner la haute lner, soit
ponr renI0nter la riviere d'HudsoÍl, et cettc ro-
ret de mats qui horde les quaís a l' entrée de
l~ rivíere de l'Est, tons ces ohjets, et jusqri'a
l'aír que vous respirez, raniment vos esprits,
et redouhlent votre attachement ponr la vie et
votre affection ponr vos semblables. Nous ap-
proehAlnes de ces charmans rivages par un so ...
leil excessivemcntardent; m~is l'ail",' quoique
d'nne température plus élevée que je ~e l'avais
jamais éprouvé, était sidegagé devapeurs ,":que
je nl'imaginaisque -c~était-'Ja '1)pe~lfoi&!de
Ula,~;~~tje ~i~·librement ; je ne sentis
plus aueune failJlesse de poumons, et, jusqu'a
présent, ríen ne m'a faít ressouvenirque j'eusse
jamais souffert de cette, íncOlnmodité .


. La plupart des maisons dont on aper<;oit les
murailles blanches a travers des groupes d'arbres
qui bordent les rives pittoresques de la haie de
New-York, ont probablelnent été haties depuis que
'iOUS avez quitté le pays. Quand nous entrames
dans eeUe baie, la hrise qui ponssait notre navirc
était si légere, que je pus adrnirer a loisir les
riantes habitations qui couvraient l'ile de Sta-'-
ten et l'Ile Longue (1). On ne voit point la de


(i) Long-Island.




( 12 )
grandes proprieles, de ces vastes domalnes qui
couvrent plusieurs lieues carrées de terrain,
mais des milliers de petitesvillas (1)', Otl 'de
jolies fermes dont l'aspeet annonce la résidenee
du eitoyen aisé ou du eultivateur du sol.


Je, ne dois 'pas omettre tme autre circort-
stance qui me pamt un signe de l'aisance du
peuple de, ce pays. Tandis que notre navirc
s?avanc;ait lentenlent vers la ville que nous ve-
nions de découvrir' sur le hord éloigné de la
h,eJle., nappe .1d':eau 'qui se, déploya devant nous,.
ea do;W.;dwt lett:Narrtiws~~:dfinnOlrlbrahles em-
harcatioIls, conduites', p9.y ,,·tiiulhile&"iTB.l'nénrs·,
vinrent de tous les points du rivage nous 'en-
tourer, et noussaluer du cri = All-well? ( Tout
va-t-il bien'? ');~ un dialogue suivait' ordillaire-
ment eette I qllesti()n et eornmen<;ait, par 'un
échange de congratulations ~amicales entre les
gens qui montaient lesembarcations, et les
divers habitans de 110tre navire. D'un coté,
ron s'informait de la longueur de 110tre tra-
versée, des vents 'et du temps que 110US avions
eus ,et des dernieres nouvelles', d'Europe ;
tle l'autre, on dem{Índait quel était l'état su ni ..


(1) Nom donné aü:x maisollS ,de plaisance en ltalie,
commc la villa Borghese ~ la villa dJ E)sle -' ctc.




• ( 13 )
taire de la ville , si la saison était beI1e, la
récolte abon.dante, et une infin.ité·· de clIoses
intéressantes pour des hornmes qui revienilent
de contrées éloignées de leur pays natal. En
terminant ce colloque, les marins des canots
demandaielltsi quelqu'un des passager-s souhai-
taitqu'on le mit aterre sur-Ie-champ ; mais .
cett~ demande était toujours faite d'un ton qui
annonqait plutót l'envie de rendre un servire
que le désir d'obtenir de l'occup:;ttion. Ces bar':'
ques avaient quelque chosede pitto~sque'~JéIt
d' ét¡;ange . ~.l~! fQj;t dans ::l.eUTiatpeel. b~ ~'
étx."~,~~bí AUei,;feJu:W.en\¡ Illeau . avec ' une étonnante'
vélocité. Les rameurs grands et minces, maiS
nerveux el agiles qui les faisaient voguer, étaient
v&tus a la légel'e" ainsi qu'il convient de l'etre
dan s un pays chaud. Le collet de leur chernise
était ouvert et rabattu sur leurs épaules, et
des chapeaux de paille ou de jonc, a larges
bords, ombrageaien t leurs tigures halées. Leurs
physionOluies me parurent singulierement ex-
pressives et spiri tuelles. Des yeux gris et per-
~ans qui brillaient sons des sourcils épais et proé-
luillens, des traits assez réguliers et un teint" dont
la couleur contrastait avec ]a blancheur éblouis-
sante de leurs vetelnellS : telle était'leur ap-
pareuee en général. J e remarquai en outre qu'ils


!~~\
';~




parlaient lous l'anglais avec une prcnonCla-
tio'n exacte et un bon accent; j?avais déja oh-
servé la meme chose parrni r é<'Iuipage de 1'..4.-
inity.


Nousarrivames pres de la ville au Icoucher
du soleil. L'impression que fit sur moi son as-
pect, ne s'effacera pas de long-temps de ma
mémoire. En cOl).tournant lentement la pninte
formée par le confIuent de la. riviere d'Hudson
,avec ce qu'on ,appelle la riviere de I'Est, quoi-
qu.e , ce 'soít, a' proprement parler, un lJetit
hras de, meY" .nous admirflmes' le superbe pa-
norama qui se déployait ll~,::,·de<'nous. En
face, était la batterie avec ses belles' prome-
nades couvertes d'une foule' de personnes élé-
gamment vetues, qu'on apercevait se mOttvallt
a travers le feuillage, ou, qui se pressaient sur
le hord de la mer pour voir arriver notre na-
vire. Sur ,le second plan, on découvrait des
maisons peintes avec gout, et la cime des peu-
pliers '- qui s'élevaient au - dessus des toits, ét
lnarquaient la direction des rues. A partir de
la pointe , la ville s'étendait en forme de trian ..
gle ,dont la batterie formait le sommet. A gau-
che, 1'on voyait le large chenal de la riviere
d'Hudson, et la cote pittoresque de Jersey par-
seluée d'ahord de villages et de maisons de




• ( 15 )
plaisance; ensuite,présentant des falaises es..;
carpées ,couvertes de hois, et enfin, n' offrant
plus qu'une muraille de roehers arides. Sur
la droite, serpentaient les eaux de la riviere
de l'Est, bordées par les hauteurs boisées de
Brooklyn, et les sites variés du rivage' de l'ile
Longue, el de l'autre, par des quais et des
magasins ,qu'onavait peine a diseerl1er a tra-
vers la foret demats qui se prolongeait a perte
de ·vue. En, ao'iere, nous avions la vaste éten ..
due de' la baiecouverte d'ilots couroIlBés de
forts. su\' lesquels tl~ttait le¡,paviHoru nátiODál
de~ EtM.~uis. 1.Ce\t.e vue ~{ait ravissante, 'et
nous partageames presfJue l'entllousiasme de
nos compagnons de voyage, lorsqu'en saluant
leur viUe natale, ils la proclamerent la plus
helle qui existat dans le monde.


Au moment ou nous approchames le quai, iI
s'éleva une espeee de petit tumulte oecasionné
par le déplacement des navires qui se ' trouvaient
entre le notre et la cale. Quantité de matelots
agiles . monterent sur les yergues et dans le
gréement des batimens qui nous 'environ-
naient, et nous aiderent anous frayer un
passage sans en heurter ni aecroeher, aueun ;
mais. alors, et apres que le navire eut été
amarré, il ne fut point abordé, et nous, as-




• ( !9 ~
s~illis P'ªf"'J c~,tt~, ,foqJ~" 4~ --m,~»9~ans _.qui, -_en


- _~ '- _._ .. - "" _o' ,


A,1l~!~~~fn5~ ~;~~p,~~t, -:pell?:;~n~~ d~ ; \' ou,Yfflge
V![ : :,9ffi\~it~:~,.,\9ít ,: i~ '-c~~~~é i,¡PQ~r, \' farqo9fH H,e
D· T r. • - - A .:1'
- J. ,lt~¡ \, o' _q-p.t~J?t,~, t?~ous'-~,U~~tlflp1eS! P.~-l¡~~
~i~!t,nc~, deJ~ J?W;~, 4c,si h~i~~?:q;qi ~P3lvr~»t
lrf.::hU~!r;,_:,~estrHp.s l?Q~~i~t ~s~)!pla~:LCl~~Jlm9Mr
~i~~r,)~e~,-pa~§~g~~,~ :d~~c<mdre; a,J~r~;;, IC:S,,-Hl:l-:
\f~ l~w;', _d?np~~t-,;)a: t JR.~¡ll, .popr" ~o\l~n4;:JeuR
m~fc1w.~pancei~nt~;- d'aut~es enqn, sq~f~hM~
geai(!nt ,,<le ~l~p.rs,~,; B~q~~,~~ u ~~H9~" I~~rs : pPl:t~­
~a~~eauÁ,_,f!t ce~ vis~ges . étr~Jlg~s ,.!~~:~~t
V;9~,~V-C2fh\}P.~s t,JtOU~, t~~jgq~~t~ «me ,:~~qs
étions ~es hien;v~n~ ~t.:ce\m ~Fte Ae laijh~Fté~
Quoiq~e, vetus de, leurs l~ahits de trav*il" ces
hommes ,. R~ ,JJ~~,-afr~t -¡ ~~Úfs ,p.HlAiere~;, " an~
nonc;aien~p~t~tp~¡ ,1~HHL~tip~ ::4~ 9PJ?:~~f!l¡n~,. 4~~


- politesses, que de' nous I:pn4r~d~$f ;services qui
exigeassent quelque salaire,: et., _n~us " volI;u~~!. ~~i-


,. . . ,.


rement , qU.~l !~. ,~ol~f;i(.r;~~.r9:i~q~~al,t.t tQ:ut ce
que nous p01l:viq~s' l~W'offrir ,en -"retou~. .


Aussitot_ débarquées, ~ous ,o' llo,q~ f~s con-
duire a un hotel qui nóus~~ait_,éti¡l'~com~
mandé. Nous y fUmes pa-rfa~te~~<w-i:" a~cueillies
par une jeune personne _vive; ~t préven,~Jl.te,
sreur de la maitresse de la


o
maison .. Pendant qu.e


nous prenions une légere collation, ~tque
nous nous entretenions avec notre aimable- Jl(j~




• ( 1, )
tessé, un certain son qui n'avait cessé de re""
tentir a nos oreilles depuis que nous avions
quiué le fracas du quai, attira toute notre at-
tention.. Je me rappelai ce que vous m'aviez ra ..
conté du coassement extraordinaire des gre-
nouilles, etde la surprise qu'il vous ava:it
causée en remontant la Delaw-are. Cependant
le son . que nous entendiolls ne répondait pas
du tOnt a l'idée que je ru'étais ·formée d'un
concert de grenouilles. Mille voix iuconnues
répétaient antour de moi : Tic;.;.a-ti .. tic,· 'ti~-ti.:...
ti-tac.Jepelisai ~-:d'ábord":qut1 (")ltVais:;'ce 's611
dat\s'-··la '.' tete -'par tlÜ:j -eflet ~~ "1' étourdissement
produit par le passage subit du navire sur
)a terre ferme. Cependant je lle tardai pas a
lne convaincre de sa réalité, et, interrompant
le discours de notre hotesse, je me lnís invo-
IOl1tairemel1t a répéter: tic~á -ti -tic, tic-a-ti ..
taco « Je suppose, ajoutai-je, que ce sont des
» grenouilles que j'entends? » - « Des gre-
» nouilles! on done, répondit la jeune dame? »
- « Je ne sais, repris - je, mais il y en a
» quelque parte ) - « Pas . ici, je vous as-
» sure. » - « Quel est done, je vous prie, le
» bruit que j'entends? » - « Je n'en entends
) aucun. )) Si rna compagne ne füt pas venue
a Iflon sccours, j'eusse cO:Q<";u des crailltes sé-


l. 2




( 18 )
rieuses sur l'état de mes facultés mentalt!s;
mais, appuyée par elle, je soutins que j' enten ..
daisbiel1 certainement un hruit tout-a-fait ex ..
t-raordinkire' pOt1r mes oreilles;Notre séntillante
hólesse se mit de nouveau a.écouter, et dit,
« Je n'entends rien ... " a nlOins que ce ne soient
) les catty - díds (1). » -' « Les catty - díds ,
qu' est-ce que c' est que cela? » J e ne vous ré-
péterai pas la description qu' on me fi't de ces
animaux ; vous retrouverez prohablement en eux
d'anciennes connaissances, bien que je ne me
souvienne pas que <"vous' 'me les ayez cités par-
miles IniJ1e insectes 'hrnyüus . ,de ce pays (2).
Lenr cri singulier, celui plus bref de ]a rainette,
le chant monotone et continuel du grillon, et
le bourdonnement d'une foule d'autres pe-
tites betes ailées, forment, dans cette ¡saison ,
un bruit étourdiss'al1t· pOur quiconque n' est pas


(1) Nous "n'ayons pu deviner le noro de ces animaux. Il
est meme probable que celui par lequel on les désigne ici ,
n'étant qu'un nom vulgaire, ne se trouve dans aucun ou-·
vrage d'Histoire naturelle.


(Note du traducteur.)
(2) J'ai eu depuis occasion d'examiner un de ces insectes.


n était un pcu plus gros qu'une cigale, et d'un vert encore
plus vif. Les catty-dids lle font aucun mal, et sont, en
SOffime ,de tres délicates créatures.




• ( 19 ,)
babitué a l'entendre. . Nous comnlen~ons déja
a nous y accoutumer, et je ne doute pas que
hientót nous ne soyons dans le cas de dire 8,/
un étranger étonné, ce ~e J?ous dit la jeune
Américaine : J e n' entends rien.


t;


2 ••




i( ~O )


LETTRE JI.


'Aspect général· de la ville de New-York:etde
. ses environs.


• ;', !
Ne'ff~:York, octobre 1818 .


N ous avons quitté notre premiere résidence
peur venir loger dans une maison plus tran-
quille, sittiée .~. l'entréede Broad-wey. Vous
devez vous rappeler cette: beBe me , et vous la
reconnattriezencore, quoiqu'elle ait . acquis le
.doublede la longuei:tr' 'qu'elle- avait de votre
temps. Notre nouve~ hotel s'est rempli d'une
. maniere étonnante aepuis que nous y -sommes
entrées, et -qna~/d nou.s:n'avons -pas 'd'invita-
tion pour diner ailleurs, nous trouvons a I~
table d'hote une société tres agréahle. La mode
adoptée ici de manger dans les- hótels, offre de
grands avantages aux étrangers' qui désirent
átablir des relatiolls· avec les gens du pays, et




• ( 21 )
observer les mreurs et les couturnes natiollales ..
Depuis le peu de jours que nous habitOllS. cette
maison, nous 'nous sommes rencontréesavec une
plus grande variété de personnes de toutes les
parties de I'U~(J)n, quenous n'en eussions vu
en visitant plusieurs mois de suite la moitié
des maisons particulieres de la vine. Des fa-
lIlillea . appartenant aux états q~ l'~st ,~t~es
bommes du Midi et. de J'Ouest se sont' successi-
vement remplacé~ a notre table, et nous out
invitées a aIler visiter leurs diverses résidences,
avec un empressemeht qui ne nous per~i~ pa~
de douter de la sincérité d~ leurs offi'es. No~
ayons été particulierement frappé~s des manieres
aimables des 11abitans de la Caroline ,et de l'air
décidé, mais adouci par une simpliCité répubJi-
caÍne, de plusieilrs colo os des !~ouve~ux établis.-
semeos de l'Quest. Nous aVQns appris, de la
houchede . ces spirituels étra~gers;. quaptité' de
faits curiehx qui Dlontrent les immenses etra-
pides progresde ce pays dans. tous l.es genl~es,
progTes qui le ront. ressemble.r a un ihéAtre ou
la scene et les acteurs . changent a ,tout iu-
stant. Un Américain encore jeune ln'assura avoir
vu le vaste territoire qui forme. aujourd'hui
l'état florissant de 1'0hio', compIetement dé-
s~t, ou du mows n'ayant P9ur habitap.~ que.




( .22 )
le cllasseur et' Sft proíe. La, ou vingt aliS aupa ..
ravant il' n<'avait trouié qu'une 'vast(f roret pres-
que ,ilÍlpériéiral:ile,. iI 'v~naít" de voirlfe iíarites
cainpági.i~S '~attehtées ~ de ferIÍtes' (' de 'viHages,-et
m~nie 'dé villés, et peupIées :<PHbtntries vivaÍl't
souS' 'tin' go1:tvérbem~nt bien~~et,ité~ Ibis
íústes el sEíges.«J'avais hien 'ehtendil. patlet
de • tort~s .' ces chosés, me dit-il, el' je savais
qu'elles eXisiáieI1t '; cependánt, lorsfpie' jé' ¡les
vis' de fues propres ye'ux, je me séntisdális
r ét~~ . d'liri hW~ qtti' ¡se révélllerait aptes nv~ir
ddr!Di'l\~nmtii~ :Ínhsi~~~s ~tés;' tft iqni trotl-
verait la lei¡:fe" cdSvi!Tté'-";~~ -,"tit ¡Weitipií-es
dÓlÍt il il'avait jamais enténdu prononcer les
nÓins. »


'ÍJéaüc6Üp 'a~>cL:iligemens Oiieerilieu ·datis :la
"iDeet ttte·ttéNlw~Y'órk iIeptlis 'que vbü~rne
:les áve~ v1les. i:Qffi1ntit~ de rfies: ~lrt eté ~jotitées
¡ la: 'preírtieié;' qtiaht ~:1.'adtre;, "ón a' 'beaucoup
t~aváiilé ~' ét roÍl' trav'ailIe ericore a én dessé-
Cher . ~t niveler leterrain, 'ce qui l'a Cdiléidé-
r~blemen t einbelli~, 1 ~qUOi.qüe ¡ . je' trouve qu'on
p~usse la dertiierebperá'tÍoft fu¡ , peu'tr'op ldih .


. J':ii 'ouidir~ qúe 1~~ -citoyéris de'Paris avaient
doriné riagu~te auX rues étroites de cette an-
tique capitale le 'nom de raes aristocrates, et


, ayec heaucoup de raison, puisquc les piétons




~ ( 23 ) •
n'y pOuvaiellt circuler .q\l'a.n pél:il de leut' vie ¡):
et risquaient a cha.que in~tant d'y, ctrc écr~s~s
par les carrosses de l'ar;.stocratie. Pa,r, o¡p,po~t­
tion, les rues de New -Y ork pou,rr~ient jx~st~~
ment etre nommées .rues démocratf!,s. ::Npn-:~~~­
lement des trotoirs é~evés lnetten.t l~ piét9Q.,·~
l'abri des voitures, mais encore le& plus petit~$
inégalités de terrain sont aplanies avec :QJ) I?O!D
-extreme, et qui ne laisse pasque ,t¡l'etre .~­
pendieux.


J'ai souvent adl11iré.av:ec ~~l:le ~iJ.p~~s~, (}!l
t!~ablit de~ou,.,!~ ~ti~s ~Hl'H~'_
~Qlt ,~~.,l?rij\1e§. •• ~~.ft::j~\ck, ·afut de . ~exhfltlt't­
ser, et de lui conserver l'élévation qu'elle ay,,~t
primitivement au-dessus de la chaussée, :,¡pre.s
que celle-ci a ét.é rer.nblay~e; c'est déja ~~u­
coup ,d'avoir vu ceci ;mais~e n'est rj~n, qlJfllld
. ., . .
Je pense .' que Je n. al pas encQr~ e;u O~~~SJQ.p.
de voir une maison en vQyage.OIl Pl':assure
que cela se voit encore, .. mais tres r~ .. eme~t
sans doule, parce que l'usage, presque gé-
néral ~aJ?s toutes les, principales villes des
Etats~Unis, .de ·,ba.tir .les édifices en hr¡ques, et
les perfectionnemens apportés él la constr,ue-
tion des maisons en hois dans leS. petit.es viUes
et dans les calnpagnes ,doivent avoir .tendula
uléthode de voyager in domo, et de ~h.anger




( 24 )
'de voisinage," sans "·déranger" ses dieux péllates,
heaucoup nloiIlS'praticable: Maoonfiance dans
la véractté ,de la personne cqui:medonna' ces dé-
tails, ·futjustiiiée:par des preuves :;e}le me mQBtrjl,
vers -'l'ut\e"desiéfditémités ··de:1a;p¡iII~,une" mai-
son a deux étages,'avec descheminées:enbri-
ques~;et' ~e;hong: Iilurs 'encharpeute', qui· RTait
sUbi ftn(vtr'áIlslation d'un quart de mille, --pour
véni:r¡Wendte'!pI~e "oans"l'alignement d'une.rue
granueet -treS; Wquclitée.
-. LQuelque<og1éijhle \fae :soit; l'aspect; généralde
'cettc1f<vlDij,~ et;"~dépit:·de~.íMéi¡f;d'ai8a;nce et
meme d'opulen:óé "qweYe _\~í&e. dei.:tQutes! P&l'ts ,
un 'Européen pourrait etre tenté de dire que
si· la nature· a· 10ut fait ponr elte, 1'art n'a en-
core fait que("~ien pau de .choscs, j?ent~nds pour
12orner~.·Excepte¡'"lá \;maison -;de~ viUe,.;oIl .ne
trouvepas 'tUi ¡ édi600·puhlic Ldigne:; d? etre cité;
mais, ;eni revanche, et bela:vaut.heaucoup mieux, .
. a; 'mon avis, on -voitdes rues entieres garpi€s
dé' maisons particulieres,- souvent é1:égantes et
toujours cOIt:lIn(){fus~ De -quelque c&té.: que vous
fOurniez':vos 'pas, l'industriec,heormse -semhle
y avoir fUé-sa ·demeure. On ne rencontre point
de ces rnell~ ohscure~ dont l'atmosphere épaisse,
affectant désagréablement l' odorat et les pou-,
mons, annonce la présence d'une population




• ( 25 )
exubérante et misé rabIe ;,point de ces masul'es
en ruines, dont les greniers ouv«ts a i ·1011S les
élémens , et lescav~s sombres etbumides ,xen-
ferment ' entnssáes VJ.esi victimes>de d'infortuue
et du :vice r queja: détressc')pm.lJistt-tm: déset;PQi;r
avant de ,leur::duvl'ir la tombe~ ,
- Je 'ne ,y&Us fatiguerai pas par le' détail des
exeursions: que j'ai faÍtes dans les campagta,es. en:
vironnantes.Nous avons visité av6C:, plpjsir" 1~
hellcs fermes de L01.Zg·~I~land el cellesdeJ'é-
tat de Jersey, voi~in, de.~~4\iS'~~i~u~EtSí~·~tes
-sont partout. ~gn~ .. blem~~t YNi~~': re D~\Ouí~ ,~p.
twuyet;lihjoli~; C911met¡'1~~par~es{par1de" fraich~s
vallées qu'arrosent des ruisseaux et des rivieres
dont les eaux limpides réfléchissent i l'image des
maÍsous et des arbres qui bordent leurs rives. -
Ces nlaisons, que la blaucheur 'éhlouissante de
leurs murailles fuit .apercevoira une tres grande
distance, sont· engénéral basses , couvertes d'une
toiture qui s'avance en maniere de portique~,
et ·ombragées de saules pleureurs, arbres exo~
tiques, mais, auxquels le sql et le climat pa ...
raissent Qn ne peut plus favorables; on en plante
heaucoup a cause de la rapidité de leQf crois-
'sanee, de l' épaisseur de leur feuill~ge; et par<;e
que ce sont les premi~rsarhres, qui bour-
seonnent, et les derniers a se dépouiller,. tIe




( 26 )
leurs feuilles. Je n'approuve pas autant la cnl·
ture non moios générale du p~up]ier cl'Italie.
Cet arbre n'a rien qui le recommande, si ce
n'~st sa croissance rapide; et c'est bien a lui
qu' on peut appliquer le vieux proverbe : M au·
fJaise herbe crozt promptement. On doit etre
d'áutánt plus disposé a se récrier contre l'em-
ploi de ce vil étranger, que tous les arbres indi-
genes 80nt d'une rare heauté, et les nobles enrans
des forets américaines ne devraient pas etre né-
gligés s~sprétexte de la lenteur avec laquelle
ils croissent:: c;est en . effet une excuse mal fón-
dk; c~r,'::dans c~ ~li~at et,:~u~",~e, ,~~1. ,pt'esque
vierge encore, la v~gétatioo est si active, que,dans
tres peu d'années, un hornme peut s'asseoir a
l' ombre du chene qu'il a planté de ses propres mains.


Il y a, mais en bien petit nombre, des hahita-
tions splendides ; éparses sur ,les rives de l'Ile-Lon-
gue. Vous savez combien ceS rives iont pittóresques;
d'un coté, elles sont haignées par les eaux de la
majestueuse riviere d'Hudson, et, dans tout le reste
de leur con tour , par cellés du bras de mer nornmé
riviere de l'Est. Je ne sais si vous avez navigué


/ sur ce singulier canal; les tournans ou gouffres
d J Hell-gate (1) sont franchis, au moment de la


(1) Porte ou trou d) e nfe r. '




• ( 27 )
pleine mer, par les navires a voiles sans hettll-
coup de danger, et par les bateanx a vapeur,
sansaucun risque, a tous les états de la rriarée.
des énormes léviatháós dirigent l~ur course aS-
Surée dans l"éfu'oitchenal; situé entre les dehx
tournáns: qrti hottillonnent, l'un a droite et l'~ri­
tre agauche, et que 1'011 a nommés la grande et
la petite ·'thaudiere. Durant la guerre de la ré-
~olution, une grosse frégáte anglaise, éhargée
d'argent monnoyé, voulant gagner 'New-Y or'1(san:8
que les forcesnava1es américamé(r ap~~us~~l"
tenta de ftanchir :~eHang~rel~k p~ge; "sans
etre':guidée par"uh~'pil6t({ 'expériduinté ;' mru-
trisée 'par un de ces courans qui sillonnent le
canal dans toutes les directions, elle fut entrai-
née, par une force irrésistihle ;dans le plus grand
des deux gouffres, et englóutie 'e,n lin instan t.·


Les résidences d' été de quelques -richeshahi-
tans de la ville dominent ces ondes agitées et mu-
gissantes, et présentent un . charmant aspect,
vues du milieu du canal. En parcourant l'ile de
New-York, je me suis rappelé achaque pas ce
qu'on m'avait dit, qu'ellene contenait guere d'ar-
hres plus anciens que l'indépendance du pays. Oh
nle montra une demi-douzaine de vieux troncs,
échappés par un hasard étrange a la hache des
soldats anglais, et dont la verte couronne plane




( 28)
ancore sur une terre que la liberté a régénérée (1 ).
Quand~n-'regarde~les . arbres~ qm- 'ombragent les
maisonsouqui bordent le rivage, etque 1'0n songe
que les plus ag~s d'e~tre .e\l.x:~ont pris nalssance
avec l'indépenifahce des 'lEIatS..Unis, on est, vi-
vement frappé. de la richesse et de l'énergie qu'on
aper~it ~égner autour _ de soí; et, p~n~nt; aux
rapides progreS qu'onf faits ces ' états~' 'qui du


. rang de colonies, se sont en moins d'un demi-
siede.élev.és.~a eceluh.des plus puissans empires,
on he peut·~' empecher d'invóquer le nom de la
liberté, sous les ~uspices de laque~le toutes; .. ~
. merveilles: Oll't été:·;6péréess')un.oJú;m~ -,1 G.,';; \:


(1 ) Les Áhgláis; bló~ués (Í~nsl~~r'd~niere forteres~e,
lá'ville el pn~~lfe Ne~-I~(;fk~!sorift;j~~1it; J~ali~o{¡p (lu
~quer:détoomLUititile~nns. ~Mít ~~Pcompí~~nt: dé:.
~isél'iJe~i~u.e), 1oJs~le l'habUati<iD:).'.()li"nt~ pti y,,-trou\Tcr
un seul arm'e:de que1qil.e:,dimwsjQn quc:celttt, éxceptéJes
c~q ou six xp.entio~és dans_le f.extf3.






LETTRE JII.


]J!lfeurs' de la classe ouvriere. - Anecdotes.


Ncw-Yorl, novembre 18í.8.
<_1J ... ;: ¡


• ;. • • " • • •• , : ,'1 ,r' ") ~ \~jJ ~.j¿ 'r " : -~ , .'\ " .~


Vous vous ét~nnezfeut-etre>, que jen'aie en.;
core rien dit de la rudesse et de l'incivilité de
ce que l'on appeUechez nous la hasse classe, ou
la classe pauvre, maisque je ne sais COlIl.ment
nommer ici, ou il me semhle qu'il n'y a ni pau-
vres, ni gens mal élevés. Tout ce que j'ai vu
jusqu'a présent me porte a différer de ces au-
teurs de Yoyages aux Etats·Unis dont nosjour-
naux se font les échos, et qui se plaignent qu'on
est ici coudoyé dans les rues, regardé de tra-
vers dans les maisons et mal a l'aisepattout.
Je dois dire que je n'ai trouvé personne, pas
meme les domestiques, classe particulierement
decriée par nos grondeurs, qui m'ait paru réve-
che ou impertinent. Il est vrai qu'ici les gens




( ~o )
qui vous servel1t ne lisent pas vos désirs dans
vos yeux; mais je ne les ai jamais vus map.quer a
les satisfaire, et cela de la maniere la plus obli-
geante, qual1d votre houche les a exprimés. La
seuIe exceptiol1 que je pourrais ~iter n'a pas été
ohservée par moi, nlais est venue indirectement
a ma con~aissanee. Un jeune offieier angl~is, en
route pour le Cana da , logea, iI Y a tres peu
de temps, d~ns un hótel de eeUe ville. Le len-
den1ain. de sonarrivée, il descendit de son ap-
partelnent, la figure toute décomposée et les
yéux étinceIans de colere, et &'aQressant, a la
luaitresse de la mai-sGu, iJ lui: .diL~e. ~on :do-
mestique était un ¿role tres insolento Tout ce
qu'<;ln put apprendre .de la· hou~he du gentle"
manen Cvurr~tLx; fut ,qu'a son lev~r',. ~e .do~
;¡nestique .:r;te .1uiavaitpoint apporté, ,d~eau
chapde.«, Je.'~l'appelai "dit.., ii, et je l~de~andai.
))cOlllm~nt~1 vQulait:que. jeme,fissela harhe,
)) sur quoi il _tourna. lestalons el ne reparut
» plus.» La dame té~Qigna. heaucoup de re-
gret de ce qui venait d'ar,river, aj~lltant toute-
fois ,que :jamais cet: hom:me ne' 1ni avait paru
insolent, -et .qu'onne s'était pas encore plaiut
de lui; maisque .s~il avait .changé de ton et
de manieres, elle aijait le renvoyer sur-Ie-ehamp.
Elle le fit venir devant elle, et, en présence





:c 31 )


de son accusateur; elle le tanc;a vertelnent.
Il écouta cette semonce avec un calme admi-
rabIe; mais enfin la dame lni ayant demandé:
«( .John, pourquoi n'avez vous pas apporté d'eau
» chaude a monsieur? ») il répondit : « Parce
» que je ne suis pas accoutumé a répondreau
» 110m de damné coquin, » et il quitta la salle
avec un air de gravité tout-a-fait stolque. Je
n'ai pas besoin d'ajouter, qu'en éclaircissant la
chose, iI fut reconnu que le hautain militaire
avait en effet gratifié John de ce titre son ore
de daml1é coquin.


Peudé "i6ttfS- apte§' luon arrivée ici, je m'avi-
sai d'un singulier expédient pour sonder le ca-
ractere des citoycns de New-York. Je me reu-
dais seule et a pied chez une de 111es amies
qui habitait un quartier assez éloigné, iI est
vrai; mais je doi~ avouer que je n' étais nulle-
lnent elnbarrassée pour trouver mon chemin.
Cependallt je rel1contrai un homme <{u'a son
extérieur je jugeai etre un mac;on; je l'accostai,
en lui' demandant : « Mon aIlli, pourriez-vous
» ln'indiquer lelle rue ?» Il s'arl'eta et m'expli-
qua dans le plus grand détail la route que je
devais suivre, avec les tours et détours que j'au-
rais a faire;- puis, tout d'un coup il eut l'air de
se raviser, et dit : « Je vois que vous etes étran-




( 32 )
») gere, et colnme je l1'ai rien de bien pressé a
» faire, je puis vous conduire.» Je lui fis tous
les renlercimens que lnéritait· son offre obli-
geante, mais je refusai de ·l'accepter, en l'as-
surant que les renseignemens qu'il venait de
me donner pourraient me suffire. Un peu plus'loin,
je me croisai avec une femme qui allait tra-
verser la rue. Elle avait l'air d'une servante, et
le ~nier de provisions qu'elle portait, annon-
~ait ~u'ene revenait du marché. Je luí adressai
la meme questioll que j'avais faite au ma«;on.
Elle se retourna et, comme lui·, se mit a m'in-
diquer mon chemin de la· voix et· du geste;
conlme lui encore, elle s'interrOlupit pour medire :
« Mais peut-etre, vous etes étrangere ? »-« C' est
» vrai, répondis-je. » - « Eh bien , reprit-elle,
) attendez ún moment.» En disant- ces mots ,
elle traversa la chaussée et posa son panier sur
une large pierre qui fotmait le seuil d'unebou-
tique; elle me rejoignit ensuite et me dit: «Je
1) vais aller avec vous jusqu'au bou! de la rue,
» et de la je pourraimieux vous montl'er votre
» route. » - « Mais, votre panier ? » - « Il
» restera la OU iI esto » - « Personne n'y tou-
« chera ?»-« Non, sans doute. » - « New-York
» est done une ville bien honnete? » - « Assc7.
» honnete pour cela.» Je laissai eette braye




• ( 33)
remme . Dl'accoUlpagner. jusqu'a .l'endroit ou je
dev,:ais, d)1\ng~r . de! pireption, cal' j'étais Curleuse
qe¡ ,voir si lepaJ).ierresteraitld, ·comme elle
l'~~aiL diL~ous, npu&, en allitmes . , et quand nous
.füm,~,pary~ues .. :~_ .rangle .de 1~,lrue., elle .me
:r~~~ ¡ s.e~;p~e~~re~ inrucations. :~tnle ,souhaita


\ ,. <' ,


~\~hs>Il,ip1;lr~,';Je:J~ ,suÍ\;is. de i l'~il a ·travers la
!o~'~n~~~-pa~Sflns, .et·bientgt .je; la vis. tr~ver~er
.lé\,!~~ ayec,spu,; ;p~nier ;ap .br.a~. -VOl;l~, PEf1s~z
; peut.,...etre <m~ j~"ll~ ;S\1fij~Illm~l}.~épfOl1Y~i'le.:hQn
nat;ur.~l des ih.abitan~. 9~ ~~W-:~~~k1;v,e~~1;¡.je
-\;«?W,Ut fm~ ~!l~qnl ~ff<~~WIt~~fJJ'~t~i dáI1s
.~j~o~q~ ,:r~'J1'y~tr~vai¡qn'un homme. assis
a~. :C~Ipptoir et occupé a., lire un jouru~I. A, ma
question;= « Pourriez-vous· rp.'indiquer ...•. » i1 se
ley~ '; et !s'avan~n~dqs.que Jwrs de la porte, il
m~e~pliq~a' c~,. qlle. je )uidemand~is ;mais,crai ...
gnant qU,e. je, IleJ'eu.sse pas :hie.ll. .compris, iI
~ticherc~~r_,':).n,pl~n de la ville"J'ét~ndit sur
l~ ~omptoir, et, avee son doigt, me _trac;a laroute
que i'avais a suiyre •. J e le remerciai, et je partís
disposé~, d'apres tou~_ ce qui venaít de m'arri-
ver, a .déclar~~rNew-York une villeaussi polie
qu'aucune des villes de.1' Angletet:re '. etpeut-etre
un peu plus honnete; car, en . sQugeant au pa-
nier de provisions, je ne pus m'empecher ae
penser qu'il ne fut p~s demeuré aIUSl sur le


l.




( 34 )
pavé d'Ulle ville anglaise, ou plutot je )ugeal
qu'une fClume douée de S011 hon sens ne se
serait jámais nvisée de le laisser la.


C'est une ehose vraiment intéressante que
d'entelldre Un amérieain intelligent ntisonner
sur la situation et les ressources de son pays.
le ne párla pas de !"hornme qu'on teneohtre
dans la sóciété, mais de eelui qui gagne sa
tie, la beche óu la scie a la nIain. Je n'ai
jamais tenn eonversation avec un individu qui
n'ait pu me citer ~elque fait concernant l'hís-
toire, les institutioilS de solí. pays, llvec autant
de precisióIi qü;uh eeóller sortliht de dessus les
banes répondrait a une question sur les lois dé
Lyeurgue oti la guerre du Péloponese. .


J'adressai d'erJib~reIhent quelques demahdes a
un reÍ'hüér que je trouvai sur un bateau a va-
peur~ Ses repónsesme cohfdndirent. En. peu de
móts íl se tro\lva a\roir fait la description géo-
gffl'phique; statístique et cornmerciale de son
páys, avec atitant d'exactítude que s'il eut eu
devant lüi la cárte de tous les états et le ta-
bleaü général des produits du sol, ainsi que
celui d~$ ihlportations et des exportati~ns. En-
fin il me pnrtit connaÍtre aussi bien les affaires
générales de Í'Union, que les détails d'exploita-
tion de sa petite ferme.





( 35 )


Au prmnier ahord, l'étranger sourit de pitié,
quand iI voit comment un artisan ou un la-
boureur alnéticain parle du premier magistrat
et des législateurs de la répuhlique, et semble
se flatter d'avoir pris part aux mesures qu'ils ont
adoptées ; Jl1ais , apres avoir observé et réfléchi,s'il
est tenté de sourire, c'est d'avoir taxé de pré-
somption l'homrhe qui prol1once sur le mérite
de législateurs dont il a étudié le caractere, et
qui se fait h0l1neur de leurs mesures apres avoir
contribué par son vote libre a leliréle-ction ;
ou qui décide' une question d'intéret public,'
qu'il eniend parfaitement, paree qu'il Pa mu-
rement examin-ée. J'ai remarqué que les Amé-·
ricains ont coutume de s'exprimer ainsi : Nolre
président a fait cela, nous avons passé tel hill,
ou nous prendrons telles dispositiol1s, etc. En
un mot, je ne connais p:\s de peuple qui s'iden-
tifie autant qu'eux avec leur gouvernemeIit.
lls semblent di re : Il nous appartient; nous
l' avons créé el nous le soulenons; il existe
pour nous protéger et nolts servir; tant qu~il
remplira le but pour lequel nous l'avons in-
stitué, il sera solide, el ríen neo pourra f ébran-
ler. Si je puis m'en rapporter au dire général
des amis que j'ai daús ce pays, ainsi qu'a lnes
propres observations, il n'existe plus que


3 ..


r




( 36 )
de fitihles restes de ce violent esprit de parti
qui divisait ]a société a la fin de la guerre de
l'indépendance, et dont les effets vous paru-
rent si désagréahles pendant: votre court sé-
jour dans ce pays. eette circonstance parle bien
haut en faveur du hon sens du peuple amé ..
rieain et de la sagesse de ses institutions; et
ce n' est pas sans admiration qu' on voit une
génération survivr~ aux orages excités par le
choc des passions, des intérets et . des opi-
nions, au milieu d'une grande révolution na-
tionale.


J e fis, iI Y a peu de jours, une. excursion
nautique , et je traversai la riviere du Nord
dans un de ces sloops exeellens marcheurs qU'oll
trouve iei en si grande quantité. Vers l'une des
e~trémités de ce petit· btttimen,t, se trouvait un
homme dont l'extérieur m'intéressa; son costume
était eelui d'un simple fermier. Sa chevelure ar-
gentée et son visage profondément sillonné, an-
l1on<;~ient qu'il approchait du dernier gite de
tous les voyageurs humains; mais l'expression
douce et calme de sa Iphysionomie indiquait
en meme temps, qu'il en approchait san s in-
quiétude. Je liai conversation avec lui. J'appris
que c'était un fermier de }'état de Jersey, qui
sesouvenaitde la déclaration d'indépendance)




• ( 37 )
el qui s'était armé pour la soutenir. Il se rap";;
pelait la pre~iere apparition de l'ouvrageintitulé:
le 8ens commun (1), et la commotion élec-
trique qu'il produisi~ dans tous le pays. Il n'avait
pas oublié non plus les chanees variées de la
guerre, les espéranees, les· craintes et les réjouis ..
sances auxquelles se li vrait tour a tour lepeu-
pIe. « Je me souviens de tout, cela, disait-il,
» cornme si c'était hiero J'ai pu voir mon pays
» établi en possession de ses droits, sa popu ..
) lation triplée, et toutes les faetions qui le
» divisa~ent, a jamais éteintes; je pense, ajouta:
» le ·hon vieillard e~' souriant, que j'ai assez
) vécu. ) Je me sentís un peu affectée quand
i1 ~ fit ses adieux. Ses discours avaient naturel-
lernent . fixé mon attention, ce que, peut- ctre·
aussi naturellement, il avait remarqué avec plai-
sir. Lorsque le sloop toucha le rivage, il m'a-
dressa ces paroles : « Vous etes étrangere, a ce
» que j'ai vu; je souhaite que vous deveniez hien-
» tot citoycnne de notre pays, cal' je vous erois
) digne de l'etre. » Le vieux patriote entendait
me faire un compliment, et je vous assure que
je l'ai re~u cornrne te!.


J'ai visité, avec le plus vif intéret, la petite


( 1) Ouvrag(f' de Tbomas Payne.




;
( 38 )


villa que vous avez aulrefois hahitée. Nous des-
cendimes le sentier encore sauvage et rocailleux
comme lorsque vous le suiviez, et '110U8 arriva-
mes devant la porte au moment ou le soleil se
couchait derriere les falaises de la cote de J er-
sey. Je pensai que vous flviez contemplé ce
spectacle du lien meme OU je me trouvais. J e
ne puis vous dire combien ce souvenir m'at-
irista. Si j'eusse ét~ seule, je me serais assise
lA, malgré le froid qui regne d' ordinaire par
une' soirée de novembre, et j'aurais moralisé
avec Jacques ( 1 ) pen.da:Q~ qne honne, heure. Vous
conllaissez les lieux; mais vous vous les figu-
rez sans doute habités par de bons amis ,
occupés el les embellir et' a y exercer oette
aimable hospitalité que vous y re~utes vous-
merqe : nons les avons trouvés déserts. La
maison inhabitée depuis long - temps, tombe peu
a peu en ruines; les harrieres ont été détruites,
les haies abauues / et les arbustes abandonnés
el -)eur croissance naturelle. J(úgnez el ce triste
aspect le bruit de nos pas sur les feuilles mor-
tes, qui déja couvrent la terre; la sªison, l'heufe,
tout contribua a nourrir. mes sombres pensées,


(1) Allusion a un passage de Shakespear.





( 39 )


et a me faire sentir plus vivement combien est
faihle le líen quí nous attache a ce ¡nonde in-
constant, a ses biens et a ses maux , a ses
joies et a ses douleurs.


J e finirais cette lettre par quelques réflexions
plus gaies, si le navire qui doit vous la porter
n'était sur le point de mettre a la voile. L'au-
tomne se prolonge encore ponr rIOUS, ou pIu-
tot nous sornmes- ramenés en juiUet, par ce
cJu'on appelle l'été iudien. Adieu.




( 40 )


Air et manieres des jeunes femmes. - Ton de
la société. - Réception faite aux étrangers.


New·York, février 181g.


J USQU' A présent je ne vous ai entretenu que de
nos amis intimes-, et je vous ai dit peu de choses
sur le ton général de la société dalls cette ville.
J'ai senti qu'une étrangere ne devait pas se
hater d'émettre une opillion sur cette matiere,
et d'ailleurs les rigueurs de la saison (quoi-
qu'on m'asiure que l'hiver est tres doux cette
année) m'ont retenue prisonniere pendant quel-
que temps.


Bien que les ohjets qui m'entourent aient
aujourd'hui perdu le charme de la nouveauté,
ils ~nt néanmoins conservé cet air riant que
j'ai mentionné dans mes premieres lettres. Quoi-




• ( 41 )
que l'atmosphcrc, de hrulante qu'elle était,
soit devenue glaciale, le cÍel est toujours aussi
serein, et le payé est encore foulé par une
multitude de jeunes gens sémillans et de femmes
élégantes , bien qu'il soit tapissé d'une éblouis-
sante couche de neige. Broad-W ay , le rendez-
vous de la jeunesse gaie et folatre, semble, par
une de ces helles et froides matinées, couvert
d'un essaim de hrillans papillons. Les femmes sur-
tout s'y montrent en grand nombre. Je tremhle
quelquefois pour ces jolies créatures ( et véri~
tahl~ment elles sont- tres jolies), quand je les
vois s' exposer ' a la hise piquante de février,
avec un costume plus fait pour un hiver d'Ita-
lie, que pour une saison qui, malgré sa dou-
ceur inaccoutumée, me. parait approcher beau-
coup d'un hiver de Norwége. En dépit de eette
imprudence, 'les rhumes ne semblent pas etre
ici une maladie 'nationale eomme en Angle-
terre, au dire de eertain Fran«;ais. Ceci est
d'autant plus extraordinaire, que la eonsomp-
tion et la phthisie, maladies qui affectent
les organes de la respiration, sont tres eom-
munes, et peuvent etre générale~ent attri-
huées a quelque imprudence, comme de revenir
d'un hal en traineau déeouvert, ou de mar-
cher SUr la neige avec des souliers tres minces.




( 42 )
Je erois avoir ldéja parlé de la beauté des


jeunes femmes de ectte ville ; je devrais presque
dire des ieunes filies ,cal cette beauté est com-
munément sur son déclin a vingt - quatre ou
vingt -cinq ~ns. Avant cet age, le teint des
remmes est en général charmant ; le rQuge et
le hIane sORt si délieatement mélangés SJlf leurs
jones, qu'on dirait qu'elles n'ont jamais été ex-
posé es au souffle d'un vent plus impétueux que
le doux· zéphir 'qui fai": éclore les roses et les
lis; leurs, traitS petits et réguliers semblent mo-
delés paJ." les doigts des fées, et leufs physio ..
nomies sant aussi vives et aussi riantes que si
jamais anenne pensée triste ou inquiete n'avait
()bscurci l'anle dont elles sont le miroir. C' est
vraiUlent une chose aflligeante de voir le soleil ,
jaloux de ces attraits délicats, les flétrir sitot; et
ce qui cause peut-etre encare plus de peine, c'est
de penser que les soins d'une. famille bannissen t
aussi promptement de Ieur creqr une aimablc
insouciance et une folle gaité, ponr leur ensei-
gner 'que la vie n'est pas une scene continuelle
de plaisirs, mais un tis~u de peines, d'inquié-
tudes et de trompeuses espérances. Les avan-
tages résultant des mariages précoces sont si
récls, et le pays ou ils sont licites est dan s
un état si prospere et si digne d' envíe, 50US




( 43 )
le rapport des mreurs et de la félicité publique,
(Iue je rougis presque de citer les objections
qu'un observateur superficiel pourrait faire con-
tre un usage d' Otl dérive un état de choses si
heureux. Les Américains des deux sexes s~
marÍent pour la plupart avant l'age de vingt-
deux ans, et me me il est ordinaire de voir
une jeune personne de dix-huit ans épouse et
mere. n serait sans doute possible, avant cet
age, sinon de donner aux filIes le gOi\t de l'é-
tude, an moins d' enrichir leu}.' esprit de no-
tions générales et de oonnaissances utiles, afin
de les rendr~ propres a devenir nón-seulement
de honnes meres, mais encore des guides éclai-
rés pour leurs enfans.


Les hommes dans tous les pays ont né-
cessairement de plus grandes facilités que .les
femmes pour s'instruire, surt out dans la meil-
Ieure des écoles, le monde. Je n'entenas pas
parler de ce qu'on nomme le grand monde, mais
des réunions des di verses classes de la so cié té ,
Otl la jeunesse perd sa présonlptión, et le
préjugé son empire ; ou la connaissance de nous-
memes s'obtient par la nécessité de mesurer
notre esprit avec celui des autres; ce qui nous
rait découvrir le peu de profolldenr de nos connais·
sanees et le manque :de solidité de nos opinions.





( 44 )
Dans ce pays, 00. tout' homme est appelé el


étudier les institutions nationales et a exami-
ner non - seulement les mesures, mais encore
les principes du gouvernement, ce sont les lois
.elles .. memes qui l'instruisent; et, dans l' exercice
de ses droits et de ses devoirs de citoyen, il
devient, suivant Ses dispositions, p1lls ou moins
habile politique ,plus ou moins hon philosophe.
Son éducation se prolonge par conséquent pen-
dant tout le cours de sa vie; et, quand meme
il ne pourrait jamais devenir familier avec les
sciences ahstraites ou les helles-Iettres, la masse
des connaissances utiles s'accroit journellement
dans sa tete, son jugement s'exerce sans cesse,
et son esprit prend par degrés I'habitude de
l'observation et de la réflexion.


Jusqu'ici l'éducation des femmes. n'a été que
légerement soignée; elles se marient lorsqu'elles
ne connaissent encore de la vie que les amu ..
senlens et les plaisirs frivoles; et, des ce mo-
ment, absorbées par les soins du ménage et la
tache d'élever leurs enfans, elles n'ont que·
bien peu de ces occasions qui s' offrent él leurs
époux pour perfectionner leur raison et 01'-
ner leur esprit. Les progres étonnans que la
nation américaine fait depuis vingt ans, non-




( 45 )
seulement en force et en richesse, mais encore
dans la culture du vaste champ de l'intelligence,
seront considérablement acc~lérés quand l'édu-
cation des femmes sera devenue une affaire
nationale comme ceHe de l'autre sexe, et quand
on leur apprendra non-sep,lement a gouter, mais
encore a apprécier les avantages extraordinaire~
qui déjh font de leur patrie le plus heureux de
tous les pays du monde. Le nombre des écoles
et colléges étahIis dans toute l'Union pour l'édu ...
cation des gar<10ns esto véritahlement étonnant.




V otre ancien et célebre ami, le dooteur Rush;
de Philadelphie, dit, dans son B$$ai sur le
mode d' éducation propre a une république:
« J e suis persuadé qu'il faut que nos femmes
concourent a tous nos plans d' éducation pour
les jeunes gens, ou bien iI n'y a pas de lois
qui puissent rendre ces plan s efficaces. Afin
que nos femmes deviennent propres a' remplir
ce but, il faudrait l1on-seulemel1t les instruire
dans les branches ordinaires de l'éducatiol1 des-
tinée a leur sexe, mais encore Ieur enseigner
les prinpipes du gouverl1emel1t ; des idées de
liberté et des l1otions sur les obligations qu'im-
pose le patriotisme, devraient aussi leur etre in-
eulquécs. » Quant él présent, il me paralt que




( 46 )
les femmes amérieaines sont aussi ignorantes
SUl' quelques-uns de ces points, que les honunes
le sont peu. Elles aiment leur pays et s'eti font
gloire paree que c'est leur pays; leurs époux
l'aiment et s'en glorifient parc~ qu'il est libre
et hien gouverné. Peut-etre, lorsque le patrio-
tisme des deux sexes deviendra également éclai-
ré, le caractere nationa!' sel'a-t-il encore plus
pronollcé qu'il ne l'est aujourd'hui. Une tace
,llouvelle ~. élevee sous les yeux vigilans de meres
sages et imLruites, et 'suc;aI1t, pour ainsi dire,
3veC le lait,~ des 'sentimens de liberté et de pa-
triotisme, púurra moritrerdans ~'age m'Ur une
élévatipll de sentimens qu'on ne saurait au-
jourd'hui prédire a aucune nation de la terrc,
sous peine de voir ceUe prédidtion taxée de
chimere théorique ou de folle croyance a la
perfeetihilité de notre espece. Je dois vous de ..
mander ¡lardon de cette digression; mais avant
d'abanddnner le sujet qni m'y a entrainée, iI
est juste que je dise qu'on s'oceupe maintenant
avec ~eaucoup d'activité a meUre l'éducation des'
femlnes au niveau de eelle des hommes, et que,
dan s eeUe vue, on ronde pour elles quantité d' éco-
les publiques dans les diverses parties de l'Union.


Les lnanieres des femnles me paraissent rc-
munluaLles par leu!' donceu!', leur' innocel1ce et




• ( 47 )
leur vivacité. Il ya, dans ces manieres, du
moins a mes yeux, Une certaine grtlCe nalve
et une gaité frallche, autant éloignées de la
froideur et de l'indifférence étudiées des An-
glaises , que de la prétention et du maniérisme des
Fran<.:aises.Les Américaines fréquentent de bonne
heure la société, ttop tót, sans doute, pour
pouvoir apporter un soin convenable a la culture
de leur esprit. J e connais toutefois Un certain
nombre d' exceptions a cette regle générale. n y a
dans cette ville quelques meres qui p~ésident avec
un soin extr~me a réducatit>n de leu~· filles,
et qui se montrent encore plus jalouses de
nourrir leur esprit de connaissances solides, que
d'orner Ieurs personnes de talens agréables. J'es-
pere, et j'aí de fortes raisons pour cela, que
dans la génération prochaine, les femmes telIes
que ceHes dont je viens de parler, ne seront
plus assez rares pour se faire remarquer, comme
auiourd'hu~, dans la lTIaSSe de leurs concí-
toyennes. Ce serait trop espérer dan s la vieille
et lente Europe ; mais ici une génération voit
d' étonnantes révólutions.


La société) je veux dire ceHe qui se réunit
dans les grandes assemblées du soil', est pres-
que exclusivement composée de jeunes per-
sonnes non mariées. Un salon rempli de la




• ( 48 )
sorte peut offrir, pendant une demi - heure, une
jolie seene aux regards de l'observateur tran-
quille; mais, s'il· a perdu la vivaeité de la pre-
miere jeunesse, il préfere bientot .retourner chez
lui. Je ne dois pas omettre de parler de l'élé-
ganee ,.et , ce qui vaut beaueoup mieux, de la
déeenee du costume de ces jeunes et jolies
~réatures. Il peut quelquefois paraitre plussomp-
tueux qu'il ne convient aux filles d'une répu-
hlique ; mais il· ne hlesse jamais la modestie,
comme celui de nos dames anglaises qui, en
vérité , m' ont souvent fait rougir pour leur sexe
et pour leur nation.


Les modes iei sont imitées de celles de
France; mais des personnes instruites sur eette
matiere m'assurent qu'elles ne changent pas tres
souvent, et qu'on a jugé, sinon plus raisonnable,
car je ne erois pas que ce motif puisse .influen-
cer la jeunesse, au moins mieux séant aux '
femmes et plus avantageux au dév"eloppement
desbelles formes, de porter la taille cornme
la nature nous I'a faite, au lieu de l'élever
aujourd'hui out re mesure, et de lui don-
ner demain la longueur de celks de nos
grand'lneres. Les felnlnes dansent avee heau-
eoup de légereté et de graees ,mais surtout
avec un aimable et joyeux abandono Les danses,




• ( 49 )
COUlme les modes, sont fran~aises; les plus en
vogue sont les quadrilles ou contre-danses, beau-
coup plus agréables a voir que ces ennuyeuses
colonnes (1) qui nous offrent en quelque sorte
l'image du temps et de l'espace dont notre
imagination ,ne peut voir le terme.


Les jeunes gens ne m'ont pas paru, en gé-
néral, égaler leursjolies cómpagnes pour la grace
et l'aisance des manieres. En abordant une étran ...
gere, ils prennent un air grave et solennel qui
l1e laisse pas, de l'embalTasser. lIs la regardent
comme s'ils attendaient qu' elle ouvrit la bouche
pour leur débiter des maximes de philosophie;
ott comine s'j]s recueillaient leups forces pour
entamer la conversation de ]a meme lnaniere.
Plus d'une fois je lTIe suis mise' en peine de rassem-
hler a la hate toute mon érndition , pensant qu'on
all~it m'adresser quelque irnportante question sur
l'histoire des telnps passés, on sur les évene-
mens probables de l'avenir. Je ne saurais vous
peindre le soulagelnent que j' éprouvais en m' en-
tendant interroger sur les nouvelIes du jour ou /
sur mon opinion du talent poétique de lord
Byron. Áu surplus, ce n'est pas d'apres les
jcunes g~ns qu'on voit promener lenr oisiveté


(1) Danse unglaisr.
r. 4




• ( 50 )
JallS Ull salon , yu'on pourrait tracer le porlraít
d'Ull Anléricain. Il faut les observer lorsqu'ils ont
été appelés a exercer leurs droits de citoyens,
et alors on s'aper~oit que n011- seulement ils
ont étudié ]'histoire de leur pays , .mais ,encore
qu'ils sont imbus des principes de leur gouverne ..
ment et de ceUe philosophie que leurs institu-
tions sont si propres a leur inculquer.


Les jeunes gens des deux: sexes jouissent ici
d'une liberté de fréquentation interdite par les
llsages guindés de la vieilleEurope. Ils dansent,
chantent; se promenent a pied, ou courent en
h'alneau x ensemble, le jour eomme la nuit,
~ans qu'il en résulte, ni qu'on appréhende meme
d'en voir résulter rien de contraire a la dé~
cence. Dans ce hon pays, les mariages n'é-
tant jamais; considérés comme imprudens, l'on
!le prend aueune peine pour empecllcr les
jeunes gens de contracter de honne heure de
semhlahles engagemens. Il est surprenant de
voir avec quelle promptitude ces fines fola-
tres sont luétamorphosées en épouses sages et
en bonnes meres de f31uille, et ces jeunes
étourdis en citoycns laborieux et en graves po-
litiques.


I.Jes noces se font ordinail'cJuent dan s la l11ai-
son dü pere de la mariéc, et les jcuues époux




• ( SI )
coIitinuent J'y résider pendant six: mois ou un
an. n est rare qu'une. fiHe apporte une dot a
son" époux, ou que celui-ci soit, autrement riehe
que de son activité et de ses espérances. Quand
iI manque 'de prospéret' dans sa profession d'a-
vocat, de médecin ou de marchand, ces es-
pérances ne s'évanouissent pas, ear il a eucore
le vaste champ de' la hienfaisante nature ou-
vert devant lui, et il peut aller, avec l'épouse
de son erenr et les fruits de son am()ur , cher-
cher des trésors dans le désert (1).


11 est tres commun ici et, d'apres ce que I'on
lh'a dit, daflS d'atítres villes anléricaines, d'é-
lever les jeuncs gens pOUI' le harreau, non pas
toujours avee l'idée de leur faire embrasser eette
pl'oÍession , mais paree que, s'ils montrent des
talens eL de l'ambition, c'est la meilleure porte
pour entrer dans la carriere politiqueo


M. Wells et M. Emmett, dont le nOI11 reu-
fcrUle l'histoirc (2), ~on t regardés comlne les


(1) Cette expression,qui revicnt souvent dansle cours de
l'ouvragc, désigne les parties du vaste tcrritoire de I'Union
(fui ne sont pas encore défrichées , et Ol! ir est facile d' oL-
tCllir des conccssions.


( ¡Vote du, tl'aducteur.)
(2) Cest le fl'Crc de l'illforluné .Rohert Emlllctt, cOn-


/¡ ..




( 5~ )
avocals les l)lus díslingués du harreau de New-
York. D'apres les manieres douces, l'urbanité
et la hienveillance du caractt~re de M. Emluett,
on ~e .peut concevoir par quel motif l'oppres-
sion 1'~ choisi pour sa victime. Est-ce dans ses
grands talens et dans ses sentimens généreux.
que nous devons ch,ercher le secret de sa persécu.
tion? Il Y a dans cette ville d'autres lrlandais
hien connus.


Il est pr~bablenlent inutile de justifier la na-
tion américaine d'une accusation dont je suis
tentéc de croire q~le l'absurdité est éviuente
pour ceux meme qui l'ont avancée .. On repro-
che aux Áluéricains d'avoir une prévenlÍon
injuste contre les étrangers distingués par leurs
talens , etde montrer de la répugnance a les em-
ployer ; mais, si la chose était nécessaire, j e
réfuterais cette eharge par mes propres obser-
vations. Les nombreuses occupations de M. Enl-
luett" et le respect qu' OH témoigne pou!' ses


damné au dernier supplice comme chef ue l'insurrection
qui éclata a Duhlin le 23 juillet 1803. On trouvc des dé-
tails il1téressans sur cet évenemcnt et sur la mort hérolquc
de RolJert Emmctt,d:ms le tome XVle des rict()il'cs el Con-
ljn¡Jlcs des Franrais ~ pllges i l} et suiv.


(Note du traducteul'.)





( 53 )


grallds Lalens el son noble earaetere, fonlle-
ralent ma preluiere preuve; la vog~e du docteur
M'Neven, comme luédecin, sa place de profes-
seur an collége de New-York, et l'empressement
avec lequel des habitans de toutes les parties de
1'Union recherchent sa société, nl'en fourniraient
une autre. Mais iI est véritahleluent superflu de
citer l'exemple d'une .f()ule d'étrangers naturali-
sés q~li ont acquis la prééminence dans lenr
})fofession, et se sont attiré la considération
du peuple de leur l)atr¡e adoptive. Peut- etre
l'accnsation dont j'aí parlé n'a-t-elle été le plus
souvent que l' effet de la vanité dé~ue. Il est
vrai que la nation américaine a une reetitude
·de jugen1ent tout-a-h1lt désespérante, et qu'elle
estÍlne les honlmes el les choses d'apres leur
valeur intrinseque; elle a un bon sens qui- ne
se laisse pas éblouir par les nom·s el les titres;
elle pese l'hOlulne dépouillé des harnais de la
vanité, et si elle ne le trouve pas de poids>
elle le laisse passer son chemin. Je suisJificrc
de compter an nombre de rnes amis el de llles
conuaissances plnsieurs hommes qui attriLuellt
généreuseulCul a la llhéralité <le leur patrie
adoptive les BUCeeS honorahles qui out eou-
l'onné Ieurs dlcll"ls ct leurs taleus. Je vous en
ai nOIllmé <lue!<luCS - HUS dans mes preuücres




( 54 )
]eUres; vous savez combien j'ai d'obligations a
]cur arnitié, et combien ma reconnaissancc en
est vive.


11 y a dans ce pays un étranger avec lccluel
j)ai envie de vous faire f:'üre connaissance; c'est
le général fran~ais Bernard, l'un des plus an-
ciens et des plus savans éleves de'rEcole po-
Iytechnique. Ses nlanieres sont simples et mo-
destes eomme ceHes d'un pbilosophe, vives et
franches comme ceHes d'un soldat. Ses prin-
cipes, ses talens militaires et ses C'onnaissanees
franscendantes et vuriées font honneur a son
éeole et a sa nation. Apres la bataille de VVa-
terloo ,011 il re~ut six Llessures a coté de Na-
poléon, et le retour de Louis X VIII, il donna
sa démission, et se retira dans le sein de sa
famille. Le Roi le fit deux rois inviter a re-
prendre du service; mais il répondit qu'ayant
élé aide-de-camp de l'Empereur et honoré de S~
confiance, iI ne pouvait entrer au scrvice de
la famille régnante, sans s' auirer le soup~on
de s-'etre laissé guider par l'intéret perSOlll1el.
Sa bravoure et ses talens comme ingénicur
étaient si bien connus dans toute l'Europe,
qu'jl Te«;ut des oITres de deux cour8, ecHes de
Baviere et de HoUande; mais iI refusa de les
accepter en alléguant les memes raisons qn'il




• ( .55 )
avait donnécs au roi de France. 11 vécut retiré
dans sa maison de campagoe, et iI y serait
saos doute encore, saos les vexations que les
administrateurs subalternes, pour la pluPjft ser-
viles instrunlens du pouvoir, savaient faire iomber
sur ceux qu'on soup<;onnait d'etre ennemis de la
légitimité. «. S'ils avaient voulu, dit le général ,
me laisser au coi n de moo fea, sans me dire
mot, j'aurais été ~atisfait, et je leur aurais dit:
AlloIls, mes amis, vous eLes les maitres, c'est
votre tour. Eh bien! jouez, dansez, trio m-
phez et laissez.-moi dormir; mais ils ne le vou-
lurent paso »


L' Augleterrc nOllS offi'e ~ aussI bien que la
France, des cxemples de tyralls du Las étage eL
de gens sans mission, mais animés d'un exces de
zele, qui, pour s'attirer l'attention des pcr-
sonnes lnvesties du pouvoir, s'informent des
actions, ou me me , s'il n'y a rien a reprendre
de ce coté, de~ opillions de leurs voisins, eL
prou,ent leu!' dévouement en dénon<;ant ceux
qu'ils soup<;onnent de désaffiction (1). Le gé-


(1) Ce mot d'origine fran9aise, et que nous reprenons
pIutot que nOllS ne l'empruntons aux Anglais, est depuis
quelque tcmps asscz fréquemmcnt employé a notre trihunc
nationalc pour qu'il soit inntilc d'en expliquer le sen s


(Note dit lradllcleur. )


/




( 56 )
néral Dernard ne se montra pas disposé a se
soumettre aux visites officielle~ d'un maire et
d'un curé de village, non plus qu'a ceHe de
mess*s de la basse poliee de Paris; mais',
quoiqtien réponse a ses. réclamations, les pre-
mieres autorités aient désavoué toute .participa-
tion a des actes si vexatoires, un disciple. de
Carnot , un aide-de-camp du ci-devant Empe-
reur, ne pouvait espérer d' etre placé sous l' é ..
gide de leur protection. 011 le tracassa tant et
tant, que Ea patience s' épuisa ; e' est a10rs
qu'il s'adressa au gouvernelnent des Etats..;Unis,
et lui offrit ses services. lIs furellt acceptés avec
empressement, et le général ohtint, dans le
corps des ingénieurs américains, le meme rang
qu'il o~cupait dans l'armée fran<;aise. Les Etats-
Unis out acquis en lui un trésor inappréciable.
Depuis la derniere guerre , le congres' a eu
constamment en vue de fortifier les cotes et
les frontieres de l'Union " afin que, dans le
cas 011 une nouvelle )utte s'engagerait avec
quelque puissance étrangere , ]e territoire amé-
ricain se trouvat a l'abri de ces surprises. qui
causerent la dévastation de la capitale, et me-
nacerent la N ouveIle:' Orléans d'un sort sem-
blable. Le général Bernard fut chargé de faire
une reconnaissance générale du territoire de




( 57) ,
l'Uníon, et de drcsser un rapporl <lans Ieque!
iI devait indiquer tout ce qui lui paraitrait n6-
cessaire pour ren"dre complet le sySLeme de dé-
fense nationale, tant sur la cote que sur les
frontieres du Canada ,'des provincesespagnoles
et des pays .,habités par les Indiens. Il a déja
inspecté les frontieres du coté du luid i, et cette
année iI va explorer les lacs et leurs environs.
On ne saurait dire combien ce brave nülitaire,
afTaibli avant l'age par tant de veilles et de
campagnes, supporte gaiment les fatigues d'une
mission si pénible. Il parcourt le terhtoire en
tout sens; .et passe achaque instant d'un climat
sous un autre; les montagnes, les forels, les
marais et les savannes, ríen ne rarrete; et 1'01'-
gueil et la satisfaction qu'il témoigne de ce
qu'on lui a permis de vouer son temps et ses
talens au service de la république, sont vrai ....
ment admirables. Ce n'est pas .de la bonche du
général Bernard que vous entendrez sortir d'in-'
justes accusations dirigées contre le gouver~
nement et le peuple des Etats-Unis, et ce n' est
pas sur le compte d'un militaire tel que lui que
les Américains s'exprimeront avec froideur Ol~
manque d'égards. Je les ai souvent entendus l)l:O~
nancer son 110111 avee adnliration, el se mOlltrer
aussi ficrs cJu'un homme si disLingué ait choisi


..




( 60 )
) dustrie" profcsse ses opinions, et legue uu
» héritage intacL a ses enfans. » Si les Anléri-
cains parlaient ainsi ,qui pourrait les contredire;
quel est I'Européen frane et gélléreux, I'hOlnme
d'holllleur, qui ne reconnaitrait pas la vérité de
leurs paroles, et qui ne rougirait 'pas s'il se
trouv·ait quelqu'un de ses cOlnpatriotes parmi les
détracteurs de cette l1ation?


Ces réflexions m'ol1t été suggérées par lID pas-
'Sage de votre derniere "lettre. Si vous n'y cus-
siez pas - fait lnention du petit vohune qui est
parvenu i<ir il y a peu de temps, je n'en au-
rais rien dit moi-meme. La créance que je vois,
d'apres votre leUre et eeHe de plusieur.~ autres
personl1es, qu'on accorde a M. Fearon, en An-
gleterre, a pu seule me porter a parler de lui.
Lorsqu'un' de nos 'amis me' présenta le petit
livre en question , et me dit en sonriant d'étu-
dier sa nation, j' en parcourus quclques pages
l,;a et la, et je llle mis aussi a sourire. (( JI est a ré-
» gretter, me dit cet ami, que notre pays soít
) visité par tant de voyageurs de cette tremiJe,
» et si peu d'üne autre espece. Nous sommes
» un peuple jeune, ete'est peut-etre pour cela
» (lu'on nous nléprise. Mais nous sonllncs aussÍ
» un peuple (lui ero!t rapidcUll'llt eH force et
:'1) en prospérité, et peut-etrc a cause de cela




• ( GI )
» nous jalousc-t-on. Nous avons sans Joule nos
) défauts; quellc nation n'a pas les siens? luais.
) iI est également vrai que nous possédons des
» vertus. Un ennelni ne verra. que les premiers;
) l'mni qui signalerait les uns et les autres sans
» rien atténuer, et sans rien inventer par ma-
» lice (1), nous ferait autant de bien, qu'il se fe-
» raib d'honneur a lui-melne. Un tel homme l1e
» viendra-t-il jamais dans notre pays? Je regrette
) amerement que les étrangers qui le visitent,
) surtont les Anglais, soient pour la plupart des,
) pauvres ou des gens affairés, et des homD;les il.
) lettrés ou imbus de préjugés. Leurs rapports
) sontre~us faute de mieux, et deviennel1t la
» source OLt les journaux d'Europe puisent leurs
» juge111ellS sur le caractere national et les in-
» stitutions du pcuple des Etats-Unis. Tont ceci
» serait tres ridicule, si ce n' était pas propre a
» produire de tres facheux effets. Les traits de
)} la médisance laissen t des traces profondes;
) et je vois avec peine qu'on cherche a HOUS
) aliéner tout-a-fait d'nne natíon qui fut au-


(1) Les divers passages qu'on tt'ouve en caracteres itaJi-
{IHes '. sont OH des citations, ou des idiotismcs, ou des P:15-
sages éCl'its en fran~ai;, dans l'original.


(Note da traductcur)




/


) trefois la notre, pour laquelle nous avons si
) long.temps nourri une affection qu'on cut vu
) s'accroltre avec notre force et notre prospé ...
) rité, si la plu111e eucore plus~ que l'épée 11'a-
:» vait travaillé a la détruire. »


Je vous présente les réflexiOl>lS de· nQtre alni
sons une fO';~me un peu plus .oratoire· qu'eIles
n'ont été émises; mais jenevois pas deraison d'en
rompre 'le fil pour y intercaler les mienues, qui
n'étaient certainement ni si bien exprinlées ni
aussi appropriées au sujeto




( 63 )


LETTRE V.


Pisite ti P4iladelpkie. - Obserpations sur la
~ociété des Amis. - Lois et institutions de
William Penn. - Code pénal. - Aboli-
tion de la traite des Noirs. - Ajfranckisse-
ment des esclaf'es dans lea étata da Nord.
- Condition des negres dans ces états.


Philadelphie, mai 181g.


J e n'ai pas eneore eu un moment a moi depuis
mon arrivée dan s eette ville. Les familles pour
lesquelles nos arnis de New-York et de Jersey
nons avaient donllé des leUres, nous ont ac-
cueillies de la maniere la plus aimable et la
plus empressée; etplusieurs autres, sans avoir
hesoill d'aueuuc. reeommandation de ce genre,
et sur notre seul titre d'éh'angeres, ont imit.é
lenr exemple. Elles ne HOUS out pas laissé le
temps , je ne dis pas de peuser a nos amis de


/~
!
'·1


~




( 64 )
l'anclcn monde,lnais de lenr donner par écrit des
lnarques de notre souvenir.


On m'avait donné a pens~r. que les citoyens
de Philadelphie devaient etre moins affables
envers les étrang~rs que ceux de New-York :
l'expérience n'a pas confirmé l'opinipn que
je m'étais formée a cet égard. Nous devops
rendre un témoignage sincere en faveur de
leur urbanité. On trouve, il est vrai, au
premier . "abora:, quelque chose de froid et de
grave''- dans J'alr etles manier.es des habitans
de cette ville"," co~parativem~n~ aux manieres
vives et ouvertes de ceux de New:- YOJ;'k; du
moins tel est le jngement que nous en por-
tames; mais peut - etre ce jugcment fut-iI in-
fluencé par "le souvenir de l'aménité si exquise
de l'aimable société que nous venions de quit-
ter sur les hords du Raritonet a *** en Pen-
sylvanie.· Cette froideur, au reste, se dissipe
par degrés a la fréquentation, et ce qui en reste
peut etre attrihué au caractere du grand. phi-
lantrope fondateur de la ville, et par la excite
une sorte de res pect. . "


Bien que nous ayons trouvé quelque quié-
tisme dans· la société, nous y avons remarqué
lnoins de quakerislne <Iue nous nc comptions;
et j'avoue que jr rus un pcu désnppointéc, lors-




( 65 )
qu'en faisant pou!' la premiere fois le tour
d'un salon, mes yeux n'y áper~urent nulIe
part l'habit brun-clair des fiJs de Penn. Il est
tres vrai qu'un homme n'en vaut pas mieux
par cela seul qu'il porte un habit de cette cou-
leur ; nlais je orois qu'il est souvent meilleur,
quand iI appartient a la société des Amis.
Rien ne m'a jamais plus peinée que le ridi-
qu' on lance inconsidérément contre {les mem-
bres de cette société des Amis. Je ne veux pas
les appeler quakers:l paree qu'ils repoussent
ce nom; il leur flit donné en -dérision par
(les ~eflS qui remarquerent la singularité de
leur langage et de leurs manieres, mais qui
n'étaient pas capa bIes ~d'apprécier les ver tus mo-
destes qui les distinguaient bien plus encore
de toutes les sectes religieuses et de toutes
les associations qui existent sur la surface du
globe.


Les enrans du pacifique et bienfaisant Wil-
liam Penn ont hérité non - seulement du cos-
turne de ce bOll patriarche, lnais aussi de ~es
mreurs simples, de son active philantropie, de
s~ douce tolérance et de son infatigable cba-
ríté; ils ne pensent pas le mal, et ne recher ...
chent pas la louange.


Les annales du genre humain ne nous offrent
J. 5





e 66 )


pas un nom plus cher a l'humanité et a la li·"
herté, que celui de Penn. Cet ami de ses sem-
blahles réunit toutes les vertas, et posséda
les qualités grandes aussi bien que les quali-
tés aimahJes. Son intrépidité brava le C01UTOUX
du pouvoir; son- humilité 'chrétienlle luéprisa
les leurres de l'ambition ; et, tandis que son
courage résistait a la persécution, sa douce
hienveillance ne condamna jamais l'opinion des
autres. Sa ,religion n~était pas dogmatique ni
sa vertu ,auster~. 11 était tolérantparmi les bi-
gots, inflexihle devant lestyrap.t);patient av-ec
les factieux , humain enveriles crlt».inels, fraIle
et juste ayec le sauvage. cornme ayec l'homme
civilisé. 'Qu'elle doit etre fiere la république
qui a été fondée. par un tel.homme, et qui , par
son histQire, a consLamment honoré le nom de
son fondate~r! Et· combi~n clleest digne de
vénération cette société, dont iI fut l'un des
premiers membres ; qui imite ses reuvres de
bienfaisance et de miséricorde, et, a son exem-
pIe, tempere les rigueurs de la justice envers
les criminels, soulage les malades, les pau':'
vres et les prisónniers, enseigne la vertq all-X
ames vicieuses, l'humanité aux creurs durs, et,
par ses soins et ses consolalÍons , adoucit toute~
les miscrcs de la vie!




( 67 )
Quel calme et quel silence régneraient dans


CB monde lnaintenant si bruyant, si t9utes les
sectes et les associations seconfendaient dans
la sociétédes Amis! Nous vivrions , il est vrai,
saos heaucoup pécher et sans beaucoup souf-
frir, rnais aussi 'saos exercer la moitié de ces
facultés corporelles et mentales que le eon-
Hit des passions humaines met en jeu. Serait-
ce •. un bien, serait .. ce un mal pour nous ? C' est
Ce qu'il n'importe guere de rechercner, paree
qu'il y a aussi pen de chances que':1íousde'fe-
nionst()us-~mi8't"'qtril'y '~fi,:at;qtleí!fiOtlS' deve-
ni&nit to\um~MT9 á'ñkes'; rtlais, dans l' état ou est
notreglohe, théalre de bruit et de querelles,.
iI est doux de voir ees enfal1s de paix s'avancer
tranquillement au luilieu de la tourbe insensée,
et ne songer qu'a pratiquer une vertu san s
faste et une eharité san s ostentation.


Ce fut avec un grand plaisir que j'appris,
au hout de tres peu de temps, que beaucoup
de gens qui ne se ront remarquer par aueune
singularité ,de costume ou de langage, appar-
tiennent néanmoins a la soéiété des Amis, se
font gloire d'en etre membres, et sont fiers de
faire remonter leur origine jusqu'aux. hornrnes
paisibles qui les premiers s'établirent sur le sol
de leur pays.





( 68 )


1 . 1 . 't' , t t ' lA 1 ' el a socle e s es res sagement re ae leC sur
quelques -unes de ses regles. Il n'>est plus né-
cessaire que ses membres renon~ent a d'inno-
eens amusemens, ni a une honnete profession,
et iIs ne regardent plus comme des choses im-
portantes d'employer, en parlant, a quelqu'un, la
seconde personne du singulier, et de préférer
a tous autres le drap brun-clair et la soie gris
de pede. Quant a la pureté de leurs mreurs et
a la droiture de leurs actions, ils les ont con-
servées intagt~s; c'est la le point essentiel et les
seules conditio~s de rigueur. Un: 'membre de 'la
soeiété doit ctre honncte hommé;' :apres " cela,
il peut porter tel habit qn'il lui plait. Il est a re-
lnarquer aussique les Amis montrent aujourd'hui
heaucoup d'indulgence pour les folies et meme
les fantes de la jeunesse. Un jEmne hornme
qni se conduit mal e5t réprimandé en secret,
et OH lui donne un temps assez long ponr ren-
trcr dans les voies de la sagesse et réformer ses
habitmles vicieuses, avant de l'expulser de la
société. Aussi l'expuIsionest-~lle regardée comme
une tache a la réputation d'un hOlllme, nlcme
par eeux qui appartiennent a d'autres sectes,
paree qu'il est reconnu qu'on n'y a rccoul'S
que dans le cas ou le vice est fortement en-
raciné ct le mall(lue de proLité hien prouvé.




( 69 )
II est sans dqule fort sage, a mesure que les


rjchesses augmentent, et que le luxe et les raf-
liriemens qui en sont la conséquence s'intro-
duisent dal1s le pays, que cette vertueuse so-
.ciété abandOl1ne quelq~es - unes de ses regles
les moins importantes et qui, dans un siecle
nloil1s avancé en civilisation, 'convenaient a la
condition de ses lnembres, tendaient a leur
c~nserver des mreurs sir~ples , et détournaient
leurs pensées de toute espece de faste et d'a-
lllusemens frivoles. Si elle ne se pliait pas jus-
qu'a ~n certain p,oint au~ usages du temps,
~eslll~JJ.lbres cesser~ienide se plier a ses regles,
et ,cette école de viaie plii1osophie chrétiel1ne
serait abandonnée cornme le fut cel1e des in-
flexibles stolciens, lorsque les progres des lumieres
rendirent ses regles ÍIuportunes et meme ridi-
cules. En applaudissant an bon sens et nI en le
a l' esprit libéral des membres de la société
des Alnis, si supérieure en cela a tant d'autres
associalÍons Olt un attachelnent scrupuleux aux
formalités extérieures a trap souvellt survécu
aux príncipes et a l'esprit qui leur avaienl
primitivement serví de base, je ne puis nl'elll-
pecher de fitire remarquer que, par cette sa-
gesse, nOll- sculemeut elle s'est assuré une exi-
slellce plus durahle , Iuais encorc elle a OpPOS(~





.. ( 7° )


un plus grand obstacle auxprogres dllluxe, qu'clIe'
n'eut pu'le fairC par une résistatiee plus opiniatre.


Quind' oh ,; observe avec un: peu d'áUention
le~ llabitáñs "decette villt:: lIlorale''Ct' bien reglée,
on temarqüe lin plus grand'süin" apporté a'
la" proprété ainsi qu'a i m simplicité de H\ mise:
chez les membres' de la soeiéte :des Afnis, que
chez Ceux de' toute autre congrégation~' 'Les
jeiInes"filles, il est vrai, portent souvent "deS
fléurs et des phl1nes i; memé ~dans l'assemblée re-
ligieuse;' nHiis ~ir~n'est<p'as ~are'de les vóir s'en
dépobínér';ilorsqueCWéz'en~s le~:iaü$"" tuélit ~lá'
vanité en détruisant laheatit!é~ Auí:Jreste-' , a'
l'air plus posé de la maitresse de la maison,
aux . manieres plus réservées de toutes les per-
sonnes dé la fainille, et quelquefois par le se-
cour~ des portraits' en bonnets ronds et' en
fiehus bien empesés ,qui tapissent les murailles i
on peut distinguer la demeure de ces enfans de
la paix et des bonnes reuvres, de ceHe de
tous les autres citoyens.


Je n'aiule guere les JIlúdes de nos, ancetres ,
et quelque absurdes que' soient souvent les no-
tres, . elles sont en général de meilleur gOlit.
Je ne voudrais done pas voir tout un pel:lple
sous l'accoutrement des Amis; mais j'ai pensé
(luelqucfois (Iue je ne serais pas fachéc de vOlr




( 71 )
les fil1es des républiques alnéricaines habilléeS
1lvec cette simplicité, qui forme la beauté essen-
tiene de tout ce qui appartient a une jelme dé-
mocratie. Je dirai .toutefoÍs des femmes de Phi-,
Iadelphie ce que j'ai dit ailleurs de ceHes de
New- Yor\., que,. bien que vetues des plus ri-
ches soieri~s de France et des lndes, elles sont
toujours mises avec une décence convenable,
et ne sont pas, comme ailleurs, vetues de ma-.
niere a donner mauvaise idée des moours de
Ieur mition. Vous lne trouverez, pe~t~etre un.
peu pédante pour . roon age, ,lP.~~ de ne" puis
m'empecher, de juger en partie du caractt~re na-
tional d'un peuple.1 par la forme générale des vete-
mens qu'il porte. On ne saurait toujours pren-
dre des manieres fi'oides et une orgueilleuse pru-
derie pour de sllrs garans de la pureté de l'ame;
maÍs quand les vetenlens sont arrangés avec
décence et simplicité, on est disposé a croire
a la modestie et a la raison des fenlmes," Je ne
puis encore tont-a-fait accorder la derniere qualité
aux jeunes Américaines, mais je leur reconnais
pleinement ceUe innocence de creur qni em-
.\11 ;"d' pec le eur galte outre-passer en aucune occa-


sion les hornes de la décence; et quoiqu' elles nons
dOIlncnt quelquefois lieu dc sourire de leur vanité,
)amalS HOUS n'aVOlls a rougir de leur immodestie.




• ( 72 )
Il serait trop long de vous citer les lois hu-,


maines et les· sages institutions dont ce pays est:
red~vahle a la société des 'Amis. Penn fut, un,
de ces hommes rares <fUi ·'apprirent.la eha-
rite a' Yécole de l'oppression. A ,une ( époque
oa les catholiques persécutaient les pfo\estans,
ou 'les protestan s les catholiques,' selon que,
1?un ou l'autre parti ohtenait la pré}lQndé-:
rance;; ou'-<les défenseurs de l' église réformée,
apres avoircornhattu pour la liberté de con-
seieIJte\, refasérent alix. autrescette liberté pour
laqu~lle,.ik,;~vaiellt~,ené .leul'.·soog-,.et mirent
en vigueur des, lois 'cruellesi eontre ,toQS C~UXi
qui s' écartaient ·de ses doctrines et de ses for~es,
le doux:, mais courageux Penn non-seulement
défendit póur lui - meme le droít de liberté d' 0-
pinionreligieuse" mais encore le revendiqua pour
tous ses semblables. S'étallt uni a une secte
obscure et persécutée qui profes~ait l'amour de
la paix et pratiquait des bonnesreuvres, au
milieu d'un monde OU régnaient la bigotcric
et l'égolsme, on le vit, avec l'énergie de la vertu
insultée et de la liberté outragée, affronter un
tribunal iDique (1). ~pres avoir subi des em"


(1) La vigoureuse allocution de William Penn a 'un
j ury de Londres ne sera jamais oubliée par les Anglais.




( 73.)"
prlsonncmens', des amendes et des, ouLrag~s,
et soufIert tout <;e qtli . pouvait exciter l'indi-
gnation et le: désir ;de l~, veflg~a·nce dans l'a~,
d'un homme, ce Ichfé~ien hienf~is.ant, ce, ,vé...;
ritable philosophe, employa sa fortune. a pro ....
cure!' u~ havr~ de repos, I\on;~%'~ultmi~nt ~. ses
freres persécutés, ·mais ~~fflau~ persécutés:
de tomes les sectes et de tous l~ pays, Untl
coloniede ces infortunés fut fOlldée pa:r 1\\\
dans les déser~s du NOUVea1l .... iMQnde~ La" il
organisa un gouve~J,lement, te) :que..lep(>tw:~i~
fut en vénération. au.pf,}Up~ 11 ,et'~ qu.~\ le;.;/p~upl~
fitt.gara¡a.ti, ~4~~,.·ilhu$¡ ,·de ce pOllvoir; et il dé ..
clara que nul hornme reconnaissant l' existen ce


On l'avait traduit <levant le tribunal d'Old-Bailey, pour
avoir parlé enpublic conformément auxregles de sa secte.
Le jury, apres avoir écouté sa magnanime défense, rendit
un verdict portant: Coupable seule~ent d~ apoir parlé
dans Grace-Church-Street. La cour cléclara que ce n'était
pas un verdict, ct ordonna avec mena ces aux jurés de
reviser leur sentence. Penn alors leur cria: Vous etes
Anglais! songez a vos priviléges! n~ abandonnez pas vos
droits! A1.1Ssi pleins de gral1deur d'ame que le prévenu lui-
meme, les jurés demeurerent enfermé s pendant toute la
nuit sans feu et sans alimcns, et quand la cour s'assembla
le Jendcmain matin, ils rendircnt un verdict de non COlt-
pable. 011 les condamna a une amende de quar.1l1tc mal'c.t;
chacull, et on les envoya en lwison avec l'accu?é.




• ( 74)
d'un Dieu,' et vivant paisiblement dans la so ..
ciété, ne pourrait ctre molesté a cause. de ses
opinions religieuses, ni forcé de contrihuer fa
l'cll;tr-etien desmi,nistres d'QJle'religionquel~
C9p.gl;le.


Ces principes de liberté ci vile et., religieuse n~
fw:ent ,jamais abandonnés ,par lescolons, et ror ..
nlt!rent un contraste frappant avee la higoterie
des, . p:uritams de la Nouvelle ... Angleterre et
des· luthériens d~ lélVirginie. Penn ne fut
p~, il~tz"",ra,i:,:·]e premier ti: établir l'égalité
religie~r~IWIJ.e,ua;dl'oit.~: (ie\l!wnneul: ~t, du
a Léonard Calvert, cátholiquel'rMm6in"~\;~,,
en 1634, environ un demi - siecle avant que
Penn vint s' établir sur la Delaware, avait pro-
clamé les memes principes dans la nouvelle
colonie du Mary land ; mais .les sages décrets
de ce fondateur duMary)and, f~ent, annulés
par rautorité de la métropole, d'abord pendant
le triomphe du puritanisme, sous Cromwell,
et ensuite, apres celui ,du luthérianisme, sous
Guillaume, quand des éveques protestan~' furent
éta~lis, en vertu d'une loi, dans une 'province
dont les principaux hahitans étaient catho-
liques. La Pensylvanie devint célebre parmi
les autres colonies, comme l'asile des hornmes
persécutés pour leur croyance. Les calvinistes




/


( 75 r
pouvaieut se réfugier a la Nouvellc-Angleterre,
les luthériens en Virginie; mais les forets de
la Pensylvanie offraient un refuge aux hommes;
detontesles§ectes; et, al'époquede lt\rév<r'
Iution, eet état fut du petit nombre de, ceux:
qui n'eurent: pas:'t.ahroger des lois iritolérant~
contre, la 'liberté" religieuse, ni' a détruire les"
privilégesde quelque euIte dominant.


L'huinanité est aussi' redevable a WiHiafu:
Penn des premieres hasesde ce beau code' pé-
na! quÍ fait aujourd'hui: 'l'admiraaónc;~es"', pui,.;,'
blicistes éclai® 'tle,'U>usi le~;~puys)EW~trthmtén:állt¡:;
la ~peine'-derlft'mrtc\uootréri'assassin, dethommesi
doux semhle plutot avoir rendu la sentence du
sang pour le sang, conformémellt a la 10i di-
vine telle qu'elleest exposée dans l'Ancien-Tes ..
tament, que d'apres la conviction de son uti-
lité. Le code de ce législateur humain fut réformé
par le gouvernementanglais,de meme que les dé-
crets tolérans de Calvert. A pres la révolution,
grace aux efforts de quantité de philantropes, a
la tete desquels on distingua le vénérable Fran-
klin, William Bradford, Caleb Lowndes et le
docteur Rush ., le code du fondateur de la Pen-
sylvanie rempla<;a encore une fois les lois san-
guinaires de la vieille Angleterre. Vous connais-
se·z sans doule les écrits du docleur Rush sur ce




• ( 76 )
sujeto Je me rappclle d'en avoir In tUl OLI il dis-
cute, habilement la question de savoir, s'il est
juste' et' pon.tique de punir de mort meme un
meúrtrier. Il s'efforce, je erois, de réfuter l'expli-
cation du passage en vertu duque Penn avait


r
adopté. eette disposition. J e ne sais jusqu' aquel
point la réfutation ,-en 'ce eas, est possible, mais
elle neme parait pas importante. La loi de
MoiSe' n'est ni la )oi des chrétiens, ni la 10i
des nations ;et' si nous nous dispensons de la
,gnirre,dan9"d~ittres'f:as, on doit nous le per-
met.tré·dang;ccelui.:..ci. 1 ":


La répnbliquede Pensylvanie a-;ida:ns son . .code
général, eomnle antérieUJ~enlent sur la question
de la liberté religieuse, donné un JJel exemple
de sagesse et d'humanité aux autres états; ils ne
tarderent pasa lesuivre. Dans toute l'étendue
de l'Uu1on , la peine de' mort est aujourd'hui
abolie ponr tous les crimes, exeepté le meurtre
commis avcc préméditation; tons les ehatlmens
puhli~s ,el toutes puniLións corporelles autres
fIue l'emprisonnement et un travail proportionné
aux forees du prisonnier, ont été également aho-
lis (1). Les désir& du doctenr Rush el de qucl-


(1) 1l faut dirc que ce colle a élé modifié dalls quel-
tIues états du Sud) en ce qui conccrnc les csdaves. La




( 77 ) .
qucs anLres philantropes, n'Ol1t pas cncore été
remplis , relativeIllcnt a l'abolition de la peine
de lnort, ponr les cas de meurtre prémédité. En
considérant l'atrocité de ce cdcne, on sentqu'il
n' existe pas de chatiment assez sévere pour le pu-
nir; mais avec cette conviction, on petlt en-
core demander si la peine de mort a été sage-
¡nent choisie. L~ emprisonnement ·solitaire ( ou le
secret ) est une peine plus terrible et plus :Fe-
doutée que la 1110rt. Dans les prisons des Etats-
Unis elle a donlpté les crilninels les,plus.en.dur{;~s,
et leur a fait souffrirdes t()l'tU'\'~dR~Q.tales1ll'ils ;
aurai.ent ,~oulll.,.échanger lColltre les' horreurs
passageres de l'échafaud (1). Ce n'est done pas par
pitié ponr le coupable que la modification dont
je parle a été proposée.


l)iraterie ,jusqu'a ces derniers temps, avait toujours été
punie de mort; une loi du congd~s a derniereinent com-
mué cctte peine en celle d'un emprisonnement rigoureux,
excepté dans certains cas d'une gravité particuliere. Un acte
de trahison ouverte (pour Iequcl personne ene ore n'a été
condamné), et le cas d' etre arreté en mer faisant la traite
des es claves , sont les autres crimes auxquels les lois des
Etats-Unis appliquent la peine capitale.


( 1) L~ emprisonnement solitaire est quelquefois tempo-
l'airement infligé , suivant le régime des prisons de Phila-
delphie, soit daus le cas de cl'imes tres graves J soit..surtout




.' ( 78 )
On prétend que le hutprincipal des punifioll~


juridiques estl'ex,emple. Je ne sais pas jusqu'a
quel'PQmt le ·législateur. doit sé' laisser guider paY
ce principe; mail ce qu'on ne]~eut nier, c1est
qu'il doit faiTe en sorte que l'exeutple , c~est-a­
dire, que l'e~etde la sentence' du, jugeet des
souffran€es ducondalnné sur. l' esprit· des'specta-
teurs, ~it moral el puissanL Ne doit-il·pas'pren .. '
dreg:,lfdeque lapitié pour le crÍlninel n'aille'
jllsqu'au .~int de;diminuerl?horreur de son
crjJIl~, et~;q~,·notfe andigoatitm ne soit détour:
née ileé&Qll;:.ohjet:~utile:'et mQ1111Itpar:"Utié') viveim .... '
pressionsur notresemi~ .pby~e? La::ou
les exécutions sont fréquelJtes, aureste, on a re ... 1
nmrqué qu'elIes rendentl'ame insensible aux souf~
frances du condamné, et par conséquel1t l1e pro ..
duisent qu'tm effet· décidément pernicieux. Ac--
coutumer, l'homme a voir couler le sang" c'est
travailler a rendre son eoour féroce. Une foule·
irnmense d' Anglais , hornmes, femmes et' enfans ,
entourent l'échafaud de l'assassin ou du volellr;
avec une avide curiosité, comme les Fran<;ais ,
durant les sanglantes tragédies de Robespierre,


llour dompter <.les caracteres extremement vicieux. La du-
rée,de cette peine est proportionnéc a la comluite du pri ...
sonnier.




( 79 )
entouraicnt celui d'un citoyen vertueux, d'Ull
courageux. phil~ophe, uniquement pour se
procurer des émotions, ou peut - etre pour voÍl"
comment la malheureuse victime suhirait son
sort. Au contraire, la ou les exécutions sont ra-
res, elles excitent naturellement une horreur sans
mélange; l'atrocité du crime et la perversité du
coupable _ disparaissent par l'effet d'une violente
impression sur nos organes; celui que notre hou-
che maudissaít, et dont l'aspect seul.glac;ait:no-
trecoour, est métamorphosé >tout-a~~up en un
ohj(!t .de cOlnpa$Íon-'1etnollSloub~Ms;";nóÍFs
f~ai~A q~ \8OQ. -.g ... nmselle -a nospieds;
l'aS8~sin, a nos yeux, n'est plus le misérahle au-
queIon vient d'arracher la vie, mais l'exécuteur
mercenaire de cetacte harhare. Est - elle sage la
loi qui se joue ainsi de "nos sentimens moraux ?
Pour prouver ce que je viens d'avancer, je n'ai
pas hesoin de nr'appuyer sur les raisonl1emens
de~ philantropes; j'ai en ma faveur le témoi-
gnage de quantité de citoyens des républiques
américaines; et je puis affirmer, d'apres eux, que
lorsque les exécutions sont rares, cOlnme elles
le sont dans cet heureux pays, elles ne produi-
sent d'autre effet que d'exciter de l'horreur a
la vue des souffi'ances infligées au cOlidamné,
et de .. la conunisération pour le malheureux qui


~ (1
\~ ... ~.~




• (80)
les endure. Cela est si vrai" qu'lule" foÍS ou deltti,
l'exécution -d'un pira te convaincudes ,·crinleB,les
plus atroces ,a 'offert ici ¡ l'apparence d'un l1lar-
tyre: lorsqu'on·le tira de laprison'poor 1& -mener
itlamort, la ,foule se p<1rba )Su~·'SOn''Passage·, et
le,;oontempla avec tout le respect'"<!'le,}el"ci-
toyensde Rome monltraient pour -le général vain-
fJueur qui r-entrait dans leurs murs, au' ,milieu
des boBlleurs: ,da triemphe. L'enthousiasme gé-
néml.g¡Jgna -le uimÍJ.:llel··lui-meme, -et iI mOl1 ta 'a
l«hafalld':'awn~tb I,~.sté . de K:emble (1), lors--
~,.dande ~ ,j(Í~ri~lan~.il vieG:t 'Slasseoir atl
foyer de son Jcnnerni ; la ~scene¡ sent.ermina: pa~ ~e
procession du peuple au 'cimetiere, et -tesrites
de la sépultU're 'chrétienne. Une exécution trans-'-
formée de ,la sorte ·en une tragédie héroique , up"
procbe un pea de ;la faree ,et manqlle nécessai-
rcment ~s(}u;'but; mnispent-il enetN autTement
·dal1s un pays oules yeux-d-e l'homme ne sont
pttint habitués 'a la vue des souffranccs de son
sernhlable? La fante n'en est pas au peuple-,mais
a la loi ..... Que dis--je? la loii~i ~st faite pai" le


(1) Le premi~~ tragédien anglais de l'époquc actuelle.
Cct acteur a quitté son pays depuis (luc1ques années pour
}l:asscr sur le cOl~tinellt. n réside aujourd'hui a Gel~eVe.


(llóle clutradl~cteiu·.)




• ( 8t )
péuple ; la faute est done a loi, et il est temps
qu'il1a répare.


Je dois vous faire remarquer qu'il ne me sem-
hle pas que la terrear de l'exemple soit l'effet
qu'on se propose d'obtenir ici de la peine de
m.ort; et je sui~ortée a eroire que si on Jamain-
tient dans le code, c'est d'apres la persuasion
que, pour le cas le plus grave du crime de mew:-
tre, la justice, abstraction faite de tonte conai ...
dération étrangere, demande lesang ·pour le.
sango Mais ce principe de.parihlte~rétrihution,
ne peutexiger. qU,..on,cpr.odhise~ ... :.dfeb:perm-
cieux.;:sp.J:¡ .lea.·~rs:ét les sentimens du peuple,
ni qu'un citoyen 5.oit chargé des fonctions de
hourreau, f.onctions qu'un homme ne devrait
jamais etre appelé a remplir. Il est rare, a la vé-
rité, que ce ministre de la m.ort s.oit mis en ré-
quisiti.on dans ces bienfaisantes républiques; la
valeur de la vie d'un etre huma in y esi c.on-
nue, la dignité de l'homme sentie et appréciée.
La l.oi ne peut le m.olester san s sujet, et la
justice ,excepté p.our le dernier des erimes, de-
mander le sacrifice de sa vie. Ce n' est pas pour
l'avantage des criminels, mais p.our celui de la
société, que j'unis mes vreux a eeux des philan-
tropes américains qui désirent voir rayer de Ieur.
c.ode la peine de mort. .


1.




( 82 )
L'humanité a encore de grandes ohligalions u


la société des Am,is, pour son opposition active et
persévérantea la continuation de l'odieuse traite
des Roirs, et ses infatigables efforts pour ohtenir
l'abolition de cet infame traBc; effQrts qu'aucun


'ohstacle ne put ralentir jusqu'it .. quils eussent
été oouronnés,d'un, plein sucees. 11 est heau de
voir, les simples et modestes amis de l"bomme
éle·ver leurs voix dans les deux hémispheres con-
tre, le plus atroce de lous les crimes qui aient
-IOuillé ,1?hist0ire'moderne. Toutes les colonies an-
glaises : de llAtmérique' septentrionale peuvent
prétendre a l'honneur' d'avoir cédé¡" a~ec une
1enteur et une répugnance marquées, a l'exem-
pIe des Européens, qui allerent chercher sur les
'cbtes. de la malheureuse Afrique des hornmes
pour,entr.afuquer" et d~avoir vigoureusernent ré-
slst.é aux décrets barbares. de la; m.ure-patf'ie,
qui fit du nouvcl hémisphere le manché cru elle
w-endait les infortunées vietimes d~ son avarice.
l..es premieres Iois des COIOllS de la Nouvelle-
Angleterre concernant cet ohjet, réfléchissent sur
ce peuple naÍssant, une gloire dont ses descen-
dans peuvent etre, fiers. La lutte des assemblées
législatives de eeUe colonie eontre l'autorité su-
pr-elne de la métropole, pour empeeher, des 1'0-
rigine de cet abonlinable trafie, l'iIr..porlatiol1 des





( 83 )


noirs sur le territoire oe la eolonie, figurera avec
non moins d'honneur dans les annales de ce
pays, que ses nobles efforts pour conquérír l'in ...
dépendance nationale.


Des que la société des A mis se fut établie en
Pensylvanie, elle s?opposa au trafic des noirs; et
si elle eut fornté la majorité de la population
( ce que ses· institutions libéraIes tendaient a em-
pecher), iI est probable que les Européens . mar-
chands d'hornmes, auraient trouvé qu'il était iIn-
possible de transplanter des esclaves ~oirs sur-
les riv~s de la Delawal're ; toutefois il· faut ~
rappeler que" sur ce point, t la volonté de l~
métropole était inflexible, ef qu'un décret de
prohibitioll absolue, rendu en Pensylvanie, eilt
été traité cOlnmecelui de la province de Massa-
chussets. On ne tenta donc pas l'impossible; mais
nombre de dispositions restrictives furent adop-
tées, et les marchands étrangers ne purent jamais
s'assurer d'un marché pour les esclaves africains,
au nord du Marylandt


Un fait remarquable, et qui plaide fortement
en faveur. de la liberté civile et religieuse (si
dans le siecle présent c~s deux libertés pellVel1t
avoir hesoil1 d'etre défendues par des argumens),
c'est que dans les provinces ou l'autorité de la
métropole fut impuissante pou!' établir une église


6 ..




t


( 84 )
privilégiée, le commerce des esclaves fut regardé,
des le principe, avec horreur. La religion y fit naitre
dans tous les creurs des scrupules qui fixerent
promptement l'opinion sur un trafic si odieux,
quand on le considere sous le rapP?rt moral et
politique ; tandis que, dan s les état.s européens
soumis au joug d'orgueilleuses hiéraTchies,et dans


/ les colonies Otl la suprématie de l'église. an-
glicane: avait été établie par la loi, les esprit s
furent lentsa ·reconnaitre tont ce qu'il a d'in-
fame' et d'áhominable.On ne saurait douter ce~
pendant que la différence d~: :climat. entre les
provinces du midi·et du nord de l' A~é~ique an:'"
glais~ n'ait contribué encore_ plus que la diffé-
rence de principes religieux de leurs habitans res-
pectifs, a produire une répugnance plus marquée
pour le·' eommerce des escl~ves '. daus une régioD.
que dans l'autre. Nous ne i pouvo~ néanmoins
interroger l'histoire des divers états de l'Union,
sans compter ponr quelque chose la différence
d'influence de la religiolldans les pays ou ses
principes furent inculqnés librement dans les es-
prits, et dans ceux Otl ses formes furent établies
par des édits coercitifs.


Les terres basses el marécageuses qui s'é-
t~ndent le long des cotes et des grandes ri~
vieres des provillces du Sud, chargent l'atmo~




( 85 ) •
;~phere de núasmes putrides qui engendren t des
maladies fatales a la population blanche. Cette
circol1st&nce fit naitre la tentation d'employer
des Africains, au tempérament desquels le cli-
mat devait etre mo~s pernicieux, et les ~o­
lons ne surent p~s résister aux offres des Inar-
chands d'esclaves (1). Il ne faut pas oublier
cependant que ]a Virginie, lorsqu'elle était en-
core une colonie anglaise, eut horreur du
crime qu'on l'avait engagée a commettre. Les
ami s de l'humanité se rappellent avec plaisir
ses représentations adressées au tronebritannique
pour qu'illa délivr~t dé l'esclav~ge, de cefléau
domestique' , dont 'on l'avait amigée : quant a la
maniere dont ces représentations furent écou-
tées, les amis de ce trone n'aiment pas a se la
voir rappeler.


L'histoire de l'esclavage des noirs est a la
fois la honte et l'honneur de l' Áluérique : la
honte, elle la partage avec le reste du monde
civilisé; l'honneur lui appartient tout entier.
Placée dans une position quil lui offrait\ toutes
les tentations possibles dé recourir a l'impor-


(1) Il est honorable pour la Géorgie d'avoir résisté pen-
(lant plusieurs al1nécs a l'importation des esclaves sur son
territQirc.




t ( 86 )
tation des esclaves ; sollicitéc d'ahord par lC5
voíes de la persuasion et de la flatlerie, et
ensuite cOlltraintc par l'autorité de la métropole
d'adopter ecUe mesure inhumaine, elle pro- ,
testa Ilautement lorsque ~utes les nations de
la terre gardaient le silence, et eHe osa, sans
eonsulter sa faiblesse, prendre contre un puis-
sant empíre le partí des malheureux esclaves
jetés sur ses bords. Elle fut la premíere a abo-
lir la traite ~ (l'abord par les lois des dí"crs
états, parmi lesquels celui de la Virginie donlla
l'exemple, et ensuite par une loi du gOllver-
ne~cnt fédéral : plus de douze ans avallt que
le parlemeut anglais ne déerétat l'aholition de
la traite, elle avait élé aholic en Améri(luc
par un aete du congreso Il y a vraiment quel-
que chose de grand, de beau et d'admirable
dans l' effet de la liberté sur· le ereur huma in.
Ce congresétait composé en grande partle de
représent.ans des états 01.1 l'esclavage était en
vigueur, d'homnles qui pos~édaiellt des cs-
claves. Si, pour prononeer l'abolition de la
traite, les Anglais eussent attendu que les plan··
teurs des lndes occidentales votassent en faveur
de cctte mésure, quand aurait-elle été adop-
tée '? J e ne cherche pas a ll.ire une compa-
raison injurieuse. Je sais qu'il y a eu parrni





les pJauteurs des ludes occidentales quclques "
hornrnes qui, par leurs/ vues nobles et désin··
téressées , se sont distingués de la tourbe des
opposalls a l'abolition de la traite; si, chez
les Áméricains, c' est le petit nombre qui for-=
mait l'opposition et la masse qui penchait dlA,
coté de l'humauité et d'u~ sage politique, 11
faut l'attribuer aux institutions plus l.ibérales
sous l'empire desquelles vivaient les planteurs
des Etats-Unis.


Aujourd'hui que la question de la traite.'.a
été tant discutée, .et qu'Ql1 s'étonne qu'on .~\
pu mettre en doute l'illégalité et l'inhnmanité
de cet infame trafic, iI est difficile de bien ap-
précier la conduite des colonies américainesqui,
plus d'un siec1e avant que l'~ttention de l'Eu-
rope fut tournée sérieusement vers les horreurs
d~ ce criminel négoce, rendaient des décrets
pour le prohiber. Quoi qu'il en soit, il fut im-
possible a aucune des provinces d'obtenir du
gouvernement britannique la sanction d'une loi
d'abolition de la traite, et elle ne fut sanc-
tionnée qu'a l'époque de la révolution, oú les
gouVel'Uenlens des divers états de I'Union pri-
rcut pour regle la volonté nationale. A 'par-
tir de cette époquc, toutes les asscmblées por-
tercnt l'unc aprcs l'aulrc des peines contre un




88 )
crime qu'elles avaient si long-temps dénoncé en¡
vain; et la -ot'tles eirCollstances permettaient
la prompte application du reulede, elles fixerent
l'année de l'affianchissement des esclaves noirs.
Dans les états situés au nord du ·Susquehaolla ,
ou· les esclaves étaient en petit nombre,
eette -. mesure fut exécuté e presque sans in-
convéniens, ou du moins ceux qui en résulte- ,
root ne fllrent que passagers. Dans le midi,
ou la. population noire est tres nombreuse, et
pour ainsi- dire ,enracinée sur le sol, iI fau-
dra,peut~etre i.~ttendt:~ . ~Q.core bien des années
pour pouvoir concilier les-intérets des nlaitres
avec la justice due aux esclaves, et établir
entre toutes les républiques confédérées cette
glorieuse égalité a laquelle elles aspirent dans
leur régime moral et politiqueo


II n'appartient pas a uneétrangere jeuneet
inexpérimentée de suggél'er des remedes a un
mal qui long-temps afixé l'attention des phi-
lantropes et des hornrnes d' état du pays, et qui
a jusqu'a présent résisté a leurs effortssans
fatiguer leur persévérance. Ces remedes ne sau-
raient non plus etre proposés par des hornrnes
qui habitent des contrées éloignées ; la plu-
part savent seulernent que les républiques du
Sud sont déshonorées par l'esclavage des noirs,;




( 89·) •
ils ne réfléchissent pasa la maniere dont iI y fut.
introduit, ni a l'époque de cette introduction;
ils ne s'enquierent pas de tout ce qu'Oll a essayé
ponr soulager la tnisere des escla\,Tes, et finale ....
ment compléter leur affranchissement ;et ne con .. '
siderent pas les difficulté~ qui peuvent arre ter
les efforts de la philantropie, les in certitudes et
les craintes· qu'il faut éprouver, les intérets qu'il
faut sacrifier, les conséquences qu'il faut braver.·
TQUS ceux qui ne connaissent pas, ou qui ne.pe-
sent pas avec calme toutes ces circonstances ,ne.
sauraient, a mon avis,' juger' impartialetne:qtlá,~
conduite dés plalittmrs~améritmins; et , quoiqu'ils
puis5ent etre an nombre des hommes généreux
qui déplorent le plus sincerement l'existence da
mal, ils ne sont i)fobablement pas, je le répete,
les plus propres a en indiquer le remede.


n y a véritablement dans l'histoire de l'escla-
vage des Africains, quelque chose de si révoltant,
que 1'on peut bien pardonner un exces de zele
qui, prenant sa source dans une vertueuseindi-
gnation, oublie la stricte mesure de l' équité, et
fait tomber trop fortement le poids du crime
sur ceux qui en souffrent la continuation avec
crainte et regret. Ávec un peu de honne foi, iI n'est
pas perruis de douler que tels ne Boient les sen¡-
timens de la rrwjeure parlie des blancs ({tÚ cOln~




( 9° )
posent la population de la Vírginic. II n'est pas
nécessaire de s'en rapporter a l'opinion qu'ils ex-
priment dans la conversation; il.suffit de consul-
ter l'histoire de leur pays, les divers édits ren-
dus par leurs législateurs, leurs inutiles pétitioIlS
au trone, et la mention faite de la continuation
forcée de la traite parmi les griefs qui jú.stifierent
la séparation des colonies américaines d'avec l'erll-
pire britannique, pour reconnaitre combien peu
ils tarderent a dépJorer le mal, et avec quelle
ardeur ils chercherent a l'étouffer (les sa nais-
sance~ La premiere- 'assemblée de la république
devenue indépendante, s'riéfupad'en arreler les
plogres au l11i]ieu des emban'as de la guerre et
de la révollltion; elle prohiba a jamais la traite,
et presque ,toutes les sessions ultérieures offrcnt
quclque preuve qüe l'esprit public était toujours
tourné vers'les moyens d'adoucir les rigueurs de
resc1avage, ou plutot'de' l'abolircOlnpletement.
Les esprits les plus édairés pcnsent que c'est li.l
ou il faut en venir, et que des demi-lnesures ne
peuvent aÚléliorer la situation de l'esclave ni
ceHe du lnaitre. Tot;ls les écrits que< rai lus sur
le- sujet de l'esclavage, et Ineme les lois qui ont
·d'ahord prescrit, puis rapporté, conUlle ineflicaces
OH pernicieuscs, des 111csurcs (luí n'allaient pas
droit a la racinc du mal, scmblent indiquer l'aE-




( 9 1 ) •
fl'anchisserncnt des csclaves, eommc .l't~niqttc
remede, cl celui qu'il .faudra définitiveluent·
adopler.
Dep~is plusieurs anné~s, on a suivi avec vi-


gueur un plan de colonisation. Les parlisans de
ce systenle, et les prineipaux ruembres des so-
cjétés fortnécs pour le mettre a exécution , éten-
dent leurs vucs jusqu'a proposer l'éloigncmcnt
d'une portion asscz considérable des es claves ,
pour rcndre l'aífranchissement des autres prati-
cable; iI est clair, toutefois, que pour que ces
vues produisent un. avantage .natj~"!1a11 il fu~~
qu'elles deviennent une affaire nationale. -Le rap-
port du comité nomIné par la prerniere assenl-
blée de la Virgiuie (arres la révolution) pour .
réviser les lois de la république, contient. un
amenderncnt pur lequel on proposait d'in-
struire tous les noirs aux frais de l'état, el en-
suite de les, expédier dans des navires pourvus
<l'armcs et d'instrurnens aratoires, a la cote d'A-
fl'ique,ou ailleurs, en leu!' aSSUl'ant la prolection
de la l~puhlique, jusqu'a ce qu'ils se fllssent éta-
hlis en corps de llation. Apres une longue dis-
cussion, ce' projet fut abandonné , soit par le
lnanque de faueIs, soit par le défaut de persévé-
rancc dans les intcnlÍons hiellveillantes en fitveur
des esclaves. On a anjourd'hui con~u l'idéc d'ap-


.




. ( 92 )
proprier a cet objet les fonds provenant de la
vente des terres nationales. Diverses cireonstanees
lne portent a penser que ce projet, loin d'etre
chimérique, est tres pratieable, s'urtout s'il
ttouve des .partisans parmi les plahteurs du
ntidi (r).


J e n'ai pas encore répondu a vos questions, ni
a celles de votre ami, concernant l' état de la popu-
lation noire dans la partie des républiques du
Nordque j'ai visitées' jusqu'a présent; si j'ai
tardé a ahord~r ce sujet, c'est uniquement paree
que je n'ai pas voulu le faire avec préeipitation.


Il Ín'a 'paru~' 'autantque mes própres observa~
tions et les informations que j'ai prises peuvent
justifier eette opinion, que, sur aueun point ,la
conduite des Américains n'a été représentée sous
de plus fausses eouleurs, qu' en ce qui coneerne
le tr~itelnent qu'ils' font . eprouver aux negres, et
la ~ondition de cette partíe de lá population des
Etats-Unis. Les impressions qu'éprouve un Euro-


(1) ti ne motion sur ce sujet fut faite a la derniere ses-
sion du congres, par M. Meigs de New-York. il proposa
d'acheter to..us les escla~es a un prix réglé d'-avance, de les
équiper convenablement, et de les envoyer a la colonie éta-
Mie sur la cóte d' Afrique, en leur assura~t la protection de
la répuhlique, comme on l'avait proposé antéricurcment
dans l'assemhlée de la Virginie .





• ( 93 )
péen en débarquant dans une des villes du no1'<1
de ce pays, sont diverses, et parfois contradic-
toires. 'Lorsqu'il voit une fonle de negres assemblés
au coin d'une rue, ou qu'il découvre la face de
sable ( J ) et les traits grossiers d'une négresse
sous un chapeau de satin amaranthe, cette vue
le blesse et lui inspire un dégoutsubit pour le pays
dont la popnlation offre un mélange si bizarre.
D'un autre coté, ce sont des étrangers qui ma~
nifestent une répugnance extreme a etre servis
par des mains noires, que j'ai enteúdus,~e pl~in~~~
des préventio~s des Américains contre lesnegres.
J' aieu si' 'péu a~ o~~~;si~~s d~' r~ma~ql~~r ces pré-
ventions chez eux, qu'en me rappelant combien
i1 y avait peu d'années que les citoyens noirs
étaient leurs esclaves, j'ai été long-temps sans
pouvoir comprendre coroment ils n'en montraient
pas davantage. ~e erois, au r~ste, que la cause
~eme que je m'étais attendu a voir agir d'une
maniere opposée, est précisément celledes sen-
timens doux et bienveillans qu'ils témoignent
pour leurs. es claves ~ aftranchis. On avait tant
parlé et tant écrit en faveur des malheureux


(1) eette figure est empruntée a l'art héraldique: en
termes de l)lason, le sable est la couleur noire.


( Note' du traductezer.)




( 94 )
Afi"icajns; 011 les leur avait si SOUVCllt }Jré ..
sentés cOffilnedes ohjets de compassion; la traite


. avait été pendant tant d'années continuée, au
Dlépris des lois de leurs assemhlées coloniales,
qu'il est pennis de penserque la majeure partie
d'entre eux a été graduellement cO~lduite a les
aimer par un esprit d'opposition poli tique , pIn-
tot qne par la douce impulsion de la pitié et de
l'hun1anité.


Il y a une autre cause qui, dans les états dn
Nord,. excite généralem,ent l'intérct en faveur des
Afi'icains; e est leur. condition .dans les vieilles ré-
publiques du Sud'. La 'compassiQJl que l'on ressent
en AngletelTe pour la popuIation noire des An-
tilles, nepeut égalercelle qu'on éprouveaux Etats-
l;nis pour des hOlnmes qui sont retenus en escla-
,'age dans lesein meme de ce pays. La ehaine fé-
clérale qui He en,tre eux les divers états de ce vaste
cm pire ,. se~ble r.appro~her les pns d~s autres res
llabitalls des extrémités les plus opposées, et
leur inspirer une eonformité d'opinions et de
scntirnens. Ce qui déshonore une partie de l'U-
nion, est ressenti coro me Une honte paI' la na-
tion entiere. L'impression de ce gen re , produite
dans les états du Nord et de rOnest par le ta-
hlcan <le l'esclavage qui existe dans les états du
Sud, tout en redoublant len!' désir de hater le




• (g5)
jour qui doit y mettre un terlue, éveille et nOllr-'
l,it une anilllosité peut-etre déraisonnable et in~
juste envers les malheureux maitres d'hommes
plus malheureúx enCeFe. Les planteurs des états
du" Sud ont bien mérité de Jeur pays pour .1' é ...
nergie et le patdotisme qu'ils ont montrés a·l'heure
du daIJger. lIs ont défendu la patrie dans le sénat, -
et sur le ehamp de bataille, lorsqu'un ennem~ for ..
midable est venu des hords opposés de l' Atlan~
tique menacer les droits et la vie d~s citoyens
de J'Amérique. S'ils ont enCOFe a rougir d'une
institutioR qui est akl, ,fo~ rpoUf~tU,.· un.' iléau.
et une hontQ>;! ta~i$;flu.e 'leurs freres, plus heu--
reux, en sont affranchis, que ceux-ci ll'attri-
huent pas cet avantagea une plus grande somlne
d'11umanité ou de justice, mais a des circonstan-
ces plus favorables q~i.leur permirent, dans le
principe, de résister a. ri~vasion du lua!, d'en
arret-er les. progres, et'cnsuite de le réparer; les
eonseils, et peut-etre l'assistanee des grands et
nombrel:lx états du N ord et de l'Ouest pourront ,
ave e le temps, eontribuer a, délivrer les républi-
ques du Midi de cette plRie honteuse, si les
premiel's sont donnés avee mesure, et l'autre of-
ferte avee une modeste générosité.


Je erois que les amis de l'humanité peuvent
envisager, avee une grande satisfaction, la eon-




• ( 96 )
dition des:lloirs' dans la' pártie septentrionale
de 1'Unipn;' Partout desécoles - leur <sont Oll--'
ve:rtes, et, dans]es petites villoo et les villages,
ils "sont instruitspar le meme mattre, et vont
a la "meme église que les blancs. Ne setait-il pas-
plus sage dese réjouir de cetaffaiblissement visible
du préjugéde la couleur, que de se récrier. contra>
ce qtü peut encore 'en restar)· comme' de placer les:
enfans . blancs et noirs sur des 'hartes différens,
a l' école ainsi qu' a réglise? Dans les grandeS
villes , les- ··Africains 'ónt~ deS·:·églises¡, etdes~ pré-
dicateUr8:-·a,eUX'; 'etjecite ce faít uniquement·
comIne une preuvepalpable des progres rapi .... ,
des qu'ils font dans la civilisation. Un Européen
a peut-etre ou1·. dire,-' aV9nV de· .-déharquer sur
ces rívages',que les domestiques hlancs et noirs:
ne mangent:pas!J~ }~J:m.@mt! ttabte: 8'il vient a'
trouver cet usage établi dans le premier hotel
Otl il loge, il le note stlt" ses tabl~ttes' avec un
point d'admiration, et fil y joint quelques ré~
flexions sur les opiniong lihétales qui regnetit'
dans une république démocratique.' S'il médi-
tait sur l'histoire de ce pays 'etsur l'histoire'
de l' Africain transplanté dans quelque contrée
que ce soit, et s'il consultait ses propres sen~
timens qui, je crois, luí permettent rarement
de 'reconnaitre , je ne dis pas l'égalité, mais une




• ( 97 )
similitude de race ,entl"'e lui et le 'negre " il ne
trouverait, dans la eirconstance en question ,
rien qui prouvfü un défaut marqué de lihéra-
lité dans les sentimens du peuple américain.
Je suis prete a convenir que de sages institu-
tions peuvent contribuer puissamment a umé-
liorer la condition physique et les qualités de
l'homwe; mais je ne erois pas qu'ellespuis-
sent les, porter au dernier degré de perf~tion.
Il semble eependant qu'une telle espér~nce avait
été cont;ue par eeux qui. 801;1t .sur~is .de trQ~,:,:
ver ici une certaine ,répugllfl~(:e, ª,s~associCl' avee
lepegre."et"il le; -traiter sur le piedd'une par-
faite, égalité. La nature a 'marqué le malheureux:
Afrieain d'un seeau partieulier; et quoique les
bornmes éclairés el' libéraux regardent sa cou-
leur comme une distinction purement acciden ...
teIle, le vulgaire la co~idere comme un sym~
hole d'infériorité. Si les Européens, 'dans un
siecle moins philantrope, n' eussent pas ravalé
l' Africain au - dessous de la nature humaine, et
comprimé son intelligence, il est probable que
le moins éclairé d' entre nous n' eut vu ,dans une
peau noire rien autre chose qu'un caprice de
la nature, et n'aurait attrihué l'ignorance et la
servitude dallS lesquelles languissent les tribus
afl'icaiqes sur Ieur propre territoire, a aucune


l. 7




( 98 )
)'tutre cause que ceHes qui operent d'une ma-
niere si diverse sur le genre humain, sous les
divers climats et dans différentes contrées du
gluhe. ~


On a souvent étahli une comparaison entre
le noir et le blal1c; mais, en considérant la
conditiOll réelle du premier , on reconnait qu'il
11'y a ni sagesse ni humanité a le faire. Dans l~s
répuhliques du Nord, les seules 011 l'on puisse
essayer, avec quelque plausihilité, d'étahlir une
semblable comparaison, mille causes secretes
conspirent pOUl" retenir r Africain a un degré
heaucoup plus has de' l'échene humaine 'que
l' Américain .. Le dernier voit autour de lui un
monde qu'il a pour ~·linsi dire créé, une race
d'hoIDlnes, ses freres et ses égaux, qui, cornme
lui, ne reconnaissent point de supérieur, excepté
le grand Etre . qui a hén~ les efi.'orts hérolques
de leurs peres , et vers lequel ils élevent leurs
creui's pleins de reconnaissance pour les bienfaits
qu'il a répandus sur leur patrie. Hélas ! ces grandes
pensées , ces pensées encourageantes , sont incon-
nues aux fils des esclave.s. Hier encore, cornme les
Israelítes en Egypte, ils coupaient du hois et ti~
raient de l'eau sur cette terre q~.lÍ fournit aujour-
d'hui a lenr subsistance. Les droits memes dont ils
sont investis (et qu'ils peuvent a peine conlprendre





( 99 )


et apprécier), en un Illot, tont ce qu'ils con: ..
naissent, tont ce dont ils jouissent, ils en sont
rédevables a la justice et au repentir de leurs
mattres. Quelque absolu que soit ce repentir,
il n'a pu tont' d'un coup effitcer les torts d'nne
longne 811ite d'années, transformer un es clave
abject en un citoyen vertneux, hannir de son
espl'it 'l'idée que naguere iI tremblait au seul
aspectde ceux dont il est maintenant l'.égal,
ni faire oublier a ceux-ci que c'est se'ulement IpaT
une loi émanée d'eux qu'il a: C'éssé d'eiré'; l'i'tt~
strument de letlT; volonté~ Ir-ne -:fá.nt'pá'S 'avoir
1:ffle d:innai'ssancé bien ttpprofondie des secrets
de la nature humairre, pour sentir les con sé-
quences d'un tel état de choses. Il doit inévi-
tablement exister entre l' América:in et le negra
une barriere scmblable a ceHe qui sépare les
cIasses: les plus pauvres et les moins civilisees,
d'avec les c1assés l~s plus riches et les plus éle;..
vees de la société en Europe. Les noirs et les blancs
forment deux races distinctes, et jusqu'a pré-
sent la distinction -n'a pas été moins marquée
par les qualités intérieures que par les formes
extérieures. n n' est pas aisé de juger jusqu'A
quel point l'approche graduelle vers une con-
formité d'idées et de sentimens pourra par la
suite- contribner a renverser la harriere élevée




( 100)


entre les Jeux races. Je dois dire que, eu égard
au rang ínférieur que les Africains occupent
encore dans la société, et a la fraction assez
cpnsidérable qu'ils forment dans la masse de la
population , iI est tres honorable pour les mreurs
des Américains , que la différence entre les deux
races . continue d' etre si bien marquée~' ( 1 ).


Nonobstant le lllOindre cas que 1'on fait ieí des
noirs, moins a cause de leur couleur et de la
grossiereté de leurs traits, qu'a raison du reIa-


, chement,de; leurs~mreurs, on peut dire qU'il8 for ...
mentplutot:unerace distincte des blancs, qu'une
race dégradée. Ds sont également'placés sous
la protection de lois douces et impartiales ; ils
possooent en general les memes droits que la
masse de la société; ils 80nt plus particuliere-
ment les objets de lacommisération des hom-
mes bienfaisans et religieux, et· íIs peuvent,
d'apres la situation du pays;pourvoir facilement
a leur subsistance en dépit de leur pare8se et


(1) On voit ici que l'auteurJait anu~ion au commerce
scandaleuxqui existe entre les noirsetle~ ])AAnc~dans les co-
10nies anglaises otIle mariage entre les' deux couleurs n'est
jamais permiso C'est sans doute par égard pour ses compa'-
triotes qu'elIe ne s'est pas exprimée d'une maniere plus.
précise. '


( Note du traducteur.)





( 101 )


de lcur insouciance. Quoique les negres ne pUls-
sent, ni pour la frugalité, ni pour la rigidité
de rnreurs, etre eotnparés aux Américains, ils
sont doués d'un hon naturel, et se montrent
tres attachés les uns aux autres. Le fond de leur
earactere est une- excessive gaité; ils aiment
passionnément la danse; et lorsqu'ils se rassem-
blent pour se livrer a ce plaisir dans l~ salle
d'une taverne ou dans la euisine d'un des ha-
hitans qui les emploient, ils étalent dans leur
parure une recherche bizalTe qui énlerveilleraib
Arlequin lui - meme. C' est toujours ainsi que
fhomme, atraché a la condition de sauvage et
d'esclave , s'ahandonne aux plaisirs frivoles, et
se laisse éblouir par le clinquant du luxe avant
de découvrir la valeur des jouissances plus pures
qui dérivent de l'acquisition de connaissanees
utiles, et de la pratique de sentimens nobles
et délicats. En dépit des- nOlnbreux désavan-
tages contre lesquels les Africains out en a lutter
jusqu'a présent, iI ne manque pas d'exemples
de negres qui ont jacquis de grandes richesses
et une -haute considération, particulierement, je


_ erois, dans les états de la Nouvelle-Angleterre.
Dans ce pays, en cITet, pour que le negrc s' éIeve
graduellemcnt dans l'échelle hluuainc, ricn ne
hú est nécessairc fJue ses proprcs cJforts. L'excr"




( 102 )


cice de ses droits doit, avec le temps , éveiller en
lui eette ambition politique dont iI s'est jusqu'a
pl,'ésent montrégénéralement dépourv~. Dans
q~elques:uns des états de l'Union~ les noirs e~er­
ee_J1t aujourd'hui en assez gran(t ~ombre l~ (~roit
d~~uffrage ; e~ l' on peut citer cOIpmewo. fa~t cu.rieQ.~
que, dans l'état de Massachusset, quelqu~s votes
de negres furent d?nnés lors de l' él~clion d'une
~o~vention _gé,nérale des états chargée de tracer
le pian du gouvernement fédéral. Dans plusieurs
.des états ~u Nord, le droit de suffrage est en-
core inlerdit au;t. noirs, et avec une apparence
de raison; car iI est évident qu'ils nesont en-
core que tres peu propres a l' exercer. La ou
le negre jouit de ce droit, je ne peuse pas que
la loi l'exclue d'aucun emploi public; mais les
conditions exigées sont telles, qu'il n' est pas
probable qu'il les possede. Cette circonstance"
et la coutume suffisent pour assurer Son ex-
clusion (1).


(1) Malgré toute sa philantropie , la spirituelle anglaise,
auteur de cet ouvrage, ne se montre peut-etre pas entiere-
ment affranchie du préjugé de la couleur. Il est permis de
penser qu'clle ne rend pas aux. noirs toute la justice qui leur
est tIue, et qu'elle leur suppose une trop grande infériorité
sous le rapport intelIectuel ct moral. L'histoire nous four-




• ( 103 )
. .le me suis laissée entrainer a des considéra-


tions plus générales que je ne CODlptais en com~
menc;ant cette lettre; mais cornme elles déri-
vent naturellement d'un sujet S1:lr lequel vous
m'aviez témoigné de la curiosité, j'espere
qu'elles ne vous paraitront pas tout-a-fait dé~
pl:lCées. '


nif, ~ chez les noirs, milIe exemples de beIles action~ et de
sentimeIÍs nobles et généreux. Quanta ce 'lui regaroe leur
esprit,on peut consulter l'ouvrage curieux iIitit1il~ : De la
littérature des noirs ~ par un philautrope-noilt le nom sera .
éternellement cp.er aux Africain$, M. Ql'égoire1 . ancien
évequc de Blois.


(lVote du traducteltr.)




( 104 )
..


·LE'fTRE ' VI.


A.fpJ'ct general de la Ville de: Ph¿Zad;Zpltie. '-'
. Son architecfure. - La maison des Etats.-
: Remarques sur la conduite du premie~ ~o~­


.; gres'am'Jricain. - Anecdotes. - Particula~
ritésau.caráctere politique du peuple de Pen'"


"sylpatli¿. ~~ Dugóuvernement intérieur des
Etdts de tilTriJon:


PhiladcJphie, muí 181g.


JE n'entreprendrai pas d~ l'énuméra-
tion et la description des édifices et des éta-:-
b!issemens publics de 'eette ville. Quantité de
voyageurs qui n'ont pas voulu voir l'ordre et
la beauté qui regnent daus l'organisation poli-
tique et morale de la nation américaine, ne
laissent pas de rendre justice aux vertus paci-
fiques et a l'active bienfaisance du peuple de
Philadelphie (1).


( 1) Parmi ces voyageurs , il en est cependant qui , pour
calomnier les ll1(eurs des Allléricains, révoquent en doute





( 105 )


Vous pouvez consulter l'ouvrage du lieulenant
Hall (¡); vous y trouverez lllle a.escription
exacte et tres intéressante de la prison de l~ é-
tat (2) , objet qui mérlte de 'fixer l'auention de
lous les voyageurs. Je profite de cette ocea-
sion pour déclarer que je 4istingue cet officier·
de la tourbe, des voyageurs qui ont défig~lré
ce pays dans leurs relations ; non, toute~ois,' '
que je sois disposée él approuver tou,tce qu'il
a dit de la nation américaine, car ie pense qu,'il
n'a pas toujours rendn justice 3 .. S011:-. ~;;lractere
et a ses mceurs. Les meme&_objets paraisstmt


jusqu'au témoignage de leurs sens. M. Fearon, par exem-
pIe, dit quelque part: « Quoique les yeux et les oreilles
d'un étranger ne soient pas offensés en plein jour par les
signes évidens d'un lihertinage efIronté , j'ai des raisons de
croire qu'il est porté ici a un point extreme.» Ces insi-
nuations vagues ne sont toutefois pas aussi déshonorantes
pour leur auteur que les faits matériellement faux qu'illui
arrive souvent de rapporter.


(1) Voyage au Canada et aux Etats-UnisJ par M. Hall,
lieutenant au 14e de dragons.


(2) Maison centrale de détention pour l'état de PensyI-
vanie. Il convenait de traduire, comme nous l'avons fait,
les mots state-prison J et de ne pas les rendre par l'expres-
sion fran9aise prison d~ etat. Les Américains sont assez heu-
reul. pour ne pas posséder d'édifices de ce gen re.


(Note du tradacteur.)




( 106 )


50uvent SI différens a deux personnes qui les
examinent avec la ferme intention de les voir
tels qu'ils son!" qu'on est tenté de devenir
pyrrhonien -et de douter si l'on a l'esprit sain
et les yeux bons. Quand meme nous parvien-
drions a nous dépouiller de tout préjugé natio-
naI et individuel, iI pourrait encore se trollver,
dans notre caractt~re et notre tempérament, dáns
certaines circonstances fortuites ,'telles que le
mauvais temps, un compagnon ennuyeux, la
fatigue du eor'Ps ou de l' esprit, -et lnille acci-
dens qu'il est inutile de citer, mais a l'in-
fluence desquels les faibles mortels sont Dlalheu-
reusement soumis, de quoi trouhler notre vue
et notre jugement. Un voyageur est, de tous
les 11limains, le plus a la merci de eette multi-
tude de eirconstances imprévues. Pourquoi faut-
iI que' la réputation des peuples 'en' dépende
ég3lement, 011 plutot qUe eette réputation tiennc
¡au jugement d'un homme dont le plus SOl).-
vent le eorps est fatigué et resprit malade? Ne
serait-il pas raisonnahle, lorsqri'un voyageur
prend la plume pour émettre" son' opinion Sur
les ohjets dont iI est environné, qu'il s'adres-
s¡).t quelques questions comme celIes-ci? Suis-jc
bien portant et de honnc hümeur? suis-je dans
une charnhrc commode el aSSIS dan::; un hon




( 1°7 )
fauteuil? suis-je en paix av#C lnoi.,.lnente et avee
tout ce qui m'ento.w-e? J'ai quelque idée qu'un
petit e~amen de ce gen re suffil'ait pOllr em"
pecher ,de publie.rune foule de livres, reJllpAs
de faits ines.acts ,¡cl. de portr~i ts dépo.Q.rvus de
r~~IJlblan.ce ,et ~onséqllemment, })Our mai~lt~
nir la paix no:n'!'~,plement Qntre les individll!i,
mais encora l' entre les llations : maniere qu.i .. ~~
conviendrait guere aux hon~es d'état, eta la-
quelle les philosophes n' out pas peQSé. Je, DQ
prétends point appliquer rigqureuse:r.p.ent ces ré-
flexions al} lieutenant Ha;ll, 4,oat l~ r.eJU3;r~
fQn.t auta~ .d'h<m,n.eur a son crear qu'a 'Soq
esprit .. La seule chose que je serais tel1tée de
lui reprocher, c'est d'avoir jugé les hOIlllues
et les institutions de . ce pays un peu trop a
la hate; mais peut-etre cette opinion provient ..
elle de ce ,que le srus portée a juger les memes
objets d'une maniere différente.




,Te vous ai déja dit avec quel plaisir on se
souvient de vous dans plusieurs lnaisons de cetle
ville, .et particulierement, dalls~elle de v9tra.·
digne 'ami, feu, le 'docteur Rush. Je regrette
infiniment que ce vénérable philantrope ait. suc-
combé sous le poids des années, avant notre
arrivée en Amérique. La jeun.csse elle· meme
o\lplie ~a lé3ercté, et 111édite sur la marche ra ..




( 108 )
pide du temps, lorsqu'elle voit cette terre dé-
sertée par les hommes qu'on lui avait ensei·
gné a révérer. lei, en effet, une fouIe de choses
contrihuent a rappeler que le temps a des ailes;
mais ce qu'une semblable réflexion peut avoir de
triste est compensé par l'idée que lesannées valent
des siecles pour cette nation jeune et vigoureuse.
:vv ashington, Hamilton, Gates, et tous les au·
tres vétérans de la révolution, qui figuraient
encore sur la scene quand vous visitates ce
pays,.ont .été rejoindre leurs ancetres depuis
peu d'années, et leurs DOros sont encore' dans
toutes les houehes comme leuT souvénir dans
tous les creurs ; mais s'ils pouvaie~t sortir de
leurs tombeaux, ils auraient peine a reeonnaitre
leur Amérique, dans ses heureux et rapides
progreso


n serait 'curieux de comparer ce" qu'étaitPhi.
ladelphie quand le jeune Franklin, sans un ami
et sans un denier, y. vint chereher fortune, avec
ce qu' elle est aujourd'hui, ou meme avec ce
qu'elle était déja lorsque, chargé d'ans et de
gloire, il descendit dans la' tombe. 11 vécut as-
~ez pour la voir, de 'petite vilIe de province ,
sans bihliotheque ni établissement public d'au-
cun genre, devenir non-seulement la capitale
populeuse et florissante d'un état indépendant,





( 109)


rnaisencore le siége' d'un gouvernement qui,
par la nouveauté de ses principes, fixa les regards
de toutes les parties dumonde eivilisé. Aujour ...
d'hui, elle a l'aspect d'une magnifique etriche
capitale, bien qu'elle ait perdu l'in téret qu'elle
vous inspirait", comme siége du gouvernement
fédéral, et centre politique de l'Union. Elle n' est
plus le siége de ce gouvernement général, ni
meme celui du gouvernement particulier de l'é-
tat dePensylvanie. La législature de ce! état s'as-
semble maintenant a Lancaster, a soixantemiL-- .
l.es d'ici; mais' déja .cette derniere "villene . se
trouve ,.plus· au centre de la partie hahitée d'une
république dont la population s'étend de plus en
plus vers l'intérieur du continent; et en vertu
d'un acte récent 'de l'assemblée législative, le
siége du gouvernement doit etre transféré plus
a l'ouest, et fixé définitivement a Harrisburgh,
sur la branche orientale du Susquehanna. Cette
ville, m'a-t-on dit, a été hatiesur un plan 'a
,peu pres semblable a celui de la helle cité de
Philadelphie, et promet de la surpasser par la
splendeur de ses édifices publics ..


Je n'ai jamais parcouru l'intérieur d'aucune
ville avec autant de plaisir que celui de Phila-
delphie. La propreté de tous les objets animés
et iuaniJués qU'OIl l'CUcolltre, ne saurait etre




( 110 )


surpassée;" les rues, rus" maiSons, les bahi tam,
10m y estd?un aspect agréahle. Philadelphie n'est
pas sitttée comme New~·:Y ork, dont la nene po ...
siti<tn exeite l'admirmion de tons les étrangers;
tMis elle- a plus' l'air d'mne capi:lale. le ne sais
}>Ollrbmt si ses roes lle sont pns trop droites et
ron,ées ti'une manieve' trop réguliere'poúr plaire a
l'reil,:qu:'tin exces de' syrrtétrie' fatigue~ 'tnais elles
sODt si p!~opres :et si hien haties, qu'on l'H:fpeUt
en -v-erite- srempecher de leul" pardonner cette
~latité IOOnotone; les tr(l)ttoirs sont laves tons
~matinspaT les domestiques' d~ 1Aaisons quí
les berdemt, et cette tO'1itume peut ~e 'irieom~"
mode pour les clames qui sor~ent en petits son"
litrs, mais jepense qu'indépendamment de lá
propreté',< elle enlretient eneore la saluhrité de
la! ,viUe. Les 1nnrs 'de briques des rnaisons', ainsi
que les charpenres d~- celles b~tíes en bois, sont
peil'i tis _ toas les ang. LeS" portes sont générale-
nlentl blanches; cette couleur, unie a celle du mar ...
hre blanc ~ qui en forme' le senil, et a la verdure
(fus'; arbres qui bordent les trottoirs" -dónne aux
maisons un air d'élég:n!tce bien: difterent de ce-
luí <les maisons noites et mal:-propres des; gran-
ees "iHes de l'Europe. Le plan tracé par: Penn ~
et qui fut généralement suivi, a épnmvé dé
honne heure une altération importante. Áu lien





( 111)


(le ménager, sur le bord de la riviere, un talus
de gazon qui et'tt laissé la ville ouverte a la vue
ainsi qu'aux brises rafIraichissantes et salubres,
on ;l' couvert- le rivage de quais et de laides
masures qui deviennent des foyers d'infeetion
pendant les ehaleurs de l'été. Heureusement
elles sont b~ties en bois, et ne dureront qu'un
temps limité, au pout duquel , s'íl n' est· pas jugé
convenahle de revenir au plan du bienfaisant
fondateur de la ville, iI est a présumer qu'on
prendra quelque moyen pour remédier a rineon-
vénient dont je viens de p~rler. Penn lui:"nleme
ne voudrait pas aujourd'hui qu'on se passttt de
quais et de magasins; _mais iI recornmanderait
de les batir d'une maniere plus élégante et plus
solide, et surtont avee d'autres matéria,ux que du
bois. Tout ce qui retient le limon et les végé-
taux pourris, comme le font certainement les
pilotis et les bordages des quais, ne doit. poiut
etre employé dans les construetions sous ún cli-
mat ou le soleil est si ardent pendant l'été.L'as-
peet de eette portiún de la ville fOl'lne un con-
traste bien étrange avee eelui qui s'offi'e aux
regards des qu'on s'en éloigne. Les eitoyens de Phi-
lade} phie, si 3lnis de la propreté ,feront bien de re~
construire ces quais et ces magasins, sansquoi la fie-
vre jaune viendra SOUVCl1t assiéger Ieurs demeures.




( 112 )


Les édifices publics sont tOU8 relnarquables
par le soin avec lequel ils sont entretenus, et
quelques-uns se distinguent par une architecture
élégante, et d'un gOl!t tout-a-fa~t classique. On
\T3 batir une seconde hanque sur le plan de celle
de, Pensylvanie. Je souhaite que les habitans de
Philadelphie ne s'écartent pas du genre d'archi ..
tecture qu'ils ont -adopté maintenant, et dont
le style me semhle assez pur; je les engage sur-
tout a ~e jamais essayer d'employer le gothique:
échouer ,dans. ce genre, ce serait échouer dan s
le sublime, et de' toute~ les fautes c' est la pire
qu'on puisse faire. L'.Académie des arts. poss~de
une collection de tableaux pe~ nombret~se, mais
bien choisie;, ceux que j'ai remarqués avec le plus
de plaisir sont une ~iobé, par Rehberg, et un
snjet de l'Ecriture peint par un artiste améri-
~ain nommé AlIston .. C'est une chose tout-a-fait
snrprenante de voir cQmbien ce pays naissant a
déja été fécond en hons peintres : Leslie, W est, Cop-
pely ~ Trumhull et Allston sont des noms connus et
respectés dans les deux hélnispheres. Le dernier
des arti stes que je vit;ns de citer, semble destiné
a acquérir une hailte réputation. Ses tahleaux se
distinguent par un génie de COlllposition, une
facilité d'exécution et une vérité de coloris qui
prometteut un 11laltre dans son art. 11 est main-




• ( 1.3 )
tenant a Boston, el ron assurc qu'il a résolu,
en hon patriote de n'exercer son art que, dans son
pays.


La lnaison des Etats , qui n'en a plus aujour-
d'hui que le 110m, est un objet de curiosité et
d'intéret pourl'étranger, et un temple sacré aux
yeux des Américains. J e vous avoue qu' en visi-
tant cet édifice, je fus un peu scandalisée de trou-
ver des oiseaux empaillés, et des squelettes de
lnammoutb a la place qu'occuperent des séna ..
teurs qui lnériterent le nom de sages'. 11 ei\t été
d'un meilleur ,goutpeu~~etre, de fairede ce
sanctuaire' abáridtüiné 'des lois et du paÚiotisme,1
une bibliothequc, au lieu d'un mUSéU111 d'his-
toire nuturelle, 011 si ron peut s'expriIner ainsi,
de catacombes animales ( 1). J'aurais jugé que
les citoyens de Philadelphie avaient moins de
respect pour ce vénérable monument qu'ils ne
le clevaient, si tous ceux de mes amis a qui iI
arriva, dans leurs courses avec moi, de passer
aupres, ne se fussent arretés pour me dire, I'un :
({ V oici les fenetres de la salle Otl notre pre-
rnier con gres , s'assembla »; un autre : (e La fut
signée la déclaration de notre indépendance));


(1) Les salles inférieures ont re~u une destination plus
conycllahle ; elles; sont occupécs par les cours de justice.


1. 8




( 1 1 LJ )
UU tl'oÍsieme : « C'est <iu lJaul de ces uegrés
qU.'Oll lut la déclaration d'indépendallce an
peuple assemblé. ) Ah! cOlubien elle a dt1
faire tressaillir le creur de tous les ciloyens!
c'est un Leau n10l11ent a rappeler, un 1110111ent
elont le souvenir élCvc notre ;ame, et HOUS rend
fiers d'appartenir a l'espece humainC.


Peut-on penser sans attendrjssement et sans
admiration a la démarche hérolque de ce petit
sénat qui, assemhlé au nom d'uu J>cuple jeune
et salÍs cxpérience aans l'art de 1,\ guerre, ose
braver 1<1 -puissance d'un grand elnpire? Il He
le [.'11t point avec précipitation et tétnérité, mais
ayec calme et réflexion. j\ pres ayoi1' pesé la force
de son adversaire et sa propre lá.iblesse, reconnu
qneHe imluense responsaLilité auire sur luí la
décision qu'il va prelJdre, calculé les conséquen-
ces d'un défaut de succes dans sa tentative, et
s'etre convaincu que presque toutes les chan-
ces so~t contre lui, iI déclare qu' ayant compté
ce que doit 'coúter la lutle, et ne trouvant ríen
d' aussi terrible que la servitude volofttaire> il
en appelle solennellCll1cnt au Juge supr¿me da
monde, de la droiture de ses infentions. On
voit ces sénateurs vouer a la pairl(! lcut' vic,
Ienr fertune et leur honneur, se ranger avec lenr
jeune natioH sous les ]Jlmnlel'cs de la IjJJerté , el




(1


( 115 )


procbmcr lcurs oppressenrs ennellzis dan$ la
{J'uerre, amis d la paix (1).


Je ue sais si dans toute l'histoire du genre hu-
main on trouve rien d'aussi grand, d'aussi sublilne
que la conduitc du congres américain pen-
dant le cours de cette lutte inégale d'ol! dépen-
dait non-seulcment la liherté d'un peuple, lnais
ceHe de l'hnmanité enl.Íere. Quelle admirable
lnodération marqua ses prenlÍeres délibérations!
queI calme et quelle fenneté 11 opposa a l' orgueil
et a l'entetement ministériels! comme il sut tem-
l)érer la vigueur par la prudence, et allier l'in-
.flexibilité de principes avec le respect a 1'auto-
-rité snpremc! qncllc dignité surtout iI montra,
lorsqu'cnfin iI fut appelé a décider entre une
soumission absolue et la résistance par la force!
A vec quelle stoi'que énergie iI 6t son noble choix,
et quandiI l'eut fait, avec quelle imperturbable
courage il soutinl toutes les vicissitudes de la
fortune! Les chal1ces variées de la gtlerre, les
clarneurs des factieux, les craintes des timides,
le découragernent des plus braves eux-Inemes,
rien n~ put l'ébranler, et on ne le vit ni se


(J) I,es expressiolls souligllées sont extraites de la (Iéclara-
tion d'imlépcndaucc, OH tIcs représen:ations adrcssées par
te con gres américain au gouvcrnement anglais.


8 ..




( 116 )


laisser aLatll'c par des revers réitérés, In trap
s'cllargueil1ir de succes lllOmcntanés. Quand le
peuple expulsé de ses foyers ,fuyait en trou-
})eaux devant les envahisseurs ; quand les soldats
sans solde et sans ha bits demandaient en vain
des secours a leur général, qui les cherchait
vainelnent lui-meme dans le trésor épuisé; quand
l' épée tombait de leurs mains défuillantes, et que
.le désespoir semblait s'emparer de lenr creur, ces
sénateurs patriotes firent tete a l'orage; ils COl1ser-
verent la confiance dans la justice de leu1' cause,
et nantonniers habiles, les yeux fixés sur l' étoile
polaire de ]a liberté, et fermes an gouvernail,
ils surent fitire hraver an vaisseau de l'état les
tourmentes de la guerre et de la révolution, et
le conduire au port glorieux qu'ils n'avaient ja-
lllais désespéré de lui faire atteindl'e.


Les annales de tous les pays peuvent nous of"::
frir quelques personnages supérieurs aux petites
passions qui maitrisent l'ame des hOffilnes ordi-
naires, et trop souvent meme influent sur-le ca-
ractere des peuples; lllais combien il est rare de
trouver dans les p~ges de l'histoire une lnasse
d'hOlunles réunissant toutes les qualités eles sages
et des héros , prudens tt cahnes clans leurs déli-
bérations, fernles et unis elans leurs mesures.,
et d'une prabité au-dessus de tout soupc;on.





( 117 )


CJesl au courage inflexible, eL <.\ l'intégrllé par-
faite des membres du con gres , que la nation amé-
ricaine doit en grande partie d'avoir échappé,
non seulement a la cOllquete et aux chalnes
étrangeres, nlais encore aux dissentions in tes-
tines. Au milieu des vicissitudes de la guerre, le
l)euple tourllait ses rcgards avee espoir et con-
fiance vers la salle du sénat. Les Áméricains
voyaient-ils ]curs petites années défaites, leurs
généraux baitre en retraite, apres une résistance
héroi'que, leurs villes prises, leurs maisons en
flamines, le COlnmerce détruit, le trésor épuisé
et le crédit anéanti, ils conlptaient sur eette ma-
gnanime assemblée, dont les intentions étaient
si nobles el si pures, et quí 111ettait tous ses elTorts
a soulager les lnaux qn' elle ne pouvait prévenir.


Je lue figure avee intéret les pensées et les
sentinlens qui ont da agiter ces modernes Ro-
nlains pendant la durée de cette terrible lutte,
lenr 311Xiété sur son issue,. et enfin la joie qui
a dú inonder leur creur a la nouvelle de la
grande victoire qui 1'a terminée. Le vieax por-
tier de la nlaiSOll du cOllgres tomba mOl't en
apprenant la reddition de Cornwallis. L'émo-
110n a la(llwl1e ce hOll vieillard ne pul ré-
sistcr, lu'oHi'e rimagc de eeHe des lllclnhrcs
de l'asscl11hlée donl il LlyaÍl été le fidClc~;eryitcur>




( IIS )
Je ne sais ce qu'on doit le plus admirer dans
l'his~oire <le la révolution américaine, ou de
l'intégrité du con gres , oa oe la confiance du
peuple dans eette intégrité. La premiere fut si
pure, qu'au milieu de circonstances qui pou-
vaient offrir de si fortes tentations a l'homIne
Clipide ou ambitieux, on ne vit aucun membre
de eette noble assembléc en buUe lneme a un
~imple soupc;on; l'autre fut si entiere, qu'aux
jours les plus désastreux de cette époquc ora-
geuse, jamais les malheurs publics ne furent
imputés a crirne an gouvernernent; pas mClne
lorsqu'on vit sa foi violée par la dépréciation
graduelle et le discrédit total d'un papier-mon-
naie émis sans hypotheque, et qui cessa de
circuler sans qu'on pllt conserver le Inoinare
espoir d'un renlhoursement futuro ({ La mort
d'un roi, dit Ramsay dans sa succincte, mais
c1assique histoire de ce pays, et le couronne-
lneHt de son légitime successeur, ont, souvent
excité de plus grandes cornmotions dans les
monarchies, que ceHe qui ·se manifesta aux Etats-
Unis 10rs de l'extinction soudaine du papLer M
monnaie. Le peuple sentit la nécessité (lui avait
Jorcé ses gouvernans a agir corome iIs l'av<lient
fait, el convaincu que le hien du pays était leur
grand el unique hut , il se soumit paisiblement




( lID )
a des mesurcs qui, dans d'aulres clrcollsLauccs,
auraient pcut-etre coúté la vie a lcurs anteul's. »


Le gouVel'neluent avait été conslilué an lllÍ-·
Ijeu du chao~ de la révolution, lorsf!u'un en--
llCllli formidable était sur les plages mnérÍ-
eaines, (!He les émissaires de cet ennemi 1n-
Lriguaient au scin 111Cme du pays, et que, <Iu
coté de l'intérieur, les Indicns se pr~paraient
a porter le ravage sur le territoire des éLals cOl)~
fédérés, {andÍs que' du ct)té dc l'Atlantiquc,
des fIoUes' lnena<¡aieut d'nne prOlnpte et ter-
rible destruction et les villes luarititnes ct les
navires qu'elles recelaient dan s leurs havres.
Organisé a la h&te, ce gouV(~rnelncnt n'étajt
pas halJiLué á l'c,\.ereicc du pouvoir dont Ull
l'avait invesLl ; les soldats, sallS instructioH,
étaient en outre sans pain el sans hahiLs;
et loin de pouvoir fournir el leur solde, le
trésol' ll'étail pas en état de filire lace tl une
seule des llornJJreuses dCHwndes dOllt il était
assailli de toutes parls ; le COllllnerce avait été
détl'uit toul d'uu coup, les ten'es rcslaient
san s culture, et l'on n'eul pu trouver une seule
gUluée dans tout le pays, exccpté eutre les
maills de ses cnnemjs. Qu\\ une pareille éroqne
ct dans de telles Cll'COllstunces, la cOl1fiancc pll'
hlilJl1c se soil souleullc, j'y vois la pl'cuve d'WiC




( 120 )


modératíon de la part du gou"el'IlCl1lCnt, el d\mC'
raison et d'un dévouement de ]a part de la
nation qui, aaucune époque de l'histoirc an-
cienne ou moderne ,. ne furent peut-etre égalés,
et certainement n'ont janlais été surpassés.


Il est a remarquer (Iue, pendant tout le
cours d'une lutte d'Oll dépendait d'abord la li-
berté, ensuÍte l'existence nl(~me de ]a jeune Alné-
rique, son con gres ne déploya pas 1I1Oins de
prudence que d'intrépidité. Imitant ]a con-
duite d'un habile général, iI s'avall(;ait lente-
ment , mais ne cédait jamais un pouee du ter-
rain qu'il avait une fois oecupé .. Assemblé par
le vreu des eitoyens sans le consentement OH
pIutot contre la volonté des autorités existan tes ,
dont la Iégitimité demeura toutefois ineontestée ,
iI examina avee eahne tous les griefs des di-
verses eolonies, et en sollicita le redresSclnent,
en se fondant sur les principes constitution-
neIs reconnus par une monarchie loinlainc,
dont ses melnbres se déclaraient ( ainsi que
réelleIllent ils avaient paru l'etre jusqu'alors)
les Ioyaux et affectionnés sujcts. Sans s'arrogcr
le pouvoir de faire de 10is, ils adoptercnt des
résolutions, et pl'omirent de les lnaintenir jus-
qu'a ce qu'on eút fait droit a leurs p]aintcs;
ils se le jurerent les uns aux autres, an non1 de




( 12 ¡ )


l'hormcllr el du patriotisrnc. Ces simples et
nohles engagemcn.s fornH~~rellt un licn suffisant
pour cimenter l'union entre les habitans de
provinces qui avaiellt jusqu'alors été trop 80U-
vent divisées d'opinions et d'intérets , eL pour
donner aux décisions de quelques hommes pri-
vés, autant d'autorité qu'aux ordres absolus du
despote le luieux établi. Combien l'obéissance
est prompte et entiere, lorsque le creur des ci-
toyens es.t el ceux qui les gouvernent! Cet
attachement du peupIe anléricaill pour ceux
qui devinl'ent ensuite ses législateurs, triompha
de toutes les passions humaines; il fut plus fort
que l'avarice des hommcs el que la vanité des
femmes, [jL oublier a tous leurs lnisercs et leurs
souiIi'ances, et transforma une nation de ci-
toyens indusLrieux en un peuple de zélés pa-
trio tes el d'jntrépides soldats.


La situation de l'esprit public a ceLtc épOf[Ue ,
est parfuitement dépeinte par le rnoueste historien
que i'ai déjú. cité (r). « De quclquc cause qu'elle
provlnt, iI cst certain, dit-il, qu'une disposition
a tout faire et a tout souffrir pour le hien futur
du pays , s'étendit d'hornme a homnlc et de
province a province , avec une incalculable rapi-




" ( 122 )


dité; on eút dit qu'un seul esprit 311.imait toutc
la nation américaine; les marchands renonce-
rent aux bénéfices de leur négoce, et se soumircnt
gaiment a une suspension totale du cornnlCrce,
d'apres l'invitationi'd'hommes qui n'étaient pas
investis du pouvoir législatif; les cultivateurs
consentirent unanirnelnent a ce que leurs récoltes
ne fussent point exportées, Lien qu'ils sussent
que, dans le cas d'une libre exportation, on les
leur eut payées d'avance a des prix tres élevés. Les
riches renoncerent a une foule d'objets de luxe
ou d'agrément, et s'engagerent volontairement
a se nonrrir el se vetir avec les seules produc~
tions du pays. Cette époque de détresse géné-
rale offi,it une grande IC90n aux peuples qui
aspirent a etre libres. On vit alors eombien iI
est faeile a l'homme de sacrifier son aisance, ses
plaisirs et ses in térets, quand son ereur est aninlé
du noble amour de l'indépendance et de la li-
berté. Áu milieu des souffranees et des -priva-
tions de toute espeee, la gaité était sur toUg
les visages. Les Álnéricains' ne voyaient ríen de
comparable a la liberté, et de hon crenr iIs
sacrifiaient tout ce qui pouvait la compromeLtre.
Une nohle énlulation s'clllpara de tons les es-
prits; l'enthousiasme (lui se maniíesta a ccLte
épo(lue deva les hornInes au - dessus d\~ux-




( 123 )


memes, el les porta a des actcs de désintéres~
sement auxquels on a peine a eroirc, dans les
temps calmes, oll l'esprit est dominé par les
calculs de l'intéret personneI. »)


Ce qu'il y a. de plus admirable peut-etre
dans la eonduite du premier eOllgreS amérieain,
c'est d'avoir su résister a l'entrainement de seln"
blables circonstanees. Quoiqn'investis de tonte
la confiance de leurs concitoyens, dont l'exalta-
tíon était portée an plus hant point, les mem-
hres de eette vertuense assemblée ne dépasse-
rent jamais ce qu'exigeait l'urgence du moment.
Ils défendirent avec zele les intérets et l'hon-
neur du peuple, lnais ils surent en meme temps
réprimer ses passions. Tant qu'ils garderent le
plus léger espoir d'obtenir la reconnaissanee de
Ieurs droits , ils conserverent le langage etl'esprit
de sujets britanniques.


Dans lenr seconde 1'éunion, tont en invitant
leurs concitoyens a repousser la force par la
force, et en prenant des mesures poul' activer
les préparatifs d'une guerre défensive, ils snp-
plierent respectueuselnent le gouvernement de
la métropole de rendre ces préparatifs inu-
tiles. Le ton de lenl' supplique était propre a
apaiser .l'orgueil irrité de la Grande - Breta-
gne : apres avoir exposé les griefs qui p1'o-




( 124 )
voquaíent lenr résistance, ils déclaraicllt (lUC 1
maIgré tont ce qu'ils avaient souffert, ils gar-
daient trop de respect et d'attachement au
royaume d'ou ils tiraient ]eur origine, pour rien
réclamer d'incompatible avec sa dignité et ses
intérets. Le lnépris avec lequel on accueillit
leurs remontrances, et le langage insolent tenu
au vénérable Fral1klin, contribuerent encore plus
a aliéner de la lnere - patrie l'esprit du peu-
pIe, que le glaive dont elle les lnena~ait. L'opi- .
Ilion publique se trouva de la sorte disposée a
bien accueillir les nombreux pamphlets qui com-
mencerent a conseiller la séparation des co-
lonies d'avec l'empire brital1nique. L'efIet de
l'écrit intitulé!e Sens comlnun fut rapide COlnlne
l'éclair : des lnilliers d'individus furent convain-
cus par sa logique simple et claire, mais un
l)lus grand nonlbre furent entrainés par le sen-
tiluent qu'il respire au plus haut dégré. Dans
cet état de choses, la déclaration d'indépen-
dance ne tarda pas él etre publiée. Les vreux
du peuple avaient devaneé la démarche de ses
chcfs, et la teneur de cet acte célehre réaJisa
tous ces vceux (1 )., L'exposé simple et sans art de


(1) V O)'CZ a la fin du volumc la. traduction de la déclara-
tion d'indéprndancc.




( 125 )


vérités morales et poli tiques , qui en fornle le dé-
but, éleva encore l'opinion publique déja si exal-
tée; l'énergique énulnération des griefs nationaux
l)lacée de maniere a présenter un contraste avec
ces grandes 10is de la nature, rallulna l'indi-
gnation nationale; l'appel solennel an puissant
auteur de l'univers, etl'engagement sacré d'expo-
ser vie, fortune et honneur, qui le terminent,
firellt éclor~ tout le zele et le dévouement qui
peuvent naltre dans des creurs males et gé-
néreux ; l'enthousiasme ne connut plus de bor-
nes, et, certes, jarnais iI n'avait été excité en
faveur d'une plus noble cause. Ce n'était pas
en effet, la cause des Américains seuls, mais
ceHe du peuplc meme a l'injustice duquel ils
résistaient; c'était la cause de tous leOs peuples
de la terre, de la race humaine tont entiere.
Un homme d'état célebre; un grand patriote,
lord ChathaIll, avait raison de s'écrier en pleill
parlelnent et a la face des ministres anglais :
( Je file réjouis de voir l'All1érique nous résister.
Trois miUions de nos selnblahles, assez laches
ponr abandonner la défensc de Ieurs libertés,
contriLueraient puissarnl11ent a rendre tont le
reste esclave. » Si l'Amérique s'était bassement
Soul11ise anx Clllpiétcmens de parlemens minis-
tériels, ces melllcs parlcmclls anraicnt tenté de




• ( I2G )


senlblables aUaques contre les libertés de l' An-
gleterre; OU, si la nation américaine cut suc-
comhé sous les coups des armées jetées sur ses
rivages, leschamps ensanglantés, théatre de sa
défaite et tombeau de sa liberté, fussent deve-
nus en meme tenlps le tombeau de l'hol1l1eur
et de ]a liberté britanniquesó


Contre les droits d'autrui l'homme qui peut s'armer,
Pleurera doublement ce crimc détesta})Ic.
Hélas·! en préparant des fcrs a son semblable,
n s'en forge 8. lui-meme .....


(Pensées d'une récluse.) (1)


Quand on songe a la fragilité humaine, on
a lieu de s'étonner de la droiture et de la prohité
générales des premiers chcis de la coufedératjon
américaine ; luais Rmusay 110US explique ce phé-
nomime d'une luaniere toute simple : c( La voix
publique, dit-il, n'éleva jamais a un siége dal1s


(1) Poeme inédit de l'autcur de ce voyage. Pour la
sa~isfaction des personnes qui connaissent la littérature
anglaise, nous citons ici le passage original:


men who other's rights inrJade
Shall d.mbly mc the havoc lhey have madc i
And, in a brother's libcrties o'cJ'LllrOW/l,
Shall weep tofind that tlzey have wreck'd tl,cir nwn.


(¡Vote dz" traducteur.)




( 12 7 )
cctte m-¡guste assemblée (le premie!' congl'(~s 31Ué-
ricain) aucun hOlluIle qui, outre de grands 1a-
lens, ne possúlal, sur l'esprit de ses eoncitoycus,
cet ascendant que ne dOllIlent ni la llaissanee,
ni la riehesse. »


La faihlesse que montra parfois le gouvernement
central, pendant le eours de la grande luUe
qu'il cut a soutenir, peut etre aUribuée autant
a la erainte de s'arroger trop de pouvoir, qu'a
1 a diflieulté d' assurer l' exécution de ses ordres,
el d'ohtenir eeUe unité d'aetion, si néeessaire
en pareil cas, d'une population disséminée sur
un vaste territoire attaqué de toutes parts. Les
vrais patriotcs qui eomposaient le eongres s'ap-
pliquaient ú proléger la liberté eivile aussi bien
que l'indépendance de leur pays. C'était pOllr
la prenlÍere qu'iIs avaient eornrneneé la lutte, et
quand ils eurent été eontraints de eOlllbattre
poul' la dcrnit~re, iIs ne perdirent pas un lno-
lllellt l'autrc dc vue. Ils semblaient toujours
avoir devant les yeux eette page de l'histoire de
leurs ancetres, les Anglais, ou on les voit, apres
s'ctrc lcvés eontre la tyrannie d'un monarque,
retolllher sons ceHe d'un soldat. Tels sont en
eiTct les' deux grands écueils entre lesqnels il est
si tlifficiIe a une natÍon de se diriger 'pendant la
lOUl'mclltc révolntiol1u::tire : l' Angletcrre dans.




( 128 )


l'avant -derniel' sic'de, et JaFrance dans cclui
que Hons avons vn iinir, u' é\, iterent l'un que
})our. faire naufrage sur l'autre. S'il n'est pas
absohl1nent impossihle, iI est an moins d'UllC
difficnlté incalculahle el' établir les libertés d'un
pays sur une base solide, a l'aide d'nne armée.
C'est, iI est vrai, la 111cilleure arme pour com-
battre la tyrannie ; mais c' est une arme a deux
tranchans : elle force les portes du temple pour
y donner entrée a la Liberté, mais el1c l'ilYl1nole
el l'instant ou elle lnonte sur son trone.


n est peut-etre permis de penser que le prc·
lllier congr<'~s américain a poussé trop loin les
scrupules et les préca utions; qu'il a exercé, si
je puis n1'e~priI11er ainsi, une autorité un peu
trop paternelle pour une époque si critirj1_le et
qui exigeait tant d'énergie; OH }Jourrait lui re-
procher d'avoir trop compté sur la {orce mOl'ale
qu'il voyait agir autonr de lui, et d'avolr pensé
que l'énergie naturelle et non stimulée des ha ..
bitans du territoire, suflirait ponr en expulser
les envahisseurs. Il reconnut lui-meme que ce
dernier calcul était erroné, et l'expérience d'ul1c
seconde campagne .le dé cid a a adopter des me-
sures plus vigoureuses; ulais sa viglleur fut.
toujonrs lempérée par tant de prudence, el son
uctiv iié pour délivrer Ic pays d'UllC Jomina--





( 1 ~9 )


tlOli étrangerc, contre-balancée par une si grande
crainte d'armer trop fortement le bras du pou-
vOlr, qu'on a souvent blamé son excessive 1110-
dération el, qu'on lni a reproché de s'occuper
de théories abstraites, lorsque l'existence natio-
nale était en péril. Les Américains les plus sensés,
juges compétens d'év(memcnS dans lesquels eux
ou letlrs peres ont joué Un role, attribttent ah
premier con gres une grande sagesse pratique. Il
ne s'occupait pas seulemeút, C()lllme on le dit, de
théories abstraites, i1 veillait ari maintÍen des
droits réels du' p~uple 'ét i1' la conservatíon des
mreurs' nationáles.'D regarda uné légere prolonga-
tion de la guerre comme un moindre InaI, que de
voir un 111auvais sysÍ{~me poli tique germer sur
le sol de 1'U1110n. Il jugea qu'il était impossible
de rendre esclave un peuple qui a la: ferme
volonté d\~tre libre, et le résultat pro uva qu'il
avait jugé sagement. La tactique de Fabius
employée par le général de l'année américaine
dans la conduite de la guerre, fut aussi adoptée
par le congres dans la direet10n du gouverne-
mento eette assemblée prit pon!' lnaxhne de ne
rien faire qu' 011 put etre obligé de défaire par
la snile; ct la strictc observation de eette reglc
assul'C plus de fin'Ce el de durée a un gouver-
nement, quc tout ce qu' on a janmis su una-


L 9




..


( l30 )


giner. Il est a pl'OpOS de renlarqucr qnja eeUe
époque les pouyoirs du con gres n'étaient pas-
encore clairelnent définis; et si ~ par imprudence,.
il les eut étendus trop loin, il a~lfait pu eréer
une opposition , et oeeasionner une se.ission entre
les différens états. Il sut les maintenir unis ; et
l'unaninlité de sentimens qui réglla dans tous-
les états, durant le eours d'une lutte si opi-
lliatre et si longue, est peut-etre le trait le plus
earaetéristique de eette époque mémoraLle. Au-
eun sentiment de jalousie envers le gouverne-
roent ou le, général de l' armée fédérale, ne
mela jamais son leva in au patriotisme des ei-
toyens. Les ehefs de l'état et celui des troupes
de I'Union étaient si purs , qu'il était en eITet
impossible d' élever le moindre souP'50n eontre
eux; e' est e'e qui déeoncerta tous les efforts,
de l'ennemi, et ce qui fit que les soldats expéri-
mentés d'armées pourvues abondanlm~nt de tout
ce qui est llécessaire a la guerre, tomberent sous
les eoups des citoyens all1éricains, comme les
feuilles de la foret tOlnbent an vent d'automne (1).


Il faut que je vous rapelle un beau trait de


(1) Un illustre vétéran de la ré-volution allléricainc a
fait ohserver a l'auteur qu'en rendant un hOllllllage écla~
tant aux yertus du sénat) elle avait, en quelque sorte?
laissé da.ns l'ombrc celles <.le l'anuée. Peut: ctl'C a-t·-elle





( 131 )


patriotisme qui date de la scplieme année de
la guerre, peu apres la révolte du contingent


été entrainée a cet appar~mt oubli envers des guerriers
patriotes, tels, que ni la Grece ni Rome n'en offrirent
jamais de plus dévoués, par la persuasion que leurs hauts-
faits et leur:; souffrances étaient généralement connus et
justement áppréciés. En eut-il été autrement, elle aurait
trouvé impossible de rendre dans ses leUres toute la jus-
tice due au courage aussi patient qu'hérolque , et au
patriotisme pUl' et désintéressé des soldats de la i'évolu-
tion américaine. lIs ne se sont pas seulement immorta-
lisés dans les champs d'~n nouveau Marathon : Sara-
toga et York - Town furent témoins de leurs ruoindres
actions. n faut les voir lorsclue, dans les Jerseys, leur5
rangs sont éclaircis par les fatigues, le manque de sub ..
sistanccs et les ravages de la petite vérole; quand ils en-
durent toutes les privations clans les barraques de Valley-
Forge; les suivre en Virginie pendant la pénible, mais
décisive campagne de 1781; se les représenter pd~s de
succomber a la faim et aux. plus pressans besoins de l'exi ...
stence dans les 'ruarais des dcux Carolines; il faut surtout
les admirer, lorsque, environnés de tous les dangers et en
proie a tous les maux faits pour triompher des forces
physiclues et morales de l'homme, ils méprisent et re-
poussent avec indignation toutes les séductions d'un en-
l1emi riche et puissant, et souffrent pour leur noble cause
avcc le dévouemellt, le courage et la patience de véritables
martyrs. Ce n'est qu'cn parcourant dan s tous ses détails
l'histoire de leurs héro'iques travaux qu'on peut apprécier
tout le lllérite de ces soldats républicuins.





( 132 )


de Pcnsylvallie. Vous vous sonvenez tIe la cause
de cette iusurrection : succombant sous le poids
des fatigues et de la násere, manquant de vi-
vres et d'habits, les soldats pensylvaniens se
séparerent du gros de l'arrnée, en uemandant ,1
leurs officiers l'impossilJle, e' est-á- dire, de ponr-
voir sur-le-champ a tous leurs besoins. Le général
Wayne, voulant, par la crainte, les refenir dans
lesvoies de l'obéissance militaire, leur présenta
ses. pistolets; ils tournerent aussitót leurs bai·on--
nettes. contre sa poitrine : « Nous vous aimons
et nous vous respectons, lui crierent-i1s; mais
si vous tirez, vous etes nlOrt. Nous ne passons
pa¡; a l'ennemi, lnais nous sommcs déterminés a
obtenir ce qui nous revient de droit. » lIs se reti-
rerent a10rs en bon ordre, avec armes et canon s ,
vers une petite ville des environs, sans cornmettre
ancune déprédation, mais persistant obstinément
dans leurs demandes. Le congres expédia aussitót
quelques-uns de ses membres vers ces mutins ; mais·
avant lenr arrivée ,.des émissaires de l'ennemi s'é-
taient présentés a eux et leur avaient fait les offres
les plus tentantes; ils leur avaient proposéde 1'01',
de l'avancement el la protection d'un corps de
troupes allglaises déja en marche pour les join-
dre. Pour té>ute réponse, ils arreterent les agens
qni cherchaient a les séduire, et les envoyerent




• ( 13J )
';:lOUS hOllUe cscorte a ce lnemc géuéral (IlÚ le3 avait
lnenucés de ses pistolets. A l'ul'rivée des COlll-
missaires du congres, les griefs des Pcnsy 1-
vanicns insurgés furent reconnus justes, et l'on fit
droit a leurs réclamations ; mais quand le président
Ueed.leur offrit de sa proprc hoursecentguinées,
comlne une récompcllsedc la fidélité qu'ils avaient
lnontrée en livrant les émissuircs de l'ennerni,
ils répondil'cnt: «( Nous n'avons rait quc remplir
notre devoir envers la patrie, et nons ne voulons
.d'autre récompense que l'approbation de ceHe pa-
trie pourlaquellenousavonstantde fois versénotre
sang'" (1). On pouvait envahir un pays peuplé pl\r
de tels hommes 1 rna.is non pas le soumettre.
eette conviction soutint la fcrmeté des rnenl-
hres du con gres dans les circonstances les plus
'Critiques. Ils conserverent toujours les mernes
cspérances et réclamerent les memes droits,
soit que Jeurs concitoyens fusseut vainqueurs
QU vaincus. lIs semblaient avoir prévu que la
conséquence d'une défaite serait une nouvelle
ardeur pour la cause de la liberté; l'éve-


(1) Parmi ces soldats se trouvaicl1t quelques Idal1dais
natnralisés. L'Irlande a fourni quantité de }Jras a l' Amé-
rique; elle luí a aussi envoyé heaucoup de pcrsonnes cl'unc
Baissance distinguée, que les persécutions politiques et
religieuscs forcCrcnt d'émigrer.




• ( 134 )
nement justifia leurs espérances; l'esprit na-
tional pal'ut toujours prendre une nouvelle
énergie dans les mOluens d'adversité; et COlnme
plus un ressort est pressé et plus il réagit, de
meme plus les bienfaits de la paix et de l'indé-
pendanee paraissaien t s' éloigner, plus le dési~ de les
posséder s'aeeroissait dans le ereur desÁméri¿ains.


Vous trouverez peut-etre que je m'appesantis
trop sur des évenemens passés depuis 10ng-teÍnps ;
mais ils sont si glorieux, que l' esprit prend
plaisir ,a 8'y reportero De telles aetions offrent des
le<;ons que nous ne reeevons a aueune éeole; leur
souvenir eharme la triste mODotonie de la vie or-
dinaire, réfute le n1Ísanthrope, et eneourage l'es-
péranee des gens de bien. Les actes de dévoue-
ment et de patriotisme fnrent l10mbreux pendant
le coursde la révolution américaine , et plusieurs
citoyens des Etats-Unis marcherent sur les tra-
ces de Régulus. J'adrnire ce membre du con-
gres qui, sollicité de trahir sa patrie, répondit:
« Allez dire au roi d' Angleterre que je ne suis
pas un homme assez précieux ponr qu'on cher-
che a m'acheter; mais qué, tel que je suis,
tous ses trésors ne suffiraient pas.)) Je trouve
aussi sublime la conduite d'Henry Laurens dans
sa prison. Ce martyr de la liberté anléricaine




• ( 135 )
~lVait été député par le cOIIgres dans les der-
nieres années de la guerre, pour négocier un
traité d'alliance entre les Etats-Unis et la Hol-
landc. II fut pris dan s la ~ traversée et empri-
sonné a la tour de Londres. On lui fit plu-
sieurs propositions qu'il repoussa avec une no·
ble indignation. Enfin on apprit que son fils
ainé, jeune homlne doué de si rares talen s ,
de sentimens si élevés, et d'un extérieur si
agréahle, qu'une sorte d'intéret romantique est
cncore attaché :l son nOln, avait été chargé d'une
mission spéciale pres la cour de France, et y
plaidait la cause de sa patrie avec une éloquence
persuasive. 011 l'engagea a écrire a ce fils de quit-
ter la France et de retourner en Améri(Iue, et OIl
luí fit sentir qu'étant détenu en qualité de ré-
belle, sa vie dépendrait de son obéissance. « MOll
íils est majenr, répondit-il, et doit avoir une
volontéa lui. Au surplus ~ je connais ses senti'"
lnens; il lll'aime tendremenl el donnerait sa
vie "pour sauver la mieulle; maÍs je suis sur qu'il
Be voudrait pas le faire au prix de son honneur,
el je l'en approuve. )) I-Ienry Laurens ful mis
cn liherté pcu de 111oi8 apres, el prié, par lord
Shclhul'I1c, de passer sur le contincllt pour filciliter
les uégociat.ions clltamées entre la gruude Bre-




• ( 136 )
Lague J'une parl, et les Etats-lInis el la France,
leur alliée, de l'autre (1).


C'est une .chose singuliere et un peu difficile
a expliquer, que l'état de Pensylvanie, colonisé
par les hO!llmes les plus paisibles de toute la
terre, ~it été le thétltre de plus de dissentions
politiques qu'auclffi autre des états de l'Union.
11 est vrai que la société des ___ 4 mis ne forma
que pendaht un tres petit nombre d'années la
rn~jorité de la population de cette province; on ne
saurait néanmoins expliquer ce fait par I'humcuf
turbulente des Pensylvaniens. Que cela vienne de
ce que leurs prel1liers législateurs étaient moins ver-
sés dans la science du gouvernement que ceux des
autres colonies, ou de quelques causes accidel1-
telles, c'est ce qu'on ne peut découvrir; toujours
est-il que, des les prenlieres pages de leur histoire
coloniale, on les voit s~ disputer avcc leurs gou,ver-
lleurs et vice-gouvernenrs, et ave e William Penn
lni-meme. 11 est rare qu'un peuple se plaigne,
disons nlÍeux, un peuple ne se plaint jau1ai&
san s cause, et Penn semble avoir reconnu la


(1) Le colonel Laurens , fils d'Henry, aprl:~s avoir rcm-
pli sa mission en Franee, était revenu prcmlre son poste
dans l'arméc américaine. Il fut tué dans une légere escar-
mouehc qui cut lieu vers les derniet's jours de la guerre , ct
lorsque les lihertés de sa i}atrie étaient conquises.




( 137 ) •
vérité de cct axiOlue politiquee Il DlOdifia fré-
quernmcllt la cOllstitution que les colons avaient
re~ue de ses mains, et toutes ses "modifications
paraissent avoir été des perfectionnemens ; mais
toutes les fois qu'il délégua le pouvoir ql~'il
s' était réservé eorome propriétaire du terri:-
toire de b ~olonie, iI parait qu'on abusa de ce
potlvoir; tant il est vr.ai qu'une antorité non-
responsable ne peut etre rf!mise entre les mains
d'aucun individu, quelque bon et quelque
sage qu'il puisse etre, san s ~ompromettre le
repos de la société. Il est possible qll'un peu-
ple se gouverne' mal, quoiqu'il soit toujours
probable qu'ilentendra scs intérets mieux que
personne; mais n'ayant a blamcr que lui-meme,
et pouvaut appliquer él volonté le remede au
mal, il doit en résulter Inoios de trouble daos
l'état, et son mécontentement doit etre moins
durable. Jusqu'a la" révolution, l'on n'employa
dan s ces comhats politiques d'autres armes que
la langue et la plume, et a l' exception de quel-
ques querelles avec une province voisine sur la
délilnitation des frontieres ,chose qui intéressait I
plus les propriétaires que le peuple en général, les
disputes, en Pensylvanie, out toujours eu ponr
objet les libertés les plus importantes pour les
citoycns.




( 138 )
Si je suis enLréc dans des détails asscz élendus


sur l'histoire politique de la Pensylvanic, c'cst
qu' elle présente quelques particularités remar-
quables. Le peuple de cette république paralt
avoir toujours été singulierement jaloux de ses
libertés, et en meme temps plus lent a décou-
vrir le meilleur lnoyen de les garantir de toute
atteinte, que les habitan s des autres états. Bien
que l'intention du premier législateur de la Pen-
sylvanie ait été d'établir une forme de gouver-
nement propre a rendre l'autorité respectahlc
au peuple, et a mettre le peuple a l'abri des
exees de eette autorité, ni lui ni ses succes-
seurs immédiats ne purent atteindre ce but si
désirable. La convention convoquéea l'époque
de la révolution, ne pouvait manquer d'obtenj¡"
plus· de succes, puisqu'il n'y avait plus a prendre
en considération ni les il1térets d'ul1 hOffilne ou
d'une classe d'hommes, ni les actes d'un gou-
vernement éloigné de quinze cents lieues. Comme
le peuple se donnait des lois lui - meme, ce
qu' elles pouvaient offrir de défectueux était cor-
rigé sur-le - champ ; aussi, depuis cette: époque,
nous voyons que les disputes poli tiques en Pen-
sylvHnie, ainsi que dans les autres répubJiques,
nc dUf(3rent guere plus d'ul1' jonr. Plusieurs
états ont convoqué d'aulrcs convelltlOllS, pon!'




( 139 )
amendcr les constitutions qu'ils s'élaient données
en se confédérant; et les modifications apportées
a quelques-unes de ces constitutions ont été HU"
portantes.


A l'exception de deux, les treize états qui
composerent pritnitivement l'Union, adopterent
dans leurs constitutions deux branches législa-
tives, une chmnbre des représentans et un sé-
nat; la Pensylvanie et la Géorgie n'instituerent
qu'une asselnblée. Les auteurs des constitu-
tions de ces deux états penserent que, comme
il n' existait aucune distinction de rangs dans
les républiques américaines, il n'était pas fa-
cile de créer deux chalnbres de représental1s
qui difIerassent essentiellement l'une de l'autre,
et qu' elles lle seraient que deux portions d'un
meme corps législatif, exen;ant leurs fonctions
dal1s des salles séparées. On m'a assuré que
Fral1klin fut d'abord au 1l0lnbre des partisans
du systerne législatif le plus simple; mais
qu'apres une conrte épreuve, iI deuleura con-
vaincu que ce systeme avait ses désavantages;
le penple pensa de men1e, et au bout de quel-
qnes années, la Pensy lvanie et la Géorgie adop-
terent un sénat, a l'instar de celui des autres
états. Quoi<[ue les melnhrcs des deux chambres
soient dlOi~Jis par lc~; 111ClllCS éleclcurs, el que





• ( 110 )
ces chamhre~ puissent étre consídérées C0l111Ue
formant un ID'llne corps divisé en dcux par-
lies (I), les discussions sur ehaque bill ayant
ljen successivernent, iI en résulte que la eonfcc-
tíon des 10ís est plus lente. L'expérience a ap-
pris aux sociétés que, bien que dans quelques
cas urgens, mais fort rares, une décision prolnpte
soit tres utile an bien public, en généraI, iI
vallt . mieux faire les 10is trop lcntement, que
tl'Op. vite. ·Le peuple de Pensylvanic parait
s't1trepéflétré de la honté de eette maxime, ct
pour se lnettre en garde contre un exees de l)fé-
cipitation dans les mesures législatives, iI eut
rccours a un expédient singulier , et qui est plus
conforme a l'esprit des aneiennes démocraties
de la Grece, qu'a celui des républiques mo-
dernes. Il fut décidé que tout hill serait pu-
hlié apres sa seconde leetnre dans ·la chamhre,
€t qu'on aecorderait un eertain temps an corps
l'0litique de l' état (les citoyens jouissant de la
plénitude de leurs droits) pour faire connaitre


()) On a essayé dans un petit nombre d'états d'établir
une différence entre les deux chambres, en exigeant un
cens plus fort pour ctre sénateur que }lOUr etre repré-
sentant; dans quelques autres on exige aussi que les séna-
teurs soient plus agés que les membres de l'autre chambre.




( 141 )
son opUHon él la législature. Cet expédient,
commeOfl peut le penser, ne tarda pas él etre
abandonné, ainsi qu'un conseil de censeurs, dont
les fonctions cOIlsistaient él s'assembler périodi-
quement pour examiner tous les actes de l'au~
torité, soit législative, soít exécutive, et en.
faire leur rapport au peuple. Apres la révolu-
tion, peu d'années suffirent pour calmer l'esprit
de controverse politique qui avait si long-temps
animé le peuple de Pensylvanie. Aujourd.'hui
que les droits des citoyens sont bien établis et
a l'abri de toute atteinte ,les animosités de parti
sont appaisées, et la machine du gouvernement,
mue par l'impulsion de l' opinion publique, mar-
che sans hruit et sans obstade.


Les constitutions des républiques confédé-
rées different bien peu les unes des autres. Le
pouvoír législatif y est conféré a un corps com-
posé d'un sénat et d'une chambre de repré-
sentans (1), et le pouvoir exécutif a un gou-
verneur tantot seul, tantot assisté, ou, pour
parler plus correctement, entravé par un COll-
seil. Cette restriction apportée a l'exercice du


(1) A l'exception du seul état de Vermoni;, qni a jus-
qu'a présent maintenu le systcme adopté dalls le principt>
par la Pensylvanic et la Géorgic, et n'apas de sénat.





( 142 )
ponvoir exécutif, fut primitivement adoptée par
les treize états; nlais plusieurs l'abolirent en~
snite, et elle n'a pas été adoptée par les états
qui furent successivement annexés a l'Union (1).
La lllajorité des treize états anciens conserve
encore ce fi'ein a la volonté du premier ma-
gistrat. Cependant, en considérant la conrte du-
rée 'de- sesfonctions et les faibles pouvoirs dout
i1- est investi, quelques-uns regardent ce frein
coulme inutile, 'et J'autres cornrne pernicieux,
en c~ qu'il' 'tend a retarder les opératiol1s du
gouvernement ;maisc1est précisément encela
qu'un certain nombre de citoyens le trouve sa ...
lutaire. Au fond, la chose est de peu d'impor-
tanee. Et, en effet, l'autorité suprerne réside
dans le corps législatif, qui n'est al1.tre chose que
le peuple parlant et agissant dan s la pe~sonne de
ses représentans. Le pouvoir exécutif, il est vrai,
possede un droit de véto sur la décision des
deux chambres ; mais ce véto n' est pas défini-
tifo Le gouverneur doit, au bout d'un temps
donné, renvoyer le hin avec l'exposé des mo-
tifs de son refhs de le sanctionner. La ques-
tion est discutée de nouveau, et une lnajorité
des deux tiers des lnelnbres de chaque ChaIll-


(1) Excepté par l'état de Vermont.




• ( 143 )
hl'e cst nécessail'c alors pour donner au hill
force de loi; mais comme dans ce cas la sanc-
tion du pouvoir exécutif devient inutile , rarelnent
il la refuse de priIne abord ; je crois meme que
cela n'arrive janlais. Il est clair, au reste, que
le refus de sanction ne pourrait avoir lieu que
lorsque les vpix des législateurs se trouveraient
partagées presque également, et que la sagesse de
)a loi pl'oposée pourrait, jusqu'a un certain point,
etre mise en doute. Il n'y a pas de mal alors,
qu'un moyen existe pour que cette loi soit
discutée de Douveau; d'ull. élutre coté, on doit
supposer que le pouvoir ,exécutif n'adopte ja-
mais la mesure extreme d'un refus de sanctio,n,
que dans un cas de la plus grave importance ,
et a l'égard d'une loi dont la bonté peut etre
contestée. La constitution anglaise accorde au
lnonarque un véto absolu" et qui le dispense
de recourir une se conde fois a la décision des
chalnbres du parlement. Si ee véto n'est ja-
11lais exereé, e'est évidemment paree que l'in-
fluence royale a préalablelnent affeeté la déeision
du parlement, et fait connaitre la volonté du mo-
nal'que d'une maniere qui le dispense de se mettre
en opposition fonnelle aveole vreu de la nation.
lei la ehose est tout-a-fait différente. Le gou-
verneur est aussi iInpuissant pour influencer le




( 144 )
vote dc l'assel'nblée qu'aucnn autre cÍtoycn de
la république, tandis que Passemblée pcut rcndre
nulle la volonté de ce premier ronctionnail'e. Les
pouvoirs du gouverneur varient dans les divers
états, et ce qui peut paraitre singulier, e' est
qu'en Pímsylvanie, ou Pon a toujours mOl;tré
une extreme défiance a l'égard du pouvoir ex&.
cutif, son autorité est plus grande que dans les
auttes états: TI n'y est point entravé par un eon-
seil; seS fOl1ctions dllrent trois ans, el iI dispose
de plusieürs emplois publies pour lesquels, dans
les autres états, le5 noniinations ónt lieu par le
vote combiné desdeux cnambres législatives.


On pourrait penser que les citoyens de Pen-
sylvanie avaient tant de goilt pour les disputes
politiques, qu'ils n'ont voulu rlen négliger de
ce qui pourrait les oecasionner. Eri aceordant it
Ienr premier magistrat le ehoix des juges, des
maires, etc:, ils se sont réservé le droit de le
quereller sur la maniere dont il exereerait eette
prérogative. 011 pourrait en di re autant des ha-
hitans de l'état de New-York, ou la nOlnination
a quelques-uns des principaux elnplois pllblics
appartient aussi au gouverneur, quoiclu'avec le
eoncours c1'un eonseil. La polénlÍquc et la gnerrc
de gazettes, auxqüelles ces dlsposilions cOllsLltu-
tionnellcs dOlluent lieu, peuvcnt ctrc 10rt mnu-




• ( ¡ f) )
san tes pOUl' ceux qui prennellt parli dallS la
querelle, mais les speclateurs désintéressés doi-
vent trouver tout cela fort ridieuIe et contraire
a la dignité de ces deux importantes répu-
bliques.


Tous les fOÍlctionnaires, qu'ils soient nonlmés
I)ar le gouverneur, par la législature ou par
le peuple, ne peuvent conserver levrs elnplois
qu'en se conduisant bien, et tous, sans en ex-
cepter le gouverneur, peuvent etré accusés de-
vant la chmnbre des représentan;s~ U,~~,,~ajorit~
der, deux tiers de ~etlec cham})l~fr esf'uecessaire
pour porter ·un~. ¡s~nterice qúi n'~··á'au"tre effet
que le renvoi du fonctionnaire coupál)le, ét
la déclaration de son incapacité a rClllplir a
l'avenir aucun cmploi honorahle on lllcratif.


Il cst statué partout qu'aucun individu, tenant
un emploi du gouverncment particulier de l'é ...
tat ou du gouvernenlent central de l'Union, ne
peut etre nlelnhre c1'aucune des deux challlhres;
e' est une disposition d'une importance 111ajeure,
et sans laquelle iI est absolumeut impossible
de compter sur la pureté du systenle rcprésen-'
tatif. Le servitour du peuple ne doit etre a la
solde de personne, ou bien son illtéret potlrl'ait
se trouver en opposition avec son devoir. La
cumulatioll d'elnplois cst sévcrcment jntcrdite


JO




( 14G )
dans t onLes les branches du gouvcl'neI11CJ1t amé-
l'icain ; il en rc<;oit une vigueur et une inté-
grité (1) qu'aucune autre lnesure ne luí pour ...
rait assurer. V oiei une aneedote qui prouvc
quel soin on apporte a empeeher qu'aueun fone-
tionnaire !le puissc se trouver dans le eas de
transiger avec son devoir .. Un maltre de poste
de New-York perdit dernicrement son emploi,
paree qu'on découvrit qu'il était entrepreneur
des manes. Le maitre de poste général, il Wa-
shington, motiva son renvoi sur ce que, le lnaltre
de poste étant le sUI'veillant de l' entreprencur ,
lorsque le meme homlne exer~ait les deux fonc-
tions, le publie n'avait plus aucune garantie de
::la probilé dans l' exercice de la pren1Íere.


On peut géné1'alement considérer la chamb1'e
des 1'eprésentans de chaque état comme la h1'an"
che la pltls populaire de la législatu1'e. Les mem-
brcs de cette chambre sont élus annucllement (2)


(1) n y a Jans l'original , CLEAN-I1ANDEDNESS (nettete de
mains) ; ectte c:xprcssion si pittoresque ne pourrait s'cm ..
ployer dans notre langue.


( Note du traducteur.)
(2) Excepté dans les états de la Caroline du sud, de Tc-


llessée, et d'Illinois , OU les é1cctions n'ont licu que tOIlS les.
Jcux aus.





( 147 )


par tous les hOlnInes libres de l'état, excepté dans
deux 011 trois des anciennes républiques du
Sud. Le lTIocle employé pour l' élection des sé-
nateurs varie un p~u dans les différens états.
Dans quclques-uns, leurs fonctions ne durent
qu'un an, dans d'antres, trois , quatre , ou, comIlle
dans le Maryland, cinq années ; au reste, on ne
peut jugcr parfaitement de la popularité de l' é-
lection des sénateurs par son re tour plus ou moins
fréquent; cette popularité dépend de la plus
ou llloins grande exteusioll du droit de suf-
frage. Quelques constitutions exigent d'un ci-
toyen des conditions plus rigoureuses pour etre
apte a élire un séqtlteur que pour participer a
l'élcction d'un représentant; suivant d'autres
constitutions, ces conclitions sont les meules,-
quoique l'élection arrive plus fréquemment dans
un cas que dans l'autre. En Virginie, le gou-
verneur, les s~nateurs et les représentans sont
élus annuellement, et cependant la constitution
de cet état est la moins dénlOcratique de toutes.
DallS les états de l'Est, du centre et de l'Ouest,
les électÍolls sont tout - a - faÍt populaires; en
Virginie et dans les deux Carolines ,le droit de
suffrage requiert plus d'extension , avant qu'on
puisse dire qne les législatures de ces états
sont étaLlics d'apres les vrais principes mnéricains.


JO"




'-


( 148 )
La plus admirable disposition dans l'orga-


nisation des gouvernemens de l'Union , est ceHe
quj assure a tous les élats le moyen de HlOdi-
fier et d'anléliorer leur constitution. La conven-
tíon (1) est en lneme tcmps le fondement et la
pi erre angulaire de l'f.(lifice Ju gouVel'llClnent
américain. Par eHe, la consliluLÍon d'un état
est mise en barmonie avec les vreux du peu-


(I) Assemhlée convoquée pour réviser la constitution
du gouvernement fédéral, ou d'un des états de l'Union9
Cette idée de révision est d'uné.gi·aIMe sagesse.


On retro uve ce principe américain dans la premie re
tlécbration des tlroits présentée a l'assemhlée constituante,
le 11 juillet 17 89. ..


« Et cmllmc l'introduction des ahus et le droit des
}) générations qui se slíl.ccedent, nécessitent la révision de
») tout étaLlissement humain, iI doit ctre possible a la na-
}) tion tl?a~oir, oans certains cas, une convocation extraor-
») di naire de députés dont le seul objet soit d'examiner et
») corriger, s'il est nécessaire, les vices de la constitution.»)


Quoique la déclaration des droits du général Lafayette
Rit servi de hase a ceHe qui est en tete de la constitution
de 1791, cet article a été omis; mais on trouve dans la
cOllstitution elle-meme des moyens légaux et paisihles de
révisiol1. Néamnoins, dans les discussions (fui curent lieu a
cet égarcl, il avait été reconnu désirahle que la nation
n'usat pas de ce droit avant un terme de trente annécs.


(Note du tradllcteur.)





( 14~) )


pIc auss! facilemelll ct aussí paisihlemcnt (l UC
les 10is ordinaires; elle est a la [oís la sauvc-
garde des droits de la nation, et la conservatrice
de la paix publique. Les droits de la société
américain e ne sont fondés ni sur des· charles,
ni sur des usages antiques, n1ais sur des príncipes
imnluables, qlli· parlent ú lous les esprits el ~\
tous les creurs. Il n'y a pas nlOyen ici de sub-
tiliser sur le selis des rnots, d'opposel' les tl'adi-
tions a la raison, ni d'appeler de la sagesse du
préscnt a ceIle du passé; la sagesse du jonr est
sou~ent ignoran ce le lendelnain; ce qui est vérité
a une époque devient par conlparaison préjugé
a une autre époque; ce <luí est bumanité <1 e-
vient cruauté; la júslice devient injustice; la
liberté, servituc1c ; et jc dirais pl'esque la vertu,
vice, et le bonheur, nliscre. L'hornmc qui ap-
parlient a la génération actuclle avec des vues
et des scntimcns inconnus a unc époque a11-
térieure, sc sent trop resserré dan s une sphcre
d'aclivité que ses allC(~tres out trouvée assez éten-
dne ponr leul's facultés el leur arnhitiou. Si la 10i
oppose des harriel'es a l'essor de sun intcUigence ,
cette intclligcnce est comprimée , mais non pas
éloll~Jec. Le torrcllt des COllllaissallces se grossit,
preud de la {orce, et la digue est l'ompuc avec
une violcncc íllú iJHi.lHI(~ jusqn'~!u\. Emdemerr:;




( 150 )


de la société, et répand momentallément le ra...;
vage dans le vaste champ de la civilisation (1).
Le pouvoir arhitraire et la liberté, existans dans
un lneme état, doivent etre perpétuellernent en
guerre ; ce n'est qu'ou l'une ou l'autre regne sans
partage et sans contestation, que la paix publique
peut etre maintenue ; dans un cas, par le libre
exercice de toute l'énergie humaine, dans l'au-
tre, par son extinction totaJe.


(1) Ce' passage rappelle de beaux vers de M. Viennet,
dans son Epitre au roi d'Espagne. L'auteur parle de la
liberté, et dit ~


Il faut ou prospérer ou succomber par elle;
C'est le torrent fougueux qui du sommet des monts,
Du fermier de ses hords men"ce les moissons.
S'il ouvre vingt eanaux a eeHe onde indocile,
S'iIlui ereuse des lits et de mousse et d'al'gile,
Et, trompant avec art son cours impétueux,
La divise et l'égare en détours sinueux,
Le to-rrent adouci va féconder la plaine,
Du fermier vigilant eurichir le domaine,
Et ses ferliles hords , aimés des voyageurs,
Se couvrent de verdure et de Cruits et de fleufS;
Mais, s'il eroit, élcvant une digne impuissante,
Refouler vers les monte eette onde mena<;ante ,
Sur la foi des étés il gonte 11n vain repos ;
Quand l'orage et l'hiver auront gros si les fiot!,
II yerra tout périr sous la vague irritée;
Et, parmi les débris de la digue emportée,
Ne Iaissant aprcs eux que des ravins déserts ,
La ferme et l'habitallt rouleront dans les mers.


(Note da, traducteul')





( 151 )


Les avocals du despolisme ont souvcnt pré-
tendu que les élémens de la liberté étaient rudes,
grossiers, et ne pouvaient etre mis en reuvre.
Cela est tres vrai, lorsqu'ils se trouvent dans une
atmosphere é~rangere a leur nature, ou ils ont
a lutter contre d'autres élémens avec lesquels
ils ne peuvent jamais s'an1algamer, et qui les
repoussent sans cesse. On' a coutume de nous ci-
ter les républiques anciennes, et de nous répéter
que Rome fut désolée par les factions et les
guerres civiles. San s énumérer les causes nom-
breuses (telles que la distinction des rangs, la
jalousie qui régnait entre les divers ordres de la .
nation, et ces armé es formidables comluandées
par des chefs ambitieux) qui se réunirent
ponr plonger la société dans le chaos, nous
diroDs qu'une seule eút suffi pour enfanter les
désordres dont la 11laitresse du monde fut le
thétüre; cette cause est l'ignorance de la doc-
trine de la représentaLion. eette doctrine que
nous trouvons si sim pIe, une fois qu' elle 110ns
a été révélée, forme toute la science du gonver-
llement ; c'est dIe qni donne a la liberté 1110-
cIerne un caractere cIifférent de cellli qu'eHe
avait dans lcs temps anciens, qui la réconcilie
a\ct: la paix, el lc,., ÜIÜ régner toutcs dcnx de
concert.




( 152 )


Le systeme représentatif établi en Angle-
terre par un concours de circonstances for~
tuites, a été porté jusqu7a la perfection en Amé ...
fique. Par lui, le peuple dirige tout; il établit
8~ constitution, fait des lois conformes a cette
constitution, et la modifie elle-meme, suivant les
progres de l'esprit pu.bIie en sagessft politiqueo
De la sorte, quoiqu'un gouvernement puisse
paraitre défectueux dans quelqu'une de ses
formes, comme la porte est ouverte aux amé-
liorations, on peut le déclarer parfait. « Quelle
republiche che ~ s~elle non hanno fordine per-
fetto ~ hanno preso il principio buono e atto a
diventare migliore ~ possono ~ per 1-' occorrenza
delli accidenti~ diventare perfette (J). »


En considérant corubien l'ame de l'homme est
ennoblie par la liberté ,et avee quelle rapidité
son creur s'humanise a mesure que la scienee


pénetre dans son esprit, on ne saurait caleu-
ler les progres en vertu et en puissance d'un
peuple dont les générations suecessives s'élevec
ront a l'ombre de 10is bienfaisantes et d'institu-
tions libérales. Qui ne se sentirait pas disposé a for-
mer un souhait pareil a celui que Franklin fit nn
jour en badinant? Ce grand patriote voyant une


(1) Machi:tf'eU¿, sopra la prima Dec. di Tito-Lirio.




• ( 153 )
lllOnche s'échapper d'une bouteillc ou elle aváit
été long-temps emprisonnée, s'écri~: « Je vou-
drais pouvoir etre enfermé COffilue tu l' étais ,
et délivré dans cent ans, pour voir commcnt
ira roa cherc Amérique. »




\ 154 )


LETTRE VII.


Ton de la société d Philadelphie. - Aventure
- d'un officier prussien. - Le chevalier Correa


de Serra. - M. Garnett.


Philadclphie, mai 1819.


J E n'ai pas voulu quitter ccHe villc san s obscr-
server plus particulierement que jc ne l'avais fait
les caracteres que présente la société. Il est rare
que les observations que l' on ~ait sur les habitans
d'un district particulier, ne puissent s'appliquer
plus ou moins a la nation entiere. €ela arrive dans
tous les pays, mais surtout aux Etats- Unis. La
diffusion générale des connaissances utiles et
d'une bonne instruction pratique, l' exercice de
droits politiques étendus, et,comparativementpar-
lant, l' égalité de condition, donnent aux Amé-
ricains une physionomie nationale hien pronon-
cée. L'hollllllC de loisir, flui cst le plus souvcnt




( 155 )
llolnme de plai~ir', se trouvcrait un pcn isolé dan s
ce pays. Tous les bras travaillent et toutes les tetes
pensent ; tont le mo~de s'occupe non-seulement
des soins actifs de la vie humaine qui, en général,
paraissent peser plus légerenlent sur ce peuplc
que sur beaucoup d'autres, mais encore de choscs
relatives . a u bien général d'un vaste empire.
Tout citoyen étant une fi'action du souverain ,
est non - seulenlent poIitiquc, mais encoi'e légis-
lateur; en un mot, c'est un associé dans les
grandes affaires de l' état , no\¡ point un associé
passif, luais un actionnaire qui inspecte soigneu-
sement les opérations des gérans de l'associa-
tion, vérifie leurs cOluptes, maintient leur auto-
rité, et juge des intérets de tous. Un peuple
aÍnsi occupé n' est pas ceIui au lniIieu duquel
un fainéant pourrait se plaire: il cherche des
amusemens, et il trouve des affaires; de l'esprit
frivole, et iI trouve du bon sens, du pUl' et véri-
table bon sens. Les Américains sont de tres hons
parleurs et d'admirables auditeurs ; iIs entendent
a merveille cet échange de connaissances pour
Jequel, et pour lequel seul, ils font usage de la
conversation. 11s ont une étonnante provision
de connaissances; l11ais iIs ne les ont glH~re ré-
coltées dans les domaines de 1'imagination; des
faits fOrIllcnt onliuairclllcnt la subslal1ce de lcul's




( 156 )
diseoul's. lIs sont aeeoutumés a haser leurs opi-
nions sur les résultats de l'expérienee plutót
que sur des théories ingénieuses et des raisonlie-
Inens abstraits, et e'est ordinairement a l'aide
des premiers, qu'ils eombattent les autres. Ils
ont en général beaueoup d'instruction; maisils
sont le plus versés dans les seienees physiques,
l'histoire, l' éeonomie politique et la science du
gouvernement. Le monde est le livre dans lequel
ils lisent le plus attentivement, et ils ont gé-
néralement l'habitude d'y chereher la page de
I'h?lUme qui se présente a eux ; ils le font, au
reste, avee heaueoup de politesse, et vous laissent
parfuitement libre d'en agir de nH~nle a leur
égard. Ils 80nt tout-a-fait san s mauvaise hontc,
et également exelnpts de eette familiarité el de
cette officieuseté si importunes. L' exercice con-
stant de leur raison et de leur jugement donne _
a leur caraetere el a leurs manieres eette bon-
hommie, eette franehise et eette inaltérable dou-
cenr qu'on remarque si souvent en Europe ehez
k-s hommes qui. se sont voués a la culture des
sciences abstraites. Les Áluéricains montreut
une patience et une honne foi éto nnantes dans
la discussion ; ce sont des arguluentatcurs pres-
sans, des observateurs fins et des penscurs ori·
ginaux. Ils n'entendent guere ce que les l(ran-




,( 157 )
c;ais appeJIcnt le badinage,. et vraiment, lorsque
j'ai vn nos Alnéricains aux prises avec quelque
frivo]e Européen, ou quelque felnme légere de
sa nation, j'ai pensé voir un quaker se lanc;ant
an milieu d'une gigue écossaise. Les Américains
n' ont ríen du poete ni du hel-esprit, et je pense
qu'ils dcviendraient tres enIluyeux s'ils essayaient
de singer l'un ou l'autre. Il est juste de dire
que rarement ils l'essaient, du moins, passé l'uge
de vingt-cinq ans. En revanche, ce sont des
hommes il1struits et des philosophes libéraux , et
1'on gagne plus d'instruction solide en les écou-
tant pendant une heure, qu'on De ferait dans
toute une soirée au milieu du premier corps lit-
téraire ou diplomatique de l'Europe. On dit que
tout hOllUlle a son fort, et peut-etre aussi toute
!lation; celui des Américains est le hon sens;
cette qualité précieuse est la monnaie ~ourante
du pays, et il est curieux de voir COlllmc elle
leur sert a juger de quel alJoi est l'esprit des
étrangers. En vérité, je ne connais pas de gens
qui vous fassent apercevoir plus vlte de votre
ignorance. En causant , nleme avec un simple fer-
lnier, iI m'a semblé souvent que je n'avais été
toute ma vie qu'un etre frivoIe courant apres de'
briJlans papillons, tandis que lui, semblahle a la
fournli;~lvait alllassé des provisions inteliectuelles¡




( 158 )
utiles pour tons les temps et toutes les Clrcon-
stances.


Je dois ajouter que les Américains possedent
une constante gaité d' esprit, une imperturbable
égalité de caractere , et une grande dose de ce que
DOUS nommons humour (1), arme défensive qu'ils
emploient d'ordinaire lorsqu'ils sont assaillis par
la souise on l'impertinence. J'en ai vu maints
exemples, et vous en trouverez dans les écrits de
Franklill, dont l'humourétait vraiment indigenc.
Je me rappelle en ce moment une aventure Otl
j'eus l'occasion de remarquer ce trait du caractcre
national.


Un officier prussien, en route ponr Venezuela,
débarqua iI ya quelque temps a New-York. Etant
descendu a un hotel dans Broad-way, il trouva
d~ns la salle deux officiers anglais et un gentle-
man américainqui était -assis tranquillement·dans
une embrasure de croisée, et lisait la gazette de
'Vashington. Le Prussien n'entendait pas, un
nlOt d'angIais; iI remarqua néanmoins que les
deux étrangers, en causant ensemble, se servaient


(1) Ce mot, qui n'a"pas d'équivalent dans notre langue,
désigne un~ sorte- de jovialité fine, satirique et spirituclle.
Un ouvrage plein d' humoztr est celui OU l'on trouyc par-
tout le cachet de la 1)onne plaisanterie.
- (Note da tradactellr.)





( 159 )


a tout JTIoment du lnot Yanl:ee. lIs le répétaient
a satiété et paraissaient l'appliquer achaque ci-
toyen qu'ils voyaient passer sous la fenetre par
laquelle ilsregardaient. « Yankee! Yankee! s'é-
» cria a la fin lePrussÍen ; que veut dire ce Yan-
» kee?» Il adressait, d'un air étonné, cett~ ques-
tion a l' Áméricain qui semblait ne pas prendre
garde a ce que disaient les deux Anglais. « Je
» vous apprendrai, lnonsieur, répondit - iI gra ...
» vement et en levant les yeux de dessus son
» journal, que cela veut dire un homme d'une
») sagesse parfaite., d'un talent extreme, jouis-
» sant des biens de la fortune et de la considé-
) ration publique. » - « En un mot, un sage
» et un homme distingué ? ») - (c Précisément. »
- c( Mais , monsieur, que la république est riche
) en sages et en hommes distingués ! » - « Ces
» messieurs n011S font l'honneur . de le croire ré-
» pliqua l' Américain, en faisant une inclination
» de tete aux deux officiers anglais » (1). ..


Vous rirez en apprenant que le Prussien prit
eette explication au sérieux ( car vous pouvez pen-
ser 'que lÍos deu;x. eompatriotes étaient trop stu~
péfaits pour contredire l' Américain). Il ne man-


(1) Ce petit dialogue cst en fran~ais dans l'original.
( N ate du traducteur,) .




• ( íGO )
qua pas d'cn1pIoycr le- lnot Yankee a tmtt 1l0rtt
de champ , ponr marquer son étonnement, et de
la ,surabondance d' lzol1zmes distingués qu' on
'trouvait dans la vil1e, ct de la c9ncision du la"n-
gage alnéricain, qui permettait d'exprimer tant
'd'idées en un scul lnot. Je rus long~temps a\'ant
dE; compréñdre le sens des paroles du Pl'ussien.
Lorsqu'enfin je lui eus f.1it conter son histoil'e,
et que je fus au h'1it du mystere, la plaisante-
terie me parut trop honne pour y 111cttre fin,
Cependant, con1me je vis qu'il s'était ~nis dans
l'a tete d'appliquer cc mot dans su nóuvelle si-
gnification a' tont citoyen anquel iI voulait filirc
un compliment, et cIue_, ~ans.le cas Olt iI aurait
une entrevue avec le' président, il !lC manquerait


. pas, ponr faire' pret~ve de polites$c, dcl~appcler
le chef d~s. Yankees J jc jugeai a propos ~le rcndre
a cemót son acception primiti\;'e el). ,',
, J'ai déjit parlé' du qúieii~me q{l'~n' 'remarque
dans cctte ville; iI Y existe néanmoins beaucoup


(1) L' étymologie du mot Yanl:ee n'estpeut-etre pas géné..;
'ralement connue, meme en Angleterre. Les Indiens l'ont
tiré par corruption d' English( Anglais), Yenglees J Yan-
gles J YanJ:les et finalement Yankee. Aux Etats-Unis , ce
sobriquet n' est donné, par maniere de plaisanteric, qu' auXó
citoyens de la N ouvelle-Angletcrre, dont les premiers colons




( 161 ) •
de galté parml la jeunesse, et de relations sociales
entre les personnes' d'un age mur. Ici, comme
ailleurs, j'ai observé qu'il existait une ligne de
démarcation entre les jeunes gens et les personnes '
agées ; rien effectivement n'est plus opposé qne
leurs caracteres. Ceux qui sont a la ~eur de
l'age paraissent vifs, animés, et chantent conune
de jeunes alouettes au prilltelnps; les autres sont
paisibles, graves et occupés, les felnmes des SOillS
domestiques, les homrnes de leurs affilires privées
et des affaires publiques. Quelques étrangers ont
prétendu qu'en Europe iI ya du plaisir sans bon ....
heut, et en Amérique du bonheur sans plaisir.
I1s ont en cela sacrifié une partie de la vérité a
l'exactitude de l'antithcse. Je suis disposée, el peu-
ser que le plaisir se trouve également dans les
deux hémispheres, mais que dans 1'un iI est
le partage de la jeunesse, et dan s l'autre, ceIui de
l'age mur. En France, par exemple, une fernlue
cornmence rarement a jouir de l'existence avant
qu'tin lnonsieur lui ait mis une bague' an doigt;


furent ainsi nommés par les Sauvages. Les Pensylvaniens
'sont eonnus ehez les Indiens sous le nOlll de Quel:els.,oeorrup-
tíon de Quahers; les Virginieus, sous eelui de Long Knú'es
(Longs Couteaux), je pense, a eausedes guerressanglantes
et eontinuelles qu,e les pl'emiers eolons de eeUe mere de
l'Uníon eurellt a soutenir contre les Indigenes.


l. 1 1


¡~
~ \~~:




• ( 162 )
ici, c' est dans son printemps qu' elle goute -les
plaisirs de la vie. C'est vraimel1t une chose char-
mante de voir ces jeunes beautés, vives et en-
jonées, agir et parler avec une grtwe que l'art
n'enseigne pas, et qu'il chercherait vainement
a imiter. Je ne sais si le plaisir est une divinité
qu'il faille heau~oup adorer ; peut-etre son culte
enivre-t- il un lnoment l'esprit pour le laisser
vide ensuite, et le législateur ferait peut-etre
sagement de lui interdire l'enfrée du Panthéon
national ; lnais, apres tout, s'il faut absolument
s'approcher des' autels de ce dieu , iI semble plus
dans l'ordre de la nature de choisir l'heurenx in-
stant de la jeunesse et de la santé; la foljepeut alors
trouver son excuse dan s la vivacité de l'age, et ses
joyeux écarts peuven t faire rire Héraclite lui-meme.
La jeune filIe insouciante perd sans doute. des In 0-
luens précieux, mais la femme dissipée négligedes
devoirs importalls, et encore elle ne poursuit qne
l'ombre d'une Olnbre; voyez, ponr preuve, les
joues fanées et le crenr flétri d'une petite mai-
tresse anglaise de trente a quarante ans. La jetine
filIe américaine, quelques passageres que soient
ses jouissances, en goute néanmoLns de pures et de
vives, que la sagesse d'un autre age ponrrait envier.


De notre enfance, Ó jours heureux !
Jours de promesse et d'espérance,




( 163· )
be paix et d'heureuse ignoran ce ~
00. sur les ailes du 'désir,
Des ris, des jeux, l'aimable troupe
Nous guide a l'autel du plaisir;
Et du dou~ nectar de sa coupe
N ous nous enivrons a loisir !
Vive joie et peines légeres ,
Pensers doux et reyeS charmans
Marquent alors tous nos momens ;
~t, dans nos douleurs passageres)
Nos larmes ne sont point ameres
Comme les, pleurs dont sont mouillés,
N os yeux, dans l''été de la ,Tie ,
Quand) par la raison dessillés ,
L' espérance' nous est ravie.


(Pensées d~une recluse.) (1)




Raremen t iI arrive ici que des regrets amenl


( 1) V oici le passage original, dont nous n'offrons qu'une.
faible imitation :


Bless'd hour of child!tood! t!ten, and then alone,
, lJimce we the reflels close round Pleasure's throne ,
. Quaff the h!ight nectar from. hu fountnin spring:J ,
.And laugh beneath the rainbow nf her wings.
Oh! time of promise, hope and in/wcence;
Oftrust, and love , and hapP'Y igno~ance!
Whose every dream is Heáflen, in whose fait joy
Experience ret has thrown no blaek alloy;
:Whose pain, when fiercest ~ lacks the venomed palig
Which to maturer ill doth oft belong)
When , mute, and cold, we weep departed hliss ,
And llope expires on "roken llappíness.


1 l ••




( 164 )
succedent aux brillantes illusions de la jeunesse;
la coquetterie fait pláce de honne heureaux affec'"
tions de fahlille , 'et les plaisirs frivoles aux jouis-
sanees domestiques. Le bonheurpaisible de la vie
matrimoniale se goute ici dans loute son étendue.
En rira qui voudra; mais ce honheur est a coup
sur le plus préeieux des dons que le ciel a faits a
l'homnle. '


A propos de la jeünesse et -de Ses folies, iI ne
faut pas que j'oublie de vous pader de quelque
chose que 'je doute que 'vous ayez vu iei. Je l'ai
vu moi ,en p~einjolU' ,;et dans Chesnut-street.
C'est la promenade a la mode ,comme Broad ..
way, a New-York, et ron y rencontre la meme
gaité et la meme élégance. Je me promenais la
un matin avec une de mes amies, Iorsque nous
vlme-s s'avancer vers nous :un groupe, de je~nes
gens dont rair et la 'mise 'étaient si cP-ff~h~ns: )~e
eeux des hahitans du pays, que je : dotltai d'ábord
si je n~~vais pas été tr~msportée par quelque en-
chantement dans New-Bond-street, ou sur le 'bou ...
levard des Italiens. Aucun dandy de Londres,
aucun fat de Paris, n' efit pu les snrpasser par la
tournnre, ni les manieres affectéeset :ridicules.
« Quelssontces étrangers? demandai-je.»-
Cí Ce sont des Américains, répondit ma compa ....
» gne en riant; mais les fons sont rares, et j'es-




( 165 ) •
)_ pere qu'ils couLinueront de retre,pour l'hollncur,'
). de notre ville .. ))


Il Y a ici quclques eercles cOlnposés de la so-
eiété la mieux choisie. Je connais surtout une
dame qui. rasseluble souvent tous les talens de la
ville dans son salon; et, par. parenthese, elle
fournit elle .. menle un tresfort contingento J'ai
rarement trouvé une felllIue plus richement
dotée par la. naturc, et qui fit usage de ses,
dons avec moins d'ostentation. Si le soir elle fait
le cl1arme de la société réunie chez elle, ses ma-
tinées. sont en.lierement consacrées a,.l'éducation
d'unenombreuse famille, quine peutmanquer de·
recueillir d'heureux fruits d'une inslruction di-
gne d'un pays td que les Etats-Unis ..


Nous trouvtuncs, iI Y a peu de jours, chez eette·
dame, un personnage poul' lequel .on a dansce.
pays la plus grande vénération ; c'estJe·chevalier
Correa de Serra , ministre portugais. M. Bracken-
ridge de Baltimore, en lui dédiant son petit ou ...
vrage. sur la Louisiane, le proclama l'un des étran~
gers les plus éclairés qui aient jamais visité les
Etats-Unis. Ce qu'il ajoute a ce cOlllpliment est
conforme a ce que j'ai généralelnent entendudire
lci sur le compte de cet estünahle philosophe.
({ L'aimable simplicité de vos manieres, dit
M.Brackenridge, nons rcnd.l1otre Franklin. Dau5.




( J66 )
toutes les parties de notre pays que vous avez vi ...
sitées (et vous les avez visitées presque toutes ),'
votre eompagnie a été aussi agréable au eultiva-
teur et a l'homme illettré, qu'au savant et auphi-
losophe. La maniere libérale et hienveil1ante avec
laquelle vous avez eoutulne d'envisager tout dans
nos états , l'intéret que vous prenez a notr~ hien-
etre, et ~s sages et p11Ofondes maxilnes que, sem ...
blables aux. diseiples de Soerate, nous recueillons
de votre bouche, nous autorisent a vous récla.,.
mer eomme un des peres de notre patrie. »


Apres de pareils. témoignagei l'endus par
des hornmes' qui peuvent S6 glorifier de l;elati@ns
intimes avec ce respectable Européen, les remar-
ques d'une jeune étrangeré seraient une addi-
tion tres inconvena~te. Je me hornerai a di re (en
ma qualité d'étrangere ) que je fus extremernent
fra~pée de la silnplicité de manieres et de la mo-
destie d'un· homme auquel tout le monde iei s'ae-
corde a reconnaltre tant de taleos supérieurs et
de connaissances transcendantes. La bonté avec la-
quelle je l'entendis parler de la nation amérieaine,
l'admiration qu'il témoigoait pout. son earaeti~re et
ponr les institutions qui, disait-il, avaient formé et
perfectionnaient chaque jour ee caraetere, m'ins-
pirerent, des les premiers nlomens de notre entre-
tien , une admiration au moins égale a celle des




( 167 )
AméricaÍns pOlIl' les sel1timens généreux. de ce
vénérable étranger.


En nous en retournant a picd (.car ici la consi-
dération n' est pas attachée a un carrosse, C9lnme·
Brydone trouva qu'elle rétait en Sicile) , il m'ar-
riva de rn'extasier sur la l]eauté du ciel, et de·
dire que pour une personne née dans un pays-
hrurneux, ceHe vue n'avait pas encore perdu le-
eharme dé la nouveauté. 1\'1. Correa répondit de·
l'aÍr le plus doux: « Et sur quel pays devraient
)) briller le soleil et les étoiles, sinoa sur ~elui-,ci 1.'
» La lumiere y' ~xiste part.ont, et chaque jour elle·
)) devient plus éclatante, et s'étend de plus. en
» plus. » - « N'avez-vous pas peur, repris-je en-
) eouragée par la douceur de ses parole~La oubIiel~
» l'intervaIIe qui séparait nos ages et nos esprit s ,
» n'avez-vous pas peur de trop airner eette répu-
» blique? » Il répondit plaisarnment : «De meme
) que le galant Melvillc déclarait Elisabeth la plus
) belle fernrne de l' Al1g1eterre, et Marie la, plus
) belle en Ecosse, je tiens ce pays~ci pour la
» plus be~le des répuhliques ,. et le Portugal ,
» eomme de raison , pour la plus belle des rnonar-
) ehies. )) Il était impossible de converser une
heure avec ce respectable philosophe saos parler
de la situation présente et de la perspective filtlrre
du pays qui lni avait donné naissance. En dé-




( 168 )
vel{)ppant nles idées sur c.e sujet, je remarquai
avec chagrin les rides qui sillonnaient son front.
J e TIle disais en nlOi-meme : un tel homme est-il
né en vain pour le bonheur de sa patrie? De-
vance-t-il trop la génération actuelle, et doit-il
allel' sOlnllleilIer aupres de ses peres, avant que
la lumiere qui a si vivement pénétré son esprit
lance un faible rayon sur ses compatriotes (I)?


Il est certainement glorieux pour.les Améri ...
caills d'attirer des l'aurore de lenr existence
cornme nation, les regards des hornules d'état
et des sages des contrées étraugeres, et de voir
lenr pays devenir non .. seulement le refuge
de l'hOlnme persécuté, nlais encore la résidence
librement choisie du philosophe. L' Amérique n'a
pas el se plaindre. Si elle est dénigrée par des gens
qll'aveuglel1t l'ignorance ou la préventiou, ,elle
est louée par ceux dont les éloges font hon-


(l) Lorsqu'-u mon re tour en Europe j'appris la nouvelle
de la révolution portugaise , mes pensées se repol'terent
vers le chevalier Correa. Si ces pages insignifiantes tombent
par hasard SOt.lS ses yeux, il ne se souviendra sans °doute point
qu'il a daigné perdre une heure de loisir a conyerser avec
ceHe qui les a écrites; mais elle se le rappelle avec fierté ,
et ce n'est pas sans une vive émotion qu'elle retra~e les
pensées et les selltimens de ce hienveillant ami de l'huma ...
nité.




..


( 169 )
neur , par ceux qui ont observé attentivemeIit
le caractere de' ses habitans, et dOl1t la raison
mltre et impar tia le est capable de juger de leurs
qualités. Un peuple qui a pour lui les suffrages
d'un Correa, d'un Bernard et d'un Garnett, peut
sourire des diatribes d'un Ashe ou d'un Fearon (1).


Le nom de Garnett que je viens de citer appar-
tient a un persoIlnage dont le portrait demande-
rait a etre tracé par une main infiniment plus ha-
hile que la rnienne. Céux qui ont vu l'original
trouveraient toute copie une esquisse imparfaite ;
ceux qui ne 1'ont pas vu, pénseraient que I'ar-
tiste ,a peint d'imagination.· M. GarneUest natif
d'Angleterre,et était connu danscepays,cornmeil
rest dans celui-ci, pourun hornme douéde'toutes
les qualités et de tontesles vertus qui peuvent orner
et enlloblir l'esprit et le crenr humain. Sa répu-
tation dans le monde est celle d'nn savant; lnais
les scientifiques travaux qui 1'0nt rendn célebre
eomme mathélnaticien, astronome et rnécani-
cien, n'ont réyélé qu'une faible portian de ses
connaissances nombrenses et variées. Il serait su-
perflu d'en faire l'énumération; l~ difficulté se-
raít d'en imaginer quelqu'une qu'il nepossédat paso
Jamais 00 ne vil un esprit plus riche, un creur


(l) Anglais, autcurs d'ouvrages sur les Etats~Unis.




( 17° )
. plus rempli de hienveillance, ni une ame plu~
éprise de l' amour de la liberté, et, en génér~l, de
tout ce qui est grand, beau et utile.


Si l'on essayait de décl'ire les éminentes quali-
tés qui distinguent ce philosophe, on en trouve-
rait qui sont au-dessus de toute description; telles
qu'une simplicité aimable et une grace at-
trayante qui charment également l'enfance, la
jeunesse e~ l'age mur, mettent l'ignorance a l'aise
en sa présence , et lui donnent l'air d'un disciple,
quand il parle le langage de la sagesse Incme. La
figure, dont la beauté , alors qu' elle était unie a la
jeunesse, fixa les regards de Lavater, et lni ser-
vit de modele pour peindre la bienveillance,
pOl~rrait lui en servir encore. Jamais en effet
joyaux précieux ne furent renfermés dans une
plus belle hoite (1); jamais la bonté ne brilla
aussi bien dans les yeux d'un hornme; jamais la
pensée ne siégea plus majestueusement sur son
frollt ; jamais la sagesse r~e se montra plus riante


(1) Quelques figures de ce genre ne sauraient manquer
de rappeler au lecteur, s'il avait pu l'oublier, que le livre
qu'il a sous les yeux est une traduction. Loin de chercher
a le disssimuler, nous nous sommes attaché, autant que le
permettait notre langue, a conserver la couleur de l'ori-
ginal.


(Note du traducteur.)





et plus aimable sur ses I.evres; janlais en fin des
talens aussi supérieurs et une instruction si vaste
et si universelle ne furent accompagnés d'autant
de douceur et de modestie. Combien les mots
sont faibles pour exprimer le éharme que répand
autour de lui cet enfant -de la science et de la
nature! Comme.' ses accens vont de l'oreille aú
creur ,1 et comme sa conversation plait, intéresse
et instruit! les momens passés dans sa société sont
comptés par des grains de sable d'or (J); la mé-
moire les conserve pour les offrir a l' esprit et au
c~ur lorsqu'ils out besoin de soulagemerit. Si le
spectacle de la faibless~ et de la perversité hu-
maine s pouva'it nous faire douter un moment de
l'exc-ellence de notre nature, en nous rappelant
qu'il existe un Garnett (2) nous sentirions notre


(1) Allusion au clepsydre, ou horloge de sable.
(Note du traducteur.)


(2) M. Garnett est maintenant au rang des morts. Qua-
rante-huit hcures apres que l'anteur de ce livre s'était
séparée de lui, et lorsqu'a peine elle avait perdu de vue
les rivages américains, il n'était plus. Il mourut en pleine
possession de sa raison, mais sans agonie, dans la nuit du
llmai ]8:.;w, a sa fcrme de New-Jersey. Avoir connu
ce sage, et avoir été honorée d'une faible part dans son
aluitié, sera toujours l'un des souvenirs les plus gloricux
de ma vie, quoiqu'en meme temps un des plus tristes.




( 172 )
confiance dans la vertu humaine rena1tre, notre
philantropie se réveiller, et toutes nos espérances
pour le bonheur de notre espece se ranimer plus
ardentes que jamais ..


le demande pardon aux personnes qui, dans l' un et l' autre
hémisphere, ont connu cet homme si instruit et si aimable ,
pour ce faible tribut que je paie a sa mémoire. Je ne suis
nullement digne d'etre la panégyriste de ses vertus, a
moins que la vénération et la tendresse presque filiale
que je lui portais ne semblent des titres valables. Je pour~
rais paraitre, dans cette circonstance, m' etre écartée de
la regle que doit suivre tput écrivaindélicat, de s'abste-
nir de remarques qui pourraient tendre a auirer l' atten ~
tion puhlique sur ses ami s particuliers, mais je ferai
observer que le rang distingué qu'occupait M. Garnett
dans le monde savant lui avait, en quelque sorte, donné
un caractere" publico En outre de cela, il est perdu pour
ce monde et pour ses amis. S'il en etit été autrement,
cet humble témoignage d'admiration de la part ll'une per-
sonne qui se sent meilleure pour l'avoir connu, et dont
le suffrage ne saurait rien ajouter a sa réputation, ne
serait jamais veuu afIliger sa lnodestic.






LETTRE VIII.


Yisite ; ti Josl1'i Bonaparte. - Remarques
genérales . ....:.-. Maniere de vivre du Country-
~e~Ueman américain (l).


De la Pensylvanie, juin 18r9-


U NB chose que je ne dois pas oublier, ma cher~
amie, en retra~ant ce qui me frappe dan s ce pays,
c'est qn'une fonle de voyageurs l'ont parcouru avant
moi; aussiévité-jeautant quepossibled'entrerdans
des détails qu'ils ont déja recueillis et qu'on
peut trouver dans leurs relations. Je pense que


(1) Nous éprouvons ici le meme embarras qu'il nous
arrive d'éprouver chaque fois que nous rencontrons ·le
mot gentleman. La traduction littérale gentillwmme cam-
pagnard ne saurait convenir, puisqu'il n'y a pas de no-
hlesse en Amérique. Le COltntry-gentleman est un ho~ne
qui vit a la campagne, soit de ses rentes, soit en faisan!
valoir ses terres.


(Note da traductellr)




( 174 )
le récit de notre visite a Joseph Bonaparte n'aura
pas cet inconvénient. Nous ñmes cette partie, iI Y a
queIque jeurs, avec les personnes chez lesquelles
DOUS logeons maintenant. Nous remplimes un ca-
rosse et une voiture légere appelée un/Jearóorn ( 1 );
nous gagnAmes le bord de la· Delaware; 'et lanous
primes un bateau qui nousconduisit a Bord~ntown,
petite ville située sur ]a· ri ve opposée et dans l' état
de Jersey. Nous nous rendimes ensuite a pied a la
résidence du ci-devant roi. C'est une jo]ie pilla d'ou
1'on a en \tue Ulllepor1J.oIl. du cours de la riviere. Le
terrain qui l'environne est stérile. Cependant ~el§'
pins dont il est en partiecouvert lui donnent un
aspect assez agl'éab]e. En entrant sur la pelouse,
nous trouvames les plus jolis arhustes des foret~
américaines, les Magnolias, les Kalmias, etc.,
plantés avec gout sous' lesarbres plus élevés qui
bordaient et ombrageaient; c¡a et la, le tapis vert
au-dela duquel s'élevaient les muraiUes blanches·
de la maison. Bientót nous apef(;umes de toutes
parts des dieux et des déesses du paganisme dans
une nudité que je n'appellerai pas majestueuse ,


( 1) eette voiture a emprunté son nom d'un généraI
amérieain, auquelle fermier et le fiopriétaire . hahitant
la eampagne out de grandes obligatioris pour eette inven·
tion utile.




( 175 )
car ces statues étaient pour la plupart grossiere-
ment faites.


Le général Moreau, par l' efl'et d'une de ces'
vieissitudes assez ordinaires dans le cours des
révolutions, devint habitant des États-Unis, et
résida paisiblement dans ce voisinage jusqu'a l'é-
poque ou iI repassa l' Atlantique, ponr aller cher-
cher la mort dans une des batailles dont les suites
~enerent ici en exil le frere de l'Empereur des
Fran~is. Ce générallaissa, en quittant le pays,
une légion de divinités payennes, avec quantité de
lions et de chiens qu'on trouve aujourd'hui épars
dans les fermes des environs. Deux de ces muets
cerberes sont maintenant placés a droite et a
gauche de la porte d'une maison voisine de ceHe
qu'oceupa n'aguere le général, et les enfans du
propriétaire en font leurs dadas. Les amusemens'
des enfans sont quelquefois plus-raisonnables que:
ceux d,es 40mmes. L'enfant gouverne son dada,
tandis que souvent e' est le dada qui emporte
l'homme, et si c'est l'ambition qu'il a choisie, iI
écrase ses semblaples. Heureux le pays ou, sans
etre courbés sous une verge de fer, tous les
hornmes se tiennent en bride les uns les autres!
le fis eeUe réflexion en entrant dans la IliaIson
du frere de Napoléon.


Jusqu'a l'arrivée du comte, qUl était occupé




,( 176 )
a diriger les travaux d'agrandissement qu'on raí ...
sait alors a sa maison, nous elnployames le temps
a considérer les tableaux. et les Canovas; ces der-
niers formaient une collection peu nombreuse,
mais tres in.téressante. Elle consistait principale-
ment en bus tes des divers membres de la famille
Bonaparte. Je fusfrappée dela ressemblancequ'ils
avaient entre eux, ainsi que d'un certain air
classique qu'offrait l'~nsemble de letirs traits, et
je leur trouvai a tous quelque chose de vraiment
impérial. «:omme e' étaient les premiers ouvrages
du Phidias italien que je voyais, je les regardai
avec beaucoup de curiosité. II y a ,parmi .ces
chefs-d'reuvre, deux. morceaux surtout qui m'ont
paru d'un travail exquis : le premier représente
un enfant nu (le petit roi de Rome) couché sur
un coussin qui cede a la pression d'un des pieds,
avec une vérité qui faitdouter ~i c'est .du mar-
hre qu'on a' sous les yeux. Je me rappelle
que dans un tableau tres prisé de Rubens, on
trouve un enfant dans la me me posture, et ma
prcmiere pensée fut que le scu!pteur avait puisé
la son idée; mais en étudiant la nature, le
génie est souvent original lorsque le critique
vulgaire suppose le contraire. La meme idée
s'est présentée a des esprits qui n'avaient ja-
nlais eu aucune comlnuuication cutre eux, et




• ( 177 )
~ela, non pas une seule fois ~ lnais assez fréqueU14 •
ment.L'autre figure,. qui meparut plus jolie eu-
core, estcelIe d'une jcune filie qui caresse un
lévrier. Il y a pent-etre de la' présomption de la
part d'une personne aussi peu versée que nloi
dans les beaux...;arts, de hasarder cette remarque;
mais fai toujours eu la vue offusquée par la blan-
cheur trop éclatante des sculptures modernes.
Peut-etre l'action du temps est elle aussi l1éces-
saire au marbre qu'a la toile.


En détournant mes regards de dessas ces sculp-
tures , je les poruri sur le tablean' de David , re-
présentant Napoléon 'au passage des Alpes. J'a-
vone qtle je ne fus pas satisfaÍte de l'exprcssion
donnée an jeune guerrier. Le cheval est beauconp
plus animé que le cavalier, qui parait négligem-
roent posé sur son coursier. Je n'ai vu la qu'Ull
beau jeune homme imberbe montrant ses légiolls
rangées sur des rochers escarpés, comme si elles
étaient lnontées sur les degrés d'ul1 escalier com-
mode. Telle fut du moios l'impression que fit sur
nlOi la yue de ce tableau.


Le comte de Survilliers ( qui peut-etre a pris
ce titre ponr sauver ce qu'il y avait de gauche
a s'appeler M. Bonaparte) ne tarda pas a pa-
l'aitre. Il quittait ses ouyriers et était vetu tl'une
vieille l'cdingote dont il avait légeremcllt secoué


I. 12




( 178 )
J(i! luortier. n nous saIna, mais ne nous fit point
d'excuses, ce qui' earactérise un homlne bien
élevé. Son· air et ses manieres ont beaucoup de
ressembIance ave e eeux du country - gentleman
anglais ) (1) ils offrent antant de franehise, de sim-
plicité et d'indépendanee; mais peut-etre plus de
douceur et de suavité. Si le eomte n'etait pas un peu
trop eorpulent, je trouverais peut-etre qu'il tíent
encore plus des Áméricains ehez qui ces der-
nieres q ualités ·de douceur et de suavité se reu-
eontrent plus fréquemment que· ehez nos eompa-
triotes. Sa figure est beBe, et ressemble si fort él
ceHe de son iIlustre' frere, qu'au premier coup-
<1' (l')il iI 111e fut difficile de distinguer, parmi les
bustes qui se trouvaient dans l'appartement , le
s,ien d'avec ceIui de Napoléon. L'expression du
premie}" est néanlnoins plus bénigne et vous pré-
pare adlnirablement aux paroles ailnables qui
sortent de la bonche de l'original. Au premier
ahord, la rondenr et l'urhanité des lnanieres du
eonlte lne causerent une impression oú la sur-
prise l' emporta sur le plaisir; et ensllite, lorsqu' en
souriant, je file dell1alldai a lnoi-Ineme : Qne n1'at-
tenrlais- j~ done a voir? jc ne pus m'empecher de


( 1) \' :\; ~'I le. I,;'Ae rl¡:¡{'~c en tete de cet le lettre.
(}¡-u[;e dn fmdltclPlf}'.)





( lí9 )


teconnailre (Iue jc n'avais pas précisément compté
voir l'homme que je voyais. Les idées de hatailles
et de dangers, d'ambition et d'intrigues, de cou"""'
ronnes et de sceptres, se presserent en foule dans
mon imagination ; tout le grand drame de la vie
du frere se c1éroula devant moi, et je fus frappée
du singulier contraste existant entre toutes ces
idécs et l'hornme ave e lequel je conversais.


Le eomte discourut sur divers sujets avec faci ...
lité, .mais toujours avec calnlC et lllodestie ; iI
me parut dire et faire peu de choses a la ma-
niere des Fran<;ais, quoiqu'il en parlttt tou-
jours la langue, paree qu'ainsi qu'il l'avoua llli-
meme, iI· clltcndait tres peu l'anglais et ne
le parlait páS du tonto Il témoigna le désil' de)
faire connaissunce avec nos poetes vivan s ; 11la{g
il se plaignit de les tronver difficiles a entendre ~ et
demanda si, généralement, le u!' style n'était pa~
plus obscur ((lle celui de nos anciens auteuts:
j'appris qu'il voulait dire ceux du temps de la
reine Anne. En parlant des membres de sa fa ...
mille, il évitait soigneuseluent de leut' donllcr des
titres; il disait touionrs lnon frere Napoléoil, ma
Sfeur Hortcnse, etc. 11 nons montra les em1ellis--
senlells qu'jl faisait f:'liTC tant a l'intérieur qu'a
l'extérieurdc sa 111aison, et Hons Jit \IU'il se trou~
vait plus hcurcux dans sa petite viUrl qu'il ne


12 ••




( 180 )


l'avait jamais été au nülieu de la pOlnpe des cours
et du tunlulte des afTaires publiques. Il cueillit une
fleurchampetre,et en nlela présentant,il trac;a sans
affectation une comparaison entre ses beautés sim-
ples et)naperc;ues, et les plaisirs de la vie privée ,
comparant les jouissances de l'anlbition et du
pouvoir aux fleurs plus orgueilleuses du parterre,
qui brillent d'avantage a une certaine distance
et qui perdentde lenr éclat lorsqu'onles approche.
Il dit toutcela d'un air si naturel et avec unaccent
si doux, qu'il était impossible de lui supposer la
moindre prétention. Lorsqu'il sut que j'étais étran-
gerc, iI lile dit qu'il espérait que j'étais aussi con-
tente du pays qu'il l'était lui-nleme. «(Cette terre,
a jouta-t-il, est la patrie du grand nomhre et non
la propriété de quelques individus; elle donne la
liberté a tous et le pouvoir a personne; le bon-
heur s'y trouve plus que partout ailleurs, et je
suis tres satlsfait que le, sort m'y ait fixé. »


L'humanité et la hienfaisance sont les deux trait~
les plus remarquables du caractere de cet exilé. II
s'attache surtout a soulager les malheureux de s~
nation , je veux parler des fran<;ais. 11 procure
du travail aux pauvres éluigrans; illoge les autres
et leur fait souvent des avances considérables en
argento Avec de semblables dispositions, iI n'cst
pas surprenant qu'on ait parfois ahusé de sa con-





( 181 )


fiancc, et clans certains easd'une maniere SI In-
digne, qu'on lui a appris a avoir de la eircon~
spection, sans néanmoins refroidir son humanité :
je tiens ces détails de ses voisins.


Je quittai le eomte de Survilliers, persuadéeque
la nature l'avait formé pour la vie qu'il mene main~
tenant, et que la fortune lui a joué un mauvais
tour en le faisant le frere de l'ambitieux Napo-
léon. En passant en revue les singulieres destinées
de cette famille, je suis foreée de reconnaitre ~
qu'elle n'a pas fait ,du pouvoir lrnmense que les
cireonstances lui avaient donné, un aussi mons-
trueux usage que beaucoup d'autres enfans g~tés
de la fortune. Quand on pareonrt en idée labril-
lante ean:icre du vainqueur de l'Europe, on re-
grette amerelnent qu'au líeu d'ambitionner la
renOlnluée d'un conquérant, iI n'ait pas niis
toute sa gloire a relever en France les aute]s de
la liberté, et a donner ainsi au lllonde un exenlple
qui aurait eu la plus heureuse influence sur les
destinées du genre humain (1).


( 1) Les pensées qui terminent ce paragraphe sont e:x.pri-
mées dans l'original par les vers suivans:


Ah! lww did'st tlzou o'erleap the goal of Fame !
Had'st thou but propp'd expiring Freedom's he{!(l;
And lo her leet a,:;ain lhe nalin1ZS led j
lIad'si ¿1/1m, in ¡¡CIl nf 'Var's b!nnrl-drol'l';I1,t.;lword" ..


, O'l 4!:,'
. -




( l82 )
Tout cela est facile a dire aujourd'hui; iI est


plus aisé d'etre philosophe dans le cabinet que
sous la tente, et le vrai sage évite le plus possible
de lnettre sa vertu a l' épreuve. Si Napoléon. avait
été tel que je viens de le supposer , jamais le
destin de l'Europe n'etlt été entre ses mains~
Enfant de la Fortune, il s'éleva en combattant:
c'eút été un miracle que l'ardellte ambition
qui attira tout d'un coup sur lui les regards du
monde, se fut éteinte a l'époque la plus brillante
de sa vie. Tout ce qu'il fit était dans l'ordre des
choses. 11 osa tout pour gagner un trone; ill' ob-
lint, el alors iI tenta tout ponr l'entourer de splen-
denr. C'était une fausse splelldeur, dira-t-on:
sans doute; mais ce fut une fausse. gIoire qui le
séduisit et lui fit désirer un trone; et puisqu'il
avait tant fait qu,e de le vouloir, iI devait le vou-
loir bril1ant. Au lieu de quereller l'ambition heu-
l'euse, il serait plus raisonnable et en meme temps
plus utile, de goufluander les nations qui s'abais-
sent devant elle. Si les despot.es font quelquefois
des esclavcs, iI n'enest pasmoins vrai que ce sonten
géuéralles esclaves.quifont les despotes.Si les peu·


Sciz'd her white wand, and gillcn forth /ter word;
Bid the mad tllmult ofthe natiol2s ccase,
..<1¡;t! lo u dfro m rcalm lo realm cried LIBERTY alla pE.t\CE,


(1'fLOuhf8 (Ir a Bec!llS(',)





( 183 )


pIes n'attachent pas de prix .1 leurs libertés, doi-
vent-ils cOlnptel' qu'elles seront respectées? Ils
trouveront sans peine des homnles qui gagneront
ponr eux des batail1es, mais ils n'en trouveront
guere qni protegent leurs droits. Les vrais héros
sont plus rares que les gmuds guerriers. Il y a
des milliers d'hOlnmes qui peuvent cOlllmander
aux autres; mals iI en nalt a peine un par géné-
ration, qui puisse se commander a lui-Inenle. La
chute de Napoléon est une grande le<;on ponr les
nations : puissent-elles la mettre a profit.


Au lwernier abord, on n'imaginerait guere qu'il
est plus aisé de spéculer sur les destinées futures
de l'Europc dans cet hémispherc que dans le
votre: la c1lOSC est pourtant ainsi. Cela vient d'un
coté, de ce que les préventions et l' esprit de parti
fascinent les regards de l'observateur rapproché,
et l'emptkhent d'examiner avec calnle la ten-
dance définitive de ces grands principes qui, bien-
que plus ou moins explicitement reconnus par-
tout, se trouvent en conflit avec certains intérets
du moment; de l'autre coté, de ce que le bruit
des combattans se perd dans l' éloigl1ement , et de
ce que les personnages inférieurs et les scenes
épisodiques disparaissent du théatre, ne lai5sant
en vue que les principanx acteurs et le hut gé-
néral du grand drmne qU'OIl représente; une




( í84 )
nutre raison csl (IUC les diverses révolutlons qlÚ
ont tourmenté l'Europe ont jeté en Álllérique
quantité d'homnles d'état, de militalres et de
publieistes, qui peuvent y publier les réflexions ,
fruit de lenr expérience, sans aueun risgue, et
par eonséquent sans auenne réserve. Ce eontinent
semble a présent etre la grande eoulisse ,ou les
prineipaux aeteurs de l'Enrope font leur sortie ,
et d'ou, suivant le eours des vicissitudes lltunaines,
ils peuvent etre appelés a filire leur rcntrée.


Un généreux melnbre de la ehambre des eOlll-
munes qui combattit l' A lien-bill, a dit, autant que
j e puis nI' en souvenir , que la ligue qui existe main-
tenant entre les grands potentats de l'Europe, avait.
réalisé l'effi'ayant tableau traeé par la plum e élo-
quente de Gibbon, deeeHe époque ou les proserits
fuyaient la puissanee de ROlne et la trouvaient
partout.La comparaison, toutefois, n' est pas exacte,
puisqu'il y a aujourd'hui deux hémispheres, tandis
qu'ancien n ement, on n'en connaissait qu'un. Áu-
deh\ de l' Atlantique les proscrits de tOllfes les na-
tions européennes, qneIs qu'ils soient, trouvent
un Leuce Ol}, quand meme ils apporteraient des
idées propres a empoisonner leur bonheur, ils pen-
vent du moins gouter une entiere séeurité. Je
puis m'abuser, mais a en juger par les sentimens
des étrangers avee lesquels j'ai en oeeasion de
111'entretenir, je suis portée a Lien augurer de




• ( 185 )
plusieurs nations qui ont été jusqu'a présent peu
considérées. La marche de l'esprit humain est si-
lencieuse, mais rapide, et une foule de circon-
stances conspirent pour hater ses progreso L'exi-
stence politique de ce pays en dit, a elle seule, plus
que des volumes. Les homlnes lnernes qui n'ont ja-
mais étudié son histoire, et que la nécessité conduit
sur ses riyages, pour y trouver un havre de repos,
ou un champ a des spécnlations mercantiles, Iors-
qu'ils voient autour d'eux des hommes contens,
paisibles, industrieux, et une sociétébien organisée,
ne peuvent s'empecher d'examillerleressort secret
qui met en mouvement une lnachine poli tique
aussi admirablement réglée. lci 1'on voit penser
des hommes qui n'avaient jamais pensé aupara-
vant, etqui portent avec eux, dans des pays loin-
tains, le résultat de lcurs observations. Une étin-
celleftombée du flambeau de la liberté se répand
toujours et se répandra jusqu'a ce qu'elle pro-
duise une flanlme.


C'est une utile curiosité qui nous porte a en-
trer en conversation avec un étranger. Quelquc
borné que soit son esprit, quelque faible que soit
la lnasse de ses connaissances, iI est certain qu'il
doit connaltre beaucoup de choses que nons
ignorons. 11 y a du profit a écouter ses remarques
sur les hornrncs et sur les objets quí l'euvironncnt;




( 186 )
et lors meme qu'il les voit a travers le prisll1e des
préventions individuelles ou nationales, ces re ..
marques ~peuvent etre, sinon instructives , an
moins alnusantes; et il est probable que le premier
cas arrivera souvent, cal' en découvrant les pré-
jugés des autres, iI nous arrive fréque~ment
de découvrir les natres. C' est toujours avec une
curiosité particuliere que j'écoute les renlal'-
ques des Européens sur les institutions de ce
pays et sur la condition de ses hahitans, qu'ils
comparent si singulierement et quelquefois si tris-
tement ave e ce qui existe dans leur patrie. Un
Irlandais s'écrie : ah! le bean pays! et il soupire
en pensant a son lIe. Un Fran<;ais dit : mais comIne
tout va doucement et sagement! Un Suédois avee
lequel, il m'arriva de me rencontrer, il Y a quel-
ques semaines, me dit en mauvais anglais ,
apres quelques exclalnations de surprise: Nous
ne pouvons comprendre les avantages de ces peu-
pIes; ou comme iI le répéta d'une lnaniere plus
intelligible en fran<;ais : Nous autres Européens,
nous ne saurions concevoir le bonheul' de ce pell-
pie, sans en etre téll1oins.


L'hote chez lequel nous HOUS trouvons en ce
nlOluent, et quiexerce envers nous la plus aimable
hospitalité, est le parfait lnode]e du country-
gentlelnan anléricain: ses enfans et ses petits




( 187 )
enfans témoignent ponr lui ce respect et cette af-
fection qui font le plus bel éloge du caractere
d'un chef de fmuille. ~Dans sa jeunesse (je ne
dirai point dans la vigueur de l'&ge, tant il porte
avec aisance et digni,té le poids des années accu-
luulées aujoulu'hui sur- sa tete), il a joué un
role politiqueo En sortant du sénat, il fut chargé
d'une mission diplomatique en Europe, et apres
avoir résidé un certain nOlnbre d'années dans
eette partie du monde, iI est revenu passer le
reste de ses jours sur sa ferme en Pensylvanie. Je
voudrais que ceux qui se figurent le fermier amé-
ricain comme un sauvage a demi civilisé, pussent
contempler les traits nobles et cloux de ce respec-
table vieillard, et le vissent remplir avec une
bonté touchante et une politesse exquise, les de-
voirs d'un sage et tendre pere, d'un hon voisin'
~~t cl'un excellent mni.




( 188 )


LETTRE IX.


royage en remontant la rlVlere d J Iludso71.
- Détails sur 1) Académie de Jrest-Point.
- Défilés des hauts pays.-Trahiso/t d'Ar-
nold. - A lbany et ses environs.


Alhany, juiJlct rOl!).


LA lettre que je vous ai écrite a la hate du
Connecticut, vous a expliqué, ma chere amie, mon
silence inaccoutumé, et en melue temps a dCt dis-
siper la crajnte que je ne me fusse cassé le COll. En
vérité , vous ctes un peu déraisonnable dan s vos
demandes épistolaires. Vous n'aviez aucunement
lieu de compter sur une leltre par la Martlta ~
et cependant je vous remercie d'y avoir compté.
Cela lne prouve que vos pensées sont aussi sou-
vent de ce coté de l'Océan, que les mienncs du
vótre.




( 189 )
Nous venons de remonter la magnifique riviere


d'Hudson, de N ew-York jusqu'ici, e' est-a -dire ,
dans une étendue de cent-suixante lnilles. Al-
bany n'a qu'un titre (titre important il est vrai)
an n01n de ville, c'est celui d'etre la capitale
del'état de New-York. Il est probable, au reste,
que le gouvernement, a l'instar de celui de Pen-
sylvanie, va se rapprocher du centre de la ré-
publique. Déja, en effet, Albany parait s'at-
lendre a la perte de ses honneurs; car, bien


'(lu'on y trouve quelques belles rues et beaucoup
de maisons élégantes et commodes, la ville, en
gé~éral, a un air antique et miserable.


Je n'essaierai pas de retracer les objets que
j'ai admirés en relIlOntant la superbe riviere
d'Hudson. Les beautés de la nature, si agréables a
contempler, n'offrent souvent qu'une description
ennuyeuse. Quelques observations sur l'école mili-
taire de West-Point, désignée sous le Dom d'aca-
démie, vous intéresseront peut- etre plus que la
description des rochers, des bois et des précipices
an milieu desquels est bati ]' édifice qui la ren-
fenne. Cette intéressante école , qui fleurit sous
la surveillance du gouvernement central, fut éta-
blie en 1802. Le con gres confiason organisation a
feu le général Williams, dont les talens et I'in-
futigable activité llOIlorerellt et lui-Incme et le




( 190 )
gouvernement qui mit en lui sa confiance. te
nombre de jeunes gens admis a l'académie de
West-Point varie de 230 a 250. Les dépenses
3nnuelles pour chaque éIeve se lnontent a 336
dol1ars (un peu plus de 11700 francs), et l'en-
tretien de l'établissement est taxé par le gouver-
nement a la somme de 1 15,000 dollars ( environ
600,000 fr.) Le cours d' études suivi a cette aca-
démie est le meme qu'a cell~ de Woolwich et a
l'Ecole polytechnique de Paris. En viron mine
jeunes gens de toutes les parties de l'Union ont
re~u la 'une éducation savante et lihérale. Quel ....
ques-uns d'entre eux remplissent.des postes hO~J""
rabIes dans le gél1ie ,'l'artillerie et les autres corps
d'ul1e petite· armée montant a quelques rnilliers
d'hornmes, qui sont employés a la construction
et a la garde des fort8 , ainsi qu'a la protection
des frontieres du coté des Indiens, au tracé des
routes, etc. Le plus grand nombre abandonne
ces emplois ponr goi\ter les douceurs de la vie
11l'ivée, a laquelIe plusieurs se tronvent enlevés
par les suffrages de leurs concitoyens, qui les
appellent a rell1plir des fonctions civiles impor-
tantes. Tous seraiel1t prets, an premier signal, a
voler a la défense de la répuhlique.


Ce gouvernement libéral, dans tout ce qui
toudw au hirn-elre réel et a la dignifé de la




( 191 )
nation, pense que l'instructionlnilitaire ne peut
jamais etre lnal a propos donnée a un citoyen
qui, quels que soient son rang et sa profession ,
dolt toujours faire partie de la milice nationale;
et, envisageant le cas toujours possible , et qu'on
doit par conséquent toujours prévoir, d'une at-
taque de la part de quelque puissance étran-
gere, iI regarde cornme la plus sage de toutes
les précautions de répandre de la sorte les se-
menees de la science militaire parmi une popu-:
lation paisible. n peut arriver , il est vrai, que
ces semences ne donnent jamais de fruits. Ces
jeunes soldats peuvent passer toute leur vie a
cultiver le sol; mais on sait que la trompette
guerriere amenerait sur le champ de hataille
des tetes instruites et des bras exercés, et sur-
tout . des creurs dévoués a la défense de la
patrie.


L'établissement de West-Point présellteencore
un autre avantage. Les éIeves qu'on y rec;oit;
nés dans les différens états, rassmnblés du nord,
du nüdi, de l'est et de l'ouest de cette grande
confédération, et instruits a coopérer tous en-
semble a la défense du grand tout, sous la di-
rection libérale du gouvernement central, ou-
hlient nécessairelnent toutes ces petites jalopsies
et ces inférets locallx qui, ulle foís, m~nqncrent de




( 192 )
r0111pre le lien qui unit ces intéressantes r'épubli-
ques, et de renversei, le plus no~le rempart élevé a
la liberté sur la terreo DissénlÍnés de nouveau dal1s
toutes les pa¡,ties de l'Union, ces enfans de la
patrie y rapportent 'avec eux les principes de
liberté et de patriotisme qu'on leur a enseignés;
et en attendant qu'ils soient appelés a les dé-
fendre, soit dans le sénat, soit sur le champ
de bataille, ils les répandent parmi leurs con-
citoyens, el lestransmettent aux gél1érations fn-
tures cnles inculquanfdans l' esprit de leurs enfans.


Un o fficier, 'améri6ain du,plus grand luérite,
le genéral Swiff; auquel'jesulsredevable de beau-
coup de rel1seignemens sur ce pays, et parti-
culit~rement sur l'académie de West-Point, me
disait : « Les importantes conséquel1ces que j'ai
toujours vues résulter de l'éducation de West-
Point, sont un sincere attachement a nos insti-
tutions poli tiques ~ un' Q¿vo~ffillent sans bornes
a la patrie, et un ardent amour de la liberté.)
J'ai en effet observé que chez uIl Américain, ce
dernier sentinienf annonce constamment les deux
autres. Dans ce pays', 'le gouvernement est le '
palladium de la liberté; son treme est a Was-
hington; du hant de ce trane, sOlltenue par les
bras de tout un peuple, elle répand la lumiere et
la chaleur sur ses cnfans et ses défcllseurs. En gé-




t


( 193 )
néraI, toutes les personnes attachées d'une nla-
niere quelconque au gouve~nement central, qni
en font partie, qui le servent, ou qui se trouvent
sous sa protection immédiate, se distinguent par
des sentinlens élevés, un noble patriotisme et Un
vif enthousiasme , non- seulement pour les}ibertés
américaines, mais pour celles du ge~1fe humain
tout entier.


Les officiers placés a la tete de l' établisselnent
de West -Point sont tous des savans distingués
et d'ardens patriotes ; a ces qualités, ~ls joignent
cette franchise melée de douceur, particulit~re
au gentleman américain, et qui les rend érni-
nemment propres a diriger les opinions et les
senhmens de leurs jeunes concitoyens. De la
part de tels maitres, ils ne peuvent . recevoir que
des impulsions généreuses et patriotiques. Leurs
'leunes ames se penetrent ae verites simples et
sublimes, des grands principes d'intégrité et. de
justice, et de toute la fierté et l' énergie qui eon-
courent a {ormer des hommes libres. Il est bean
de v~ir avec quelle proinptitude ces enfans pren-
nent l'esprit républicain. Notre vieil ami M ... ,
dont le petit-fils avait élé adnlÍs récemrnent ~
eeHe école, I'est allé voir, iI Y a ¡len de temps.
« .Te lne suis eru, dit-il , an lnilieu d'nnc forile de
jeunes Sp:utiatcs, el j'al tr~)uvé"a mon pdlt bOll-
. 1. 13




( 194 )
JlÜmmC, au Lon! de quelques semaillcs, l'air et le
t . fi ,\ l' on aUSSl lcrs qu a aucun ( eux. »


Parmi les éleves quí promettent le plus dans
ce nl0ment, sont deux fils de chefs il1diens; ils
ont remporlé plusieurs prix an del'nier concourS.
L'école a déja possédé un sujet q.e ce genre,
lnais avant qu'íl n'eilt atteint sa seizierne année,
iI abandonna ses figures de géométrie (science
ponr laquelle il avait montré les plus heureuses
dispositions ) ; s' enfuit dans les ~ois, et renonc;a
átouteaütre alubition .que ceHe de devenir excel-
lent chasseu~. L'officier qui me cita ce fait, ajouta
qu'il ne doutait pas que les deux jeunes lndiensquí
se trouvaient alors dans l'établisscnlCnt, ne sui-
vissent un jour cet exemple. Ce qu~ j'ai enterdn
dire de l'invincible sauvagerie des jClUles In-
diens qu'a différentes époques on a élevés dans
1 es divers colléges des Etats-Unis, n1'a quelquefois
rappelé les expériences d'une vieille ménagere
philosophe du Devonshire , qui s' était mis dans
a tete d'apprivoiser une couvée de perdreaux.


Je me souviens, toute enfant que j'~iais alors,
qu'elle me mena dans son poulailler, et s'étendit
en doléances sur le naturel farouche et indomp-
table de ces oiseaux , dont elle s'était procuré
une couvée pour la troisieme on quatrieme fo.is ..
(e J e les ai fait éC,J.ore .moi-ménle, disait-elle; ie




( 195 )
l~s ai vus sortir de l'reuf, et pourtant il y 'en
a deux qui se sont enfuis hier, et si je n'avais
pas mis les auires dans une cage a poules, je
ne les aura~s plus retrouvés ce matin. » J e ne
sais pas comment les perdreaux pouvaient ap-
prendre dans le poulailler de la honne vieille que
le honheur existait pour eux au milieu des
champs; inais iI est aisé de concev~ir comment
les jeunes Indiens, dans tous les liem et dans
toutes les situations, apprennent a trouver le
leur au milieu des forets et parmi les betes
fauves.


D'apres ce que je vous ai dit, vous concevrez
que l'intention du gouvernement sous la surveil ...
lance duqueIl'académie de West-Point est placée;
n' a pas en vue d' en faire une pépiniere de sol-
dats. Les éIeves ne sont nullem~nt obligés d'entrer
au service de la république; et, en supposañt
qu'ils y fussent disposés, iI n'est pas souvent au
pouvoir du gouvernement de satisfaire leur dé ...
sir a cel égard. L'armée entretenue aux dépens
du trésor national est si peu nOnWreuse, qu' elle
11' offi~e guere d.e place a ceux qui pourraient dé-
sirer de partager le service pénible auquel elle
est employée. Le gouvernement se propose a la
vérité d'instruire des homnlfils qui puissent au
besoin occuper les prelniers emplois d~ns cette


13 .•




( I9G )
petite année, et. de cctte maniere iI csl súr qu'elle
serait .dirigée avec talent; lnais, comme je l'ai dit,
il a un objet plus important ~n vue, c'est de
répandre daus toutes les parties de l'Union des
homnles qui, non-seulement sont imbus des prin-
cipes libéraux, maÍs encore ont contl'acté le gout
des travaux: scientifiques. Le cours d'études a
West-Point.cliffCre principalement de celui des
aut~es colléges en ce qu'on y approfondit da-
\T~ntage. les sciences, particuliercrncnt eeHes quí
sQnt.essentielles . aux officiers-généraux et a eeux
du génie. .


11 n' y a guere a craindre dans ces pacifíqiles
éta:ts q:u'une portion des eitoyens se passionne
pour la gloire militaire. Les forces du pays ne
peuvent etre. émployées: que pour une guerre
défeu&iye:. Les iustitutions vsont contraires a tont
autre genl'e ~ g~erre ,; . at. les. sent1nwns du
peuple, inspirés par ces institutions pacifiques,
le S~Qt également : tout ici respire la paix et
la liberté. Etablie sur la. largé hase· des dl~oiis
de l'hOInme, la liberté ":uuéricaine estO amie
de. celkde toutes les na tiúns. L" Amérique
ne voit point avee jalousie s'améliorer le sort
des états étI'angers;; elle n'attaquera et ne
pourra melne· jamais. attaqner. que lorsqu' elle sera·
attaquée elle-lneme, ou son pcupl~ gl':lVelnent




( J97 ) •
outragé; el dans ce dcruier cas encore, cxcepte
sur l'Océan , la gucrre devra etre défensivc. L'ar-
luée est la nation, et la nation doit rester chcz
eHe. Il Gnlt ele toute l1écessité que l'ennemi en-
vahisse le territoire avant qu'on puisse le (,~nl­
JJattre, et ensuite nul Anléricain ne redoutc l'issue
d'une telle luUe. Une ville peut ctre pillé e , une
ferme incendiée, quelques acres de terr8 dévas.;
tés; mais ensuite les agresseurs doivent regagner
leurs vaisseaux, OH ils son\. infa,illiblementécrasés
par la Illasse toujoÍlrs croissante des citoyens
qui courent aux arUles. Les politiques étrangers
qui raiSOl1Uellt sur les destinées fulures de la
nation américa in e , lui présagent une carriere
semhIahle A ceHe de tous les enlpires; ils Sllp-
posenL qu'cllc doil etre pacifique (bus son ell~
lance á cause de sa fajbl~ssc, alnbitiense el in-
juste dans sa ll1a,turité, paree qu'elle abu$era
de sa force, et ensuite poussée vers sa l;uine par
la réaction inévitable de ses aggressi¿ns : je pense
qu'ils n'ont guere envisagé sa position et sOÍl
caractere. Les annales' du nlonde 'ne présentent
aucune riat¡on qui se soit trouvée c1ans une posi-
tion semblable; aucnne ne s' est élancée dans
la carriere anssi bien ér[uipée ponr la parcou-
1,ir avec succes. Elle j.1'a ni chefs alnbitieux, ni
castcs priv ilégiées, (PÚ pnissent avoir intérct a




( 198 )
uetourner, au lnoyen de guerres étrangeres, l'at-
tention publique de l'examen trop rigoureux de
la justice' de leurs prétentions, ou de l'utilité
de lenrs priviléges; elle ne possede en outre-ni
colonies, ni domaines éloignés, qui réclament
l'emploi d'une force arméc ponr les garder,
et qui servent d'ordinaire a entretenir une injuste
ambition.


Quel pays, avant l'Amérique, s'est vu exempt
de tant de maux? Sans parler des monarchies,
considérons les ·républiques 'de l'antiquité. Que]
point de comparaison pouvons-nous trou\~r entre
Rome et les Etats-Unis? Rome eutune noblesse
arrogante et artificieuse, dont la politique fut
de nourrir la maníe des conque tes dans le crenr
du peuple, et de l'occuper a des expédítions
lointaines, de peur qu'il n'aspirat él commander
chez lui. Le résultat de ceUe politique était iné·
vitable : l'armée devintgraduellement le pre-'
mier ordre de l'état, envahit la toute-puissance,
et engloutit les priviléges de la noblesse avec
ceux des droits du peuple que la noblesse n'a-
vait pas déja engloutis elle-meme.


Si nous parcourons l'histoire de l'Europe mo'"
derne , nous voyons toujours les gouvernans plu-
tót que les peuples alluwer le flalnbeau de la
gueITe, et, dans leur fol entctelueut, continuer-




( ['99 ) •
la lutte au-dela de ce que les forces de leu~
nation pouvaient permettre. On pent alléguer
que souvent une guerre déraisonnable a été une
guerre nationale. Le fait n~est pas révoqné en
doute; mais il faut mettre en ligne' de compte
les artifices employés dans le principe par les
gouvernans pour sonlever l'indignation du peu-
pIe, ou, en supposant que ce sentiInent etlt été
éveillé sans leurs secours, tont ce qu'ils met-
tent en reuvre ponr l'entretenir. L'orgneil et la
coIere peuvent faire tumber 'un peuple dans
une erreur passagere; mais si on le ·laisse a lui""
nleme , le' iemps amene la réflexion , et celle-ci
la raison. Ici lé peuplc est laissé a lui-Iueme; les
citoyens sont eux -lnell1es lcurs gonvernans et
leurs défenseurs; ont-ils jngé trop précipitmu-
ment , ils peuvent rétracter leur décision; ont-
ils agi imprndemmeút, ils peuvent revenir de
leur errenr. Il Y a: quelque chose de plus impor-
tant eucore, c'est qu'ils sont aussi leurs institu ...
teurs. Personne ne peut lenr rerIner le livre' de
la science; an contraire, d'apres une loi 'for'"
melle, 011 doit le leur ouvrir. Tout enfant a
le meme droit a une éducation solide, qu'a tont
homlne a un vote dans le choix de ses· gouver,;.
nans. L'instruction, qui est l'épouvantail de la
tyrannic, est le soutien de la liberlé.EclaircJ·




( 200 )
l'esprit du citoyen américain est donc une af-
faire d'importance ,'une affaire nationale., Dans
sa lninorité , il est, en quelque sorte, le pupille
de toute la génération active, c'est-a-dire, de
tOllS les citoyens en jouissance de leurs droits;
son éducation n' est pas aballdonnée au llasard;
partout des écoles lui sont ouvertes au~ dépens
du public ; iI peut y apprendre a connaitre les
droits qu'il sera appelé a exercer un jour. C'est
cette alliance. de l'instruction avec ]a liberté
quí fait la f9rce de l' Amérique. Les droits que
possede la Iíation américame ,elle les romprend
parfaiteluent; les avantages qui lui ¿ont échus ,
non..,seulement elle en jouit, mais elle en con-
nait les véritables sources. Supposer alors qu'elle
pol.lrrait jamaisles repousser, c'est supposer qu'elle
serait frappée d'une démence subite. Quelque
carriere qu'il soit réservé a cette nation de par-
courir, elle doit, dans tous les cas, lui etre
particuliere; et, pour prédire ses destinées fu-
tures, on s'appuierait en vain sur l'expériellce
des siecles passés.


Il est impossible d'entrer pour la prelujere
fois dans, le défilé romantique, nomIné )e Pas
des hauts pays (Pass of the Highlands), et
d'arreter les regar&, sur l'intéressallte académie
de 'West-Point, dont les batimens sont situés




• ( 201 )
sur l'une des cimes les plus hautes et les plus
escarpées des montagnes qui bordent J'Hudson ,
san s se rappeler les traditions fabulenses et les
souvenirs historiques de ces lieux agrestes. An-
ciennement, ils inspiraient une terreur supersti-
tieuse a l'lndien, et meme au chasseur' euro-
péen; plus tard, les gémissemens d' esprits ima-
ginaires tirent place au son de la trompette
guerriere; et maintenant, c'est le tambonr de
l'école militaire qui faÍt retentir l'écho des ro,-
chers au milieu desquels l'Hudson roule ses
eaux rapides et profondes.'
C~ fut dans la Iorte position de West",Point ,


qu'au moment.le' plus critique pour son pays,
le perfide Arnold forma le projet de sa trahison.
Cet évenement renferme une moralité que 1'his-
torien Hons fait remarquer. « 11 prouve com-
bien il est politique a un peuple de placer sa
confiance en des hornmes probes, et de la re-
fuser absolunlent a ceux qui se laissent' domi-
nel' par le goút ues plaisil's.» On a l'habitude
de séparer le caractere public d'un homme, de
son caractere privé; cette distillction est plus que
dangereuse, elle est moralement atroce. Il est
possible, a la vérité , qll'un soldat rapace, ou
un ministre sans principes, déploient dans la vie
domestl(jue cJuelques qualités a'imables, el il est




( 202 )
également possible qu'un homme connu pour
etre licencieux et immoraI dans la vie privée,
conserve un caractere poli tique assez heau; maís
c'est une chance sur laquelle on n'a pas droit
de ·compter; et, apres tout, iI ·est a regTetter
que cette chance arrive. Cela ne tend qu'a cor-
rompre les mreurs publiques, a engager des
hommes d'une tete faíble et maitrisés par de
violentes passions, a étaler leurs vices sans rou-
gir, et meme a .8' en faire un passeport pour
a~river a la céIébrité. Il est probable que l'exempIe
d' Arnold servit de lec;on aux Américains, et les
engagea a prendre l'habitude de scruter la con-
duite privée des citoyens qu'ils in:vestissent de la
confiance publique.


n est assez singulier que l'infame ArnoId soit né
dans le Connecticut, état dont, ainsi que l' observe
Ramsay, les habitan s se font remarquer par la
pureté de leurs mreurs, leurs principes républi-
cains et leur patriotislue. On pourrait en conclure
que la premiere éducation ne contribue guere a
former le caractere de l'homme; mais qu' elle n' est
souvent qu'un joug qui, lorsqu'on parvient a le
secouer, laisse les passions plus indociles que si
aucun frein ne leur avait jamais été imposé. Il
peut tres bien se faire que le· jeune ArnoId ait été
élevé par des puritains vertueux, mais d'un es-




• (- 203 )


lwit étroit, f[ui planterent tout d'un coup Ieurs
doctrines clans sa tete, au lien de les faire germer
doucement dans son creur, et qu'au milien du
tourbillon de la vie mondaine , l'arbre ayant été
déraciné, iI ne se trouva pas de sen timen s Ino-
raux pour former une digne, et arreter le tor-
rent de la tentation. Un philosophe a dit, avec
beaucoup de vérité : on ne dispute jamais sur
la vertu , paree qu'elle viel1t de Dieu ; on se que-
relle sur les opinions, pa\ce qu' elles viennent des
llOlnlnes. Les Américains sont ponr la plupart
convaincus de cette vérité, et les citoyens du
Connecticut eux - memes parviennent graduel-
lement a s'en convaincre.


Il est gIorieux pour la nation américaine que,
dan s le cours d'une lutte révolutio.nnaire qui
dura huit années, iI ne se soit présenté qu'un
seuI homme tel qu' Arnold. Cette exception a la
loyauté du earaetere amérieain fut,. iI est vrai,
atroeement frappante. Árnold était llé parmi une
l'ace d'homines simples et vertueux; iI s' était mon-:
tré le premier et le pl~s ardent a embrasser la cause
la plus noble pour un patriote; il avait, pendant
plusienrs années, versé son sang pour une patrie
qui avait reeonnu ses services avec une gratitud e et
tme générosité capables d'attendrir le erenr le plus
{éroce, el qui l'avait récompensé par une eon-




( 204 )


fillllce faite ponr flattcr la plus avide ambition:
qu'un hOillrne pIacé dansnnetclle situation, retenu
par tons les liens qni selnblaient propres, non-seu-
leluent a exciter, mais meme a commandcr la
fidélité, se soit, dans les dernieres années de la
guerre , vendu a l' ennemi, ait tramé la perte de
l'armée patriote qu'il avait si souvent conduite
a la victoire, et apres que sa trahison a été dé-
jouée, ait servi sous les memes drapeaux qu'il
avait si souvent et s~ .audacieusemcnt· bravés,
ait dévasté le pays qui l'avait vu naitre, pjllé et
massacré les citoyens qui avaient tant de fois
pardonné ses fautes, et payé ses services avec
de 1'0r si péniblenlent, el pourtant si volontai-
reInent tiré de Ieurs bourses épuisées; il Y a
vraiment dans cette conduite un exces de dé-
pravation qui fait frémir, rien que d'y penser.


On me montra sur la plage le lieu oú le
traitre Arnold joignit le jeune etmalheureux
André, ~i peu fait pour participer a un acte de
perfidie. Il sembleralt que la fortune eut pris
plaisir a réunir tous les contrastes qui pouvaient
f~tire ressortir davantage la scélératesse d' Arnold.
L'espion envoyé par l'ennelui se montra trop
exempt d'artifice ponr soutenir le role dont on
l'avait chargé,. Peindre ces deux hommes de ca-
racteres si opposés ¡lcnanl une con(cfencc mys-




( 205 )


térieusc dans l'ombre de la noít , sur les rires
sauvages de ce grand fleuve el), seraít une tache
digne de l'artiste ou du poete. Sur le líeu luenle
jc lTIC suis représcnté cette seene. La 'petíte cha-
loupe qui a débarqué le jeune André est aUa-
chée an rivage; dans le lointain, la corvette
anglaise qui doit protéger sa retraite, dm:t sur
les eaux de l'Hudson; les feux des bivouacs amé~
rieains se ront apercevoir sur le sommet des
roes csearpés, du haut desquels le traitre deseend
d'un pas préeipité, mais lremblaut, ~Ul' venh:
au rendez-vous; il promene &ns 'l'oinbre des
regards inquiets, prete une' oreille aUentive, et
tressaille an moindre murmure du zéphyr. Les
gucrriers se joignent, et tous deux semblent re ....
douter que dans ce lien sanvage et solitaire il
nc se trouve quelqu'un qui puisse les entendre.
L'un tremble en pensant a son iniquité ; il craint
que les vents n'aillent redire a la petite troupe
de patrio tes confians en son honneur, le se-
crct de leur perfide commandant. L'autre est
honteux du role qu'il remplit; l'ame d'un hOlnme
d'honneur se révolte contre l'obéissance qu'en
qualité de militaire il doit aux ordres de son
chef. Combien iI répugne a son creur généreux


(1) L'Hudson.




( ~oG )
de conférer dans 1'0lubre avec un vil scélérat qui
marchande froidenlE!nt son infanlie, et stipule le
prix pour lequel il vendra ses compatriotes el ses
com pagnons d' armes, lorsqu'ils reposent sans
défiance, et que la voix de leurs sentinelle..i vient
par intervalles retentir a son oreille.·


L'entrevue se prolongea jusqu'au moment ou
l'auhe du jour leur fit craindre d'etre découverts.
Arnold vit avec effroi qu' André ne pouvait plus
regagner sa chaloupe san s etre aperc;u. 11 prit son
parti. Apres avoir fait cacher son complice dans
un lien ou il . devait ctemeurer jusqu'a ce que le
retour de la nuit vInt favoriser son évasion, il '
retourne a son poste se présenter , san s rougir,
<levant les guerriers qu'il venait de vendre a leurs
ennemlS.


La position romantique occupée par cette por-
tion de l'armée patriote, ajoute encore a l'inté-
ret du momento Elle était, sinon ilnprenable, du
moins tellement forte , qu'une poignée d'hOlllmes
pouvait y hraver les cfforts de troupes vingt
fois plus nombreuses ;~ d'un coté, elle présentait
des bois et des marais impraticables; de l'autre
coté, des rochers eoupés a pie et baignés pUl'
l'I-Iudson, dont elle eornmandait le eours et en
interdisait la navigation aux Anglais. Semblable
a l'aigle perché sur son aire inaecessible, la pe-




( 2°7 )
tite armée planait sans crainte au-dessus de ses
ennemis. Les braves qui la composaient avaient
heaucoup de privations a endurer : la failll , la
nudité, et tous les maux qu' elles trainent a leur
suite; mais ils les supportaient gaiment, ne
so~p~on~ant pas qu'un monstre chargé de dé-
fendre avec eux ces Thermopyles américaines,
était sur le point de les livrer a l'ennemi, et
n'avait pas manqué d'indiquer, au nombre des
facilités qu'il anrait as' én emparer, la détresse de
leurs défenseurs.


Il y a quelque chose d'adlnirahle dans la sécu-
rité de cette petite troupe qui, sans toutefois
négliger les précautions militaires d'usa~e, cher ... ·
che l' oubli de ses souffrances dans le sQmmeil,.
tandis que son chef s' esquive en secret, ét va la
livrer ponr de l' or. La confiance de Washington
daps l'honneur de ce vieux guerrier n'est pas
moins touchante. "Lorsqu' Arnold sollicita le com-
mandement de ce poste important (expres pour"
le vendre a 1'ennemi), que]ques personnes es-:-
sayerent de faire naitre des doutes su},' sa fidélité,
probabh~ment a cause de ses dettes et du soup-
<]on élevé contre lui d'avoir dilapidé les deniers
publics, et pris part a des spéculations bon-
teuses; mais' le général mnéricain, se rappelant
~ous les services rendus par Arnold a sa patrie,




( 208 )


et, jugeant par son erenr des seHtirnens ·d'un
militaire, repoussa généreusement les insinua-
tions (lil'igies contre un hornme-dont la valenr et
la fidélité semblaient si éprouvées , et lui accorda
ce qu'il avait demandé.


On ne pent calculer sans fi-émir lescoIlsé-
ql1eÍlces qü'auraient eues ponr la cause 'de l'in·
dépeildanc~ anléricaine la trahison d' Árnold, si
elleeut eu un plein succes. West - Point etait
peut-etre' le p0ste le plus inlportant dans foute
l'étendue de l'Union. Par son commandement
sur la naViga.tion de~ }'Hlidson,il'as~utalt la com-
Dlunication entre les- dive~é{ats", et'protégéait
tout l'intérieur du pays. L'ennemi ,·déja en po~
session de N ew-York, se fl1:t trouvé maitre de
tout le cours du H1euve , etlt pu' gagnerleg lacs,
et y établ:ir'éunelf~ne de COlnmlulÍcalion avec le
Cariada'. Les etats~ de fEs!, oou~s 'd' éÍVe~< 6eu*.·dtl
Sud ¡et attaqués de,déuxlcotes a lafois:,et par
mer' et' par terre , se fussent trouvés compIete-
ment cernés, et eussent ·é.té inévitablement en-
váhis ~ comme l'avaient été les Carolines par
l'a:rmée de Corriwanis~ L'un' dés plus funestes: ef-
fets' de la perte de West - Poin~ anrait encüre
été fe coup' porté a la confiance publiqüe par
une aussi infame trahison. Le peuplc aurllÍt vU
tlans chaque officier uu autre ArnoJd, el le sol-




( 209 )
dat aurait a l'avenir attribué tous ses revera a la
~ trahison de ses chefs. Il ne faut pas ouhlier le
désespoir et la rage des guerriers ~nfil;lIls dévoués
au carnage par leur propre commandant, et me.
la,l.1t a leurs derniers soupirs les eris d'une juste
mais irnptlissan~e indignatioll. L' Amérique a été
préservée de ces malheur,~; et le voyageur , en visi ..
tantee siteromantique, serappelIel'aventured'Ar-
nold, eomme ceHe d'un de ces persollnages diabo~
liques, héros de la plupart :des traditions fahu-
Ieuses.


Je reviensa A~dré. Au re\our, de la,nqit, il
voul~t se retir~t, mais.il trouva la retraite coupée
du ~oté de· la rivi~re ; il chercha alors a gagner
New-York par terreo 11 n'était qu'a quelques milles
de l'armée britannique , lorsqu'il fut arre té par
trois miliciens.de l'état de New- York, q~'il prit
d-'abord pour des Anglais ; et, n'étant pas habitué
a feindre , iI se trahit involontairement. Lorsqu'iI
eut reconnu son erreur , iI offrit aux militaires
américains tout 1'01' qu'il. possédait, et ce qu'ils
pourraient de.mander en outre; mais iI n'avait
plus affaire a un A,ruoId. Ceux qui l'ava,it¿nt
pris le conduisirent a leur colouel. On trouva
sur lui des papiers qui dévoilaient tout le com-
plot; il fut, suivant les lois de .la gue'rre, con-


l. 14


~\ '\.~~~/




( 210 )


oamné a mort COrnllle espío n , et exécuté (I).
Le premier so in du généreux Álldré, apres


son arrestation, fut de faire passer a Arnold un
3vis que malheureusement celui-ci. rec;ut assez
a temps pour pouvoir s'enfuir. 11 alla joindre res
Anglais, et alors cOlnbla la mesure de l'iniquité.
Connaissant la détresse des hommes qu'~l venait
d'abandonner, iI en fit le tableau a l'ennemi,
et· s~ flatta de pouvoir les séduire en leuf fai-
sant des óffres capables .de ten ter a la foís l'am-
hition et la eupidité, et ~ompter leur eourage
déj~ ahattu par la faim, les .mala~ies et toutes les
souffranees qui peuvent amiger rhumanité. Mais
iI y a dans le erenr de l'homme une énergie qu'un
etre tel qu' Arnold ne pouvait pas soupc;onner;
il existe unevertu qne les Romains, dans Ieur
langue, ont, par une belle métaphore, rendne sy-
nonyme de force (1) ; et en· ef!et, ce courage qui
ne réside que dans les nerfs, el: que l'homme par-
tage avec la brute, ne lnérite pas plus d'etre
comparé a l'hérolsme de l'ame, que la parhélie


..


( 1 ) V oyez a la fin du volume quelques détails concernant
le major André.
(~) Fortitudo -' dont les Anglais ont faitfortitude; il est


a regretter que notre langue n'ait point encore adopté ce
mot si sonore et si expressif.


( Note du traducteltr.)




( 21 r )
fitl soleH. Les promesses d'Arnold fllrent aussi
impuissantes que ses menaces. Les soldais qu'il
avait voulu trahir, se sentirent ránimer par
lcut' indignation, et eh re~urent une nonvelle
valenr. La nation, de toutes parts réduite aux
abois, reprit sa confiance primitive par refret
d'une circonstancé qui semblait propre a 1'a-
néantir. Pas un seul homme n'abandonna son
poste,chacun fit de ses sauffrances un suje't d'o~
gueil et SOlivent deplaisanterie: etre a demi nu
et a demi affamé devinrent des signes aUxquel
on diSait réconnaitre un patriote. C'est ainsi que
l'hornme inspiré par le noble esprit de l'indépen-
dance, s"élcve au-dessus de Iui-meme, se Illontre
supérieur a la fortune, et présente l'image de la
divinité au milieu des douleurs et des faiblesses de
l'humauité.


Noqs prolongeons de jour en jour notre rési-
dence iei, et nous ne pouvons nous ré~oudre a
quitter la société aim~ble et joyeuse qui exeree
envers nous l'hospitalité d'une maniere si aftable.
Il est temps néanmoins de nous souvenir que
HOUS avons encore un long voyage a faire, et il
faut nous décider a partir aussitót que le ciel
aura repris sa sérénité aecoutumée. na fait iei ex-
tl'aordinairernent ehaud eet été ; tout le long de la
cote, iI a régné une sécheresse non 1110il1s extraor-


14··




( :112 )


dinaire. Quelques circonstances locales peuvent
avoir influé ici sur la température de l'atmo-
sphere, car je l'ai trouvée de quelques degrés plus
bassedans d'autres endroits, qnoique partout elle
ait été tres élevée. Presque dans tous les lieux oú
la terre était légere l'herbe avait totalement dis-
paru, et des plantes d'une tige haute et forte
étaient penchées el quelquefois entierement dé-


--pouillées de feuilles. En remontant l'Hudson,
nous n'eumes pas pIutot passé les hauts-pays
( the Highlands ) que nos yeux se porterent sur
des tapis de verdure et des bois dont le feuillage
était aussi frais que s'il 'ei\t été arrosé chaque jour
par quelques ondées bienfaisantes. N ous nous se-
rions imaginées jouir d'un second printemps, sans
la chaleur équatoriale que nons continuions d'é-
prouver, et qui n'a cessé que depuis deux jours
a la suite de l'órage le phis ·bruyant 'et le plus
long dont j'aie jamais été témoin. Le soleil n'a
pas encore percé les nuages; ce sera le signal de
notre départ. J'ai trouve cette chaleur extreme
beaucoup 1110ins accablante que je ne l' aurais cru, et
je vous avouerai, dussiez-vous me croire faite pour
vivre avec les géans ensevelis sons l'Etna, qu'elle
111'a causé beaucoup de plaisir. Je trouve dans
l'ail' une pureté et Ulle élaslicité qni réveille
1l1eS esprits, lUCl11e lorsque je suis a moitié fondue




( 213 )


en eau. La chose pourra vous parait.re singu<-
liere, si vous n'avez jalnaís faitl'observation vous-
nleme , OH entendu dire que notre tempérament ,
en géRéral, n' est pas inlnlédiatement sensible
aux effets des climats extremes. On remarque
souv~nt ici qu'un éttanger d'une latitud e plus
méridionale sent moins que les índigenes la
rigueur du premier hiver, bien qu'il sente davan-:-
tage celle du second ; el de Ineme, qu'une per-
sonne d'un climat tempéré est, pendant quel ...
ques anllées, moins affuissée par la chaleur de
l'été que cenes qui y ont été constamment ex-
posées. Cedernier fait parait assez facile ir expli~
quer; mais je ne sais pas COffilnent les physiciens
s'y prendraient pour expliquer l'autre; faute de
pouvoir l'expliquer, ils le révoqueront peut-etre
en dOille ,et je ne suis pas du tont disposée a
provoquer leur courroux en insistant sur sa
réalité.


La nature présente dans ces ellvirons quelques
aspects faits pour exciter l'adnlÍration. Au pre-
mier rang, je place la fameusecataracte du Mo-
hawk, dont les eaux se précipitent du hant d'u ne
helle muraille de rochers, avant de s'unir avec
ceHes del'Hudson.On.n'estpas d'accord sur la hau-
teur decette cataracte; soi~antc pieds est pellt-etre
ceHe qui approchc le plus de la vérité. Sa largeur




( 214
est eonsidérée, par quelf{ues personnes, eomnlC
un défaut; quant a l~oi , je ~Dse que e' est de la
qu'elle tire sa beauté, surtout paree qu'il 11'y a
rien dans le paysage qui en fasse ressortir l'efret.
Quoi qu'il en soit, quelques circonstanees eontri-
buerent a nous faire trouver ce 11eu charmant.
Sous Wl ciel d'Italie, et sur un tapis de verdure
011: les fées eussent aimé a tracer d'un pied léger
leurs cereles· magiques, nous nous asshbes a
l'omhre d'nn arbre touffu, et nous tOUl'J1ameS nos
regards versle Cohoez écumeux, dont l'ean élevée
en vallettr semblait rafraichir Fair. Quelques. jeu-
nes fines, vjves et riantes, nous servrrent nn re-
pas digne d'nn épicurienr L'aspect de tons les
objets dont j'étais entourée, et l'aimable gaité de
nos compagnons, ont gravé ce lien dans ma mé-
moire, comme une de ces taches lumifleuses qui
parsement d'or le sombre sentier de la vie hu-
11laloe.


On trouve dans les moptagnes voisines ,. plu-
siems chutes d'eau dignes d'etre vues, etquoi-
que ceHe dtl Mohawk soit la plus remarquahle
p01U' la grandeur, il en est quelques-unes qui
]a surpassent en heauté. Dans la petite portion
de ce vaste pays que j'ai. visitée, j'ai souvent
été surprise de trouver, en l'examinant plus
attenlivemeut, des. beautés sauvuges et rOluan-




( 915 )
tiques a un paysage qui m'avait paru, au pre-
mier coup - d'ooil , offrir une triste uniformité.
011 trouve souvent, parmi des collines qui 's'eIe-
vent doucement du sein de plaines vastes et
marécageuses , des vallons rocailleux couverts de
bois épais et tra versés par de torrens rapides
qui forment de nombreuses cascades, ou, entre
des montagnes d'une hauteur plus considérable,
de helles vallées arrosées par des rivieres tran-
quilIes dont lesbords furPles d'alluvions, sont
couverts de riches moissons. Le cours inégal et
interrompu des' ruisseaux et des rivieres d' A-
mérique a, je crois, conduit les savans a sup-
poser que ce continent est d'une formation moins
ancielllle que l'autre. J'entamai un jour la con-
versation sur ce sujet avec un natmaliste am~.
ricain, que je priai 'de me faite part des- résut-
tats de ses recherches sur l'~ge de son pays ;
mais je vis bientot qu)il ne fallait pas plus en
mettre en question l'antiquitéque la bonté, et
comme je n'ai jamais prétendu élever un doute
sur ce, derllier point, je brisai promptement ·la
dessus.




( 216 )


LETTRE X.


DJparl pour le Niagara. - Maniere de voyager.-
Descriptiondu pays. - Canandaigua.


Qu'Y a-t-il dans la vie, de plus agréable., ma chere
amie, que de partir pour un voyage, lorsque nous
avons le ereur gai, que le soIeil brille au - dessus
de notre tete:, et que ]a terre rafraichie par une
plllie d'été exhale le parfum de :'mille fleurs? n
faut mettre encore en ligne de compte les tendres
adieux de l'amitié, les vreux qu'elle forme pOllr
notte santé ainsi que pour notre plaisir , I et l'idée
que. nous nous faisons de trouver de helle!§ routes,
un heau ciel, en ¡un mot, de ne rencontrer que
des objets charmans. Un preux chevalier du hon
vieux temps, revelu d'une nouvelle armure bou-
clée par ]a main de sa dame, et partant pour
aller chercher des aventures par le monde, pou-




( :JI7 )


vait etre un personnage plus important que le
paisible voyageur qui de nos jO~lfS se met en
route pour al1er chercher des cataractes en guise
de géans, et pour observer les hornmes au lieu
de les tuer; mais jedoute fort qu'il fi'lt en au-
cúne maniere 'plus heureux que ce dernier, et
qu'il sentit plus délicieusement la satisfaction de
jouir . de Vexistence, de la santé ,'de la vigueur
et de laliherté. Le moment dont je¡>arle'estsans
doute un de ceux vers lesquels,., sur le soir de
la vie, lorsque nous sommes enfoncés dans une
·oonne hergere,' nolis aimons a nous reporter,
et dont le souvenir révcille nos sens engourdis
par l'age: semblables a ces vieux militaires qui
montrent leurs honorables cicatrices et racontent
les rnilIe dangers qu'ils out courus sur la bre-
che ou au milieu du champ. de bataille, nous
faisons a quelque bamhin le récitdes aven-
tures merveilleuses qui nous sont arrivées en
voyageant sur le dos d'une mule ou dans l'int~
rieur d'un coche, et nous l'accompagnons d'une
énumération des contusions et des membres cassés


/(Iui ont été ou qui pouvaient etre notre lot dans
ces périlleuses occasions. Si jamais cette manie
gagne, notre voyage d' Albany pourra me
fourn,ir le détail d'un assez hon nombre de con-
tusions; quant aux fi'actures, c' est pour moi un




( 2,18 )


asscz grand sujct de satisfaction , saur ce qui peut
arrivcr par la suite " que jusqu'a présent ce cha:-
pitre soit resté en hlanc.


Si notre voyage a 6té pénible" iI fut au moios
tres gai; le temps était heau et nos:eompagnons
de bonne humeur, spirituels et complaisans. :te
ne sais si je dois vous recornrnander ]e stllge-
coqch ou le wagg{)n (1), car tantot QU voyage
<Ians l'un et tantot dans l'autre; le choix dépend
du caractt~re et de la disposition d~esprit du voya-
geur. Sil veQt observeJ! les hOIDllleS et les cho-
ses, entendre des remacques fines' et Se'I:lsée& sur
le pays et ses habitans, et compreQdre les chan-
gemens rapides qu'y amene chaque annre; si,
d'un autre coté, iI est d'un caractt~re fiwile et


/,n' est pas susceptible d' etre incommodé par des
hagatelles; s'ij n'est disposéni a se facher ni it
Ja.ch~r persoune; s'il se plaita écltan~r ,de pe-
tites civilités avec des étrangers, et aime a fuire
connaissance, quand meme c~ ne serait que
pour une heure, avec des personnes bonnes et
affables, mais surrout' s'il peut supporter les


(1) Faute d'une descriptiol1 suffisamment cxactc des
diverses esperes de voitures publiques américaines, nous
Ieur aVOllS conservé leurs. noms originaux.


( Note du traducieur.)




'( 21 9 )
cahots et souffrir qu'on le mene tantot trop
vite sur un chemin raboteux, et tantot trop
doucement sur une route unie; qu'il s'arrange
pour occuper un coin dan s le post-coach ou le
stage-waggon ~ suivant le degré d'amélioration
auquel est parveuue la diligence aIlléricairi,~ dans
la partie. du pays qu'il traverse. Mais si le voya-
geur est un désreuvré cherchant a tuer le temps,
ou un dessinateur de paysages, armé de son porte-
feuille et de ses crayons; ou bien si c'est quel-
que soi-disant philosophe muni de notion8 préa-
lables ~ur le pays inconnu qu'íl va parcourir,
ayant noté, dans son cabinet, le caractere des
habitans a coté du total de la population, et
qui, sachant cornme tout devrait etre, s'irnagine
savoir comme tont est; ou bien enfin , si c' est un
homme d'une humeurinsociable,facilea mettre ho1's
de lui-meme; OU, comme on dit en Angleterre,
un gentleman tres particulier ( 1 ) , qu'il achete ou
qu'illoue un dearborn ou toute autre voiture
légere, et qu'il voyage solus cum solo ~ avec son
cheval; OU, conlme cela peut se rencontrer , avec
quelque vieux compagnon qui n'a pas de carac-
tere a lui, ou dont on sait, par des ~~périences
réitérées, que le caractere est toujours exacte-


(l) C'est-a-dire un monsieur tres difficile.




l 220 )
ment le n1(~me que celui de la personne avec la-
queIle iI se trouve. Dans que-Iques contrées, on
peut voyager en poste; mais dans les états de
l'Uníon iI est rare qu'0l1. en ait la faculté, il moins
qu'on ne soit toujours en 1l0lubre suffisant pour
reluplir une caravane: iI faut, pour cel~, etre
huit voyageurs , qui fornlent trois rangs de trois
personnes, en comptant le conducteur.


Dans ce voyage, ainsi que dans ceux dont je
vous ai déjil adressé la re]ation, l'esprit de nos
cOlnpagnons a fait la luajeure 'partie des fi'ais de
notre amusement. Par un h~ureux hasard, eu
partant d'Albany, nous nous troüv~mes assises
aupres d'un gentleman et de son épouse, ql1i
revenaient de Washington a ce vilIagc, licú de
leur résiden~e. Le mari<-était natif d'Écossc, 111ais
avait passé en Amérique dans sa prenlÍerc jeu-
iIesse. Apres avoir suivi la'carriere du barreau,
ou il acquit une assez beUe fortuDe, il s' étahlit
sur une ferme qu'iI paralt exploiter plutot par
plaisir que par spéculation; il épousa une per-
sonne appartenante il une famille qui , apres avoi1'
émigré de la Nouvelle-Angleterre, s'était fixée dans
le voisinage, et iI vit au milieu, non-seulemellt
de toutes les· comluodités, l11ais 111Cme de tons
les agrémens de la vie. Nous flunes tour a tour
rejoints et quittés par des citoyens de diycrscs




1


( 22 t )
apparenceset de différentes professions : des pro--
priétaires fonciers, des gens de loi , des nlembres
du congres, des offiCiers de marine, des fernlÍers,
des artisans, ete. Nous remarquames deux traits
earactéristiques 'par lesquels, en général, nos
compagnons dé voyage se resselnblaient plus OH
moins, l'intelligence et ]a bonne humeur. Pal'tollt
ou le hasard m'a placée dans un voiture pu~li­
que, depuis qne je suis dans ce pays, j'ai tro~lvé
cet7 deux qualités ~ que je regarde conlule le~ lneil-
kurs objets d'échange clans le cOlÍllnerce de la
"ie, beaucoup plus eommtines que je ne lne rap-
pene le s avoir vues nulle parto .


Notre secollde journée fut longue et fatigante,
mais en meme telnps tres intéressante; le tcmps
était superbe et le paysage fort bean. La ron te
présentait partout des traces des derniers orages ..
Il semblait que non-seulelnent la pluie, mais en-
core la foudre, avaient dégradé le terrain et creu~é
<;a et la des trons, oú tant6t la roue droite, et
tantot la roue gauche de notre voiture, t01nhait
subitement; il en résuItait des cah~tages tels,
qu'a chaque instant nousnons croyions pres d'etre
lallcés a dix pas sur la ronte. Áu lnilien, de tout
ceJa, il Y a une justice a nons rendré, e' est (Ine
nous supportames les nombreuses coütuslCI!S qr'.c
ces terrihles secousses Hons causcrent, ayec assez




( 222 )


de sloleislne et une.bonnehumGUr imperturbable.
Quand nous eumes gagné la rive du Mohawk,


nous la suivimes pendant les soixante lnilIes qui
séparent la eataraete infériéure du Cohoez et les
chutes supérieures. Dans cette partie deson cours,
le Mohawk coule paisiblenlent a travers une cam-
pagne d'un aspect agréablement varié .. On y voit
éparses, au milieu de ter res bien cnltivées, des
chaumieres d'une propreté admirable, et de jolies
maisons hourgeoises ombragées de grands arbres.
Le fo~d du tablean est formé par une chaine de
montagnes do~t le pied s'avan<;ant dans la plaiílé,
la rétI:éciVen certains endroits, tandis que d'au-
tres présentent des vallolls au sein desquels les
tributaires du Mohawk roulent leurs eaux. Des
bois épais couvrent les sornmets et les flanes de
ces montagnes., chose au reste tres ordinaire, car
il n'y a guere de cantons dansce vaste pays ou
quelques restes desanciennes forets ne s~ mon-
trent a I'horizon.


La vallée du l\'lohawk est prineipalenlent peu-
plée de COJODS hollandais, race d'hÜ'mmes qui
conservent, de génératioll en génération, le ca-
ractere, les moours, les coutumes) et souvent
meme le langage de leur ancienne patrie. De tous
les émigrés européens" les Hollandais et les ABe-
lnands sont constamment ceux qui réussisseút le





( 223 )


mieux; ils se casent (1), comnle on dit ici, avee
uné adresse étonnante , et cela une fois faít l'~st
ponr toujonrs. Il faut que la misere qui fait fuir
ces pauvres gens de leur pays -soit bien grande,
eux qni sont si attachés aux usages deleurs an-
ce tres , ~t qui,· une foís arrivés sur-une terre de
laquelle ,en tl'availlant avec activité, ilspeuvent
tirer leur nourriture, y fixent si tranquillement
leul'S pénates, et J)'enracinent si fortenlent au
sol. Le meilleur colon, apres l' AHemand e~t l'E-
cossais; le Fran<;ais, eu général, se fait chassenr,
l'Irlandais ivrogne ,et r Anglaisspéct11ateur. Le
premier prend le plaisir pOU1' gnide, la déha:uche
perd le second ,et la suffisance et l'obstination
conduisent le troisielne a sa ruine. Il ya toutefois
heaucoup d'exceptions a cette regle, et le nombre
en augmente journellelnent, par la raison que ce
sont des gens d'une classe plus relevéequi émi-
grent maintenflnt, je parle 'plus particulierement
de l' Angleterre. Ce sont des personnes au-dessuS
du beso in , et possédant depuis cinq cent jusqu'a
cinq mille livres sterlings, qui tentent mainte--
nant la f6rtune en trayersant l' Atlantique. Je
conllais en ce moment treize fanlillesarr-ivoos aer-
nierement'des hords de la Tamise; il n'en est pas


(1) Se logent et s' établissent.




( 224 )
Une qui possede nloins que la premlere de-~es
somnles, et plusieurs possedent plas que lader-
niere. Je erains que la politique des hornmes
qui gouvernent l' Angleterre ne ooupe les nerfs 4e
l'état. P?urquoi voit-on ses yeomen (1) tomber
dansl'indigence ous'expatrier? Les dimes ,les im-
pats de tous gen res , et surtout la taxe pour les pau-
vres ,sont des objets qui doivent fixer l'attention ,
'O~l bien la population de l' Angleterre ressemblera
dans peu a eeHe d'Espagne, avant la révolution de
]a péninsule : des mendians et des prinees, c'est-
a-dire la base et le eh~piteau, le fut de la belIe
eolonne aura disparu.


A un peu nloins de vingt milles au-dessous
d'Utica, le Mohawk forme un angle 3igu senl-
blable a eelui de la riviere d'Hudson a West-
Point, et se jette dans un enfoncement ereusé,a une
époque tres aneienne et par l' effet" d'une terrible
convulsion, dans les ,rochers au pied desquels il
coule ensuite si paisiblement. lei le Mohawk a
beaucoup de ressemblanee avee le Lock-Katrivne
aux Trosachs. On voit des roes mena<;an&, des ar-
bnsseaux: qui ont poussé dans les creVasses, et de


( 1) On appelle yeomen , en Angleterre, les cultivateurs
propriétaires.


(Note du tradltctear. )




( 225 )


peti.~~s aD:S~S OU l'ond~ claire et tranquille Ila-
gite ;pas Jp. f.euille q~i est ,tombée sur son sein.
l\fais il n'y a ,ni :e~n-V euue, ni Ben-Anne pour
~der le pasSAge ,eI¡lcha1;lte, ni dame ,avec son bel
..csquif ( 1) ; et, ,iL.:r.f~i dire, l'imagination n'est pas
portée a. LV.,~~\lpplée.r; elle P~'"'t toutef9is , sieUe
€&t, di~pQ~e, ¡¡.~ cr~des ohjets fanÚl~~iques, se
.)¡eRt:é~ªt~r ,;le ,sauvage indien d~rigeant sa freIe
,.p~lfogtte, 011 san,tan.t -de rocher en rocher, . a~le
'GOrIJlU.le le ,chamqis .qu'il poursuit. n .~t évid~~t
:que la riv.iete ,~cc~p~ ;~utr:efois ~ oo,"\e, }l~. larg~:ur
·4u . rayin , ~pow~e. t\p ~~ ,a ~ fetre :pl\1S <@pi~e
q\l'a ípr~t'Cnt. Des IDjiSSCS ~iD.form.es s'é.l~vent de
l~~u;, .~t-s~l~nt pres de tomhel' sur la tete du
,voyage,ur.,()ubien elles se trauvent sur le mi:J,ieu
,de;son,dwzp..in" et Je Jorcent 3. :prendre tantota
drQite, ta,ntqt agauche. ,Ces ~o~l~r~ porten~ .sur
Jeurs ;fl~~ des ,warq\lesde l'f:ln-cienne Ifqr~qrde
l'éIément dOUlpté ;a~jp\lrd'hui, et qpi, s'et@t
-~f;eu&é ;un ¡lit,laisse de la place:3. Ja ro-ute ,Dour
~~1Jp~nter ;le :long du I;ivage .. El). sqrtal1t de .oot
-endroit,,;ou, dé~Oll\~Te Jes p~#f¿tfs chutes, a~i
llQmmées ,pat:~pp9Si'tion avec la cataractephlS
grande qui se ;trouveversl'emhouchure de,}a .ri-,


(1) Allusion au pobne de -WalterScott, inÚtulé Tlu:
,Lady <Jflhe -LaJ;e., ( Lé\ Dame 4u;Lac. )


I.




( 226 )


·'V~re. Le paysage est d'un aspect imposant ,-e€
aide l'imagination a se représenter le conflit des
élémens aux diverses époques des grandes com-
motions qui ont changé la surfaee de notre glohe.
De que[ étonnement on est frappé lorsqu'on ob-
serve, dans les suhlilnes ouvrages de la nature,
l'aetion du temps, action si puissante, mais pour
nous lente, silencieuse et invisible! Toute l'his-
toire de l'hom~e ne remonte pas jusqu'a la for-
luation de la plus petite ouverture dans une
chalne de rochers , et chaque pied creusé par un
fleuve, dans son lit rocailleux, nous. révele l'exi-
stence d'une Iongue snite de générations qui' ~nt
disparu de la terre sans laisser de traces dans ses
annales. eombien est grande et majestucuse la
marche de Ja nature, que rien ne saurait entra-
ver! Les. siecles sont pour elle des instans, et
toute notre ehronologie, une fraetion infiniment
petite de sa durée incommensurable. '


Nous arrivanles a Utiea passablement ha rao5-
sées, et meurtries eornme je ne le souhaiterais
pas a tUl ennemi. NéanIDoins, un jour de repos
nous remít, et nous donna le temps d'examiner
eette étonnante petite ville, qui date a peine de
vingt ans. Un aubergiste, a la porte duquel s'ar-
retent journellement une quinzaine de voitures
publiques, faisait a pied, il Y a da-huit ans, le




( 227 )


service de la poste aux lettres de cette ville a Al...:
hany, et portait la malle dans sa poche. Utica,
malgré sa récente existen ce , aspire déja a etre
capital e de l'Etat, et le sera probablement dans
quelques années, quoique Albany ne soit nul-
lement disposée a lui céder cet hOl1neur, ni N ew-
York la commodité d'avoir le siége du gouverne-
ment daos son voisinage; mais les jeunes comtés
de l'ouest sont des enfans si forts et si impérieux,
qu'il sera bient6t llécessaire de consulter leurs in-
térets.


L'importaneed'Utica ne tardera pas a s'accroi-
tre encor.e par l' ouverture du grand canal des-
tiné a joindre, pres de la, le Mohawk. Nous nous
détourn&mes de notre route le lendemain,
pour aller voir ce bel ouvrage, qui est tres
avancé. Il offrira l'immense avantage d'une com-
munication par eau de ce grand continent
jusqu'a l'Océan; iI comnlence au lac Erié, et
se prolonge de niveau, en faisant tres peu de
détours, jusqu'au Mohawk. Aux petites chutes, il
Y a quelques ééluses, et d'autres seront néces-
saires a l' embotlchure de la riviere ou l'Hudson
ouvre une large route pour gagner l'Atlantique.
On pense qu' en quatre ou cinq ans ron ache-
vera ce grand ouvrage. L'endroit ou l'on a ren-
contré le plus de difficultés est le vaste marais


'15 .•




( 2~S )
d~Ol1~}j~hl~tt , OIll111 gnulfl üOlribre d'Ol.lV·rjersortt
peri 'rÍclilTíesde :~on aitmospheI'e 'pestilcntiel1e.


Au-delit 'd'Utiea , le payscommence:3. prendre
un asfiect 'sauvage. TOh aperc;oit des s()~ches :et des
~Mes ceinrrés . (1) qui éncombrent'les'endos; et des
hriffes 'en 'hois éparses c;a el 'la. Les lerres cultivées
s'étendentráremel!t a un demi 'mille de chaque
coté :de 'larOnte; et la foret, dont :les bords :sont
rendus ~désagr~bles a l'reil du voyageur par 'une
ligné :d'?árbres ~ceintre8 J moítié debout, llloitié
tombans, couvre de son ombrage plain~, les
nióti'tagnes ,'et l~s vaRóns, ;~t ne :se ¡termine 'qu'a
l'horizon. Cepetidant 'qáelquefdis',ldtsqu"dn :ar-
rive sur une éminence . (et le site est plus Otl
nioiüs . ondulé), ondécouvre dans ectte lnaSse
irnmense 'de'verdure des vides qui :1nnoncent que


(1) ·L'e'lpr~ioo.'-arbres ceMtl'és (emourés ,d'-une cein-
ture) estemployée ici par anti~phrase, et.désigne·des~ar­
hres, au tronc .desquels on a enlevé une ceinture, ou zone
.d' écorce. Cette opération, pratiquée a quelques piedsau-
dessusdu sol, arrete'Ia circúlation deJa seve, et fait pé-
rir 'les arJ)res qni éoti-vtent 'unterrain 'Iu' On 'tie 'veut 'pas ,
'QU 'qu'on ne peut pa:sdértích~r 'cótriplMeft'tent; 'on :Ia-
honre ensnite et l' on 'seme entre ces' arbres ;ét ,'comnle
ils ne tirent plus de sllhstance 1.1e la terre, ils 'nenui-
sent pas 'au développement des semences qu'oll y .~
jetée.


. ,( IV ole da, traducteur.)




( 229 )


la coíguée el la charrue travaillcul él luélaulOr-
rhoser le sol. En conséquence dequelques con-
testations relativelllent a la propri¿té des terres ,
la culture a faít moins de progre~ dans ce He par-
tie du pays que dans les districts plus a l'ouest ,;
e' est ce que HOUS avons pu observer en approchant
des lacs Skeneatalas, Cayuga, Seneka, ÜnoIl-
daga et Canandaigua. Apres avoir passé le village
f!o,rissant d'Auburn, pouSo troQVames le pays
plus découvert; des maisons. hien haties et de
jolis hameaux s' ofTrirent COQtiqueUeIneIlt ª nos
regards. L.e cinquieme' JOUi ~epuis Il,otre départ
d' Alhé,lny, nOQs arrivames dans le vilIage d' ou
je vous écris, et Otl nos aimahles compagnons
de voyage voulurel1t ahsolument nous offr11' I'hos ..
pitalité. Les vilIages qui avoisinent les lacs don!;
je viens de parler sont en général propres el
fiaus; mais je peuse que Canandaigua mérite la
palmeo Les terres y out été divisées en lols de
c¡uaral1te acres chacun, et les lignes de démar-
cation sont tracées de chaque coté, a partir de
la grande route. Les maisons sont toutes élégaol"
ment peinte$. Les fenetres, décorées ~e jalousies
verles, Iaissent apercevoir la campagne a travers
le fellillage de jeunes arbres plantés le long des
maisons, ou pcnncttent a la vvc de se porter sur
des gazons aussi frais (Iue ceux de l' Anglelerrc ,.




( 230 )


snr des parterres fleuris, 011 sur des vergers rem..;
plis de toute espeae de fruits, pOlnmes, poires,
coings, prunes, peches, etc."; des champs couverts
d'une moisson dorée s' étendent derriere ces char-
mantes villas,. l'église avec son clocher blanc
s'éIeve au milieu de cette masse d'objets pittores~
ques, et couronne agréableinent le paysage.


L'accroissement dela population, l'empietement
de ~a culture sur le désert, la naissance de nou-
veaux établissemens et leur prompte métamor-
phose en bourgs el en villes, ne sauraient se conce-
voir, a moins d'avoir été témoin de ces miracles,
ou de s' etre entretenu sur les lieux avec les per-
Awnes qui les Ol1t vus s'opérer. On éprouve une
sati~sfitction inexprimable a se trouver dans un
pays qui n'offre que des traces d'amélioration.
Quel autre pays ne présente pas a l'esprit le sou-
venir de jours plus prosperes, le contraste de la
décadence actuelle avec la splendeur passée, ou
qui, s'il s'efforce d'avancer dans la carriere de ]a
prospérité, ne se trouye point arreté achaque
p~s par quelque obstacle physique ou politique?


Je pense que ce fut un des fi)s de Constantin
( du moins je suis súre que c'était un de ses suc-
cesseurs ) qui, revenant de faire un voyage a
ROll1e, dit qu'il y avait appris une chose, savoir,
que les hommes nlouraient au sein de la reine des




• ( 231 )
cités conuue parlout ailleurs. Il seraít peul-etre
plus nécessaire aux Etats-Unis qu'il ne l' était
dans l'antique Rome, de rappeler a 1 'étrallger la:
mortalité de son espece. Tout ici a une telle ap-
parence de vigueur et de jeunesse, qú'un voya-
geur, arrivant des tristes demeures de la décré-
pite Europe , et jetant les yeux autour de lui,
pourrait croire qu'ici l'homme a passé un nou-
veau bail d' existence, que le temps a plié ses
ailes, ct que la parque a jeté ses ciseaux.




LE'rT.RE XI.


Génesseo; -' risite ti l1I. Wads'UJortlt. - Lé
fermier américain; --.; Etahlissement sur le
nouveau territoire . ....;. Aspect des joréts.


Gencsseo j aoilt 1819.


APRES aVOlr dit un tendre adieu a nos aimables
hotes de Canandaigua, DOUS nous enfo?~ames
dans la foret:; et au bout d'une traite assez longue ,
faite dans une voiture un peu rude, et par un
chemin de traverse frayé parmi les souches et les
troncs d'arbres ahattus ou tombés, nous arriv~llnes
au lieu d'ou je vous écris; c'~st un établissement
florissant, situé sur les bords de la riviere dont iI
porte le nomo Notre route, quoique fatigante,
ne fut pas tout-il-fait sans intéret. Le chemi.ll que
nous suivimes présenta d'abol'd a notre vue des
montagnes et des vallées, au milieu desqueIles on


,




• ( 233 }
apercevait, <;a et lel, les murailles blanches d'habi..;
tatim~~ réceUlment batíes, briller an solcíl et
rompre la monotonie d'un feuillage sans bornes;
plus loin, il était bordé, de distance en distance,
par des champs de blé et des vergers pIantés de
jeunes arbres, principaletnent de pechers et de
pornmiers courhés sons le poíds de leurs frl1its.
Les arbres desséchésde la faret entouraient ceux-ci;
mais quoiqu'ils llu¡sissent a la beauté du paysagc,
ils lu.í. donnaicnt un aspect qui parlait au ~ur,
s'il ne plaisait pas allX yeux:.
Nousfumesparfaite[ne~taccueinies parM."\Vads-


'worth et son épouse : leur nOln vous est déja
connn; il figure d'une maniere honorable dans
l'histoire de la Nouvelle-Angleterre. Le country-
gentleman anléricain re<;oit son hóte a la vraie ma-
niere de l'antique hospitalité patriarchaIe; il se pré-
sentea la porte en vous ~endantla main,et vous en
fait passer le senil d'un air riant, qui dit plus que
tous les discours possibles : iI y a chez luí une urba-
nité et une politesse qui partent du creur et qu'on
n'apprend ni dans les cours , ni dans les villes. Rien
n~ semble dérangé par votre présence, et néan-
moins tout parait disposé pon!' votre cornmodité
et votrc agrément; vous vous trouvez au bout de
quelques luinutes faire parLie de la fitmille; la con -
hance et l'aríútié Cfu'on vous témoigne cxcitent en




( 234 )
vous les memes sentimens; vous etes établi a la
table et an foyer, et quand vous partez ~nfin,
vous vous sentez le ereur gonflé, eomme en quit-
tant un chez-vous ~ que l'habitude et des liens
saerés vous ont rendu eher.


La lnaison de nos hotes est agréablement ~i­
tuée sur le penehant d'une eolline, d' ou la vue
plan e sur les belles prairies qui bordent le Ge-
nessée, et sur des éminenees couvertes de som-
bres forets, qui terminent la perspeetive. Quel-
que.s bouquets dejeunes earoubiers ornent la
pelouse qui s'étend devant la maison, et au-dela
de laquelle, lorsqu'on est assis SOUB le portique
ou daBs la grande salle, on déeouvre d'abord des
prairies eouvertes de troupeaux, et, plus loin ,
les antiques forets OU l'lndien poursuit le daim
sauvage. Stlr la droite, on aper~oit un village
ílont les maisons éparses et remarquables par la
blaneheur de leurs murailles, viennent d' etre
baties; an miHeu du groupe s'élCve le cloehcr
d'Une petite ehapelle; en arriere on voit des
granges, des écuries et d'autres dépendanees, ct
cnfin un vaste jardin dont les vergers eontiellllent
des arbres ehargés de tontes les espeees de pom-
Dles, de poires et de peches.
~1. 'Vadsworth est le patriarchc du dislricL de


Ccncssée ;' iI est, eomme je l'ai déja <.lit, origi-




( 235 )
naire de la Nouvelle - Ángleterre. Il n'y a guere
plus de dix-neuf ans que lui et son frere, le eo-
lunel \Vadsworth, pénétrerent dans ees forets,
alors habitées seulement par le sauvage et sa proie.
Les terres fertiles qui s'étendent ici le long de
la riviere fixerent leur attention, et ayant acheté
une étendue considérabIe' de terrain des pro-
priétaires indiens, iIs s'établirent au milieu
d'eux. Les six premieres années furent terribles.
Chaque automne amenait des fievres intermit ...
tentes et bilieuses , et ils, se trouvaient dans
un désert ou l'on ne pouvait se procurer au-
cun soulagement. Quoi qu'il en soit, lenr eon-
stitution rendue robuste par l'habitude de la tem-
pérance, résista a ces rnaladies. D'autres eolons
vinrent successivement se joindre a eux, et main-
tenant iIs ont a leur porte un riant village; de
riches fermes s' élevent de tous eótés dans la fo-
ret, el une atmosphere pure el saine environne
leur habitation. Mistress Wadsworth m'a assuré
que sa nOlnbreuse famille n'a jamais été attaquée
d'aúcune espece de nluladie, et nous n'avons pas
oUl dire qu'il en régnat dans les -environs.


Je n'avais pas encore vu de nouveaux établis-
semens plus heaux ni plus florissans que ceux
qui ln'entourent. M. lVadsworth passe pour un
des plus riches propriétaires de cet état; iI a bien




( 236 )
acquis ses richesses, et les eluploie geuereuse-
mento Sernhlahle aux. patriarches de l'antiquité,
iI contemple ses innombrabies troupealL~, ses
gras paturages, ses riches moissons, et tous les
hiens que le eiel augmente pour luiehaque an-
née, et iI sent qu'apres Dieu, e'est a lui-meme
qu'il les doit, qu'ils sont la réeompense de son
aetmté, et poul' ainsi dire l'reuvre de sa eréa-
tion. e' est une ehose vraiment admirable de
contempler le désert ainsi métamorphosé , de
yoir les h,o~mes dél~vrésde l'oppressioll, et en
meme temps de la misere, étewlre lenr domina-
tíon , non pas sur leurs semblables, mais sur la
surface de la tene, laÍsser el lenr postérité les
fruits de lenr industrie, et, ce qui vaut mieux,
l'exemple desavantages dérivant d'un hon emploi
du temps. En vérité, le ereur et l' esprit se ré-
jouissent a l'aspeet de toutes ces clIoses.


Quelquefois je ne puis m'empecher de com-
parer la condition du fermier américain avec
celle du fermier angIais. Pas de dimes, pas de
taxes rnineuses, pas d"importunités de la part
des candidats aux. élections, ou de leurs agens;
pas de era in tes sur le sort de ses enfans, ni sur
Ieur étahliss~ment; un travail peu fatigant, de
hons chevaux a l'écurie, une hahitation COln-
mode , la porle ouverte a Ji étranger , une nourri-




( 237 )
tlire ahondante et saiile, l'esprit paisible el le
cretllI' 'gai, voilace que vous trouvezchez le fer-
mier amérieain. En Angleterre •. '. . . . je n'a-
chíwe paso


V oos medirez peut-etre qu'en c~mparant ran-
cien mondé 'an' nouveaa , je compare :}a vieil-
lesse a il' enfance, et que eette eomparaison est
peu loyale, 'Üu ptlérile.Mais en serait-il des lla-
tionscomme des individus? 'Est - ce qu?elles ne
pourraieIit opas avoir une seconde jeunesse? :Nous
n'en 'avons guere vu,d'exemp1e; mais pen d'états
ont, dansleur vieii ttge, 'montré 'autant devi-'
gueur que "l'Angletérre. N'en a~t-el1e epas assez
pour opérer sa régénération ? Je le souhaite trop
ardcrnment pour ne pas le croire.


Comhien, comhien je t'aime, o -ma'chere Angleterre!
Quel délice pour,moi depensera ces,jours
00. d'un pas incertain j'errais, en cent détours ,
Parmi tes hois, tes prés , tes vallons, tes collines,
Murmurant a l'écho mes rimes enfantines!
J e soupirais souvent , mais sans savoir pourquoi,
Et despleurs de mesyeux s'échappaient malgré moí .... ;
Oui , je t'aime ! ... a mes vers souris, 'douce 'Angleterre !
Ce ne sont pas les chants d'une froide étrangere.
Avant de fuir tes ho.rds "hien que des,pr.e.miers ans
J' eusse vu s' envoler les reyeS si charmans, .
Et que de la raison la voix sage etprudente
Soit vcnue a SOn tour_calmer mon ame arden te ,




( 238 )
Je te chéris encore, et les vreux demon cremo
Son! tous pour ton repos , ta gloire; ta grandeur;
Et pour ta liberté.


(Pem;ees d~une récluse.) (1)
11 serait diflicile d'imaginer un hornrne placé


dans une situation plus digne d'envie, que le
cultivateur du sol dans ces états. L'agriculture
présente ici nOll-seulernent cet aimable aspect,
qu'on lui trouve dans les poetes de l'antiquité,
mais je diraiencore, dussent quelques Euro-
péens sourire d'un air d'incrédulité, toute son
aIlcienne dignité classique, comme au temps ou
ROll1e tirait ses consuIs de la charrue. J'ai .vu


( 1) V oici le passage original :
Oh England! wellllope thee j ojt recall
.Thr pleasa,nt jields j thy hills' soft sloping JaU i
Thy woods ofmassy shade and cool relreat¡
Thy ripers in their sedges murmuring sweet,
Where once, with tender feet, 1 wont to stray,
Mutterillg my childish rhymings by the way i
And pouring plenleous sighs, l knew 1].I)t why ;
And dropping soft tears from my musing eye. -
.Fes! much llape thee ¡ - turn not then. away
As tho' thou heard'st a heal'tless alien's lay.
Childhood and dreaming youlh/lew o'er this head
Ere from thy pleasant lawns the wandererjled ;
And tho' maturer years hape mark'd her brow,
And somewhat chill'd perchance her feeZings llOW,
Still Mes her st,.icken heart bea~ warm for thee ,
l/-tuch dot:$ it wüh tTtee great. - Much cloes it wish thee free.




• ( 239 )
un llomme qui avait élevé sa voix dans le sénat
de sa patrie, et d~nt les bras avaient cOlnbattu
pour elle, conduire un rustique attelage, suivre
minutieusement les plus' petits détails du labou-
rage, et offrir aux regards du voyageur, rempli de
surprise et· d'admiration, ses vetemens couverts
de terre et son visage bronzé par les rayons du
soleil. Avec queI orgueil cet homme doit fouler
les champs paternels! Ses vastes domaines pros-
peren t par ses soins et ses t.ravaux ; ses granges
et ses greniers regorgent; sa table est entourée
d'hotes l10mbreux ·et d'enfans plus Iíbmbreux en-
core ; dónt' les membres sont endurcis par le
travail, et l'esprit énergisé par la liberté. J'aime
la réponse que fit un Américain a certain
Européen qui, apres avoir contemplé un tableau
pareil a celui que je viens d'esquisser, s'écria :
« Oui, tont cela est fort bien. V ons avez tont le
maté riel de la vie; mais iI est des beautés que
je cherche en vain dans votre pays. Oli sont vos
ruines, votre poésie? » - (í Voici nos ruines ~
répondit le républicain, en montrant un soldat de
la révolutionquibechaitla terre; puis,indiquantdu
doigt ici de rians paturages couverts de troupeaux,
la de riches fermes, et plus lo in de jolies villas
que l'reildécouvrait a t~avers le feuillage d'arbres




( 240 )
.majestueux :qt~i l~ur ,s~r~-aient ~'.ab.ri : 1Joild notre
,- ? A~' ::;:~~.: ~: :~: ~: .. ~.!~'J' e! 2;iw-:-!~' ,1' __ • '


,: poésie. ).' . - .......,
(:e n'~st"'-p~lS . que. le- rétl]1iei"Ptlfss'c tbujo~rs
~spér~r";s!Jen'rfchir', oolnIlI~;:;'~~'-plusl"ignora~s de
nos émigrans le supposent. -J'ai vil daris ce ':p~ys
depetits propriétaires qui ontpassé leur vie a
travailler sans relache, et n'ont .pu pl'ocurer a e'-l~
et a leur famille guere plus que les choses de
la plusindi~pensable.nécessité. Celles-ci, au I:este;o
l'homme labor.ieuxest toujours sur de se les pro-
curer,et ,parfais" -·en changeant le théatre de son
activité, il ;peut S'.aSSlwer de .P~l.lS ,~"hWldanl~ ré-
coltes. L'hornme vigoureux. qui émigre· des,can~otls
les plus stériles de la Nouvelle-Angleterre,:pour
aller exploiter les terres vierges des contrées de
rouest, a de grandes fatigues a elldurer, et trop


: fréyuemment -se . trouve exposé a des exhalai-
. ~o~~~ál~~~h~~fr~~~~.~~}!e~~l~;iv?;~~~e .~a ~Ol~. S~ltUtI~~, Joule ro~;?s~~",~~ .. ~~~-.~~)~ ·,rt:!."P'1t~t T~-


slster. e estune chosemervellleuse (te VOlr conime
íl brave g~iment cesobstacles.ph-ysiques,et é~)lnJllc
parfois il lessurnlonte !promptement. :'Qnoiqti'il
en soit, quantité d'individus préferent -une
majgrepitanceavec la santé, a une abondance
achetée Ipeut.etre par la perte de ce prelnier des
hiens de la vie.


On apprécierait n1al, au reste, les canses qui




( 241 )
poussent leflotdel'émigrationdel'est vers l'ouest,
'Si ron regardait la cupidité comme donnant Séule
l'impulsion. Ce n'est pas un simple calcul de
doIlars et de centiemes, ni, de quelques milliers
dehoisseaux de blé d~ plus, qui agit sur l' esprit de
l'aventureux colon.


La position de ce pays, son immense territoire,
la variété de son sol et de son climat, ses institu ....
tions libérales, et l'accroisselnent rapide de sa po-
pulation, que toutes ces circonstances favorisent ,:
se réunissent. pour donüer a son peuple un ardent
esprit d'entl'eprise et' un grand :~IIl:0ur de,l'indé-
'p~ndance.,L~s Améri~~lÍns inéprisent les pelites
diffieultés da~s un étroit espace, et préferent
avoir a Íiltter contre de grands obstacles dans
une vaste sphere. En s'enfuyant au désert (1), ils
fuient mille contraintes que la société impose
toujours , meme sous les lois les plus douces. Ils
ne sont plus poUssés et-·~epoUBsés par la foule ;
ils n'ont a lutter qu'avec la nature; par consé-
.qtIent leurs maux. sont priñcip'alement deS~l;~a~x
physiques, et les petites commodités qu'ils' ont
~andonnées sont ~~\)len1ent c~mpensé~s par
les soins et les soucis dont ils se -~trouvent dé ..
livrés. Il est curieux d'observer l'effet.' que ce


(1) Potir ectte cx.pressioll , voyez la }Jage 51.
l.




·soulage111ellt des peines luorales produit sur lelle,
qol~titntion. Cell~ qlJi r~is~ent la premiere année
al,lX' H¡alaJies, bU qui, pyant. chois~ plus judi-
cie\.'$ftl¡nent le sita de' leurh~bitation, n'en sont
que f~iblement atteints, vivent souvent jusqu'a
un age tres avancé. Un filit ex~ct, quelque singu:-
lier qll'il puisse paraitre, c'est que 1'on trouve
che~ les: citoyens des nouveaux Etats beaucoup
d'exemples d'une longévité extraordinaire; ils
sont, en outre, presque tous d'une haute sta-
ture .. ,Ceci peut s'e:x;pliquer par la raison qu'ils
.~Q\'pl~ exposés au sr:a;nd air et prenpent plus
d'exercice que les· h~tans <les autres états.
En effet, le fermiel' américain présente partout
la nle~ne apparenoe; et quoique généralement
iI soi~ d'une taine et d'une force plus grandes
queles.E1}fopéens, iI serait peut-etre plus
ju§t~ ~r~tt.rib.~ler ~ett.e différence de vigueur cor-
p()t~l~ !áUíplpli O~t ~~fIl~~PB.~ é\t;~. ;pei~es d~
l'e.sp:dt {L).' . ¡ ·)~'!f; .. ;r; .~ " ,::i ,.
~ r ': : 1 ,- " , f. _ r~


. (J) ,Jrtro~,:e pans io~~r~~ ~~ lieute~ant Hall, par~i
l~s cau~es· auxquelles il aUribue la stature gigantesque
des meÍnbres du congres pdur les états de l'Ouest, qu'il
a vus a Washington, l'absence de toute irrítation mentale.
Les autres : c~úses qu'il cite: une nourriture frugale ~ mai&
abondante" un climat saín" t habitude de f exercice de
pleín air me paraissent mieux cxplicluer la diffél'en<:e dE;




( 243 )
Si' l'ttme de l'hOllllUe étaif mOlns sensible -aux


attraits de la nouveauté et de l'indépenJancÜ', iI
n'y aurait que les nécessiteux qui iraient s'établir
sur le nouveall territoire; luais on trouve des
hornmes riches et habitués a toutes les jouissances
raffinées de la société, parmi les prerniers colons
du désert. Quand M. Wadsworth s'établit dans
ce district, il se trouva former l'avant-garde de
la civilisation. Derriere lui s' étendait une vaste
foret a travers laquelle iI avait, avec beaucoup de
peine, percé une route ponr faire arriver tous le&
ohjets nécessaires a son établissement et a la cul-
tu~e des terres qu'il avait achetées. Le flot de la
popnlation a maintenant déhordé vers lui, et
s'étend rapidement dans tontes les directions.


Parmi la sombre verdure de la foret qu' on voÍt
s'étendre an-delá des terres découvertes qui hor~


stature entre les Européens et les Américains, qu'entre les
Américains des anciens et des nouveaux territoires. Le cli~
mat des états de l'Est et du centre, quoique inférieur en
beauté a celui des districts de l'Ouest, l'égalera, dans
quelques années, pour la salubrité. Les hahitans de tous
les états de l'Ü nion sont, en général, bien nourris, quoi ..
que frugalement, et font continuellcment de l'exercice.
La différence , s'il en existe sons ce double rapport, n' est
guere capahle el' affecter l' organisation physique de l'hommc
au point de pl'oduirc tous les effets qu'on lui prete.


16 ..




( 244 )
Jenl la l'i\ierc, l'aúl distingue c;a et la ([uelyucs
taches d'une nuancc plus brune; elles nlarqucnt
les el1droits ou le nouveau colon a commencé
l'reuvre de sa pacifique industrie. Dans une de nos
derniel'es excnrsions, j'éprouvai une vive sur-
prise e~ llle trouvant tout a conp en face cl'un joli
petit village qui s'est élevé dans l'espace de dcnx
ans au luilieu de la foret, a quelqnes nülles d'ici,
en remontant la riviere.


Ce fut vers le soir que nons arrivt'llnes a ee nou-
vel établissernent; arres l'avoir traversé, 1l0US
rentramcs dans la foret; el, sur le haut d'unc
petite émlnence, a l'extrémité d'une ronte forrnée
de trones d'arbres, ~10US 110ns trouvamcs sur une
Lelle pelouse, vis-a-vis d'une maison élégante et
spacieuse. Nous en connaissions déj:'t l'aim<llJlc
propriétaire, qui, avec sa femnle el sa fille, nous
avaient rejoints dans la foret.


M. Hopkins ( c' est ainsi qu'il se nornme) sUlvit
avec succes, pendant un certain nombre d'an-
nées, la carriere du barreau dans la viHe de New-
y ork. Son activité et son hon gout' paraissent
égaler son opulence. Le village voisin s'estélevé
sous ses yeux. Sa maison offre, a l'intérieur
comme a l'extérieur , l'ap~arence de la commo-
ditéunie a l'élégance. La maniere particulierc dont
il a écla~rci la foret c1ans les enyirOllS de sa deulCurc7




( 245 )
esl vraÍment admirable. En général, le colon taille
a droitc et agauche avec une impitoyable furie,
et ne cherche qu'a se débarrasser des hautes her-
bes qui lui interceptent l'air et la lumiere. C'est
})eut-elre une· impulsion naturelle qni le porte
ainsi, san s y penser, a établir sa cabane dans un
lien totalement découvert; rnais quelques per-
sonnes pourront douter que ce soit tres s~ge, et
tout le 1110nde conviendra que c' est de tres rnan·
vais goút. Je ne sais si d'autres ont fait cette
observation avant moi, luais j'ai souvent pensé
que l'ouverture que le colon fait de la sorte dans
l'épaÍsseur de la foret, doit former une espece
de tuyan par lequelles rayons du soleil aspirent
les vapeurs lualsaines des ornhrages environnans.
Je crois que s'il pla<;ait sa cabane sous un abri,
et commen«;ait son abattis a quelque distan ce , sa
famil1e s'en trouverait mieux sons le double rap-
port de la cOlulnodité et de la santé. J'ai quelque~
fois interrogé sur ce sujet un fennier, qui m'a
constarnrnent assuré qu'lln arbre privé de l'appui
que lui pretent :ses voisins, serait infailliblernent
déraciné par le vpnt. Cela lne semblait assez pro-
bable; n1ais COlume ceLte asser~ion était tonjonrs
accompagnée de quelques réflexions sur l'inutilité
des grandes herhes , je ne 111e sentais pas :,du tout
persuadée de ce (!U'illne disait. Je trouvai, en




( 246 )
effet, que j'avais raison, lorsque nous vhnes, dans
le yoisinage de Canandaigua la maison d'un fer-
nIlcr de la Nouvelle -.Angleterre entourée d'un
joli bouquet de jeunes' hickorys qui avaient été
éclaircis avec süin, et qui poussaient· a merveille,
sans que l'aquilon en Cléracinat aucun.


1\1. Hopkins a essayé cctte lnéthode sur tille
plus grande échelIe; il a éclairci la foret autour
de sa rÍlaison , de Dlaniere a lui donner l'air d'un
pare magnifique. C'est une chose lnerveilIeuse de
voir comme ces arbres gigantesques se couvrent
promptement de' branches et de feuillages nou-
veaux, et senlblent se réjouir de recevoir l'air et
la lunIit~re dont ils étaient privés. Quand ils sont
dégagés pour la prenúere fois , leur tige droite,
Íisse et argentée ressemble a un grand m~Lt de
vaisseau couronné par un dais de venlure sem-
blable an parasol d'un Brogdignag (1). Il Y a quel-
que chosc qui caractérise les forets de l' Amérique
septentrionale, et qui favorise singulierement les
travauxdllcolon qui veut l'éclaircir a la lnanierede
lV1. Hopkins; c'est l'absence totale de broussailles
et le hean tapis de verdure étenuu par la


( 1) Géaus dont iI est question dans les V oyages de
Gullivcr.




( 247 )
lnaill de la naLure sur la surlace du sol (1). Il cst
indispensahle, dan s cette opération, de procéder
avec une précaution extreme, et de consulter la
nature du sol, ainsi que ceHe de l'arbre qu'on se
propose de conserver; un abri du coté du l1onl-
ouest est généralenlellt indispensable. Tout semble
avoir fuvorisé M. Hopkins dans ses embellisse-
mens, et nous aurions été charmées que le temps
nous cilt permis de les examiner plus a loisir.


Nous entrames dans la maison, et nous nous
asslmes dalis une jolie salle. La brise du soir, qui
se jouait légerernent 80US la large piazza et a tra-
vers les jalousies, nous rafi'aichit et nous reposa
des fatigues de la journée. Des fenetres, la vue
plongeait en has de la colline, en suivant des
avenues percées avec goiltdans l'épaisseur de la
foret ; on déeouvrait la belle vallée qu;arrosait la
l'iviete ,. ét les terresondhlées qui s'étendaient áu-


(1) Ne scrait-ce pas la la cause qui, en offrant de grandes
facilités au chasseur, servit a retenir les indigtmes de l' Am~
rique septentrionale dans l'état sauvage? Les forets du
continent méridional sont rcprésentées cornl11C obstruées
par unc l11ultitude d'arhrisscaux et de }lIantes qui forrnent
presque partout des halliers impénétrahles. L'hol11me banl1i
dc la sortc des lieux ahrités, a <lú venir cherchcr les I)Iaines
et les yallécs, Oil il s'cst naturcllement Jivré a la vie pas,":
toralc et agricolc.




dela de ses ri ves; les derniers rayons uu solea
couchant brillaient sur les maisons bIanches de
la petite ville de Genesseo, qu'on apercevait a
l'horizon, et l1uanc;:aient d'une teinte pourprée
l'océan de feuillage qui se déployait aux re-
g~rds.


On 110US servit des fi,tú ts délicieux ; mais pendan t
cetteespece decollation jene pouvaismelasserd'ad~
mirer cette n1aison enchantée ; et vraiment, en p~n­
sant qu' elle renfermait tout ce que les arts et le luxe
peuveilt inventer ponr satisfaire les besoins ou
multiplier les jouissances de la vie, et qu'elle était
conune isolée an Inilieu du désert, elle me sem-
b1ait un palais de fées. Tandis que j'étais ainsi
en extase, je vis entrer une jeune femme d'un
extérieur agréable; c'était l'épouse d'un colon du'
voisinage. Elle prolongeasa visite jllsqu'ace que'
le soleil eut tout-a-fait disparo;' et, apreso nous
avoir fait promettre de venir, avant notre dé-
part , la voir dan s sa lzutte en bois (J), elle re-
monta a cheval, s'enfon<;a dans la foret, et se
dirigea vers son habitation , située a sept mines de


(1) Log-House. Cahane eonstruite avec des pieces de
hois ene ore reeouvertes de leur éeorce, et dont eerlaines
fahriqu~s de nos pares offrent une imitution.


(Note dlt traducteur.)




distan ce , guidée plut6t par la sagacité de son
coursier que par la lueur des étoiles, qn' elle
pouvait rarement apercevoir a travers les ar-
bres.


Nous lui tlnmes parole, et nous rlunes la visi-
ter le lendemain. Quoique petite, et en tout peu
commode pour des personnes accoutumées a tou-
tes les aisances de la vie des vilIes (car son mari
était un gentleman émigrant de Boston), sa de-
meure était plus grande que les huttes en bois
ordinaires; elle contenait une salle et une cuisirie,
et, a-g. - dessus de ces deux pieces, une cham-
hre a coucher~ Avec tous ces extras ~ c'était une
triste habitation pour une résidence de cinq ans.
Cependant les propriétaires semblaient s'y trou-
ver hien; ils remettaient, d'année en année, la
constru~üop..~d'tUle Inaison plus spa,cieusc et plus
commode.,~et ~ils.go,~t~~flt dan$~~t étroit . réduit
un contentem~nt clue·-b~aucoup. de gens nepeu-
ven t trouver sous les lambris dorés d'un palais.
. En revenant de cette excursion, nous traver-
saines encore une fois les prairies qui s' étendent
le long de la riviere, et forInent la plus riche
portion de la belIe propriété de M. VVadsworth.
Nous nous arn~tamés souvent pour admirer les
arbres 11lajestueux semés <;a et la par ]a 1nain de
la na tu re ; attachés par leurs vigonrcuscs racines




( 250 )


a un sol formé d'alluvions, iIs élevaient leul's
trones énonnes, selnblables auxeolonnes' d'ul1
édifiee gothique, puis déployaient leurs nom-
breux rameaux, d' ou pendait un épais feuil-
lage dont la riehe verdure contrastait avee le
brillant poli de leur écorce. Les plus beaux arbres
fIue j'aie jamais vus auraient été des nains eom-
parés a ees géans.


L'art de plantel' d'une maniere agréable a jus-
qu'a présent été peu cultivé dans ces états. Les
forets primitives sont ce qu'on a le plus généra-
lelnent en vue; et comme' l'homme est enclin a
reposer ses yeux avec plaisir sur les objets les
moins commUllS , l'Alnéricain regarde ordinaire-
ment une plaine déeouverte comme ]a plus
grande beauté de la nature. Le premier désir du
colon est de jouir librement de la vue des cieux ,
et lorsque sa pieee de terre. est coinpletement Dne,
iI vous dit qu' elle comrnence a etre belle. Cepen-
dant, a lnesure que la foret s'éloigne, l'idée d'un
arbre se trouve moins souvent associée a ceHes de
loups et d' ours, de marécages et de fievres , et iI
con<;oit peu a peu le désil' de voir quelques ra-
meaux se déployer entre son toit et les brúlans
rayons du soleil de juillet. Son objet, alors, est
de plantel' l'arbre qui crolt le plus rapidemen't,
el par conséquent les nobles enfans de la forct




( 251 )


sont rarcmcnt ceux qu)il préfere. Au resle, dans
les anciens territoires de l'Union que j'ai visités, et
particulierement en Pensylvanie, j'ai admiré des
arbres d'une magnifique apparence qui entou-
raient la delneure du fermier, ou qui ,épars dans
les cllalnpS , servaient d'abrí aux bestiaux.


Le chene d' Amérique présente plus de trente
varié tés , le noyer presque autant; l'onne en offi'e
au'ssi plusieurs : ce dernier est un arbre d'une rare
beauté. Le sycomore de l'Ohio , qu'on dit potlvoir
contenir un bataillon de soldats dans son tronc,
semble réaliser les fables les plus extraordinaires
des voyageurs amis du merveilleux. L'érable et
l'hickory sont aussi tres remarquables, le pre-
miel' par son élégance, et le dernier par la belle
couleur de son feuillage. Je pourrais citer en-
care le frene et le pin blanc, qui s'élevent a
une hauteur immense; le cedre odoriférant, le
gracieux acacia, le lnerisier paré de ses fruits ;
et, parmi les arbres a fleurs, le caroubier, qui
répand une odeur de violette; le ca talpa , avec
ses larges feuilles et ses belles grappes de fleurs;
le majestueux tulipier, qtlÍ éIeve sa tige unie, et
dont les branches retombent chargées d'un feuil-
1age luisant et de millions de fleurs. Mais iI faut
que jc m'arrcle, cal' les especes des arbres indí-
genes sont variées preSf(Ue a l'inflní; lorsqu'on




les cultive avec soin, et qu'on les dispose avec
goi\t, ils peuvent surpasser en majesté tout ce
{lue l' AngleteITe elle - lneme peut offrir dans ce
genre.


Les arbres d' Álnérique , soit qu'on les ait plan-
tés ponr l'ornelnent, soit que la nlain de la na~
ture les ait répandus sur le sol avec un gout que
l'art ne saurait égaler, m'onl paru avoir un as-
pect a la fois sÍlnple et majestueux, tan di s que
ceux de l'Angleterre se font remarquer par une
sorte de heauté rOlnantique et Ineme sauvage. Le
chene tonffu, dont les branches couvertes de lichens
s'éIancent presflue horizontalenlent, mais d'une
nwniere irrégulicre, parait , sons le cie! pluvieux
de l' Analeterre destiné a braver les élémens' iI o' . ,
oppose sa tete chevelue a la tempete, et ne sem-
hIe point redouter sa furie. Ici la végétation étant
beauconp plus rapide , les arbres poussent de
Iongs scions qui s'élevent vers le ciel, et devien..;
nent bientót <les troncs droits, polis et argentés;
ils jettent ensuite circulairClnent des branches tom-
hantes a la rnaniere des sanIes pleureurs ~ et sont
ainsi balancés a tous les vents. Cecis'appliquepcut-
etre plus particulierClnent a l'orIne, arbrc d'une
gdlce et d'une beauté singulieres, mais peut se rap-
porter plus ou nl0ins.a tous les nobles enh111S des
fOl'<!ts anléric;únet~, En généra1 ¡les arhres de ce pay;.;




( 253 )
sünt plus élevés que ceux de not1'e ile, Iuais moins
ehal'gés de branches, ou, pour parler plus corrccte-
111ent, de rameaux. Sous un chene d' Angleterre, on
peut a peine apercevoir, un ciel d'hiver; ici,
lorsqu'll est dépouillé de son feuillage, l'arbrc le
plus touffu n'offrirait pas le Inoindre abri. Les
arbre8 el' AUlériquc, en ~Ul mot, présentent lTIoins
de bois, ou bien il s'éIeve vers le ciel en ligneR
plus directes; leur feuillage, an surplus, est nlagni-
fique et de nnances extremeluent variées : ce 80nt
ces riches teintes de l'autonlne qui défient la
plume et le pinccau.


Les forets américaines nées sur un sol vierge,
et composées d'arbres qui sont forcés de 8'élever
ponr atteindl e les rayons un soleil, présentent
un cal'uctcre p:1riiculier qui vous est peut - et1'e
C0l111U. La sécheresse de l'atmosphe1'e fait que
l'écorce des arbres est enticrement dépourvue
de 1110118ses et de lichel1s. J'ai déja parlé de
l'absel1ce tolale de broussailles et du tapis de
verdure qui couvre le sol. Qual1d ce sol est
sec et ferme , rien n'est plus agréable que d'errer
80US ces antiques ombrages '" du moin8' pOUI' ceux
dont les yeux ne sont pas lassés de leut' éternel
aspecto Lorsque les prcmieres tél1cbres du soÍl'
viennent augmcnter l'horreur dcs bois, on éprouve
une vive illlpressioll en parcourant les sombres




( 254 )
détoul's' de ces forets, et surtout qual1u apres la
nnit close on aper<;oit la Ineur du foyer de
quelque colon, et qu'en approchant on voit le
faisceau de rayons! lumineux qu'il jette, briller
a travers la porte de la cabane.


Durant les nuits d'été, une hutte en bois pré-
sente souvent un aspect tres singulier. 11 est
assez ordinaire dans le temps chaud d'oter l'es-
pece de mortier uont on avait rempli les in-
tersticesdes morceaux de hois qui, placés hori-
zontalement les uns au-dessus des autres fOI'll1ent
les nlurailles de la hutte, opératiol1 qui se pra~
tique pour laisser un libre passage a l'air exté-
rieur. Dans l'obscurité de la nuit et de la foret,
la clarté qui s'échappe a travers ces fentes donne
a la butte raspect d'nne cahane que dévore un
incendie encore concentré dans l'intérieur. Un
peintre ailnerait a s'arrcter pour dessiner le
groupe que présente la farriille rassemblée dans
ce chétif réduit. Le pere se repose des fu ligues
de la journée, entouré' de ses enfans dont le habil
innocent l'égaie, tandis queleur mere prépare le
repas du soir. 11 faudrait etre insensible ponr
ne pas avoir le creur énlu en contemplant ce
petit tableau de l'activité et de ,la félicité hu-
n1aines. La lumiere d'nne cabane intéresse par-
tont ; l11ais elle a un double channe quand elle
brille au. seill. d'UllC solitudc comIne ccllc~ ei,




LETTRE . XII.


rillage indien. - Ohservations sur les Indiens;
- L~onduite du Gouvernement anzéricai~ ti
leur égard.


Gcncssco, aout 181g.


IL y a quelqucs jours, ma chere anlie , nous fti-
lnes, avec une nombrcuse conlpagnie, examiner les J"
rives du Genesseo, en relllontant son cours , et en
revenant nous visitames un vil1age indien. Les
huttes en étaient disséminées sans ordre sur le
haut d'une petite colline qui s'avanc;ait du sein
de la foret, et d'ou ron avait une vue magni-
fique, embrassant une partie du cours inférieur
de la riviere.
Ce~ Indiens avaicnt l'air plus sauvages qu'au-


C1Ul de ceux que j'avais déja vus; mais ceux-ci




• ,( 2J6 )
lneines disparállront ~bientot 'etreculeron't avec
la . foret. M~lgré-Ieurs corturiunica.tionsi fréqtú~IÍtés
el ~micale5 a\'ec leshlancs:,l'eurs'~isins; ils~ori ...
servent'leur langage dans' tonte'- sa ''Pureté~ et
leurs mrenrs et leurs couturnes' n' épliouvetit
guere de changelnen't. .' Lá richesse du sol et la
beauté du lieu 'semblént les y'avoir attachés; cal'
ils refusent de vendre leur patrinioine , '. quóique
chaque année le gibier ·devienne pltlS' tirrtide', et
par conséquent la chasse plhs" pénible . et 'ses
produits plus incertaíns~


Le sort de cé 'peuple qni disparait de la SUl'-
L'lCe du sol natal, frappe' d'abordtristement l'i-
lnaginatiori; 'mai~ les regrets qu'H' cause he sOht
guel~e raisonnables. Les sauvages, avec tontes leurs
vertus, et certes iI ont des ver tus , ne sont apres
tout que des sauvages ,plus nobles; sans donte
qu'une foule 'd~hommes qui se vantent d'etre ci-
viIisés, beaucoup pltis noble~r qhe 'fciúte race d' es-
claves qui sapporte ses chaines, tand~s qu'ilk
méditent fierement sur des joU:'V~;degloire qu'ils
ont vus s'éclipser; ils occupent dans l'échelledes
etres anilnés un rartg lnoins élevé que les honiiIYes
chez lesquels l'esprit d'indépendance s'allie' aux
doux sentimens qui ne prennent naissance que
dans la vie civilisée. L'accroissenlent de la po-
pulation blanche aux dépcns de la raec cuivrée




( 257 )
peu.t etre regardé comme le triOlnphe de la paix
sur la violence; c'est l'olivier de Minerve rem-
portant la palme sur le coursier de Neptune.


Il ne faut pas croire que les indigimes de ce
Leau pays n'aient jamais eu a se plaindre des
envahisseurs du sol. Quand l'lndien jette avec
lristesse un regard sur les restes épars de sa
nation jadis puissante, il se rappelle une longue
série d'injures rct;ues par ses an ce tres , de ces
étrangers qu'ils furent, dans le principe, dis-
posés a reeevoir eomme des amis et eOlnme des
freres. Quoiqu'il reconnaisse que le moyenpar
lequel les. premiers colons voulaient obtenir la
p.ossession d'une portion de leur territoire , était
l'achat, iI peut avec raison se plaindre que le
marché ait été fait avec peu d'équité, et que
souvent on a plutot forcé ses ancetres de le
eonclure qu'on ne le leur a proposé. Les pre-
mieres transactions, el la vérité, furent amicales.
,Qn y mit d'un coté assez de bonne foi et de
faptre .heaucoup de bonne volonté; mais iI n'é-
tait pas dan s la nature humaine que les indigenes
vissent long-temps sans jalousie les progres en
nombre et en force de nouveaux venus, a qui
la connaissance et la culture des arts pacifiques
assuraient un accroissement dé population hean-
coup plus considérable, et qui, presque aUSSl


lo 17


~~~';'.:;l'
\~,,~.,,:~ .. r¡




( 258 )
rohustes ét aussi eIidurcis que les sauvages,'de;';
viendraient pour eux de redoutables adversaires~
Poussés par cette jalousie, ils tenterent souvent
de lnassacrer les 113bitans des nouvelles colonies,
trop éparses le long des rivages de l'Atlantique;
et si ces projets féroces avaient été exécutés
de concert par les différentes tribus' €t natÍons
d'indigenes, l'extermination des étrangers aurait
été consommée. Des sentimens hostiles, si na-
turellenlent nés d'un coté, en firent aussi na-
turellement naltre de l'autre. Dans les premiers
~actes d'aggressioll, si nous n'accordions ríen a
la jalousie communeaux In diens100mme hon:tn)es,
et aux passions féroces qui leur étaient particu-
lieres, comme sauvages, nous p6urrions trouver
plus de motifs pour les accuser de cruauté et
de perfidie, que pour taxer les colons eUf'opéens
d'injustice.


Quand on songe a ce qu''Únt en:a souffrir ces
intrépides aventuriers, on est rempli a la fois
de pitié, d'étonnement et d'adllliration. Com-
hien doit etre puissant l"attrait de l'indépen-
dance, pour porter l'homlne a endurer toutes
ces s~uffrances; ponr lui faire abandonner la
vie civilisée, et venir chercher sa subsistan ce
parmi les toups, les ours et les sauvages; tan-
~ot exposé aux froids de la Sibérie, et tantot




• ( 259 )
nUx. chalelu's d~ l' Afrique, souffrant la, faim et
respIrant la maladie, s'entourant de feu la l1uit
pOlIT se garantir des, betes férQces, et redoutant
~ chaque instant la fleche ailée de l'Indien! On
doit s'attendre a ~ t.rouver une nation fiere et
vigoureuse dans les descendans de pareils bommes.


Les attaques des Indiens se terminerent géné-
ralement a leur désavantage, les, affaiblirent et
l~~ obligerent a faire des concessions. Achaque
tr~ité, les frontieres recuIerent, et ·le ll-0uveau
peuple gagnant e~ force ce que les ~d~geQ~s
perdllient, ee~~-ei ~e ~rouvereq.t l?~~l~tot ~~&~i
J~xRqsés ª la rapaci\é européenJ;le, que les Eu-
ropéens l'avaient été a la eruauté indienne. La
luUe entre les Fran<;ais et les Anglais pour la
domination sur ce pays, aurait pu fournir aux:
naturels, s'ils eussent été unis, roccasion d'é-
eraser les uns et les autres; elle ne ~ervit qu?á
l;late:r leur ruine. ~a politique subséquente du
.gouvernement anglais, si éloquernment dénopeée
. par le généreux Chatharn, eette pol~tique quj;
dura.nt la IQ.Ue avec les eolonies révoltées, con-
sista a armer eontre elles les tribus indiennes qui
les avoisinaient, fut une nouvelle calamité poUl'


. les indigenes, dont le nombre se tr0!lvait tou-
jours .diplinué, quel que fút le rés.u~tat de leurs
mCprSlOl1S.




( 2GO )


Ql1and FinJépenuancede l' Amériquc fut as,.;
surée, les Indiens ne tarderent pas a ressentír
les effets de la politique sage et humaine adop-
tée par" le g~)llVernenlent fédéral. Les traités
qu'il conclut avec les naturels ne furent jamais
violés de son consentement, tandís qu'il employa
'Souvent son influence pour mainfenir -la paix
entre leurs diverses tribus. Il cherchaa les pro·
téger 'contre les supercheries des traficans et des
acheteurs rle terres, et a les attirer a la cqlture
des -alts pacifiques. Parmi les mesures dignes
d'éloges, prises par ce gQuvernement, _ on re-
marque celle qui prive les particuliers de la
faculté de traiter avec les Indiens pour des
achats de terres, et ceIle qui prohibe les liqueurs
spiritueuses et les armes a fen, du commerce d' é-
changes qui se fait sur les frontieres occidentales.
11 sera!t a desirer que le gouvernement du Ca-
nada imitat cet exemple. Uivrognerie est deve-
nue pour les naturels un fléau pire que la
petite-vérole.Non-seulement elle redouble leur
férocité, mais encore les pousse aux vices les plus
détestables, et devient conséquernment pour eux
la source des plus terribles ~aladies. Tandis
que des couvertures, des habillemens, des in8-
trumens aratoires, etc., forment les articles
,que les Américains échangent c~ntre le gibier et




• (261 )
les fotlrrul'es des chasseurs indiens, les luar-
chands du nord-ouest lenro offrent principalement
des liquenrs spiritueuses et des armes a reu.
De ]a sorte, ils s'assurent la préférence aupres
du sauvage, qui donne plus de fourrures pour
un baril de whisky ou un fusil, que pour tUl
ballot d'étoffes de laine. Quoi qu'il en soit, c'est
une politique imprévoyante. Les tribus du nord,. .
armées de fusils et enivrées de liquenrs fortes,
se font la guerre entre elles, ou plutót la font
aux tribus du sud, qu' enes parviennent facile-
ment a exterminer. Les intrigues des marchands
européens, et l' espece de marchalldises qu'ils
échangent avec les sauvages, ont plus conlribué
a la disparition de la race indigene, par la guerre
et les maladies, que le rapide accroissement de
la population blanche, la chute des forets et la
destruction du gibier. Ces dernieres causes n'a-
gissent que sur les frontieres, tandis que les
autres se font sentir jusqu'a l'Océan pacifique et
auxbarrieres glacées du Nord. Les Indiens dis-,
paraissent maintenant de la surface de la terre,
par l'action invisible, mais sure, de la corruption
et de. la misereo Partont ou le marchand cana-
dien pénetre, il apporte avec lui le poison, et tra-
vaille a la destructioll des chasseurs, ainsi qu'a
l'anéantissement du riche.trafic qu'il f~tit avcc eux ..




( 262 )
Les Áluér.i.cail1s sont le ~euI peuple qui puisse


finalement profiter de la disparition des indigenes ;
il est dónc éxtremement honorable pour leur
gouvernement d'avoir imposé at~ COlumerce des
restrictions propres a favoriser les intérets des
Indi~ns. Les lois sur ce COlnmerce sont soigneu-
semel1t exécutées. Des agens saláriés dti Gouver-
nement sont établis sur la ligue des foris qui
prott~gent les froritieres occidentales de l'Unidb,'
et les IÍldiens peuvent toujours avoir recours a'
eux pour ontenir justice. C'est sous les yeux de
ces agens que les échanges se font el, que les
divers articles sont mis a prix. Celte 'Íiiétbode'
a l'avantage de contraindre les marchands isolés
a etre hOllnetes, car ils ne trouveraient pas
d'acheteurs, s'ils vendaient au-dessus du prix
fixé dan s les 'établi~semens du gouvernement.
La fixation a líeu de maniere a' ce que le liénefice
suffise a l' entretien de ces établissemens, qui est
réglé d'apres les plus stricts princip~s de l'é-
conomie alnéricaine.


En adoptant cette politique. humaii1e, le g6u~
vérnenlel1tarnéricain p'eut etre considéré comine
aya n t ell plus en vue la protectidn des établisse-
IÍlens fondés par les blancs sur la frontiere,
que . ~ ceHe ;, des naturels. Au reste, le fait est
que l'introductioll des liqueurs spiritueuses et




( 263 )
,


des armes a feu panni ces dernicrs, les porte
plutot a se faire la guerre entre eux qu'a la
faire aux blancs. Une querelle qui s'éIeve aq
milieu de leurs retes, amcne souvent un meurtre,
qui est ordinairement lavé dans lesang de
l'agresseur et de tous ceux de sa tribu. Les in-
eursions des sauvages sur le territoire améri-
cain ont eu quelquefois pour' origine une dis-
pute entre un chasseur hIanc et úu chasseur
indien; mais ces querelles étaient hientotapai-
sées par l'intervention du gouvernemen~ fédé-
ral. Les atroci~s commises sur. les fro~tieres, O" les ~ndiens ,ont, a diverses époques, rnassa-
eré des familles entieres, les hommes, les
femmesct jusqu'aux enfans a la mamelIe, ont tou-
jours été le fruit des lnachinations des mar-
chands de la Floride et du Canada, ou d'émis-
saires européens. La politique du gouvernement
américain envers les sauvages fut certainement
plus humaine qu'intéressée. Le~ Indiens qui avoi-
sinent le territoire de l'Union, plus pacifiques
et moins habitués a se servir du fusil, ont tou-
jours été pour elle de faíhles alliés, et sou-
vent '. en implorant sa protectíon contre leurs
feroces voisins, ils ont attiré des ennemis sur
ses fi·ontiercs.


OH trouve, .dalls hcaucoup d'élats américains,




• ( 264 )
quelcfues tristes restes de la populalÍou iudigCI!C;
qui 80nt devenus laboureurs; maison ne ~ut
guere' Jeurdouner ce' titre, tant ils iHlontrent
peu d'habileté ,ou pour mieuxdire, peu de gout
pour une occupatiollsi opposée aux habitudes de
leurs ancetres ...


Dans .toutes les ventes de terres faites a di ...
verses époques par les Indiens ,. d'abord au"
Etcits et.enswte au congres national, ces anciens
propriétaires du sol se sont, par stipulation ex-
presse, réservé pour eux.-memes quelques por-
tions d~ terrain. Máis\ a mesure que la popu-
lation blanche. se porte vers ces cantons, le
gibier prend la fuite et le chasseur sauvage s'en-
fuit avec lui. Les Indien8 sont par conséquent
obligés de s' éloigner en masse et de vendre fina-
lement tontes leurs terres. Néanmoins, par l'in-
tervention de la législature ou de quelques phi-
lantropes, les plus paisibles parmi les sauvages,
ce qui chez eux veut dire les plus paresseux, con-
sentent a rester, et abandonnent la chasse pour
les travaux de l'agriculture. C'est ainsi qu'au
milieu de la population blanche répandue sur le
sol, depuis l' Atlantique jusqu'au Missouri, on
trouve quelques Indiens épars, comme les dé ...
bris d'un naufrage sur la surface de l'Océan ..


Le résultat de toutes les tentatives pour civi-




• ( 265 )
hser· les Indiens,. a to~jour$ prouvé plus de
hienveillaneeque desagesse de la part de
eeux quilesont faites.' Il esttriste Jde:voir quel
faih1e sucees a jusqu'a présentcouronné leS efforts
du gouvernement, des assoeiations,ou de simples
individus, pour améliorer la condition de ces
sauvages. La rnalpropreté rcgne' sur leur corps,
la superstition dan s leur esprit; a Íl'cs peu <.l'ex-
ceptions . pieS, l'Indien, en sortant de l'état
sauvage, deseend au lieudemonter, daos l'é-
chelle des etres animés. Il faut peut-etre l'at-
tribuer a deux causes : d'aboi'd, ·ace que plus
un hornme a rame grande, plus il est auaché a sa
raee et a ce qu'il regarde C01nme tenant a la
dignité de eette race. Les Indiens qui 80nt
dans ce CRS foient la civilisation, et 8'enfoncent
plus avant daris les forets, paree qu'ils iden-
tifient le bOl1heur avec la lihert.é,· et la liberté
avec la faculté d'errer sur la vaste étendue de
la terreo Il n'y a ainsi que les plus doux et les
moins actifs qui soient soumis aux expérienees
des gens humains ou curieux.


La seconde caUSe qui a agi pour empecher les
mamrs des Indiens de se rapprocher de ceHes des
colons, consiste dans la trop grande diffé-
reuce qui existait entre elles. Si l'hornrne l'ouge
avait été moins sauvage et l'homme blanc moins




(266 )
civilisé, chacun eut cédé un peu a l'autro , et les
mreurs des deux races, et les deux races elles--
memes, se seraient, en queIque sorte, assiIni ..
lées et amalgamées (1). Dans le continent méri-
dional, le fier et cruel Espagnol a souvent daigné
meler son sang a 'celui du peuple qu'il avait
vaincu et réduit a l'esclavage, et iI est pro-
hable que plusieurs des prelDiers aventuriers qui
firent la conqut'!te de ce continent, consul-'
terent lel1r orgueil aussi bien que leur intéret,
en s'unissaht .avec les filIes des Incas qu'on avait
égorgés 'ou rendus tributaires. C'est cette raee
Dlelée, Don nlOins remarquable parsoll iniel-


(l) D'apres. cela iI peut paraitre étrange de supposer
q~ue si le eontinent de l' Amérique septentrionale eut été
coJonisé entierement par des Fran~ais, eette fusion se flit
opérée. Bien que le Fi'an~ais soit, sous heaucoup de rap-
ports" plus avancé en eivilisation que l' Anglais son voisin,
comme iI a rueins d"hahitude de la science du gouverne-
ment, et moins de persévérance dans son industrie, iI Y
a: toujours eu entre lui et le chasseur indien moins ,de
distance qu'entre ce dernier et l' Anglais. Les Fran~ais
out toujours vécu plus amicaleruent avec les naturels
que les Anglais et les Anglo-Américains. Eeaucoup d'In-
(liens ont un méIange de sang fran~ais dans leurs veines;
el dans les misérahles restes 'des anciens 'établissemens fran-
~is sur le territoire occidental, on trouve une population.
lUétisse a demi-sauvage et a demi-civilisée.




( 267 )
ligonce que par son grand courage, qui tra-
vailIe maintenant a délivrer son paysde l'odieuse
tyrannie de l'Espagne, el qui, peut-ctre, est des-
tinée, dans quelques générations, a rivaIiser,
pottr la puissance et la civilisation, les plus
otgueilleux empires de l'ancien monde.


Le mariage de Rolfe, l'un des compagnons de
l'hérolql1e fontlateur de la Virginie, avec l'aiInable
Pobahorttas, est presque le seul exemple d'ulie
union légale, contractée par les premiers colons
avec les femmes de ce ¿ontinent. D'apres les
habitudes m~ráles et les principes religieux de
ceS hommes·, n est probable qu'un commerce
illicite avec les natureIs, eut rarement lieu, et
cans 'ce cas, autant par nécessité qu'en vertu
des coutumes indiennes, l'enfant dut res ter avec
la mere et ctte incorporé dans sa tribu. Les
indigenes étant demeurés in statu qua!,' ou
peut-ctre Incme ayant rétrogradé dans l'échelle
des etres: intelligens, tandis que la population
nouvelle faisait chaque jour des progres en civi ...
lisátion, il est peu surprenant de trouver a peine
un cas ou les deux races se soient melées.


Pour se rendre compte du caractere indomp-
table de l'lndien sauvage, et du peu d'aptitude
a perlectionner l'intelligence qu'on remarque
chez lui, lorsqu'il est a demi apprivoisé, iI n'est


11




,
( 268 )


pas nécessaire d'itnaginer <¡ue la nature a tracé
a cet égard une ligne de démarcation entre
l'homme rouge et le blanco Le sauvage ne peut
etre civi~isé en un jour, dans un an, ni meme
pendant la durée d'une génération: il faut des
siecles pour le fa<¡onner par degres, comme l'eau
polit la pierre sur laquelle elle coule. La main
de la I}ature doit travailler, et non celle de
l'art: ce sont' ies circonstances, et nún les
préceptes, qui dOlvent agir sur l'esprit du sau-
vage, et l'ámener, a son insu, a se soumettre a
des contraintes et a céder aO des sentimens que
ses ancetres auraient repoussés. 11 y a dans la vie
du chasseur un charme auquel l'homnle civilisé
Iui-meme n'est pas insensible; il agit sur l'ima-
gination en meme temps que sur les nerfs; il
trompe le sort, distrait des peines morales, et tout
en augmentant les souffrances ° physiques, - iI
fa<¡onne le corps a les supporter et l'esprit a les
hl'aver. Il faudrait de plus sages précepteurs que
ceux qu'on trouve communélnent, pourodéraciner
les idées qui sont fixées dans l'esprit ¡de l'Indien,
pour rompre des habitudes qui forment une par-
tie de son existellce et 011t donné le pli a son
caractere; luais trouvat-on de tels maitres, ils
devraient aller au sauvage, et non pas auirer le
sauvage a eux; ils ne devraient pas le placer all




, ( 269 ) •
rnilieu d'un monde dont les sentimens et les ha-
bitudes S011t si différens des siens; dont il ne
peut cOlnprendre les vertus, mais dont iI imi·
lera certainement les vices.


On a remarqué qu'il n'y avaitpas d'exelnple
d'un Indien qui, ayant été éleve dansquelqu'tul
des colléges de l'Union, eut acquis quelque dis-
tinction, ou ei\t pris une place dans la société
civilisée. A cet égard, nous devons observer
d'abord qu'il n'y a pas un individu~ sur mille,
dan s quelque race que ce soit, ~ql1:e l~· nature ait
doué de maniere a pouvoir se distmguer; 'd'ail-:-
leurs, les,~~p.ériences dont il ~st question' ont,
jusqu'a présent, été peu nombreuses, et I'on
sait ql1'a une· loterie on peut tirer bien des
hillets blancs avant d'amener un prix (1). En
second lieu, iI est a supposer que les creurs les
plus fiers, qui accOlnpagnent ordinairement les
esprits les plus forts, se sont trouvés chez ceux
qui ont repoussé le joug d'hahitudes et de
lois étrangeres a leur race, et qui ont fui,
préférant aux raffinem.ens des étrangers, les re..,


( 1) Cette flgure se rapporte 11 la loterie anglaise, qui
ne se tire pas de la m~me maniere que celle dont chez
nous beaucoup de députés et d'écrivains philantropes ré-
clament en vain la suppression depuis six ans.


(Note du traducteur.)




,
( 279 )


traites et les mreurs s~uvages de leurs pe~es.
Quel est l'eufant doué de 'quelque force d'ame
et d'un certaiQ enthousiasme, qni ne soit pas
jaloux d'imiter la cOQduite de ceux qui lui ont
donné l' etre, et disposé a lui attribuer quel-
que chose de noble et de singnlierement bon'?
Il faut connaitre ce que sentun orphelin,
quand iI se trouve dans une tnaison et 'dans
une contree étral1geres; comlne il s' émeut· en
f!ntendant parler de ceux qui ontsoi gné son
enfance',-mais tlorrt la voix et les traits se sont
elfaéésde sitinémoire! COlllme il pensea eux
dans la solitude; comme illes -inveque dans les
nlOmens de détresse, et s'imagiue que la for~
tune ne lui aurait jamais . arraché une . !arme ,
s'ils eqssent vécu pour l'aimer et le protéger!
Ceux dont le sort a été dé connaltre de sem-
. hlabI es seÍltimens; concevront aisément com-
ment le jeune lndien, jeté parri.üdes étrangers ,
soupire apres les forets ou ceux de sa tribu
marchent sur les traces de leurs ai"eux, libres
comme l'air, et sauvages comme le daim qu'ils
poursuivent. Je ne sais si les évenemens de mon
el1fance ont contrib~é a me faire sympathiser
parti~ulierement avec ceux qui se trouvent dallS
une telle position; mais la situation du jeune
lndien, étranger et orphelin an milieu des AIUé- .





l'icains , ses' il1stituteurs et ses cOlldisciples, nte
parait singulierement touchante.


Si nous examinons les faibles restes de la po-
pulation indigene, qui se sont ~tahlis <;a et la
dan s les états de l"Union, sous la protection des
lois de ces états ,et si nous 110US étonnons de
les voir disparaitre peu a peu de la surf~ce du
solou ils sont en proie au double fléau de l'in-
tempérance et de la fainéalltise , en dépit de tüus
efforts pour les corriger, nous pourr-ons, sans
mettre en doute la sagesse de ces· efforts, aper-
cevoir qu'ils sont contrariés par des circonstan-
ces supérieures a la puissance de la législature
ou tles particulier~. On a constarnment vu le
sauvage, lorsqu'il est transplanté an milieu du
monde civilisé, prendre du gOl!t ponr les jouis-
sanees grossieres qu'il 'trouve a sa portée, avant
qu'on ne puisse l'engager a se livrer a des travaux.
fastidieux qui ne promettent qu'un avantage mo-
dique et surtout éloigné. L'activité et la tempé-
rance 8011t des vertus de calcnl, et le sauvage
n'est pas habitué.u calculer. L'Indien tiré de ses
forets a perdu ses véhicules accoutnmés;~ ceux
pluscachés qui l'envirollnent, il ne les aper~oit
pas, ou, si on les Iui montre, il ne -les sent
poiut. Ses anciennes vertus ne lui font plus be-
80in, et de longues années sont nécessaires pour


r,
... ~




l'amener a en adopter de nouvelles. Avant que
eeUe époque arrive, son espece, qui décroit


, ehaque jour , sera probablement réduite a zéro.
En tra versant dernierement l' établissement d'O-
neida,. nous vintes quantité de cabanes désertes ,
et lea hommes qui hahitaient le reste menaient
une existence triste et nODchalante,'formant un
pénible contraste ave e la viguenr et l'activité de
la population hlanche qui s'avance dans l'inté-
rieur du pays et les laisse derriere elle. Dans plq-
sieurs partias' des anciens états, les établissemens
de ce genre ,o.o.t totalement disparu, mais si in-
sensiblement, que personne ne peutdire ni quand
ni eomment.


Je ne saurais toutefois m'empecher de noter
une cireonstance qu'on pent supposer avoirconsi-
dérablement arretéles efforts deceux qui ont en-
trepris de civiliser les Indiens. La religion a été
trop souvent employée eomme lepremier agente
Une pbilosophie pratique eonviendrait mieux
dans ce eas. Plus la religionest belle, pour ne pas
dire plus elle est abstraite, et plus l' esprit de-
vrait etre préparé a la recevoir. Les oreilles no-
vices des Indiens sont assiégées par des préeepteurs
de tontes les sortes. Les Amia et les Moraves
sont ineontestablement les meilleurs; leurs efforts
obliennent quelquefois un sucees partiel; et meme,




• ( 273 )
)o:rsqu'ils sontjnfnu:tueux, l'humunitéleul'doii en-
core de la reconnais8ance~ m~is iI ya des sectes que
ce mollde et l' anciehpossedenten cornmün, et qui ,
cons.idérées en ellesrmemes, sont inofferisiv es , et a
lesjuger SUl' l'intention;sont vertue-üses, mais qúi,
d'apres rclf~t,<tQ'enes produisent sur les hommes
faibles"et, ignorans, sont aussi pernicieuses pour
une ~ociété qu'.il soit possible de l'etl'e.


'.11 est ,étl'ange de trouver t;it et la', parmi une
uation de philosophes pratiques, une' sOciété de
fanatiques inl'ensés., eL l1nprédicateur;ambula:nt ,


. ~p,'t\I)' de,aq\wJs{les ,.plll$' ~ta.agalÍs 'SeútatetU's
de Wesley ou de Whitfield paraitpaienFraison-
uabJes.' Ces siuguliers,' interpretes des sÍlnples
Ic~oJls de Jésus-Chr¡St sont toujours tres active-
lnent employés a porter au dernier degré la
confusion dans <les esprits déja,égarés; a rendl~e
l'ignorant in~pte ,et l'inepte inscl1sé. Leurs' vie-
tilneS' sont le plus souvent'" de pauvres negres
qu' on voit quelquefois assemhlés en foule autour
d'un de tes pl'édicateurs qui crie et s'agite corrilne
la Pythonisse ~tlr son trépied. Leur sucees est, en
gélléral, médiocre aupres des Indiens. La 011' ils
11lanquel1t a persuader, iI est probable qu'ils dé-
goutent" ou peut-etre ils l1e 'font qu'étOliner; et
quoiqueces derniel's résultats soien t lneillcurs
que l'anll'c, il vauclrait sans doutc anlant que


l. 18




( 274 )
les 110m mes fussent préservés de lous les lrols ..


Je soupc;onne que les doctrines, ou a parler
plus propreluent, les absurdités de ces fanali-
ques, sont principalement ~e qui arrete les pro-
gres íntcllectuels du negre dan s les états du
nord de l'Union, et forinent une des causes qui
empechent ceux du sauvage. Panni des ígnorans,
un fON fait plus de mal que vingt sages ne peu-
vent faire de bien, quoique apres tont il paraisse
douteux qu'aupres des Indiens, des sages aban-
donnés a eux-memes puissent faire heaucoup de
dIoses. Il semble que le destin des indigenes de
ce beau pays soít réglé par des lois irnmuables
qu'aucun effort de l'hOlllme ne peut changer. lis
paraissent c1estinés a disparaitre graduellement
avec les forets qui leur servent d'asile,. et a
n'exister bientot plus que dans les traditions po-
pulaires ou dans les fabIes de quelque poete en-
thousiaste.
. Quoiqu'il soit nécessairement tres difficile d'ob-
tenir une connaÍssance exacte d'un peuple tout-
a-fait étranger aux arts , et qui n'a d'autre moyen
de trallsmettre le souvenir des plus importantes
révolutions nationales que la tradition orale,
néanmoins les efforts persévérans de quelques ci-
toyens et de divel'ses sociétés littéraires d'A-
mérique ,ainsi que ceux de quelques voyageurs





( 2'75 )


curopéens J'un 111él'ite distingué, ont beaucoup
contribué a procurer des lumieres sur l'état an-
térieur et la condition présente des tribus indi-
genes. La Société philosophique de Philadelphie a
plus particuliere~ent recueilli de précieux rensei~
gnelllens slirce sujet (1).


II est certainement bien a désirer que l' on ob-·
tiel1ne prómptement quelques notions précises
sur une population qui disparait si rapidement
de la surface de la terreo Les Européens, en gé-
l1éral, peuvent 'parcourir avec peu . de curiosité
les anuales d'un peuple avec lequel eux et leurs
ancetres ne furent jamais en contact; mais, pour
les Américains, ces anuales doivellt toujours
avoir un intéret national qui deviendra de plus


,


(1) Les observatioIls de l' aima1Jle missionn~ire J ohn
Heckewelder, sur· Yhistoire , les' mreurs et les coutumes des
six nations des Delawares , des Mohicans , etc., publiées der-
llierement Ala rcquete .de eette société , sontparticuliere-
ment intéressantes.· Pel,lt-etre cst-il un peu partial e~vers
ses sauvages compagnons ; mais ses renseignemens sont
présentés avec tant de simplicité, qu'il est impossible de
ne pas les regarder comme exacts. Ce vénérahle mission-
naire est attaché a l'étaJ)lissement mm 'ave de Bethleem,
en Pensylvanie. Les Moraves se sont particulierement dis-


. tingués ,non-seulement par leur zele pour~ la conversíon
des sauvages ,mais encore par leurs efforts judicieux et
patiens pon!' les amener a la culture des arts pacifiques.


18"


:~
t~


\.. ~ "~.




( 276 )
en plus l'0l11Ul1esque a 111esure qu'elles eacquerron.t
plus ,J'antiq~ité.


J'espere que je ne vou senvoie pas, dans cette
lettre, une dissertation trop sérieuse. Je crains de
répondre tantot avec trop et tantot avec trop peu
de détail a vos questions et a celles de **** ; nlais
vous devez accorder quelque chose a la plus pe-
tite SOIUlne de connaissances que je posse~e sur
un sujet que ~ur un autre, et quelque chose aussi
a l'hunleur du momento Adieu.






LETTRE XIII.


Depart de Genesséo. ~ Chute de la riviere de
ce nomo - Pont singulier. -..ti. uber.ges amé-
ricaines. - Service de la poste aux lettres
dans les districts peu peuplés. - JToyage d
Lewiston. - 8aut du N iagara.


Niagara,septcmbrc 1819.


N ous avons, ma chere amie, quitté Genesséo
par une belle matinée, ou nous ressentimes les
premieres fraicheurs de rautomne; notre voiture
était un de ces légers tVaggon-s dont l'usage est si
général dans ce pays. Nous lan~ames, en nous
éloignant , maints regards d'adieu sur la belle
vallée et sur les toits qui abritaient tant de méritc
et en apparenee tant de bonheur. Au hout de
quclques nlÍlles, notre routc se trouya croiser la




( 278 )
grande route de l'Onest (1)" et suivre le coura
du Genessée jusqu'a quatre milles de son em-
houchure dans l'Ontario. A ce point, la riviere
présente trois sauts assez considérables. Au-dessus
du prenlier se trouve la vine nouvelle et floris-
sante de Rochester , et pres du troisieme, une
petite ville 1110ins connue, nommée Carthage.


Une singuliere destinée selnble poursuivre cette
darniere. UIl ferinier, avec Jequel je liai conve¡-
sat;i.on, me dit qu'elle avait d'abord pris le nonl
modeste de Clyde, d'apres la ressemblance qu'un
des premiers colons qui s'y établirent avait trouvée
entre la chute .du Genessée, en cet endroit, et
celle de la Clyde a Stone~Byres, l'essemblance
qui, par parenthese, sanf la plus grande largeur
de.la riviel'e amél'icain~, est assez fi'appante. Au
bout de quelque temps , les nouveaux habitan s l'e-
c;urent avis qu'il existait déja un établissement de
ce noro dans le meme comté (2). POOl' obvier a


(1) Celle qui cond\lit a Batavia,et N~w· Amsterdám,
les de\lx principaux comptoil's d'une, eompagnie hollan-
daise étahlie, depuis quelques ann,ées ~ au Genessée; le
dernier est situé a l'embouehure du BufIalo sur le lac Erié,
pres du Niagara.


(Note du traducteur.)
(2) On croit devoir rappeler ici:que~le mot cornté , dans


ce sens 1 est synonyme de district , comll1c)l )'cst en An-




( 279 ) •
la confusion que cela pouvait occasíonner dans
le serv iee de la poste aux leUres, les Eeossais se
changerent en Puniques; mais aujourd'hui de-
lenda est Carthago, paree qn'on vient de décou-
vrir qu'il y a de~x autres Carlhages naissantcs
(!lÜ réclament le droit de primogéniture.


Les cOlntés occidentáux de cet état présen-
tent, il fautl'avouer, la plus étrange confusion
de n~ms qu'on puisse imaginero Dans un district
vous avez tous les poetes, depuis Homere jusqu'a
Pope; et, autant que je puis croire, la série se
prolongera jus(lu'a lord Byron; dans unautre, on
trouve une collection co~plete des héros romains;
dans un troisieme toutes les puissantes cilés de
l'ancien monde, a partir de ceHes du grand em-
pire d' Assyrie; et enfin on rencontrc épars, au
milieu de cette foule de noms classiques, quel-
ques restes du voeabulaire indien', qui, je puis le
dire, sont souvent les noms les plus jolis, et, io-
contcstablement les plus convenables.


La nouveIle population est redevable de ces
noms de Romains célebres, hons, méchans ou .
médiocres, qui sont si abondalnment répandus


, gleterre de province, el ne saurait désigner quelqne apa-
nage d'une nohIcsse fluí n'cxistepoint aux Etats-UnÍs.


(Note dz¿ tradltcteur.)




( 280 )


dans un disll'ict, ~l un arpentcur cL.a un dictlun ....
naire clas:;.lfJllC. Invité a diviser les lots eL a ]cur
assigner un norn, le digue homme, plus vel:sé
dans'Ja pratique de la géodési~ que uans celle
du haptéme, se trouva hientot au bout de son
latin, et, en désespoir de cause, eut recours aux
pages de Lempriere (1). Il est assez anmsant de
voir Caton et Régulus représelltés par un groupe
de maisons en bois; rnaís peut-etre ces grancls
hommes l1'en sont point aussi scandalisés que
quelques érudits il1dignés pourraient rimaginer.


Je trouvai dans ma route un IlQln qni me sur-
prit un peu, el qui me parut . encore plus in-
convenant que ceux plus sonores empruntés de
l'antiquité; aussi je ne fus pas lllécontcntc d'ap-
prendre qu'il avait occasionné quelque contes-
talion parmi les colons. Jc pensais avoi1' laissé le
IlorIl de lf7atertúo de l'autre coté de l' Atlanlique
décorer les rues, les p~nts, les walLies, les ru-
bans, les hotels el les voitures publiques de la
Grande-Bretagne et de l'Irlande. On oit que lors-
qU~Oll fit quelques objections an fondateur du
petit village qui fleurit sous ce nOln ,'lLreppela a.
t~·


(1) Auteur d).un savant ouvrage intitulé Cla~sical Dic-
tionar:r.


(Note di/, traducteur.)





( 281 )


s'On . aicle le ruisscall qui' faisait tourner la rotur
de son moulin, affirmant g\'avement qu'il avait
eu ce ruisseau dans'l'idée, et non la bataillc,
lorsqu'il baptisa l'établissement. Le 110m parle
de lui-meme, dit-il avec une gravité ironique,
particuliere aux habitans du district de la Nou-
velle-Angleterre, '01\ il est ~é, Water-loo (I).Il
n'y avait rien arépondre a cela; aussi les v'Oisins
s'en allerent en ríant, et le l1'Om de 'Vaterloo'de-'
meura llloins c'Ontesté que celui de la pauvre
Carthage.


Les chutes du Genessée valaient bien la peine
de nous détoumer de cinquante milles de notre
route ponr les volr. Lapremiere est une helle
caseade de quatre-vingt-dix píeds. Vue d'en has
et d'un endl"'Oit ou nou~ ne pumes arriver qu'en
traversant un rnaréeage et une vingt.~ine de ruis-
seaux, je me snis figuré qu'elle était une minla-
ture du Niagara; mais e'est .mesquinement· COLll-
parer les petites ehoses aux grandes; elle forme
néanmoins une belle nappe d'eau, et ilaralt vrai-
roent majestueuse quand 'On n'a pas va la 11ler-
veille de la nature, ql1i gronde en ce lllOment a
nl0n 'Oreille. Je er'Ois que nons el1ssions eontenlplé


(1) Il ya ici un calemboul' lf/ater~ loo tient lien de Wa-
ter-lo, qui veut dire: Voici de l'ean.




( 282 )


ce bel aspect avec plaisir, si la qualité humide et
Lourbeuse du terrain n'eut pas fait naiLre daos
l'esprit de ma compagne la crainte de rencontrer
des serpens a sonnettes. Cette crainte toutefois
n' était pas fi:mdée; nous ne v imes pas de serpens a
sonnettes, et je crois que quand on trouve de ces
reptiles, ce n'est guere sur un sol fangeux, mais
plutot panni des rochers haignés par de l' eau
claire.


La seéonde chute est peu considérable, compa-
rée a chacune des deux autres. La troisieme ,
quoiqu'a peine de quatre-vingt pieds, est la plus
pittoresque des trois. La beauté de son aspcct
est aujourd'hui singulierement augmentée par un
pont gigantesque hardiment jeté d'un coté a l'autre
du ravin, précisément au-dessous du bassin de la
cataracte, a la maniere de eelui qu' on a jeté sur le
Wear, a Sunderland. La largeur de l'arche est,
a ce qu'on nous a dit, de plus de trois cents
pieds ;"83 hautcur, du éeintre jusqu'a la riviere,
es! de deux ce:!t cinquante. Nous désirions obsel'-
ver ce pont du fond du ravin; umis, pour cela,
iI paraissait nécessaire de descendre la riviere
jusqu' a environ deux milles pour aller chercher
un bateau qu' on nous assura meme que nous ne
pourrions guere trouver que par hasard. Pour
gagner cet endroit et courir eette chiUlce, le reste




• ( 283 J
(In jonr IlOUS aurait a peine suffi. Nous y renon~
<;arncs; et, afin de voir denotre núeux, nous
deseen dimes environ un quart de la hauteur,
d'abord an lnoyen de la charpente du pont, et
ensuite en nous avan<;llnt ilvee préeaution le long
du Lord du: précipiee, et nous tenant aecr:ochés
d'une lnain, jusqu'a ce que nous ayons atteint
~lne pointe saillante formée par les racines d'un
vieux pin, sur lesquelles nous posames nos pied~
en meme temps que nous embrassions son tronc
hrisé.


Parvenus jusqu'a cette station, qu'en l'exami-
nant bien, nO\lS ne nous fussions peut-etre point
hasardé~ a prendre , nous promenalues nos re-
gards en haut et en bas avec un sentiment de ter-
reurque je ne me souviens pas d'avoir éprouvé
au merne degré plus d'unefois dans ma vie. Nous
étions tellement suspend~s au-dessus du préci,..,
piee, qu'un eaillon que nous eussions laissé échap-
per fat tombé dans le gouffre ouvert sous nos
pieds. A notre gauche, nous aperccvions la ~ata~
raete; au-dessous de nous le bassin vaste, pro-
fond et presque circulaire; en face un ,préeipiee
pareil a eelui sur lequel nous nous trouvions; et
sur la droite le pont, qui semblait suspendu au
!uilieu des airs. Nous étions de niveau avee la
naissanee de l'are, eL je trelnblai en observant




, ( 284 )
que, du coté orposé, les p1eCeS de b015 qui le
supporta1ent paraissaient ne tenir qu'a un ehe-
vello En trac;ant de l'reil son demi-eercle, je ln'a~
per~us qu'il était considérablement déprimé du
meme coté, a environ vingt p~eds du sommet.
Vous ne sauriez concevoir avec quelle terreur
nOllS contemplamcs ectte vOllte menac;ante. Au
h,out c1'un instant elle 110US rarut faire un mou-
vement; une impulsion irrésistible nous fit fermer
les yeux et trelnbler comme dans l'attente d'etrc
é~rasés sou~ son poids. J e ne puis encore me
rappeler ce mOlnent sans frissonner. Nos yeux
étaient égarés el: nos oreilles étourdies, par le fra-
cas des eaux dont l'écume vaporisée s'élevait jus-
qu'u la hauteur Ol1 nous nous trouvions, et la
mince couche de terre qui eouvrait le roe et avaie
jadrs fourniune umigre nourriture a l'arhre qui
DOl1S soulenmt, semblait s'~ouler ~ons nos pieds.
Dans le moment je jngeai que eeUe derniere ap .....
parence était l' reuvre de notre active imagina-
tion. Pour remeltl'e nos sens troublés, et nous
Clllpecher de perdre l'équilibre, ce qui eLü été
}lOUr nOl1S la perte de la vie, nons embrassame~
plus fortelllent le vieux pín; et enfin ce fut en
trcmblant de tons nos 111cmbres, et les yeux fixés
sur l'ertdroit OU nous posions nos pieds, n'osant
Tegarder ni :en haut, ni en has, que nons rega-




• ( 285 )
gnumes la hautcur d'oi\ nous étions descendnsó
Qualld nous l'eCunes regagnée, nous nous regar-
clames, et je peuse que de notl'e vie nous n'eumes
l'aír plus stupéfaits.


Apres avoir traversé le pont , ce qui ne nous fit
pas arriver a un point aussi bas que celui auquel
nous étions parvel1us de l'autre· coté par une
périlleuse deseen te , nous chemínames sur un ta-
pís de verdure dont ]a fraicheur est entre tenue
par la rosée qui s'élCve sans cesse du oossin in-
férieur, et nous nous trouvatnes bientot sur le
bord de la cataracte et en face du pOl1t. Pendant
que nous faisións ce circuit, nous tremblames de


'"nouveau en apercevan t, pour ]a premiere fois, que
l'endroit oll nous étions descendus de l'autre
coté, cachait un péril plus imminEmt que celui
qui avait si fortement agi sur notre imagination.
La tei're qui se trouvait au pied du vieux pin était
entierement détachée du roe, et ne paraissait portée
que parunedesracinesdel'arbre. Un jeunehomme
qui, le lendemain, devint notrecompagnon de
voyage,meditqu'il.avaiteu tant defrayeur en nous
voyant dans cette position, que son sang demeura
glacé pendant queIques minutes apres que nous
l'eumes quittée; iI ajouta qu'il avait vu de la terre
s'ébouler sons nos pieds, et tomber dans l'eau. Je
ne sais si son imagination avait été aussi active


!~
.11;;
'~(.


f;;
.~ .l "~~~:~'




( 286 )
que la nutre a exagérer nos périls, lnais j'avoue
qu'il y en eut assez pour me réveiller vingt fois
en sursaut pendant la nuit suivante , au milieu
des horreurs de chutes au fond d'afl'reux préci-
pices, ou du hant en has de ponts"élevés, comme
iI arrive aUx eufans des honlmes dans la vision de
Mirza. J'ai OU! dire que 1'art de nager a fait per-
ore plus de vies qu'il n' en a sauvées; peut-etre en
est-il de mema de l'art de grimper.


La petite ville (1)" de Rochester, située d'unc
nlaniere sipittoresque, a sept ~us d'existence;
c' est-a-dire qu'il y a sept ans, les piec'es de hois
avec Iesquelles on a construit ses jolies maisons,
croissaient daos une foret vierge encore. Roches-
ter contient aujourd'hui plus de deux cents
nlaisons, b&ties le long de rues tres larges; des
houtiques garnies de tous les ohjets nécessaires
a la vie, et de heaucoup d'autresqu'on pent
regarder colIllIÍe de lu:x.e; cm y trouve-' plúsicurs
Lounes auberges ou tavernes, conune 011 les ap-
l)elle généralenlent dans ces états. Nousfumes trai-
tés dans l'une d'elles avec heaucoup d'attelltions
et de politesse; il est vrai de dire que nulle part


(1) La plupart des établissemens auxquels 011 donne ¡Cl
le 110m dc ville ne sout a proprcll1cnt parle!' que dc&-
-villages.




• ( 287 )
dans ce pays je n'ai trouvé d'incivilité J quoique
parfois j'aie pu reluarquer cette sorte d'indiffé-
l'eoce que les étrangers, hahitués él l'humble
soumission des serviteurs européens, confondent
quelquefois avec l'itnpolitesse.


Dans la calupagne surtout, les services, quel-
que bien qu'on les paie, sont une faveur qu'oll
re~oit. Tout homnle, la, est fermier ou pro-:-
priétaire; iI est done diffieile de se procurer quel-
qu'un pour travailler, moyennant un salaire,
et ponr avoir'des gens de cette sorte, il faut les
faire venir de tres-Ioin. Les country-gentl-emen.
se plaignent beaueoup de eette diffieulté; mais
la plupart des ehoses out leur hon et leur mau·
vais coté. J'ai remarqué que les propriétaires, en
Amérique, possed~nt plus d'aetivité corporelle
qu'on ne le voit en général dans~'autres pays ..
Ils contractent dans lenr enfance l'habitude de
faire eux-memes ce que les autres exigent qu'on
fasse pour eux, et sont par la préservés' du
péché d'insolenee, qui prend si promptement
racine dans une jeune ame. Quelques étrangers
vous diront que l'insolenee, ici, ,se trouve chez
le pauvre. Chacun doit parler d'apres sa propre
expérience. Pour ma part, jé n'ai rien observé
de pareil, quoique, je l'avoue, j'en aurais été
moins blessée que je ne l'ai été ailIeurs de l'in-




( 288 )
solcnee du l'iehe cnvers le pauvre; lnais l'inso-
lenee ne fait poil1t partie ou caractere 'de
l' Alnéricain, quelle que soit sa eon'dition dans la
société. Je pense, en vérité, qu'on irait de la


. frontiere du Canada jusqu'ali golfe du Mexique,
et de l'Atlantique jusqu'au Missouri, sans rc-
cevoir, d'un citoyen natif, une paro1e dure, a
condition, bien entendu, qu'on ne s'en servi-
rait jamais SOi-lneme.


En arrivant a unetaverne decepays, vousn'exci-
tez auc~ne espece de sensa lion, de quelque maniere
que vous arriviez. Le maitre de la maison vous
so~haite le bonjour, et vous entrez; le déjeuner,
le diner et le souper sontpréparés a des heures
fixes, auxquelIes vous devez en général chercher
a vous accommoder. Il y a rarement plus de 1Jras
qu'il n'en faut pour faire la besogne ordinaire;
vous n'etes done pas assailli par une denli-dou-
zaine de domestiques occupés a deviner vos
désirs, avant que vous ne les connaissiez vons-
meme; faites-Ies connaitre au surplus, et, s'ils
sont raisonnables, on les satisfera généralelnent
avec assez de promptitude, et, ainsi que jc l'ai
toujours vu , avec UIle parfaitc civilité. Une chose
que je dois faire remarquer, c'est que nulle part
on n'a de dOll1estiques a payer. Les scrviteurs
ne sont pas a vous, ntais a l'aubergislc, et, ex-




• e 289 )
cepté cclui-ci, personne ne vous demande rien;
Cette méthode épargne beaucoup de Úacas, et
est en effet absolument nécessaire dans une mai-
son ou le travail d'un serviteur est ordinairement
trop précieux pour q:u' on le laisse a la discrétion
et an caprice d'un voyageur; quoi qu'il en soit,
elle dérive d'une autre cause, savoir,les habitudes
républicaines et l'opinion publique. J'estime la
fierté qui fait qu'un homme ne veut pas vendre
ses services a son semblable, aller et' venir au
moindre signe d'un autre.: N' ~st~il pas naturel
q,u'onéprouve a eela'quelque r6pugriance ?C'est
le dernie~ 'm~ti~r ~tlquel un homme 'ou une ferome
de' ce pays ait recoltrs ; néanllloins, iI Y en a ton ..
jours qui s'y voient forcés, surtont parn1Í les
fernmes; lnais ceHe qui se trouve dans ce cas
prend généralement avec vous les ,manieres d'une
égale. Je ne me'suis fait servir, daos ce pays, qüe
par des pcrsonúes qui y étaient nées, et jamais
je n'ai entendu sortir de leur bouche une parole
incivile; ,lnais . j'ai pu m'apercevoir que de leur
'coté" elles n'en auraient soufIert ailcune : hon-
nete, fidele et fier, tel est l'AméricaÍn en ser-
vice; iI a un c~ractere que respecteront tous ceux
qui sauront l'apprécier.


A Rochestcr, nous renvoyames notre waggon J
et le lendemain 111atin, entre trois et quatre


l. 19




( 29° )
heurc3, ;.8US reprhnes la diligence et nous 1l0US
dirjgdunes du coté de l'ouest~ pour gagner la
riviere de N,jagara. Ce ne fu.t pas sans une IUuette
terrear, cjú' en quittant· Rochester, no.us repas-
sfunes, au clair ,de la lune ,¡le terrible pont (1),
pÓUT aller déposer les lettres a Carthage.


La maniei'e dont le contenu du sac aux leUres
est dislrihué dans les districts les moins peuplés,
IÍl"~vaít déjit quelquefois amusée. Je me rappelle
qné,~ ·stiiv~Ílt 'ún,chemin de traverse, dans une
sorté de'CarávJ7ié', p~ur me rend.re a tm établis-
sement situe "su~:1ebordméridio,~alqu,~c Erié,
je ne fus pas peu surprise en obse'ryalit une ma'"
nreuvre singuliere de notre conducteur. Il jetait
un papier, tantot it droite et tantot agauche,
dan~ des, endroits ou ni l'oreilIe ni les yeux
il'~~oflt;aieIit'la presenced'aucun etre ~lumain.
le lni de~andar si les our~ .l~~a~e~t ,(!urieux de
nouvelles. Il merépondit qué preS de chacun de


( 1) Le beau pont de Carthage qu~ causa a la fois tant d' ad·
miration et de terreur a l'a\lteur de ce voyage, s'aMma
avec un fracas épouvantable peu demois apres qu'elIe l'eut
'Visité. Ce pont, construít depuis environ un (an, était re-
gardé comme un chef-d'reu'Te; et de tous cotés on venait
pour l'admirer.


( Note du traducteur. )




( 29 1 )
ces endroits, demeurait un colon quí devaít se
trouvcr la, OH Y avoir un de ses enfans, ponr
reeevoir le papier. « Quand je ne les vois pas aux
aguets, ajouta-t-il, je jette le papier sons un
<lrbre, et je vous réponds qu'ils out les yeux assez
fins pour le découvrir; on est toujours curienx
de nouvelles dan s ces lieux sauvages.» Il me
parut qu'il disait vrai, car nous ne passions pas
devant une cabane, qu'un papier 11e volat de
]a maÍn de ce propagateur des lumieres dans
le désert. Parfois, quand nous faisions ~alte
aupres de quelque habitation isolée, le sác aux
lettres et l'hollllne qui en avait la charge descen-
daient enselnblc; ot alo1's, si celui-ei pouvait ob-
tcnÍl' l'assistallce du ferIllier, qui remplissait les
ionetions de directeur de 'postes, le contenu du
sac était étalé aterre: toutes les mains et tous
les yeux s' occupaicllt a trier les leUres ; ceIles qui
étaient adressées a des hahitans dn district envi-
ron11an t, étaien t mises a part, et les autres
réintégrées Jans le sa~ de cuir, qu'on repla-
~ait dans, la voiture. J e me souviens qu'une
toís, on ne put tronver ni hOllllne, ni ferome,
ni enfant ; le conduelen!' eut heau simer, appc-
ler, pareouril' la maison et les champs de mU"ls,
~:l lJire reteHlir ~;.:;; ni::; á rentrée de b 10ret;
~)<!r:';Olln¡, !le: ;':~n¡l ; c\ IlUi.l:; ;'qí:¡;,¡'i¡¡¡CI; Jt~ d(~




( 292 )
lllanda! a10r5 au conducteur conllucnt les lcUres
que 1l0US rClTIportions parviendmient a lenr
auresse. ({ Oh, oh! répondit-il, elles revienuront
ici de lu:¡mie,'e ou d'autre; il est probable, au
reste, qu'ellcs descendront 1'011io, et feront peut-
etre le tour des Etats ; mais il y a une chance ponr
qu'elles arrivent enfin a Washington, et de la,
on les réexpédiera dircctclnent ponr ce distriet,
ou elles seront de retour dans un an ou dcux
au plus tard.»


A Carthage, nous tronvames le maltre de poste
profondément endormi. Apres qu'on eut lo~g­
temps frappé contre sa porte et ses murs de
hois, il parut, une ehandelle a la main, et, selon
l'usage, le sae de cnir fut vidé sur le planeher.
Le pauvreCarthaginois se frottait les ycux, en
prenánt l'une apres l'autre chaque leUre du tas
qu'il avait devant lui; mais il semblait eneore
environné de ses _ songes. « J e ne puis pas voir
un mot, s' éeria-t-il, en se frottant les yeux et
en mouchant sa chandelle. L'ami, aidez-moi,
ou bien vous pouvez rerrlporter tout le tas avec
vous. » - « J e ne suis pas trop habile a lire l' é-
criture a la main, répondit le eonducteur. »
- « Eh bien! done, il faut que j'appelle ma
femln~, car elle est fine comnle une aiguille. »
La femule fut appeléc et se présenta en coiffe





de null el en jupon. La chandclle eL les papiers
furen t placés dans le milien de la piece, et la
femme, le mari et le conduetenr se mirent a dé-
chiffrer les hiéroglyphes. Si ]a femme n'avait
pas eu la réputatiou <.1' etre fine comme une
aiguille, j'aurais mal auguré des travaux de ce
triumvirat.Bien ou mal, le triage fut bientot fait,
et le budget (1) remis dans la voiture.


La route entre Carthage et Lewiston est prin-
cipalement remarqual:>le en ce qu'elle est l'ouvrage
de la nature. On décou\'rit un lit de gravier qui
se prolongeait presqu'ell ... ligne droite, et dOrit
la largeur était a peu pn;s égale a ceHe de la
route qui va au Niagara et COlnmence a quatre
InilIos de Genesséo. Entre Utica et les petites
chutes dll lUohawk, la grande route de l'ouest
passe sur un lit. de gravier du mem~ genre,
a l'exception qu'il traverse une profonde vallée,
tandis que celul-ci s' éleve a peine au-dessus de la
terre végétale an milien de laquelle il se trouve.
Pendant une étendlle de quarante milles~ cette


( 7) Ce passage r~ppellera a nos lecteurs que le mot budget,
adopté aujourd'hui dan s la langue financicre, est le nom
du sac dans Jequel les ministres anglais font porter au
parlement les papiers qu'ils ont a lui communiquer. II
llOurrait bien n'etre (Iu'une corruption du vieux mot fran-:
fais bOllge Ue) qui signifiait un sac , ou une poche de cuir ..


( Note dz/; lradacteur.)




chaussée nalurclle, qui formait élUtl'e1iJis le 1'1-
vage de l'Outario, n'est coupée (Iue par qucl-
Cfues ruisseaux bourbeux Otl. viennent se rassem-
bIer les eaux des vastes marécages, dont les
exhalaisons malsaines eauseut, pendant les mois
d'automne, des fh~vres bilieuses et intermittentes
aux nouveaux ha]JÜans ele ce territoire. Il y a
einq ans, il n'existait qu'une hutte en boi5, entre
Rochester el Lewiston. Durant la 11latinée, 110US
eurnes pour eompagnon de voyage, pendant
une douzaine ele milles, un hommc qui exer<;ait
les troi8 professions de JIlédecin, de fermier et
de peintre; je erois qu'il nle dit avoir trente-cinq
patiens dans une étendued'un lnille de rayon.
Cela peut vous donner en meme temps une idée,
et de la rapidité avec laquelle les étahlissemens
se multiplient ici, et \des maux physiques aux-
quels les premiers cultivateurs du sol sont ex-
posés. Nous n'entrames dans aueune lnaison
sans trouver an inoins deux pérsonnes alitées, OH
qui, d'apres lenr rnine, n'eussent dll l' ctre. L'au-
tomne est toujours la 8aison critique, - et les
chaleurs excessives et prolongées qu'il a fait eet
été, ront rendue encore plus fatale qu'a 1'or-
dinaire. Ces maladies terribles ne sont, au sur-
plus, que passageres; ét a nlesure qu' on ahat
des arbres et qu'on desseche des marécages, le




• ( 295 )
¡naFaria recule avcc la forel. Il rccu]crait plus
rapidemcllt, si les nouveaux colons lachaient de
se passer de llloulins, ou du moins n'en éla-
])lissaient qu'un petit nombre. L'action d'un so-
leil tres ardent sur les eaux des ruisseaux et des
ruarais, en extrait des miasmes putrides qui ren-
dent dix foÍs plus pernicieux l'air naturellement
illalsain de tous les terrain8 humides et maré-
cageux. Je ne passais pas aupres d'un de ces
foyers de maladie sans sentir mon creur se ser-
rer; j'éprouvai surtout cet effet en voyant un
fermier faire monter avcc peine aupres de nous
son fils qui paraissait exténué par la maladie.
Pendant que je l'établissais a la place la nloills
nlauvaise de notre incOlnlnodc voiture, et que
ie lui hlisais un coussin avec une peau de hume
et un manteau, il me dit qu'il relevait d'une
fievre illtermittente , et que pOUl' changer d'air,
il allait a la maison d'un voisin , a vingt núlles
de chez lui. Sa f.1nlille, émigrée de la Nouvelle-
Angleterre depuis deux ans, avait joui d'une par-
faite santé jusqu'a l'établissement récent d'un
moulin dans le voisinage de leur habitation. Apres
avoir fait environ quinze nlilles avec nous, iIs nou~~
fjuitta ponr etre cahuté sur une route de t rones
{l'arhres qui coupait a angle droit ceHe que nous
::luiv ions j et f{ui paraissait l~útc pour hriser des




(2g6 )
lnembres· moins faibles que eeux de ce spectre
vivant. « Dieu te soit en aide!» dis-je tout ba~
en voyant transporter dans une autre voiture le
pauvre enfant a demi-évanoui.


A quarante milles de Lewiston, le lit de gra-
vier est interronlpu pendant une certaine éten-
dne, et ron ne peut suivre qu'a pied la gros-
si ere chaussée en trones d'arbres établie sur le
marais profond qui interrompt la route. Fatiguées
et brisées eomme nous l' étions, iI· ne nous fut
ni eoinmode ·ni agréable de faire de la sorte ce
trajet qui, bien qu'assez eourt, nous parul d~une
longueur mortelle. Nous aurions PU: nous arranger
de maniere a ne pas faire irnmédiatement eette
traite pénihle ; ear quantité de maisons déeorées
d'une enseigne suspendue a une perche devant
la porte annonC}aient des auherges et, d'apres
l' expérience que nous en avions faite dans les
nouveaux établissemens que nous avions trouvés
jusque-la sur la rout~, etqui fleurissaiünt 80n8 le
nom de villes avee l'apparence de villages, ces
caravanserais avaient assez bonne apparence;
luais nOU8 avions un vif désir de soulager nos
yenx de la vue de figures livides et décharnées,
et de ne plus entendre retentir éternelIement _
a nos oreilles le mot de flevre , ce que nous nOlls
flattions de fair~ en nous éloignant de ces Iieux.




( 297 ) '.
-Pe'nd~mi les quarante premiers Juilles , la -route


se trouva hordée, a quelques endroits pres, par
une ligne de terres cultivées, -ou bien, la Otl la
charrue n'avait pas encore retourné le sol, la hache
f~tisait ia guerre aux arbres. Plus loin, nous trou-
vames la foret offr.ant a de longs il1tervalles des
portions de terrain en défrichement, el couvertes'
de bois déja brUlé, ou qu'on brulait encore.


Une route en troncs d'arbres ou chaussée, ainsi
qu'on l'appel1e, est tres incommode pour les
membres du voyageur; et quand elle traverse
une foret épaisse et marécageuse, elle n' est pas
tres récréative pour les yeux., Ce qui n'est guere
plus agréable, c'est, lorsqu'au lieu de troncs d'ar-
hres, c'est sur Ieurs racines et sur un terrail1
rempli de trous que vous etes tralnés. Les orages
ont exercé aussi Ieurs ravages dans cette partie
du pays; d'énormes troncs d'arbres ont été dé-
placés, et la route qui, dans son plus bel état,
n'est jamais unie et douce, a été dégradée de
maniere a devenir dix fois plus rude et plus dan-
gereuse. Cependant si la saison eut été plus saine,
ces mortels milles ne nons auraient pas paru
tout-a-fait sans intéret. On n'y trouve, il est
vrai, ni rochers, ni vallolls, ni collines , mais seu-
lement la cahanc isolée du colon, et, de distance




( 298 )
en dislancc, un vlllage naissanl utlossé a la foreL
Néanmoins S1 la· santé s'y fút HlOntrée compagne
du truvail et de l'activité, l'reil aurait pu trouvel'
quelque beauté a ce paysage nlOuotone. Dans l'é-
tat ou il se présentait, tout était morne et aflli-
geant sur ce nouveau territoire. Les coups de la
coignée retentissaient tristement a notre oreillc,
quand nous pel1sions que la main qui la levait
était affaiblie par une mala die passée ou pro-
chaine ; la cabane du colon n' offrait ricn qui an-
nonC1at le tnouveluent de la vie humaine; une
espece de spectre ambulal1t était quelquefois la
seule créature vivante qu'on apercevait dans son
tmceinte. Je n'oublierai de long·temps l'aspecl
a'une jeune famillc que je vis sur un petit tertre
quis'a~an<;ait oc la foret vers un ruisseau fangeux,
dont les eaux sortaient, en serpcntant, de oe~­
sous ces antiques ombrages. Un groupe de mar-
mots, les UTIS assis et les autres debont, s'étaicnt
réunis la, peut-etre pour voir passer notre voi-
ture; leurs regards éteints et leurs joues livides lIle
frapperent~tellement', q~le l'iluage de ces pauvrcs
petites créatures ne me 80rtit pas de devant les
ycux pendant plusieurs heures.


Les feux des colons ont chassé les loups el lc~
ours qui, il n'y a pas cinC( ans, régnaicnt :..;arb




• ( 299 )
cQnteslaLÍon sous ces vastes ombr~ges (1). Encore
un pareil nombre d'années , et peut-ett'e les va-
peurs malsaines auront été ehassées également ;
il est possible néanmoins qUe les terrains bas
et sitllés dans le voisinage des granqes eaux dll
Nord -Oucst ne soient jamais totalelnent affran-
chis des m::aladies d'automne. n nous est ar-:-
rivé <Iue1quefvis de fuire lever un daim, et une
°autre foi8 hOus en aper<;umes un troupeau en-
tier; ces animaux 110US regarderent pendant quel-
ques instans, puis ils prireht la fÚlte; et, apres
avoir franchi un· rl1ísse~u, disparürent dans l'é-
paisseur :dé· iQ . fotet. .


La lune était levéeavant que la monotcfllie de
la triste plaine 011 nous avions cheminé pendant
si long-temps fut rompue par 1'aspeet de la ~haine
de hauteurs an milieu desquelles le Niagara s'est
ouvertlltlpassage. Nous suivlmes péndant quel-
ques miHes le pied de ees hauteurs, sur une
route ferme et unie qui eilt soulagé nos memb~'es
fatigués , s'ils ne l' eussell t été trap pour que rien
put les soulager; la fraicheur d'une soirée d'au-


(1) Cette figure n'est pas dépourvue de 'vérité" comme
on pourrait le croirc; les loups et les ours régnaient ell
effet sur les daims, les chcvrcuils, les élans et les chamoÍs.


( Note du traducteur.)




( 300 )


lomne succédant aux chaleurs d'une journée d'été,
avait encore augluenté notre malaise qua n d n0115
entram~s sur le territoire du ;illage de L~wiston .


. En de~endant a une petite taverne,' nous trou-
vttmes la seule salle publique suffisamment pleiue ;
en conséquence nous prImes la liberté ,d'entrer
dans Wle petite piece qu'a la lueuI' d'un feu assez
~I'dent nous reconnumes etre la cuisine, et, pour
~e moment , la résidence de la famille du maitre de'
ce logis. 'Une affiuence extraoI'dinaire de voya-
geurs avait mis tout sens dessus dessous dans la
maison. L'active maitI'esse avait a la mamelle un
enfant qu'elle tenait d'une main, pendanf que de
l'autre elle filisait la cuisine; elle paraissait épui-
sée de fatigue et presque hors d'elle-n:teme. Une
légiOJ'l de bambins enlevés a leur repos par
ce mou~etpe!lt inaccoutunlé, étaiellt étendus
a moitié endormis, les -UllS 5ur lec' plancher, et
les autres sur un lit qui remplissait environ le tiers
de la piece. On nous permit de nous asseoir au-
pres du feu; et, ayant soulagé notre hotesse de·
ce qui l'enlbarrassait le plus, elle reprit sa bonne
humeur et s' occupa de préparer notre souper.


Pendant que je ber<;ais son nourrisson, je re-
marquai avec plaisir lesjones vermeilles de cette
in nocente créature, et le heau teint des autres
enl~uls qui IlOUS elltouraient. Il n'était pas l1éces~




• ( 3C?I )
saire de nousapprendre que nous étiolls a10rs sur
Un terrain salubre. La, ~ere nous dit cependanf
qu'il avait régné qrie\quesfievres, maisque les
lIlalades ~vaient é~~ Úe~ ¡leu nombreux. La saison
aura prohahleJIlc11t été rilauvaise partorit. .,


Dans la '~uit" qlland tout fut cal~e, j' entendis'
le premier mugissernent de la cataracte~ Privée de
somn,iCilpar un exces de fatigue plutot que par
au~une incoÍnmodité du local, je me, Ievai plus
d'une fois pour écouter' un bruitque 'C ,cérix dont
les oreilIes sont le mOlns seri§ililes,~;'n~'~lleuvent


" "" ;'" ,': ;"\"f ",' " ent~n~~~r,1?~~~ .la, J,>~~~íere ,fois saris .emotion. 'En
ouvrdnt roa' teh~ti'e, je distinguai un son sourd
comme celui d'un orage lointain, qui interroin-
pait le silence de la nuit; et quand, par in ter-
valles, il retentissait plus fort, je retenais mon
haleine, et j'écoutais avec une s'ortéd~efIr~i: c;é~
laient des irtstans sQlennels. .


Cette majestueuse cataracte n' est plus un des
grands mysteres de Iá nature; desmilli~rs de
curieux y vont nlaintenant en pélerlnage, non a
travers des lacs, des go-uffres profonds et cl'af-
freúx précipices (1), mais par une large r:oute
qui, a la vérité, ,n'est pas des plus unies, mais


( 1) Lakes "fins" bogs " dens.1 and ca1Jes of deatlz.
(MILTON.)




• ( 302 )
qui ne présentc ni ohstacles ni dangers. 'Cet te
circonstance peut, jusqu'a~ll rerlain point, di-
minllCl,la terreur avec laquelle on'3:pproche de
cette iInposal1te m~rveille;: ct ,'meme , 'aujoul'-
«'hui, je, ,ne s~is pas: fachée d'avoir suivi' une


, roete' plus saavageet moins fréquentée.que la
routa Gl'tlillaire. "."";


Le·lendetnainmatill nous; p.artimas dal1s,{!une
1 p'etite ~oitUlie, 'par un brillant so}eil;et míe bnise pas-


sablem€ntfraiphe. Sept milles d'ul1eroute~agf.~able,
et qui montait par ullepenteassez douce leshau-
teu~s que nous avions apert;uesla:veille; 'JlOUS
arncnerellt a la cataracte., En·cheníin·,' :nans, . mi-
n1espieda terre pour jouir de-lavue qn'onavait
d'llne plate-forme :de rochers située au bord du
précipice , a un détour de la riviere~ Les' eaux
hlcuesde rOntariQhornaient un tiers de l'hori-
ZOD. Nous apef(;um~sJe fo"t lNiagara sm.le.'rivage
amérlcain, et le fort George sur cell1i du Cana da ;
ces fortsdéfel1dent l'embouchure de la rivierc,
et sont batis pres; de l'endroit'Gu.elle se jette dans
le lac. En approchant des bord,s duNiagara, ils
nou~ parurent bien boisé~ ,et fOrInant qes COll···
tmJrs qui tanlot cachaient et tantot laissaicuL
~1percevoir ses ondes nUljcstueuses. Je n'ouLlierai
j:nnais le memcnt Ótl, jetaut les rcgai'ds eH ba~
de llWl, te dLcon:vrl~, pmn la rrcilli,.\c roi:~}




• ( 303 )
ces ondes limpides comme du cristal, et vertes
cornme l'Océan, roulant a travers un lit de ro-
chersavec une majesté au-dessus de tout ce qu' on
m'avait dit et de ce que j'eusse jamais pu imagi-
ner. On voyait et ron sentait (1) tout d'un coup
que ce n'était pas une riviere qu'on avait sous les
yeux, mais une mer emprisonnée; et en effet,
te18 sont les lacs de ces contrées. La rapidité des
eam du Niagara apres la cbute, et jusqu'a ce
qu'elles sortent du gouffre aupres de Queens-
town, en passaut par-dessus une barriere de ro-
chers,. doit etre tres grande ; 'mais leur pIofon-
deur les rait paraitre couler lentement. Je ne
puis vous donner une idée de la heauté sublime
de cette mer mouvante. Nos yeux en suivirent
les vaguesjusqu'a ce qu'ils fussent éblouis a force
de les regarder. Nolls demeurames dans un état
d'immobilité et de stupeur completes; et si
notre jeune guide ne nous eut pas fuit tJ;essaillir
en lan<;ant dans l'eau un fragment de rocher, je ne
sais quand nousnous serions éveillés de notre reve.


Un mille plus loin, nous obtinmes une pre-


(1) Cettc expressionest soulignée dans l'original comme
ici, ce qui prouve que l'auleur ne s'en est point dissimulé
rex treme hardiesse.


l.


( Note du traducteur.)
*




( 304 )
mICrC vued'une partie de la cataracte, snr la-
quelle le soleil réfléchissait poul' le moment ses
rayons cornme· sur un rideau argenté suspendu
dans le ciel.La fc)ret nous ]a déroba bientot, a
l'exceptíon du nuage hlanc qui s'élevait dans l'aír
et marquait le lieu d'ou venaít le tonnerre que
nons entendions gronder. Pleins d'une ilílpatience
tonjours croissan{e, nous pressames notre con-
dueteur. Enfin, áu bout de quelques milles, iI
arreta ses chevaux a la porte ·d'une pe tite an ....
herge; nous y laissames notre rustique équipage,
et uous nous dirigeames en toute hat~· vers-le
point qu'on nous avait indiqué. .


Deux ponts pour les piétons, ont été jetés
par des hommes audacieux et habiles, d'une He
a l'autre, du coté du rivage américain, et a
qnelques centaines.de pieds au ... dessus de la chute.
Ces ponts nous conduisirent dans la grande He
qui divise la cataracte en deüx parties inégales :
nous en rimes le tour a loisir. De la pointe infé-
rieure, nous obtinlnes une vue imparfaite du
sant de la riviere; de l'autre pointe, nons jouimes
du . beau spectacle que présente le canal supé-
rienr. En ce dernier endroit, rien n'annonce la
terrible comIllotion qui va bientot avoir lien;
le tonnerre, il est vrai, se fait entendre derricre
vous, el les l'apides roulent et écumcnl de cha-




( 305 )
que coté; 111ais plus hant la vaste riviere pr0111ene
ses eaux unies comIne une glace, entre des rives
basses et jolies COlnme ceHes de la Tamise. Ea


t AtA 1 . revenan , HOUS nous arre amesencore . ong-'
temps sur les ponts, a contempler les rapides
qui roulaient au-dessus et au-dessous. Les eaux,
d'un beau vert couronné d'argent, passaient sous
nos pieds avec la rapidité de l'éclair,. jusqu'a
ce qu'elles eussent atteint le bord de la cata-
racte; elles semblaient alors s'arreter et comme
rassembler leurs forces pOur, la. terriblec;:hute.
Ancie~nement on voyait quelquefois un hardi
voyageur descendre jusqu'a la pointe de l'He
dans un canot habilemcnt conduit. Cela se pra-
tiquait en gagnant avec adresse l'endroit ou les
courans qui longent 1'1lc a droite et agauche lais-
sent entre eux, en se séparant" un espace OU les
eaux ont un mouvement, lequl11 ,comparé a celui
qui les entraine de chaque coté vers la cataracte
avec une rapiclité extrclne, présente l'apparence
d'un contre-courant assez fort (1).


(1) Ce n'est point une simple apparence. D'apres les lois
ue la Physique, iI doit s'établir la un courant opposé aux
deux áutres ¡ et auquel convicnt le nom de remoux ~ uonné
par les marins aux contrc-courans de ce genre.


(Note da tradacteur. )
2.0




( 30G )
Ce u?est qu'uÍle faible portion de cette meI'


emprisonnée qui conle du coté du rivage arnéri-
cain; mais elle suffit pou!' exciter l'aamil'ation.
Nons cherchalnes a Ilons approcher du pied de
eeUe petite chute; nlais, en descendant ce qu'on
nonllne l' échelle, et qui présente aujourd'hui des
degrés cornrnooes ~ iI s' élcva uu bassin une boufTée
de vent tres violente, qui nous chassa uyeugIés,
110rs d'haleine et n'en pouvant plus. Un jeune
hOlnme qui voulut impruuemnlellt descendre en-
core quelques degrés, fut renvel'sé sur le dos;
el., d'apres la nature du terraie. sur lequel iI t0111ba,
1l0US eílnles quelque crainte qu'il ne se soit grieve-
Dlent Llessé. Il nous rejoignit avee peine, en gra-
vissant des pieds et des mains, et heureusement il en
fut quitte pour quelques légeres contusions. Nous
tournames d'un coté ou le rocher, moins a pie,
est Loisé jl1squ'en baso La, nous repritnes ha-
leil1e, et nons exprimalues l'eau de nos eheveux
el de nos hahits. En levant les yeux, Hons 01tln-
mes unevue partielle du hau~ de eette belle por-
tion de la eataracte qui planait au-dessus de la
masse d'arbres comme le sornmet d'une rnontagne
couverte de neige. La blal1cheur éhlouissante de
l'onde brisée et réduite en poudre contrastait,
d'Ull coté, avec le vif azur d'un ciel sans l1uage,
et de l'autre, avec la brillante verdure d'Ull fcuil-




( 307 )
lage rafra~chi par une éternelle rosée. Le vent
qui, pendant une heure, souffia avec furie dans la
direction du cours de la ri viere, enlevait du haut de
la cutaracte une certaine quantité d'eau qui retom-
hait en pluie. Les rayons dn soleil réfléchis par les
plus grosses gouttes les faisaient étinceler comrne
des diaInans , tundis qu'nn hel arc-en-ciel qui tan-
tot s'arrondissait au-dessus de nos tetes, et tantot
se courbait sous nos pieas , suivait tous nos mouve-
Inens, et semblait lnarcher avec nous.La grande di-
vision de la ca taracte était cachée a notre vue par les
rnasses de vapeur que le vent chassait avec force
d'un bord a l'autre de l'irnmense bassin, et direc-
tement vers nous. Quelquefois, néallnl0ins , une
hrise contraire divisait ces l1uages épais, et nGUS
découvrait en parlie les deux chutes, qui ressem-
blaient plutot a deux énorrnes colonnes d'éme-
raudes qu'a des nappes! d'eau courante. Nous nous
asslmes au hord de cette mer agitée. Le soleil bril--
lait mr nos tetes, et, grttCes a lui, Ilcfus eumes l'a-
vantage de prendre un ha in de vapeur; ses rayons
ardens séchaient lÍos vetemens dans un instant, et
l'iU:stant d'apres une houffée de vent, qui s'élevait
du bassin, les trc111pait de nouveau. Le vent s' étant
cnfin un peu apaisé, et le batelier se trouvant
disposé a tente!' le passage, nons nous flmes trans-
porter sur la rive canadienne. Les bras nerveux


,20 ..




( 308 )
d'Ull seul rameur HOUS firent traverser ce courant
rapide précisément au-dessous du hassin des chu-
tes, et parmi les tourhillons qui s'y forment. Une
brise impétuense dn nord-ouest s' éleva pendant
notre passage, et agita encore plus les vagues 'fui
nous portaient. Aveuglés par les masses de va-
penr quelf!vent poussait sur nons, HOUS perd~mes
la vue panoramique de la cataracte, que, par un
temps plus calme, ou d'autres vents, on a en
faisant ce trajet. La force du vent ~t l'agitation
de l'ean nous firent descendre la riviere plus has
que nous n'aurions voulu, car nous vimes qu'un
peu plus nous eussions été poussés parmi des bri-
san s d'ou dix bras comme ceux de notre hahile
et vigourenx conductenr n'auraient pu nous
tirer ..


Nous primes terre a deux tiers de mille au-
dessous de la cataracte, et nous suivimes un che-
min tres difficile parmi d' énormes rochers, au
milieu desquels notre guide disparut souvent;
apres cette marche pénihle, nous arrivames au
pied des degrés par lesquels descend le voyageur
du coté du Cana da. De ce point, une InarcJle
moins pénible sur des galets nous amena a la
caverne formée sous tille partie avancée du rocher
par des sus lequel l' eau roule, et qui est COlll1l1
sous le nom de rocher de la Table.




( 309 )
L'ohscurité de eeite eaverne, le vent qui y


sonIDe pel'pétuellement, le grondement étour-
dissant des eaux précipitées dan s l'abime qui
regne sous vos pieds, et leur nappe tombante
suspendue ,sur votre tete, tout frappe non-seu-
lernent les yeux. et les oreilles, mais merne le
eoour. Pendant les premiers instans le sublime
de cette scene est porté jusqu'au terrible. Cette
position, incontestablernent la plus belle pour
observer la cataracte, ne présente plus de sureté.
Une portion du rocher de la Table est tombée ,
l'allnée derniere, et dans ceHe qui reste, I'ooil
découvre Une alarmante fissure, de sorte que la
voute de eette sombre caverne semble détachée
de la masse des rochers, et, de quelque maniere
qu'elIe tienne encore, on voit qu'elle cede a la
pression de l'eau. On ne peut regarder cette cre-
vasse et les masses énormes récemmep.t tombées
avec un fracas . que les habitans dtl voisinage
prirent ponr celui d'un tremblement de terre,-
sans frémir en pensant a la terrible possibilité
d' etre écrasé sons des ruines encore plus énormes
<lue ceHes que l' on voit au-dessous de soi.


La caverne formée par le rocher de la Table
s' étend a quelques pieds 'en arriere de l' eau ,
de sorte que si 1'on y pouvait respirer, il serait
tres facile de se tenir del'rierc la nappc tom-:




( 310 )


hante. J'ai vu des gens qui discnt l'avoir fall 1
quant a 111Oi, a peine eus-je deseendu quelques
pas de plus da:ns eette sombre grotte, que je fus
obligée de rétrograder précipitamment pour re-
prendre haleine. Mes poumons ne sont eertaine-
ment pas des meilleurs; luais eeux-la sont presque
miraculeux, qui peuvent jouer au milieu du vent
el de l'éeume qui s'élancent des profondeurs
cachées de cette humide eaverne. Il est probable,
aü reste, que/la rupturé d'une partie du rocher
a considérablement rétréci l'enlrée de la caverne,
et par eonséquent augmenté la force du vent
qu'on rencontre en y voulant pénétrer.


De ce lieu (sous le rocher de la Table) , vous
sel1tez plus que de tout autre la hauteur de la
eataracte et le poids de ses eaux. ·Elle semhle un
océan tombant; et vous, quel faíble atome vous
paraissez parmi ces reuvres grandes et éterneUes
de la gigantesque nature! Le vent était un pea
apaisé et en outre nous nous trouvions du coté Otl
il sonillait, de sorte que nous pouvions le voir
jouer avec la ,~apeur sans en etre aveuglés. Du
sein de l'immense bassin dan s lequel les eaux
se précipitent d'une hauteur de 140 pieds, des
masses de vapeurs blanches s'élevaient, tantat
semblables aux nuages que l' on voit quelquefois
a l'horizon pendant une helle soirée d'été, et




( 3 Ji )
i&nLol en pOluLcs parcillcs a ecHes des glaciers.
des Alpes. Ces vapeurs, comprimécs d'ahord par
le vcnt, rassemblaient ensuíte leurs forces et
gagnaient les hautes régions de l'air , Olt elles se
dispersaient, et formaient un voile argenté, le
seu! qui cachtü le pur azur du cíel. Au centre
de la chute, la ou l'eal1 se précipite avec le plus
de force, elle tombe en une masse unique du plus
beau vert, et, en beaucoup de place s , elle descend
en colonnes de cette nl(~me couleur, jusqu'a ce
qu' elle rencontre la blanche écume qui bouillonne
dans l'imnlense bassin. Sans le terrible fracas ,
l'obscurité et le souffie impétueux du vent qui
s'opposaient a une telle illusion , j'eusse pris ces
nappes d'eau pour les murailles du palais
de quelque fée dont la puissantc baguette les
avait formées d'érncraudes et d'argent. Ja.mais
sans doute la nature n'unit d'une maniere si
fantastique tant de beauté a une grandeur auss~
imposante. Je ne dois pas oublier de parler du
heI arc-en-cic1 qui, dans ce 1110Inent, planait
sur l'autre partie de la cataracte, qu'il embrassait
en cutier; au milieu du rideau argenté sur le-
quel iI se peignaít, s'étendait une zonc de pour-
pl'e el <1'or sur laquclle il serublait s'appuyer.
Différcllte de toutes les autres lnerveilles de la
nature que j'ai pu observer, la cataracte du




( 312 )


Niagara est vue ,avcc plus d'avantagc par un brÍi-
!ant soleil. Les teintes qu'offrent les vapeurs sont
alors plus variées et plus brillantes, et la beauté
de ces teintes est au - dessus de toute descrip-
tion. L'obscurité de la caverne (car je parle tou-
jours 'corome si j'étais sous le rocher de la Ta-
hl~) n'a pas hesoin des ombres du soir, et l'ef-
frayante majesté de l'ensemble n'est pas moins
sentie pour etre distinctement vue.Nous remon-
taules du coté du Canada; et apres avoir, du
rocher de la Table, contemplé long -temps en-
core ce magnifique spectacle , nous allames cher-
cher des vetemens secs et un peu de repos a
une auberge voisine.


Nous aVOl1S visité de nouvcau cette merveille
de la nature, a notre re tour du lac Erié, et nous
l'avons observée par toutes les clartés et a toutes
les heures : au lever, au coucher et au méridien
du soleil, et quand la pale lune brillait au plus


/' haut point de sa course. A cette derniere heure,
on n'approche pas sans terreur le bord du
rocher de la Table. Toutes les teintes magiques se
sont évanouies, excepté un fantome d'arc-en-ciel
qbi s'appuie sur un abime impénétrablé a l'reil.
Les rayons du flambeau des nuits percent fai-
hlelnent les épaisses vapeurs qui chargent l'at-
niosphere; ils effieurent seulement les eaux sur




( 313 )
le bord de la 'cascade, et laissent apercevoir a
peine la moitié supérieure des colonnes alors
noires comme de l' ébene, et qui se plongent
dalls une masse confuse de nuages agités, dont la
profondeur et l'étendue ne peuvent s'apercevoir.
C'est l'image des élémens dans le chaos. Le
mortel tremblant s'arrete sur le bord de cet
ahime, comme le démon eIfrayé s'arreta sur les
confins du monde, incertain :s-'il était dans 1-'0-
céan oudans l'air (1).


La huia campagna
Tr emo si forte, che dello spavento
La mente di sudore anco~ mi hagna.


(DANTE. )


(1) . on the bare outside of this world ~
.Uncertain which) in/'Ocean or in a ir.


(MlLTbN. )




LETTRE XlV.


I.Je lac Erié.-Aspect général des eaux d' Alné-
rique. - Massacre sur la riviere Raisin.-
COlnbat naval sur le lac Erié. - ltI. Birk-
beck.


Erié, scplembl'c 1819-


C'EST un .petit voyage fort agréable, lna cll(~rc
anüe, que d'aller du lae Ontario au lae Erié, en
suivant les hords du magnifique Niagara. 11
ya quelque ehose de vraiment sublÍlne dans l'as-
peet des eaux de l' Amérique. Ses Iacs sont de
petites lners méditerranées dont les ondes pures
et profondes réfléehissent l'azur d'un eíel sans
·nuage i ses fleuves grossis par les eaux qui des-
cendent de 110lnbreuses eh aines de lllontagncs,
ou qui serpentent dans d'immenses plaines, rou-
Ient ínajestueusement pendant des milliers de




( 315 )
¡nilles, formaut en divers endrolts des eala-
rae les aupres desquelles les plus fameuses cas-
eades de l'ancien hémisphere ne sont que celles
de faibles ruisseaux, et transportant jusqu'au
vaste et lointain Océan les trésors de tont un
lnondc. Les lacs, les fleuves el les rivieres de
ce continent semblent dédaigoel' les beautés
auxiliaires de la nature et de l'art, et se fiel' a lenl'
seule majesté, pour produire une vive impres-
sion sur les yeux et sur l'esprit. Saos le secours
de lnontagnes rivales des Alpes ou de ruines
couvertes de mousse, ils frappent le. spectatenr
d'étonnement et d'admiration. Etendue et pro-
fondenr, voila les qnalités par lesquelles ils lni
imposent; leur caractere particulier est celni d'une
grandeur simple. Lorsque vous vous arrelez sur
leurs rives, que vous voguez sur leur sein, 011
que vous contemplez leurs rapides et leurs su-
perbes cataractes, vous etes forcés de reconnaitre
a la fois lenr irnmensité et leur force, ainsi que
votre faiblesse et votre insignifiance. On trouve
parfois, néanlnoins, des exceptions a cette regle
de beauté simple et majestueuse. Je lne rappelle
en ce mOU1ent les rives charmantes du Passaic,
ses jolies cascades, les l~urailles de rochers qui
bordent ses can!" les vertes collines et les' heaux
paysages qu'elles réfléchisscnt avec la vo-ute de




( 316 )
saphil's qui _ couronnc tous ces obje'ls; de tels ta"':
Lleaux 80nt dignes du pinceau d'un Claude~ ~es
eaux du Nord-Ouest que je vicns de voir, n'offrent
rien de set'nblable; lenr lit est creusé au luilieu de
plaines vastes et unies, et elles sont hordées
par de sombres et imlnenses forets, d' ou le 1ruit
de la coignée vient de chasser la panthere et le
sauvage.


Le Niagara et la frontiere du Nord-Ouest pré-
sentent encore quelques faibles traces' de la
guerre; Oh a vu, iI est vrai, les villages et les
"illes renaitre de leurs cendres, comme le phénix;
mais iI aurait été a désirer, pou\' le bien de l'hu~
111anité, que eette heureuse faculté n'eut pa~
été autant éprouvée.


L'incendie de N ewark, par les Américains,
fut l'acte d'un individu, c1ésavoué snr-Ie-champ
par le gouvernement, et blamé par la,nation amé-
ricaine. Le go~verneur du Cana da se déclara
satÍsfait de l'explication qui fut donnée, el iI
ellt été bien qu'on eut changé a]ors le systeme
de guerreo


On aurait pu croire que fincendie, de Newark
avait été l' effet d'une vengeance aveugle du mas-
sacre de li'renchtown, s'il n'eut pas paru prouvé
qu'il avait été causé par une lnéprise d'ordres,
et s'il n'ei\t pas été si honorahlclucnt désavouá




( 31 7 )
par le gouverllelncut. Le général M'Clure fut
renvoyé imlnédiat~ment uu service, et couvcrt
d'opprobre par ses concitoyens , qui ne voulurent
pas admettrc une méprise d'ordres pourexcuse
d'un acle d'inhuluanité.


L'honneur d'un gouvernenlent peut souvent
etre compro mis par des officiers agissant en
son Ilom~ lllais d'une lnaniere contraire a ses
desirs et a ses instructions. Une enquete et la con-
darnnation des transgresseurs peuvent, dans ce
cas ; mettre l'honneur de ce gouvernement a
l'abri; mais si, an contraire, des faveurs et des
récompenses 80nt accordées aux coupables, on
peut justernent iInputer tous leurs crimes-a ceux
qui les ont employés. Ces réflexions se présentent
naturellement a l'esprit du voyageur, lorsqu'il
approche de la frontiere du Nord-Ouest ..


Nous devons détourner nos regards de la ri-
vier.c Raisin. Ph\t au ciel que 1l0US trouvassions,
non pas une excuse, car ce serait impossible,
mais quelque palliation aux horreurs commises
dans ce lieu! Il serait bien d'ensevelir cet éve-
nement dans l'oubli, si ce n'était a cause de la
Ie<;on qu'il offre, et qui ne doit janlais 80rtir
de la lnémoire du peuple anglais. Plusieurs de
ses hommes <1' état les plus généreux se sonf élevés
contre l'usage d'allier les tribus indienncs anx




( 318 )
troupcs britanniqucs. S'il exisLe encore en Anglcn
lene quelque partisan d'une ligue entre des horaes
sauvages et les nations civilisées, qu'il vienne
,'isiter les bords de ceHe riviere~ Le sang qui
crie vengeance du seill de la terre qu'il a arro-
sée; ce sang, non de soldats tués dans J'ardeur
du combat, nlais de prisonniers blessés qui s'é-
taient rendus par capitulation et se confierent a
l'honneur britannique, le convaincra, eut- il
lncme entcndu sans émotion les paroles fou-
droyantes d'un Chathanl.


Un faible détachement, composé de l'élite des
cufans du Kentucky, dont plusieurs tenaient aux
finuilles les plus distinguées de cet état, s'était
avancé jusqu'au petit village de Frenchtown,
situé entre les rapides et Détroit , sur les hords du
canal par lequel les eaux des grands lacs du
Nord-Ouest se déchargent dans l'Erié. Leur mis-
sion était de protéger les habitans contre un
parti d'ennemis d'autant plus redouté, qu'il était
COlllposé moitié d' Anglais et moitié d'Indiens.
eette entreprise était difficile et périlleuse. La pc-
tite troupe de volontaires avait néanllloins, avec
une grande bravoure, déposté et repoussé l' en-
nCll1i. Ayant été rejointe ensuite par le généraI
Winchester, du corps duquel elle avait été déta-
chéc, elle élcva u la hale <lucl(lues onvragcs en




( 31 9 )
tC~TC, el se relrancha an n011111'e d'environ sept
cen t cinquante hOlnmes, pour résister a plus de
quinze cents hOlnmes cornlnandés par le colonel
Prodor et deux chef." indiens. A pres plusieurs sorties
et diverses escarmouches, dans l'une desquelles le
génél'al Winchester avaít été faít prisonnier, les
Américainsfurent ~Olnrnés de se rel1dre. lIs avaient
})erdu environ un tiers d'entre eux, lorsque le
parlelnentaire anglais, qu'ils avaient renvoyé deux
fois, revintavec une lettre du colonel Proctor,quí
leur déclarait que s'ils ne se rendaient sur-Ie-champ,
illivrerait eux et les habitans du village a la furie
(les Indiens. lIs se déterminerent enfin a capitu-
le1' a des conditions honorables: 011 leur garantit
la síircté du Yill~ge , le soin des hlessés, la sépul-
ture des Inoi,ts et la protection des prisonniers.
Comrnent ces engagemens sacrés furent-ils rem-
plis? Le commandant anglais retira ses troupes ,
et remit ses prisonniers a la charge des sauvages ,
les laissant, a1nsi que les hlessés et les nlourans ,
exposés a tomber sons le tomalzawk ( hache d'ar-
lTIeS des Indiens ), on a etre ro~is au potean ( 1).


(1) Je ne i'etraee pas toutes les atroeités de la seene!
laquelle je fais allusioll dans le tcxte, paree qu'elIes s'eraient
trop révoltal1tes pour l'ame du lceteur et pour cene de
l'écrivain i mais il y a Ul1e circonstal1cc que je ne dois pas




( 320 )
Les foudres «u gOl1Vernenlent anglais ne tOlll..be-
-rent-elles pas sur cet officier? Fut-il félicité daos
son pays, comme a Montréal, sur sa hravoure et
son l~umanité? J'ai la confiance que le gouver~
nement anglais ne se montra pas assez peu jaloux'
de l'honneurd'une natioll qui a· toujours pré-:-
tendu a." une répu~ation de générosité, pour ne
pas instituer d'enquete sur les horreurs de cette
journée, encore moins pour récom.penser par de
l'avancelnent l'officier .sous les yeux duquel elles


omettre. On se servit du général Winchester , fait prison-
nier dans une sortie, pour tromper et perdre ses propres
soldats. Le colonel Proctor ( aujourd'hui, je crois, générál)
lui ayant dit qu'une reddition immédiate pouvait seule
les garantir d'etre livrés aux sauvages, et de voir!e vil-
Jage devenir la proie des flammes , il se décida a envoyer
Iui-meme "\In p~rle:rnentaire a ses compatriotes pour les
presser d'accepter les conditionsproposées. Qui pour~'ait
peindre ce qu'éprouva cet officier. en voyant q.u'on l'avait
rellllu complice de cette alJoruinahle perfidie! Il Y eut
quelques officiers anglais qui, dans cette circonstance,
sentirent et agirent comme ils le devaient poul' l'interét
de l'humanité et l'honneur de leur pays. Le major Muir,
les capitaines Curtis et Aikens, le révérend M. Parrow et
le doeteur Bowen, quoiqu'ils n'aient re~u aucunc marque
publique d'approhation de l<Lpart de leur gouvel'nement,
se sont aequis l'estimc des vrais Anglais, eomme ils posse-
dent ecHe du peuple américain. Le vertucux M'Intosh
vivra a jamais tlans la mémoire de ce peuplc; illl'épa:rgna




( 321 )


furent cornmises (1). Quoi qu'i} en soit, ces atro":
cités ne delneurerent pas sans punition. Le sort de
laguerre, au COlnluencement de)a canlpagne sui-
vante, fit tomber entre les mains des muis et des
paren s des lnalheureuses victimes du "massacre de
Frenchtown ~ les memes ennemis qui les avaient
si indignement trahis. Avec un raffinement de
cruauté qui doit avoir torturé l'ame de leurs pri-
sonniers, ces dignes citoyens éviterent meme de
lenr adresserul1 regard qui exprimat un. reproche
de leur conduite; ils les logerent dans leurs mai-


aucun effort pour sauver la vie des infortunés captifs; il
fut a la recherch.e des Indiens au milieu des for~ts, et
racheta a un prix considéralJle ceux des Américains que les
sauvages fatigués de carnage avaient épargnés pour leur in·
fliger des tortures plus lentes. Lorsque, quelque temps apres,
cet homme généreux visita les Etats-Unis, sil hien~aisante
humanité re~ut une noble récompense. Son entrée a Bal-
timore, ainsi qu'a la Nouvellc-Orléans, eut l'appatence
d'un triomphe. Toute la population de ces villes se pressa
sur ses pas pour le voir , et on lui rendit tons les hon-
neurs que l'enthousiasme put imaginero ,


(1 ) Une grande partie de la population du CaÍlada
racheta l"honneur de cette colortie en exprimant son étort-
nement et son imlignation des félicitations données pa-r
le gouverneur, et des récompe.nses accordces par les' au-
torités de la métropole a l'officier qui avait iinsi désho-.
noré su profession et 'ón pays.


l. 21


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( 322 )


~ons, et furent aux petits soius pour eux (1).
Vous pouvez vous souvenir que lord Castlereagh ,
en réponse a quelques réflexions faites dans la
chambre des COl1nnunes sur l'humanité des Amé ..
ricains envers leurs prisolllliers, l'attribua él la
crainte. Il serait peu surprenant que ce noble
Irlandais se fut senti intéressé a confonclre les mots
de courage et de cruauté. Le peuple anglais,
toutefois , n' est pas habitué a les regarder comme
synonymes; et s'il était décrété par la Providence
que les Anglais et les Anglo -Anléricains, que la
nature a si bien faits pour etre amis et fn~res,
dussent encore devenir ennemis, puisse la voix
de ces deux nations etre entendue, et empecher
le toniahawk indien de s'unir encore a l'épée bri-
tannique! En Europe, on connait peu la lnanit~re


( 1) Parmi les personnes ma.ssacrées a Frenchtown , se
trouv;aient des propriétaires et des sénateurs du Kentucky 7
~es membres du congd~s, etc.; car c'était de citoyens aussi
(listingués que se composaient les volontaires del'arméé
de rOuest. Un d'entre eux était proche parent de M. CIay,
orateur et homme d'état distingué; et presque tous étaient
alli~s aux familles les plus éminentes du Kentucky, ou de
l'état de rOhio. Tous les habitan s du premier de ces états
~vaient pris le deuil, et a peine venaient-ils de quittcl"
leurs vetemens noirs, quand ils regurent~ leurs ennemi$
captifs dans leurs maisons.




horrible dont les Indiens font la guerre : L:'lire
traquer un peuple par des chiens ( 1 ) , n' est ríen
en comparaison. Le cri de guerre des Indiens est
le! hurlement des démons. L'age, le sexe, ni les
infirmités, rien n'est épargné par les sauvages, et
ce n'est pas la mort seule qu'ils donnent a leurs
captifs, mais la mort,aggravée par des tortures et
des cruautés infernales, qui poussent leurs rnal-
heureuses victimesau dernier degré de la rage et
du"désespoir avant de les achever. La senle excuse
qu'on essaya de forger en faveur du colonel
Proctor, fut qu'il n'avait pas été en son pouvoir
d'intervenir, et que chercher a arreter la férocité
dé ses sauvages alliés, aurait été risquer de per-
dre leur amitié et leur coopération ponr Il'ave-
nir. Un tel argumeut, sans mettre le colonel a
couvert, démontre parfaiteulent l'atrpcité d'em-
ployer de pareils auxiliaires dans une guerre entre
deuxpeuples civilisés. Si 1'on pouvait faire le
dén ombremen t des etres san s défense, femmes,
vieillards et enf~ns qui out expiré au milieu des
tortures par la m~in des sauvages ligués ave e des


(1) Allusi?ll a. u!le pratique abominablement atroce, em-
ployée en Amérique a. diverses époques, et par des hommes
de différentes nations , depuis la découverte et la conqu~te
tIu Nouveau-Mondc jusqu'a nos jours.


( Note dll tradllCleur.)
21..




( 324 )
gouvernemens europécns, il ne serait pas iIilpOS~<
slble qn'on fit fréIuir ccux Incme qui les out elll-
ployés. Espérons que les dernieres de ~es cruautés
ont été c01umises, et que désormais les Anléri-
cains trouveront, clans Ieurs freres les Anglais,
ou des amis zélés ou de nobles ennel11is.


J'écarte, avec plaisir, les souvcnirs horribles
réveillés par le n01n de Frenchtown. La vaste mer
intérieure qui s' étend devant moi DIe rappelle
une Scene guerriere d'un caractere tout-a-tait
différent. La bataille navale livrée sur ces Lelles
eaux fut également honorable aux combattans des
deux nations: on y vit.des hommes généreux aux
prises avec d'autres hommes qui ne lenr cédaient
point en· générosité. Les éloges donnés- par le
comnmndant anglais a l'hérolsme de son adver-
saire, lui fout autant d'honneur que la victoire
de celui-ci. La guerre, conduite de cette rnaniere,
est dépouillée de la moitié de ses horreurs; hien
plus, elle offre quelque chose de noble, quancl
nous la voyons faire éclater el la fois . tous les
genres d'énergie et tous les sentimens gélléreux
,qui entrent dans notre naturc.


Ceux qui jugent de l'importance d'un comhat
naval par la grandeur des vaisseaux engagés, peu--
vent tróuver peu d'intéret el celui qui fut livré
sur le l~cErié; et pourtant les flottilles opposées




( 325 )
l'une a J'auLl'e dans cette acLion opíliiatre uoi-
vent etre regar dé es comme tres fOflnidables quand
OH songe qu'elles flottaient sur une nler d'eau
douce. Les b&timens de guerre réunis sur le lac
Ontario étaient égaux, et, en dernier lieu, supé-


, rieurs en grandeur aUx plus belles frégates qui
cussent jamai"s flotté sur l' AtIantique. Le lit de
ces eaux magnifiques, devenant par degrés plus
profond en allant vers le centre, et formant une
espece d'entonnoir, comme le cratere d'un vol-
ean épuisé, laisse un champ libre a la naviga-
tion : celui du lac Erié, aucontraire , est coupé
par des bas-fonds qui présentent dans leurs inter-
valles des passes difficiles, meme pour les bateaux
a vapenr qui naviguent aujourd'hui sur ces eaux.


La les Alnéricains opposerent nenf b&timens
portant ensemble cinquante - quatre canons, a
six hfüimens plus grands, et dout l'artillerie se
montait a soixante-trois bouches. a feu. Il est pos-
sible que vous ne connaissiez pas la circonstance
qui décida le combat.


Le commodore Perry (alors capitaine ), ayant
lutté pendant deux heures contre deux b&timens
d'une force égale au sien, et l'état du vent s'op-
posant a ce que le reste de sa division vint lui
preter assistance, se décida a abandonner un
navire ql~'il De pouvait plus manreuvrer. Il roula




( 326 )
le pavi}lon sous son bras, sauta dans son canor,
et se tenant debout, brandissant soq épée d'un
air de triomphe, pendant que les baIles pleuvaient
anlonr de hri, iI passa an milien des ~atimens
de l'ennemi. On assure que le cornmandant an-
glais laissa échapper un cri d'adlniration en voyant
son jeune et noble adversaire passer'sous son feu
sans recevoir une seule hlessure. Perry ayant gagné
le plus fort h&tinlent de sa petite flottille, revint
sur les b&timensenn\emis, et, coupant leur ligne,
en combattit seul quatre a la fois. Le vent,ayant
permis ensuite an reste de sa division de venir
le joindre, la victoire fut bientót décidée. Alors
on vit succéder á cette lutte opinitttre ces actes de
courtoisie noble et généreuse que les braves savent
échanger entre eux. Le respectablecapitaine Bar-
day, vieux marin, qui avait perdu un hras a la ha-
taille de Trafalgar, se fit gloire de déclarer publique-
ment que'la conduite ,dti ~orrimoaore Perry envers
lui et les autres prisonniers ~,oHiciers et matelots,
aurait suffi seule pour l'i~mortaliser .. Je lli'ar-
rete avec plaisir sur ce combat : iI ne contribua
pas a éloigner, mais bien plntót a rapprocher deux
nations qui ne devraient jamais etre en guerre,
ou; dans ce cas, devraient luUer pour la supé-
riorité, non par la seule action de la force'
hrutaIe, mais en déployant toutes les vertus




grandes et généreuses qui, pouvant seules enno":
hlir la victoire, peuventaussi honorer la défaite (1).


En se rappelant les évenemens de la guerre
dite des frontieres, entre le Canada et les Etats-
Unís, íI Y a un faít singulier qui se présente
sans cesse a l'esprit, et qui offre une importante
Iec;on : quand les Álnéricains prirent l'offensive,
ils furent ordinairement battus; sur la défensive,
ils obtinrent aussi eornmunément des succes.
C'est dans eette derniere situation que git la
force de la lniIice eontre des troupes réglées; et
c'est elle aussi qui donne un caractere parti-
cuIier et si intéressant aux deux guerres dan s
lesquelles la jeune Amérique s'est trouvée en-


( 1) Le commodore Perry, qui paraissait réunir toutes
les qualités propresa former un héros, bravoure, magna-
nimité, patriotisme, générosité, désintéressement, dou-
ceur et modestie, mourut de la n.evre jaune a Angus-
tura, vers l'époque ou cette lettre fut écrite. 11 avait été
chargé par son gouvernement d'une mission aupres des
patriotes de l' Amérique du Sud. Quand la nouvelle de sa
mprt prématurée parvint a Washington, les membres des
deux chambres du congres prirent le deuil, honneur qui·.
n'est jamais rendu qu'aux plus respectables et aux plus dis-
tingués des enfans de la république. On vota aussi une
pension a sa veuve> et ses enfans furent adoptés par la
uation.




, J . , Al" gagec. . e sms qu enng eterre ,on a; gene~
ralément parlant, filÍt peu d'attention aux événe-
Illel1S cl'une guerre qui était, pOllr eette puis-
sariee, une partie peu intéressante, alors qu'elle
se trouvait engagée' dans une autre, ou elle
jouait son va - tout. II est probable en effet
q'u'úne nloitié de la nation se souveoait a peine
qu'elle était en guerre avec sa jeune rivale, daos
le Nouveau-l\ionde, jusqu'au moment 011 l' Angle-
terre vit ses b~üirnens de guerre pris un a un par
ceüx d'un peuple qu'elle avait a peine daigné
regarder cornrne tenant la place d'une nation in-
dépendante. Les Ánglais ouvrirent les yeux, et
s'irriterent; ce qui, san s doute, n'était pas sage,
mais peut-etre était tres-naturel; et ceux qui
hurniliaient I'orgueil cl'un des plus puissans em-
pires existans alors en Europe, peuvent bien
excuser ses habitan s d'en avolr témoigné de I'in-
dignation. Mais iI est temps que cette jalousie s'é-
teigne. Les hOllInes les plus éclairés et les plus
génereux considereront aujourd'hui, ave e heau-
coup d'intéret, la modeste' : histoire de eette
luUe qui consolida l'indépendance de l'Anléri-
que, fixa et éleva son caractere national, et lui
donna ~lne occasion de déployer cette énergie
et ces vertus que la liberté avait n~urries, en
secret dans le creur de ses citoyens. Les Aluéri-




( 329 )
cains penvent clrc fiers de celle dcrniere guerre :
cHe fait honneur a lenl' tete, ainsi qu'a lenr
ereur; ils eornhattirel1t une seconde fois pour
lenr indépendance et leur cxistence nationale ;
et, ainsi que tous ceux qui cOll1battent pour
ces grands intérets, ils tri0l11pherent.


Les établissemens se multiplient rapidement
sur la lisiere des forets qui bordent le lac Erié;
cette position est cxtrernement avantageu~e au
fermier. J'ai déja parlé du canal dont le creu-
sement est si avancé, qu'il va bientot ouvrir une
libre cOll1munication entre ces eaux et ceHes de
l' Atlantique. On a le projet de creuser un autre
canal de quelques nlilles seulement de lo~gueur,
pour joindre le lac avec l'Alleghany, un des
principaux affiuens de l'Ohio; ce qui complete-
rait la comulunication avec le golfe du Mexique,
dans une étendue de 3400 lnilles ( plus de 1000
lieues ). >


11 est impossible de ne pas etre frappé d'ad-
nlÍration, en considérant la navigatioIl intérieure
de cette magnifique contréc. Du beau bassin de
l'Erié, vous entrez, an nord et a l'ouest, ~ans
des lacs et des rivieres qui, dan s peu d'années,
y apporteront les productions d'états qui ne sont
pas encore nés. Au nol'd-est, on s'est ouvert un
chenün vers l'Atlantique, par le bean fleuvc




.. ( 330 )
de Saint-Laurent; an sl1d-e~t, l'Erié cst sur le
point de communiquer ave~ l'Océan, par la ma-
gnifique riviere d'Hudson; an sud et él l'ouest,
coulellt les belles eaux du. Mississipi et d'un
lnillion de tributaires de ce grand fleuve. TI y
a quelque chose de sublime dans l'aspect de ce
vaste domaine terrestre, surtout quand on songe
avec quelle rapidité la vie, l'aetivité et la puis-
sanee y croissent. Un peuple industrieux et
éclairé fonde, dans le désert, républiques sur ré-
publiques, dont les lois sont basées sur la jus-
tice et les droits' imprescriptihles de l'homme!
Quel crenr serait assez froid pour contempler ce
tableau sans etre vivement ému? .


L'autre jour, voulant respirer l'air du matin,
je sortis du village oll nous étions logées, et,
apres avoir traversé un petit bois nmrécageux, je
gagnai les hords du lac. J e contemplais les pre-
~iers rayons du soleil que je voyais hriller sur
les eaux et dorer le 80mnlet des petites vagues qui
en ridaient la surface azurée et venaient se
Lriser sur un lit de cailloux avec un murmure
semblable él celui des flots de l'Océan par un
telIlps calme. Tout a coup je me trouvai en face
d'un ctre solitaire, assis sur un petit rocher
áu bord de l'eau : c'était un Indien. Son toma-




( 331 )
hawk reposait sur son épaule; ses moccasins (I)
étaient ornés de phunes de porc-épic, et su coil:'
fure grotesquement décol'ée de plumáges et de
handes d' étain poli. Sa figure avait un air de
dignité et de fierté sauvages; ses pommettes
n'étaient pas aussi saillantes, ni son visage aussi
plat que cela se voit ordinairement chez les 1n-
diens. Il n~ fant pas croire néanmoins qu'il était
heau: bien au contraire, son teint cuivré, rendu
encore plus brun par l'ardenr de quarante soleils
d'été, une cicatrice sous l'reil ganche, et quel-
ques autres marques pouvaient le faire trouver
hideux. Il souffrit que je le regardasse ( comme
le souffrent d' ordinaire ceux de sa race) sans
détourner la tete. J e ne sais s'il méditait sur la
grandeur déchue de sa tribu, et s'il pensait avec
regret a ces jours OU ses ancetres poursuivaient le
gibier dans des forets vierges et des prairies dé-
sertes, 01.1 ron voit maintenant de rians hameaux
et des blés ondoyans : j'aurais, en ce lnoment , pu
méditer pour lui sur toutes ces dIoses, et soupirer
en regrettant que ce triomphe des arts pacifiques
sur la vie sauvage ait été obtenu aux dépens de
sa race farouche. Mais pourquoi? Elle est si


(1) Espece de brodequins faits de peau de daim ou
d'élan. Ils sont fabriqués par les femmes indiennes.




...
( 332 )


étonnantc, si avantageuse a l'humaniLé , eL sí
glorieuse, eette nlétamorphose qui a fait des vastes
retI-aites des pantheres, des loups et des sau-
vages, le paisible séjonr de l'industrie et l'asile
tutélaire des opprimés. Quel noble édifice a été
élevé ici ponr servir de refuge a la liberté persé-
cutée! II est impossible de fouler le sol de l' Ámé-
rique sans le bénir; il est impossible de contem-
pIel' la l'ichesse et la force croissantes de ce pays
san s ressentir une vive joie.


Nous ne désirions pas peu de poussel' vers le
sud, d'Erié a Pittsburg, po u!' voir de nos propres
yeux les merveilleux progres des établisseluens de
l'Ouest;( mais nos dispositions ayant été prises
antérieurement ponr la descente du Sajnt - Lau-
rcnt, nons reVIOlnes sur 110S pas, en dirigeant
notre course vers l'Ontario.


Vous m'avez témoigné, dans vos dernieres lettres,
<Iuelqu"e curiosité tonchant la situation de l' établis-
sement de ]\tI. Birkbeck sur le territoire d'Illinois,
ajoutant a vos questions que le bruit courait que
ces courageux éllligrans avaient con<;u d'abord de
trop brillantes espérances ,et n'avaientpas assez
prévu ·les difficultés que le colon le plus heureux
dans ses entreprises doit toujours rencontrer. Ce
hruit, je erois, a été répandu par M. Cobbett,qui
jngea a propos de pronoueer sur la conditiou dll




( 333 )
refl11ier clans le pays d'Illinois, sans sortir de sa,
résidenee sur l'lle Longne. D'apres l'intéret que
je prends aux sucees de nos compatriotes établis'
dans rOnest, je' me suis donné quelques peines
pour lne procurer des renseignemens' sur· , leur
condition actuelle. Ceux que "je vous transmets
sont principalelnent extraits des lettres de deux
Américains de notre connaissance qui viennent
uevisiter l'établissement. Ils m'apprennent que
la eolonie jouit de tous les avantagespositifs an-,
l10neés par, M. Birkbeck ; que, les-plus grandes
diffieultés ont' été surmolltées,et ql'l'.elles ont
toujours étémoindres que celles q:l1'on rencOntre
fréquemment dans un nouveau pays.


Le village d' Albion, centre de l'établissement,
contient a présellt trente habitations: on y trouve'
un mac;on, un charpentier, ~lttn¡'charron, ;Wl
chaudrónnieret un maréchal; unebout~ue bien
assortie, unepetite, bibliotheque, . une auberge.,
une chapcIle et un bureau de poste, on la malle
arrive régulierelnent deux fois par semaine .. Etal1t
situé sur une éminence , entre, le ,grand et le
petit Wabash, ce village se trouve, par sa posi-
tion élevée et son éloignement de quelques milles
des rivieres, jouir d'un air singulierenlent. ~c et
salubre. On dit que la prairie au milieu. de la-
~luelJe il cst situé est l'nagnifique. Les envirolls




( 334 )
présentent destapis d'une verdure perpétuclle
étendus sur de belles collines et dans de rians
vallons, et ornbragés <;a et la par de jolis bouquets
d'arbres semés par la main de la nature, ave e un
goutque l'art ne saurait égaler; toutes ces heautés
se déploient sous un eiel serein ,. dont l'azur efface
l'éclat des saphirs. Lesplus beaux parGs de l'An-
gleterre, écrit notre ami, ne sauraient.entrer en
comparaison avee ce lieu eharmant. Le sol est
extremement fertile, et conséquernment offre un
grand avantage ,sur les. ten'es phlS boisées qui nc
peuvent guere etre défrichées po~w D;l;oms qe douze
a quinze dollars par acre. Le fermier d'IUinois
peut , en général, faire défr¡cher les siennes pour
moins de cinq dollars, et ensuite adopter un
mode de culture heaueoup plps avantageux. Ce
qu'ollreproche .le plus fr~q;Q~mm~l1t aux Lelles
prairies de l'Ulinois, ~st l~h :tpf\l1qu~: d,e. s~\.,r~es
et de ruisseaux. pour ét~lir des lllpulins: ceci
peut, en effet, etre incommode pour le colon,
quoique sa santé .doive y gagner. La rivfer~. la
plus proche d' Albion est le·W ahash ". é¡ojgné qe
huit milles; le ruisseau le plus voisin qui nesoit
pas sujet a se dessécher au milieu de l' été, est le
Bonpaw, distant seulement de quatre mines. Les
lilares d'eau ponr abreuver le bétail étaiel1t sus-
ceptibles de se tarir uans trois .ou quatre semaines,




( ·335 )
et ron appréhendait quelques ineonvéniens pas ....
sagers de eette circonstance. On peut obtcnir
partout de l'eau en creusant a vingt-cinq ou
trente pieds au-dessous du sol. Ces puits ne man-
quent jamais; mais on éprouve, eornme de rai-
son, de la difficulté a se procurer de l' eau par ce
11loyen dan s un nouvel établissement (1).


L'établissement d'Albion doit incontestable-
ment présenter un attrait particulier al' énligrant
anglais, en ce qu'il espere y jouir de la société de
ses compatrio~es , avantage réel ou idéal au.quel
il est ,ra~emeni insensible. Cependant, générale-
ment parlant, il vaudrait mieux , ponr l'én1Ígrant
eomme pou!' la société a laquelle iI s'attache, qu'il
s'incorporat prompternent avec le peuple qn'il
trouve S\lr le sol. Tout homme n' est pasdoué de
la force d'esprit et des sentimens libéráux de
M.·Birkbeck : bea~coup d'émigrans appdrten;t avec
eux des préjugés et des prédilections qu'ils ne


( 1) .Le meme inconvénient, le manque de fontailles et
pe ruisseaux, e~iste , au dire de M. Brackenridge , dans les
prairies du Missouri; et l'on m'a assuré qu'il en est gé-
néralement de meme dans toutes celles des territoires de
l'Ouest lorsqu'elles ne se trouvent pas dans le voisimlge
immédiat des grandes eaux. M. Braekenridge donne aux
puits du Missouri une profondeu\' égale a eeHe qu'on a
supposée ei- dessus a ceux de I'IllillOis·




( 336 )
peuvent perdre que par de fréquentes relatíoI19
avec les hornmes nés dans le pays. En prenant
rang tout d'un coup parmi eux, ils acquerront
plus promptement une connaissance exacte de
leurs institutions politiques, et apprendront a
estimer les Ílnportans priviléges qu'elles leur
conferent; et, s'attachant de la sorte a leur patrie
adoptive, non pas uniquement par des motifs
d'intéret sordide, mais par principe et par
sentiment, non-seulement ils se naturalisent,
mais encore ils se nationalisent. Je n'ai rencon-
tré que trop d'Européens qui n'avaient fait -que
la premiere de ces dIoses. Je dois observe~ aussi
que le fermier et l'al't4san européens sont ordinai-
rement de heaucoup inférieurs a l' Américain en
connaissances générales' et pratiques, ainsi que
pour : l'esprit d' entreprise. Vous trouvez, ohez le
fermier des états de l'Unron" une: masse j d'in-
struction, une adresse dans tous les arts rnanuels,
et souvent une élévation de sentimens patrio-
tiques, auxquels rien ne peut se comparer cnez
les hom.mes de la nienlC' ~lasse; dal1~,aú.~un 'autre
pays. Il donne tOUjoUl~S fral1chemer:tt et de hon
coour son avis et son assistallce a ceux qui les
réclaluent, et cette cOl1duite est infinÍlnent avan-
tageuse a un étranger; elle l'elnpeche SOllvent
de se livrer ,l des spéculallons trop hasardeuses,




( 337 )
'en 111eme temps qu'elle le dispose a voir et a
sentir tous les avantages essentieIs dont iI est
environné.


Il est tres amusant d'observer l'importance que
se donnesouventl'émigrant Européen, en arrivant
dan s ce pays. Le Fran<;ais s'imagine qu'il doit
organiser sur un nouveau plan la milice natio-
nale, ou pour le moios tout le département de la
guerre; l' Anglais rense qu'il opérera une révolu-
tion dans l'agriculture, en' íntroduisant la cul-
ture du turnip ( navet d'Angleterre ), et la
méthode de planter tout par rangs; l'Ecossais


. compte qu'iI doublera les produíts du sol, en
envoyant les feinmes travailler dans les champs;
cnfiIi, iI n'y a pas jusqu'au pauvre Allemand, qui
espere donner du nerf a l'Etat, augmenterle
parfuln du tabac de Kentucky, et faire épanouir
l'ame des citoyens qui le fumeront ( 1 ).


( 1) Vimportance que se donne l' Allemand a été ll1ani~
Íestée dernierement d'une maniere tres amusante dans
l' ouvrage d'un M.Van F ürstenwarther, intitulé L.J Allemancl
en Amérique. Ses observ-ations écrites apres un séjour de
troís mois. aux Etats-U nis, et av-ee une faíble teinture'
de la langue anglaise, sont vraiment amusantes. Je ne puis'
m'empecher d'en citer quelquc chose (e: Si les Américains
sont justement fiers dc leur liherté civile, de Ieur liberté


22




( 338 )
I.Ja France et. l'Irlande, l'une par l'effet Jc seS'


l'évolutions politiques, et l'autre par suitc de ses
lnalheurs, out envoyé aux Etats-Unis, panni la
foule des pauvres émigral1s, quantité d'hOlnmes
reJ1lplis de talens et donés d'un esprit libéra],
qni se sont placés a un rang distingué dans ]a
soeiété de ce pays; mais jusqu'a ces dernieres
années, l' Anlérique fédérale n'a guere vu de
nos' eompatriotes, exeepté des h01l1meS vulgaires
et illétrés.' Les exceptions a eette regle se mul-
tiplient d'année en année; il en résultera que la
Ílation muéricaine sera rnieux connue, et par


(le penser, de parler et d'écrire, et de celle 'qui regne chez
eux dans la s0Ciété, ils ne connaissent pourtant pas ceUe
plus grande liberté, ,eel1e de rame, qu'on, ne trouve qu'en
Eupo:pe, et, j'osel~ diJ'C, plus abolldamment en ¿Jllemagne
que partout ailleurs. » Je. dois l~ oonnaissance que je pos-
sede de ce livre curieux a un article inséré dans le Nortlr.
American Review., ouvrage périodique puMié sous la direc-
tion de M. Everett, professeur a l'université de Caqt-
hridge, et quipeutetre Iu ave~ un égal i~té:ret dans l'un
et l'autre hémisvhere. Je ne vréteJ;l,ds pas etre capable d'en
apprécier tout le mérite; mais les personnes qui ne sont
pas ~ état de rendre justice a la profonde érudition qu'on
y trouve, peuyent admirer la critique juste, impartiale et
polie qu'exercent ses rédacteurs, ainsi que leur style élé-
gant, Ieurs vues libérales et lc\lr saine philosophie,




( 339 )
conséquent plus estimée dans notre He. Un ami
de I'Angleterre ne devrait peut-etre pas se réjouir
de eette cireonstance. V oir ce pays abandonné
par ses meilleurs citoyens, pourrait justement
exciter le regret des Anglais patriotes et la ja-
lousie de leurs gouvernans; et pourtant que
I)OlUraient dire les derniers? Si ces nonveaux
Hampden restaient, ce serait peut-etre pour
les pousser hors de leurs siéges, comme il arriva a
leut's prédécesseurs; ils partent, et laissent les
puissans orgueilleusement assis, jusqu'a ce que
leurs siéges s'écroúlent sous eux.


C' est en vain que les voyageurs ealo~nient
r Amérique, et présentent de fansses peintures
de eette nouvelle Hespérie : ils peuvent tromper
heaueoup d'ignorans et quelques hornmes in-
struits; mais ensuite?. Le pauvJ¡e e~t:-ifrendu plus
riche . et le mécontent plus satisfait? Le fermier
se plaint qu'il seme et moissonne ponr d'autres;
que le clergé, l'Etat et les panvres de la paroisse
enlevent les gerbes et ne lui laissent que les glanes.
«( Ce n'est pas ainsi en Amérique!» s'éerie-t-il.
On lui répond qu' en Amérique, il ne trouvera
pas la moindre candeur ni la moindre honné-
teté; qn'un bill de non-impartation a été passé
contre les sciences, les mreurs et la littérature;
qu' a P hiladelphie) les coz"Zeurs des femmes sont


,2:l ••




( 340 )
~trliflcielles; et que tout lzomme, aux Etals-UnÍs,
se croit arrifJé ti la perfection (J). Maintenant ~
quand toutes ces absurdités seraient vraies, quelle
réponse offrent-elles a la remarque du fermier?
Ji se plaint des dimes, des impots et de la taxe
des pauvres, et on lui parle de s~iences, de
mreurs et de fard sur les joues des femmes.
J'en ris; mais en vérité il y aurait pIutot lieu
de soupirer .. Attachera-t-on lesyeomen anglais (2)
a leurs foyers, par de sembIables havardages?
Espere-t-on les retenir chez eux, en Ieur pré-
sentant des épouvantails qui feraient rire un eu-
fant? En vérité, on insulte davantage le peuple
que 1'0n veut duper ainsi, que celui qu'on ca-
lomnie de la sorteo Si les tombeaux pouvaient
rendre leur proie, de quel reil les vigoureux
patriotes des temps plus heureux de l' AngIeterre
verraient-ils tout cela?


(l) Essais sur t' Amérique, par Fearon.
{2} V oyez la note, page 224.




( 34í )


NOTES.


(Page 124.) Nous pensons que les lecteurs nous sau-
ront gré d'avoir inséré ici cet éloquent manifeste du
peuple américain. '


Déclaration unanime des treize Etats-Unis d'Amériqlte.


Quand, dans le cours des évenemens, il devient indis-
pensable pour un peuple de rompre les liens politiques
qui l'auachaient a un autre peuple, afin de prendre parmi
les puissanees de la terre le rang ,distinet et égal au-
quel les lois de la nature et du Dieu de la nature\ luí
donnent des droits, le respect convenahle pour les opi-
nions des hommes demande qu'il proclame les causes qui
le déterminent a ectte 'séparation,


N ous regardons comme évidentes par elles-memes les
vérités suivantes : que tous les hommes sont créés égaux ;
qu'ils ont été doués píJ.r leur eréateur de certains droits
inaliénables; que parmi ces droits sont la vie, la li-
},Jerté et la reeherehe du bonheur; que, pour assurer
ces droits, les gouvernemens sont établis par mi les hornmes,
et tiennent leurjuste pouvoir <Iu consentement des
gouvernés; que) lorsqu'une forme de gouvernement devient
eontraire a ce but ¡le peuple a le droit de la changer ou




de r aholir , et tI' étahlir un nouveau gouvcrnemcnt, en pla-
s;antses hases sur tels prineipcs,eten organisant ses pouvoirs
sous telleforme qui lui paraltrala plus eOl1venablepour pro-
duire sa sureté et son bonheur. La prudence, a la vérité,
enseigne que les gouvernemens établisclepuis long-temps ne
doivent point etre changés ponr des causes Iégeres ou
passageres; l' expérience a aussi prouvé que les hommes
sont plutot disposés a souffrir, tant que les souffrances
sont supportables, qu'a se faire droit a eux-memes en
a-bolissant les formes auxquelles ils étaient accoutumés.
l\iais 10rsqu'une longue suite d'ahus et d'usurpations ten-
dant invariablement au meme but, prouve évidemment
le desseinde réduíre un peuple sous le joug d'un des-
potisme absolu, il est de son droít , il est de son devoir de se
débarrasser de ce gouvernement et· d'établir de nouvelles
sauve.gardes pour sa ~ureté future. TeUe a été.Ja patienee de
ces eolonies dans leurs souffranees, et telle est mainte-
nant la nécessité qlli les force de ehanger leur aneien
systemede gouvernement. L'histoire uu roí actuel de la
Grancle--Bretagne est une hístoire,d'injustices et d'liSurpa-
tions répétées, qui toutes avaient p!m1' but direet l'étabIisse-
ment d'une tyrannie absolue sur ces états. Pour le prou-
ver, soumettons les faits a un monde impartial. .


Il a refusé son -consentement aux lois les plus salutaires
et les plus nécessaires poul' le bien publico


Il a défendu a ses gouverneurs de rendre des lois d'une
importance immédiate et urgente, a moins qu'il ne fut
sursis a leur exécution jusqu'a ce que ron eut obtenu
son eonsentement; et quand elles ont été ainsi suspel1dues
iI a définitivement négligé de s'en oeeuper.


II a refusé de rendre des lois pour l'établissement de




( 343 )
gNmds districls, a moillS que le p€uplc de ces districts
n'ahandonnat le droit d'etre représenté dans la législature;
«roit inestimable pour un peuple, et qui n'est formidable
qu'aux tyrans.


Il a convoqué des corps législatifs dans des lieux -inusités,
incommodes, et éloignés de leurs archives publiques,
dans la seule vue d'ohtenir d'eux par lassitude la sanc-
tion de ses mesures.


Il a dissous plusieurs fois des chambres de représentans,
paree qu'elles s'opposaient avec une noble fermeté a ses
empiétemens sur les droits du peuple.


Apres ces dissolutions, iI a refusé pendant long-temps
de faire élire d'autres chambres de représentans, et par
Ja le pouvoir législatif, qui n'est point snsceptible d'etre
anéanti, est retourné au peuple en massc pour etre
'Cxercé par lui; l' état restant pendant ce temps la exposé
a tous les dangers d'invasions extérieures et de convulsions
au-dedans.


n a cherché a mettre obstacle a l'accroissement de la
population de ces états. Dans ce but, il a mis empeche-
ment a l'ex'écution des 10is pour la naturalisation des
~trangers; il a refusé d'en\ rendre d'autres pour les en-
courager a émigrer sur ce continent, et il a élevé les
COl\ditions pour les nouvelles acquisitions de terres.


n a gené l'administration de la justice, en refusant son
assentiment a des lois pour l'établissementde pouvoirs
j ud iciaires.


·Il a rendu les juges dépelldans de sa scule volonté pour
la jouissance de leurs charges et pour le taux et le paie-
¡¡nent de lcurs émolumens.


Il a créé u.ne lllultitudc de nouveaux cmplois, ct cnvoyé




( 344 )
dans ce pays des' e5saims d'employés p~ur vexer nob'e
peuple et pour dévorer sa substance.


Il a entretenu parmi nous en temps de paix des armées
permanentes' sans le consentement de nos législatures.


n s'est appliqué a rendre le rnilitaire indépendant de
l'autorité civile et nu~me supérieure a elle.


Il a combiné ses efforts avec ceux d' autres personnes (1)
pour nous soumettre a une juridiction étrangere a llotre
constitution et non reconnue par nos lois, en dormant
sa sanction a leurs actes de prétendue législation, les-
quels actes avaient pour objet,


« De mettre en quartier chez nous de gros corps de
troupes;


» De protégcr les individus de ces corps par un simu~
lacre de prod~s, contre la punition des meurters qu'ils
auraient commis sur la personne des hahitans de ces
états;


» De détruire notre commerce avec toutes les parties du
monde;


» D'imposer sur nou~ des taxes sans notre consente-
ment;


» De nous priver, dans plusieurs cas, du hénéfice du
jugement par jurés;


» De nous transporter au-dela· des mers pour nous y
faire iuger sur de prétendus délits;


» D' abolir le systeme lihéral des lois anglaises dans
une province voisine, d'y établir un gouvernement arhi-
traire, et de reculer ses limites, afin de faire a la fois


(1) Avec le parlement britannique.
(Note du tra ducteur.)




( 345 )
de cette province un exemple et un instrunient propre a
introduire le meme gouvernement a'bsolu dans ces co-
lonies; I


» De nous enlever nos chal'tes , d' abolir nos lois les plus
précieuses, et d'altérer jusque dans leursbasesles formes de
nos gouvernemens;


» De suspendre nos propres législatures et de se dé-
cIarer investis du pouvoir de faire des lois obligatoires
pour nous dan s tous les cas quelconques. »


Il a cilidiqué le gouvernement de notre pays en nous
déclarant hors de sa protection et en nous faisant la
guerreo


II a pillé nos vaisseaux, ravagé nos eMes, hrUlé nos
villes et massacré nos concitoyens.


Et maintenant il transporte de grandes armées de mer-
cenaires étrangers, pour accomplir l'reuvre de mort,
de désolation et de tyrannie, qui a déja été commencée
avec des circonstances de cruauté et de perfidie dont on
aurait peine a trouver des exemples dans les siecles les
plus harbares, et qui sont tout-a-fait indignes du chef
d'une nation civüisée.


Il a forcé nos concitoyens, faits prisonniers eh mer,
a por ter les armes contre leur pays, a devenir les bour-
reaux de leurs amis et de leurs freres, oua tomber e~x ~
memes sous les coups de Ieurs concitoyens.


Il a excité parmi nous des troubles domestiques, et il
a cherché a auirer contre les habitans de nos frontieres,
les Indiens, ces sauvages sans pitié, dont la maniere connue
de faire la guerre est de tout massacrer, sans distinction
d'age, {le: sexe, ni de conditiol1.


Achaque époquc de cette série d' oppressions nous




( 346 )
avons demandé justice daus les termes les plus humhles ~
nos pétitions réitérées n'ont re~u pour réponse que des
injustices répétées. Un prince dont le caractere est ainsi
marflué par tous les actes qui peuvent caractérier un ty-
ran, est indigne de gouverner un peuple libre.


Quant a nous, nous n' avons pas manqué d' égards pour nos
freres les Bretons. Nous les avons de temps en temps avertis
des tentatives faites par leur gouvernement pour étendre sur
nous une injuste juridiction. Nous leur avons rappelé les
circonstances de notre émigration et de notre étahlisse-
ment dans ces contrées. Nouo en avons appelé a leurjusticc
et a leur magnanimité naturelles, et nous les avons con-
jurés par les liens de notre origine commune de désavouer
ces usurpations qui devaient inévitahlement amener l'in-
terruption de nos relations et de notre commercer
Eu:!. aussi ont été sourds a la voix de la justice et de la
paJ'enté~ NOU5 devons done cédera la nécessité qui
ordonne notre séparation, et les .regarder, ainsi que nous
regardons le reste du genre humain, comme ennemis pcn-
.dant la guerre et enmme amis' a la paix.


En conséquenee, nous, les représentans des Etats-
Unis, assemblés en con gres général, appelant au juge
supreme <Iu monde, de la droiture de nos intentions,
nous· puMions et déclarons solcnnellement, au nom, et
de l'autorité du hon peuple de ces colonies, que ces co-
lonies unies sont et out droit d'etre des états libres et
indépendans i qu'elles sont dégagées de toute allégeaucc
envers la couronne de la Grande-Bretagne; que tout líen
politique cntre elles et l'état de la Gramle~Bretagne est
el doit ctre entihement rompu ; et que, comme etats liu
bres el independan8 , elles ont pleine autorité de faire




.' ( 347 )
la guerrc, de eoncIure la paix, de contracter des al-
liances} d'éta])lir le comnlerce et de faire tous les autres
actes ou choses que les états indépendans ont droít de
faire; et pleillS d'une ferme conuance dan s la protectioll
<livine, nous engageons .mutueUement au soutien de ccHe
déclaration , nos vies, nos fortunes , et notre ])ien le' plus
sacré,l'honneur.


John HANCOCK, président.'


(Pag. 210.) Pres d'un demi-siecle s'était écoulé depuis 'a
mort du major André, lorsque le gouvernement anglais
chargea le consul américain a N ew-York de récIamer les
restes de cet officier et de les faire transpo~·ter eu,Angleterre
pOUl' y etre enterré!S avec honneur. On as~ura nH~rrie alórs
que Westmiuster était le lieu destiné a leur sépulture. La
cérémonie de l'exhumation eut lieuIe dix aout a une heure
apres midi, en présence d'un concours immens~ d'individus
de tout age et de tout sexe , réunis pour. en. etre témoins. Le
consul angIais, accompagné du PFopriétaire du champ oil le
major avait été enterré, et de quelques ouvriers, s'était
l'eudu des le matiu sur les lieux. et avait fait commencer les
travaux. On ota d'abord un tas de pierres qll.i entouraient
et couvraient en partie {a fosse ; on enleva ensuite avee
heaucoup de précaution un jeune pecher que le con--
sul anglais a envoyé en Angleterre pour etre planté
dans un des jardins royaux. On craignit d'abord de
ne pas retrouver le cercueil, parce que le bruit courait
qu'on l'avait enlevé quelques années auparavant; cependant
a la profondeur de trois pieds on le découvrit; le cou-
verde en était brisé vers le centre et s'était enfoncé en
partic. En le levant on aperplt le squelettc de l'infortuné




( 348 )
Alldré; il parl1.t dan s son entier, chacun de ses ·os occupant
sa place natul'ellc; mais 011 ne trouva aucun autre ves-
tige de son corps, excepté quelques tou[fcs de ses cheveux;
il ne restait rien non plus de ses vetemens, excepté un cor-
don de cuir. On releva soigneusement le squelette et on le
dépósa dans un magnifique cercueil semhlahle a ceux dont
on se sert. en E urope pou!' renfermer les restes des per-
sonnages illustres. Le cercueil recouvert fut ensuite trans-
porté a hord d'un ])atiment anglais chargé de le conduire
en Europe. Avant leur départ, les restes du major André
ont été exposés pendant quelques jours aux regards des
curieux, qlli se sont rendus en foule a hord du bc1timent
qui les portait.


L'exhumation des restes du major André a fait naitre
quelques contestations sur les circonstances qui accompa-
gnerent la fin tragique de ce jeune et hrave officier, évc-
nement qui excita un touchant intén~t en Europe aussi hien
qu'en Amérique_, etqui forme un triste épisode de la
guerre de l'indépendance. Le cordon de cuir qu'on trouva
avec le squelette , parait 'etre celui .qui attachait les cheveux
du malheureux André; et de ce qu'on n'avait trouvé aucun
déhris de ses vetemens, quelques personnes conclurent
que le tomheau d'André avait été violé pour s'emparer de
cés chétives dépouilles, ce gui, au reste, pourrait avoir
été fait .apres que l'armée américaine se fut retirée des
environs du lieu de .l'exécution; cal' personne, dans cette
armée, ne pouvait etre capahle' d'un pareil acte. D'autres
personnes, par une susceptibilité assez singuli(~re pour
l'honnenr de l'habit militaire anglais, sont parties de la
ponr ailirmer qu' André n'avait pas été exéeuté sons son
uniforme. D'anciens militaircs américnins qui avaient as-.




." ( 349 )
.'ll:,té a l'cxécution, out jugé a propos de démentir ceUe
asscrtion: ils souticnnent qu'André était en granll uni-
forme lorsqu'on le conduisit a L'l. mort, et, comme poue
donner du poids a leur dire, ils rappellent certaines par-
ticularités qui marquerent l'exécution d' André. Presque
tous les officiers de l' armée américaine y assisterent , mais
on' n'y vit point Washington. Ceux de ces officiers qui
étaient a cheval avaient été rangés le Jong du chemin
qu' André avait a parcourir pour se remIre, de la maison Oll
il avait été détenu, jusqu'a l'endroit fatal. En passant, iI
saIua avec une extreme politesse tous ,les officiers qu'il
connaissait, et en particulier ceux qui avaient siégé au
conseil de guerre qui l'avait condamné; ses saluts lui
furent .rendus avec ce respect melé d'intéret qu'inspire
toujours une grande infortune. Presque tous les spec-
tateurs avaient les larmes aux yeux : on regardait André
comme une victime sacrifiée par le perfide Arnold, et
quoiqu'on envisageat son exécution comme juste et né·-
cessaire, on ne le considérait pas comme un malfaiteur
ordinaire. Le genre de supplice auquel André fut condamné
excita une vive indignation en Angleterre; ce fut a tort.
Le commandant en chef de l' armée américaine eut bien
voulu céder au désir d' André qui demandait a etre fu-
sillé; mais la chose était impossible. André avait été jugé
et coooamné, sur ses propres aveux, comme espion, et
les lois de toutes les nations condamllaient l'espion a la
potence. Changer son supplice aurait été en quelque sorte
avouer qu'il n'était pas un espion, et le monde eut pu
considérer alors son exécution COlllme un assassinat. Iia
concluite d'André pro uva qu'il n'avait réclamé qu'unc
fayeur, et qu'il savait que le gen re de mort qu'on lui




( 350 )
réservait était légal, quelque horrihle qu'il pÜt lui paraitre,
Il avait aussi la conscience de n'etre pas regardé comnle
un criminel par les ennemis politiques qui l'entouraient au
moment de son supplice. A vant de tenter son entreprise,
il était hien convai:~lCu du sort qui l'aUendait s'il se laissait
prendre, et que son devoir était de s'y soumettre paisible-
mento


M. Barbé de Marbois, pair de France, a puMié der-
nier~ment une relation du complot d' Ai-nold; il a su y
r~p~ndr~ ae¡mcoup c;l'intéret, quoiqu'il n'ait pas tout dit.
On sait que le ~ur ~4 A:ndré fut arreté, les généraux
Washinston, Lafayette. et I)lusieurs officiers supérieurs
amérieaiQ.s arrivaient chez Arnoltl,. en revenant d'Hart-
ford, ou ils avaient tenu une conférence avec les généraux
fran9ais: Arnold averti n'eut que le temps de s'enfuir a
l}ord du rautourJ hitiment anglais; il voulut retenir a
]}ord les cinq rameurs américains qui avaient conduit son
canot; ceux-:c~ rejetereIlt avec mépris les offres qui leut'
furent faites, et,. ~écl~~e,rent d,p cQmp.landant anglais les
d~'oits du pavillQn padew.eI,lt~ire. ~?US l~~~l_ ils é~aient
venus. Ils rapporterent une lettre tres inSQlente' d' Arnold.
Pendant ce temps , madame Arnold était dans sa eha111bre,
livrée a la plus violente douleur; le premier lUouvcment
de vVashingtoll, en recevant eette lettre, fut l'indignation;
mais, au bout d'un insta~t , il se to.urna vers un de ses aides-
de eamp: «( Mo.ntez, lui dit-il, chez madame Arnold, et
<lites-lui qu'il était de mOll devoir de faire eo.urir apres so.n
lUari et de prendre tous les mo.yens de le saisir; mais que
ll'ayant pas réussi, je m'empresse de la prévenir qu'il est
en sureté a ho.rd d'un hfttiment anglais. » Madame .¡\rnold
aUa de la Rivierc <Iu Nord a Philadelphie, líeu de su nais-




( 351 )
san ce , el de la a N ew - York, o({ elle fut cond uite sur
un parlementairc, sans que, malgré l'indignation générale
contre la trahison de son mari, et le soup~on assez ré-
pandu qu'eUe n'avait pas ignoré le complot, elle eut essuyé
aueune insulte de la part de qui que ee rút.


Le major André fut traité avec de grands égards par
toute l'armée, a commencer par les officiers généraux qui
composaient le conseil de guerre: on lui témoigna meme
plus d'intéret dans eette armée que dans l'armée anglaise.
La eonduite qu'on tint envers lui est fort différente de
ceHe que tinrent les Anglais a l'égard d'un major amé-
rieain qui avait été pris sur Long-Island, dans la meme
situation que le major André, mais seulement pour re-
connaitre les postes ennemis. Il était déguisé et fut eon~
damné cornme espion : c'était tout simple. Mais pendant
qu'on le conduisait a l'éehafaud il fut accablé d'outrages;
son bonnct était déja rahattu sur ses yeux, déja il était
aUaché a la potencc, et la fatale charreUe allait marcher
et se dérober sous ses pieds, lorsqu'il entendit des officiers
anglais crier: (( V oila une belle mort pour un officier! )
- « Messieurs, <.lit-il en relevant son bonnet, toute mort
» est honorable, lorsqu'on meu'rt pour une si Lelle cause. )


FIN DU TOME l'REMIER.




,VOYAGE
AUX


ÉTATS-UNlS D~AMERIQUE.




OUí'l'flges qui $e ll'ouve1l1 che:: le m(1me L/brail'c.


21°. Le Renégat, par M. le 1Jicomte d'Arlincourt; auteu!'
du Solitaire, 2 vol. in-B., papier fin, 9 fr.


22°. Le meme, deuxieme édition, 2 vol. in-12, 6 fi'.
23°. Séjour d'un officier frangais en Calahre, ou LeUres


propres a faire connaitre l' état aneien et moderne de la
Calahre, le caractere , les mreurs de ses habitans, et les
évcnemcns politiques et lllilitaires qui s'y sont llassés
pendant l'oecupation des Fran9ais, 1 vol. in-B., 1821 ,


4 fr.
2 JO. Nouyeau Manuel des notaires, ovo Traité tlléorique


et pratiquc du Notariat, par MM. J.-P. p'i-H. et
J.-B.-T.-A. de M"'H,avocats, deuxieme édition, revue,
corrigée et :c{)tlSi<;lérablement augmentée, 1 gros vol.
in-S. de gooa 1000 pages, 10 fr.


25°. V oyage aux Etats-U n1s d' Amérique, ou Ohservations
sur la société, les lllreurs, les usages et le goUYernelllcllt
de ce pays, recueillies en 1818, 1819 et 1820 par une
Anglaise, traduit par J.-T. Parisot ... aneien oIJicier de
marine, traducteur de Florenee',· Macarthy, Kenil-
worth, etc. , 2 vol. in-8., 10 fr.


26°. Mémoires sur les Cent Jours, en forme de Lettrcs,
par M. Benjamin Constant ... deuxieme el dernierc par-
tie, in-B., :3 fr.
La llremiere partie, in-B., en 1820, . .) fr.
Les deux parties réunies, fOrlllallt un volume in-B.,


5 fr. 50 c.
27°. L'Europe et la Révolution, dernier ouvrage de


M. Georges ( Goerres), mis a l'index en Autriche, eL
me me en Prusse, trad. de l'allemalld, par M. D'i-H,
1 vol. in-B., de 450 a 500 pages, G fr.


28°, Le Solitaire, par M. le vicomte el' Arlincourt ... sep-
ticme édition, ornée de vignettes dessinées et gravées
par A.mhroise Tardieu, 2 "01. in-12, 5 [1'.


Sept éclitions de cet intéressallt ouvrage en moins
d'un an; quel pompeux éloge vaudrait ce He simple an-
nonce!




\/


VOYAGE
AUX


ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE,
ou


OBSERV A'rIONS
SUR LA SOCIÉTÉ, LES l\HEURS, LES USAGES


ET LE GOUVEPlNEMENT DE CE PAYS,


RECUEILLJES EN 1818, 1819 ET 1820,


P AR MISS W,RIGHT;
,


TRADFIT DE L' ANGLAIS SUR LA SECONDE ÉDITION,


PAR J. T. PARISOT,
Officier de Marine éliminé en 1815, traducteuI'


de FLOREN CE MACARTHY, KENILWO:a.TII, etc.


TOME SECOND.


A PARIS',


{


BÉCHET alné, Libraire - Éditcur, quai des
Augustins, nO 57;


Chez ARTHUS BERTRAND, Librairc, ruc Haute~
feuille, nO 23.


1822,'


DE L'IMPRIMERlE DE HU ZARD<COURCmH






FII


1~ABLE DES MATIERES
CONTENUES DANS LE TOME SECOND,


LETTRE XV. Le lIaut-Callada. - M. Gourlay. -"
L1S pauvres émigrans. - Descente du Saint-Lall '
rento - Montréal et le Bas-Canada. Page :2


LETTB.E XVI. LelacChamplaill. -Dataille dePlatls-
hurgo -Incendie du hatea u a vapeul' le Phénix. 21-


LETTRE XVII. Burlington. - Histoire succincte de
l'état de Vermont. fi'L


LETTRE XVIII. Directioll (lonnée au génie ::tméricain.
- Fondateurs des répuhliques améric~ines.- Eta-
JJJissement du gouvernement fédéral. 5R


LETTRE XIX. Des adminÍstl'atioHS fétlérales. -
!vIo Jefferson. - Causes de la dernierc guerre.-ni>
glemens de la marine militairc et marchande. ~
Leu!' eil'et sur le caractcre du matelot. - Défellsc
du pays. -Armée de l'Ouest. - Politi<[ue des étal.,
de la N ouvellc-Anglelerre. - Efl'cts de la gucrre s lit'
le caractere national. ;-<"


LETTRE XX. Unanimité de sentimens parmi la na-
tion. - Gouvcrnement central. - Constitution fé·-
dérale. I ~~)


LETTRE XXI. Intérets des différentes parties de la
confédération et influcnec <]u'ellcs cxcrcellt dalls l(~
Congres.-Extinctioll totale du partí fétléralistc.--
Etats du ccntre. -l)olitiqllc et illIlucllccde la Vil'
;;inie. - Etats de l'Oucst. - POllvoil'S du Con¡;rc~
rclal.lvemcnl ~ll'e;)cltwage <'le;; uoil':).-Ohscrvatioll':>




( vj )
sur les hergers et les chasseurs des fronticr·cs.-
Anecdote de Lafitte. - Liens divers qui consolident
l'Uníon des Etats. Page 1(1-5


LETTRE XXII. Liberté illimitée de la presse. -
Elections. - Effet des écrits poli tiques. - Journaux.
Débats du congreso 18.4


LETTRE XXIlI.Education des Américains.-Colléges
publics. - Régime dea écoles. - Condition des
femmes. 19-8


LETTRE XXIV. De la religion. - Caractere des diHé-
rentes seetes. - A.necdotes. 218


LETTRE XXV. A.venture du colonelHuger.-Obser-
vations sur le climat. 230


LETTRE XXVL Le marché de Philadelphie.- Con-
duite des citoyens. -Maniere de dresser et de
conduirc les chevaux. - Conseil a un émigrant.-
Ce qui arrive lorsqu'on amíme des domestiques
étrangers en Amérique. - Les rédemptionnaires
allemands. - ManieJe dont se fait l'importatlon
des paysans européens. - Descente de la Delaware.
- Lettre du comte de Survilliers (Joseph Bona-
parte ). - Rencontre avec des voyageurs anglais. 249


LETTRE XXVII. Baltimore. - La m~vre jaune a
Fells-Point. - Aspcct général de la ville. - Re·
marques diverses. 276


LETTRE XXVIII. Washington. - Le Capitole. -
La salle des Représentans.- La chambredu Sénat.
- Le Président. - L'esclavage en Yirgillie. -
Concl usion" 306




VOYAGE
AUX


ÉT ATS-UNIS D'AMÉRIQUE.


LETTRE xv.


Le Haut-Canada. - M. Gourlay. - Les
pauvres émigra7Zs.-Descente dlt Saint-Lau-
rento - Montréal et le Ras-Canada.


Montréal, scptembre 1819.


J E ne vous envoie, 11m ehere anúe, que peu
de détails sur notre conrse le long de la fron-
tiere du Canada, paree que j'ai peu de loisir
pon!' faire des notes, et que d'ailleurs je n'ai pres-
que rien de nouveau a vous communiquer.


Je fus surprisc de trouver (lU'il régnait beau-
coup de mécolltentement parmi les pauvres co-
]OIlS du llaut-Canada; je n'ai pas toujours pu


2.




( 2 )


comprcndre le nlotif de leurs p!aiutes) mais ils
paraissaieut regarder M. Gourlay COlllme les ayalll
hien expliqués. Vous saurez que 1\1. Conrla y fut
I)oursuivi, et que ses écrits fnrent déclal'és li-
llelles ; ne les ayant pas lus, je ne puis porter
un jugement sur lenr plus ou moins de lllérite ;
mais ilIlle parait certaill qu'ils exprimaient, avcc
vérité, les sentÍlnens des pauvres colons dont
:1\1:. Conrlay défendait la cause contre les grands
propriétaires, les régisseurs et les agens du gou-
vernelllent. Un sujet de plainte auquel, s'il
était réel, o~, devrait apporter remede, et iI
selllble que cela se pourrait sans beaueoup de
difficulté, est que 1'011 envoie lcs émigrans trop
avant dan s l'intérieur du pays, et qu'on les
établit a une trop grande distan ce les uns des
autres, ce qui leur cause des difficultés presquc
insurmontahles et un travail excessif. Ce qu'un
élnigrant pauvre, mais intelligent, m'a dit de sa
propre situation m'a touchée de compassion.


On aimerait a penser que les souffrances de
ces pauvres gens (et je prendrai ponr exemple
les indigens irlandais, qui arrivent ici en foule,
~ans un denier dans la poche, et couverts a
peine de méchans hail10ns ) ; on ainlerait, dis-je,
a penser que leurs souffrances sont terminécs,
des qu'ils out nlis le pied sur ces rivages ; mais




( 3 )
trop souvent, elles augmentent an décuplc : en
premiere ligne, il fant mettre les horreurs du
voyage; mal nourris, mal vetus, et souvent en-
tassés sur les navires qui les transportent, comme
sur des pontons (l), iI n'cst pas rare qu'un qual't
et meme un tiers des n~alheureux qui compo-
sent cette cargaison vivallte, ne soient enlevés
par les maladies, pendant la traversée (2). J'ai
pensé quelquefois que si les sociétés ponr la
suppression du vice employaient une partie de
leurs fonds a équiper convenablelnent ces pau- f
vres gens, les placer a bord de navires propres,
et bien aménagés, les confier aux soins de capi-
taines proLes et humains, el lenr procln~er les
moyens de subsister dans ces colonies loin-


( 1) Ces affreuses prisons flottantes ne sont pati rnoins
en horreu1' aux Anglais philantropes qu'aux citoyens des
nations quí y ont vu périr l'élite de leurs matelots et de
Ieurs soldats.


(Note dlt traducteur.J


(2) Il ya dans Poriginal mid-passage, nom qu'on donne
généralement a la traversée des cotes d' Afrique aux Hes
d' Amérique; cette express ion, et celle de cargaison vivante;
montreht que l'auteur fait allusion a la traite des noirs;
trafi.c aho~inahlc contre lequc1 il est inoul que les amis de
l'humanité soicnt encorc ohligés d'élcYer leurs voix.


(Idem.)
L.




( 4 )
taines) jus(lu'a ce qu'ils fussent ~taLlls SUr lc~
terres qu'ils doivent cultiver, les memLres de
ces so cié tés rendraient a leurs semblables un
serviee plus essentíel que tous eeux qu'ils ont
pu lenr rendre jusqu'a présent. Vous eoneevez
les souffranees d'nne tronpe de malheurenx a
demi - nus, envoyés dan s eette Sibérie, solÍvent
a la fiti de l'automne; les délais peut-etre inévi-
tables qu'eprouve lenr départ ponr les stations
qu'ils doivent oeeuper dans le désert, en font
mourír quelques-uns et découragent les autres.
Beaucoup d'entre eux sont accueillis avec hu-
mallité par les propriétaires canadíens, tandís
qu'on eh voit un assez grand nombre qui réussis-
sent a gagner les Etats-Unis, et y trouvent des se-
cours dans la eharité des habitans de New-York.
Apres de terribles souffrancesieeux qui sont restés
parviennent en fin a avoir pour demenre une
hutte en boís, au milíeu des forets'; ils y sont
exposés aux vents, et aux neiges du pole, aux
fievres, aux terreurs de la solitude, et a tons
les maux et toutes les privations qu'on éprouve
dans un désert du Cana da; certes, il n' est pas
besoin que l'homlne se joigne a la' nature pOUF
accroltre les elubarras du colon.


C'est une ehose admirable de vo~r avec quelle
patience les hommes supportent les souffrances




(,5 )
physiqucs, lorsqu'ils s'y sont exposés voloulalrc-
ment, et quand iIs ne peuvent pas en aeeuser
leurs gouvernans. Sur les rives InéridionaIes de·
l'Ontario, nous avons trouvé des maladies ca-
pables d'abaUre les esprits les plus énergiques,
et Dieu sait si nous avons entendu une plainte !
Au nord de ce lac, nous avons vu le mé~
contentemellt partout; peut-etre était-il souvent
injuste; mais il est dans la nature humaine d'irn-
puter nos maux a d'autres, quand iI se présente
un prétexte pour cela. Le seul nlOyen assuré de
m~intenir la paix est done d' écarter tout pré-
texte de ce genre. Ceei ayant lieu aux Etats-
Unís, un homme trcluble la fievre, avale ses
drogues, se rétablit OH meurt sans avoir que-
rellé personne, exeepté peut-etre son apothi·
cmre.


Que les homulcs d'état emploient étral1gelnent
Icur argent! On dépense des centaines de nlÍlle
livres sterling en frégates plus grandes qu'on n'en
vit dans la fioUe de TrafaIgar, enmunitions de
guerre et munitions navales, en baUeries, en
tours Martello ( 1 ) •••• ; et óll? sur les rivages de


(1) Les tours Martello ,construites a l'instar d'une tour de
ce nom, située sur la cote de Corse, ont été emIJloyées par
le gouvcl'nement anglais ~\ fortifier tous les points vulné~




( 6 )
la Sibérie canadienne.... Pourquoi fuire? Pour.
empecher les loups etles ours d'etre plus promp-
tement délogés de déserts glacés, qni ne valept
guere la peine de les envahir, et ponr protéger
quelques . milliers d'individus, épars sur la li-
siere .d'immensesforels, contre la contagion des
pril1cip.es répuhlicains. QneIle ulagnifique idee
cela donne d'un pays ql1 i. peuL ainsi voiturer
ses trésors a travers l' Atlanlique, ponr les semer
Jans le désert! eombien il doit etre florissant!
eomme ses coffres doi vent etre pleins! A coup
~i'tr ses habitans doivent etre des princes, ses
lnarchands des rois, et ses rois les incas du
Pérou (1). Mais a quoi lnenc tout cela? Rem-


rabIes des cot.es des possessions. hr..it~nniq"Ues dans les di~
verses parties du monde, mais principalement les endroits,
les plus acce~sibles des c0tes dú. sud et de l' est de l' Anglc-
terre, a l'époque 01'1 une armée formidahle et une flotilIe
nombre use étaient réul1ies a ~ulogne et dans les ports
voisins, et mena~aient les Anglais d'une descente. On trouve
la description exacte de ces tours dans le hel ouvrage de
M. Charles Dupin, intitulé: royage dans la Grande-.
Bretagn,e) t~)In:e n , pages 251 et suivantes.


(Note du traducteur.)


( 1) Le lieutenant Hall porte les déboursés faits a Kingston.
pendant la guerre a 1000 livrcs sterling par jour, et la dé-




( 7)
plira-t-on le hut fjU'On se propose, et la dlOse en
vaut-elle la peine ? (( Les opinions pénetrent la 0':\
lme arnlée de soldats ne peut pénétrer.)) Un peuple
apprend a IllllrillUrer; que deviennent alors les
Lroupes, les frégates, les baUeries et les tours
Martello? Les querelles q~Ii troublent une eo-
lonie , resselllblent a ceHes qui fatiguen t les
oreilles dans une pe tite ville. Que ceux qui
écoutent, entendent; il Y a toutefois des gens
dont le devoir est d'écouter, et ils pourraient
bien trouver que prévenir les ahus' est un
moyen plus sur et moins dispendieux de con-
server leur autorité, que l' érection de forte-
resses, l'entretien de garnisons, et tont ce quí
~,'ensuit. Si les dellx Canadas ne sont pas les
plus couteuses de toutes les eolonies anglaises,
lle seraient-ils pas les plus inutiles? C'est ee
{lu'on serait tenté de croire en les visitant.


}lcnsc de la frégate le ~aint-Laurent, a 300,000Iivreso_
Une pcrsonne qúi a résidé long-temps au Canada, m'a
ac,suré que les batimcns de guerre envoyés d' Anglcterre en
morceaux pour etre aehevés ct employés sur lc lae On-
tario,étaienttous pourvus d'alamhies. Les habitans de Lon-
dres, s'écriercnt les Canadicns, pl'ellnenl-ils ce lae POU!' un
bras de l'Océan, qu'ils nOU5 envoirnt des machinc3 pour fIl
dcssalcr les eaux ?




( 8 )
Deux irnmenscs bateaux a vapeur, du port de


ql1atre a einq eents tonneaux, naviguent marn-'
tenant sur l'Ontario, an lieu des grands haLi-·
mens de guerre, qui reposent paisiblement dans
leurs havres, sur ehaque rive du lae. Le ba-
tean amérieaill présente toutes les eornmodités
possibles, eomme e'est l'ordinaire de . tous ces
h6tels flottans qu'on trouve sur les eaux des
Etats-Unis. Le bateau canadien, au contraire,
mais pI'obablem~nt paree qu'il a été destiné au
transport des troupes et des munitions de toute
espece ,pIutot . qu'au seryice des passagers, est
sale et 'mal tenUe Il y a aussi a présent un
joli bateau a.vap~ur, de moÍndres dimensions,
qui· navigue del Kingston a Prescott , village flo-
rissant ,situé dans le voisinage des rapides;
un autre sera. .. bientc)t lancé sur l~ lac Saint-
lrran<;oi~,e~ q~;{ renarala navigatiop de lariviere
encore plus facile.


Nous préférflmeS voyager plus a loisir et d'une
maniere luoins comluode que nous n' eussions
fait par le batean a vapeur. Notre curiosité nous
COtlta beaucoup de fatigues, et a moi un Iéger
acees de fievre, qui, toutefois , ne se trouva pas
etre la maladie du pays. Nous ~bservames que
la fievre intermittente, ou fievre des lacs, ainsi
qu' on l' appelle dans ces régions, était tres com~




( 9 )
mune, principalement le long des rives (lu Saint.;
Laurent. Jc ne conseille pas au voyagcur de
choisir l'autOlnne poul' descendre cette riviere.
Les vents froids et les brouillards épais de la nuit
succedent aux chaleurs hrillantes du jour, et ces
changenlens de tenlpérature sont de ceux que,
surtout si l'on voyage en Lateah découvert, peu
de constitutions peuvent éprouver in1punément.
011 ne se fuit pas d'idée combien, dan s cette sai-
son, iis sont brusques et variés , sur ces eaux et
dans les terrains non défrichés qui les avoisinent;
pour . moi, je ne voudrais certaínem'ent pas m'y
exposer une seconde fois.


A Kingston', nous montalnes sur un bateau
tres bien manreuvré qui, en quatre jours, et la plus
grande partie de trois nuits (cal' le défaut de
commodités 6t que nous ne primes chaque fois
que quelques heures de repos ), nous ~onduisit a
la Chine, sept lnilles au-dessus de Montréal.


11 y a quelque chose qui fait impression dans la
monotonie sauvage de la fronti<~re du Canada.
Le large fleuve, les cedres noirs qui hordent ses
rives et couronnent ses Hes, la cabane du colon
qui se moIÍtre a travers le feuilIage, et <;3. et la
un petit village et une ligne de champs cultivés
perdue au milieu du désert, tels sont les objets
qui fi'appent vos yeux:. Ajoulez a cela le profond




( 10 )


sileQce 11llerr0111pU seulelnent par les voÍx díscor-
dantes ele vos bateliers canadiens, quand ils he-
lent quelque canot -;:qui passe a portée, ou 101'8-
qu'ils levent et font retomber leurs rames en ca-
dence. Une sc(me semblable offre peu de cIlases a
raconter ou a écrire, et pourtant elle produit
Leaucoup d'effet ~ur l'esprit. Salvator pourrait
trouver un sujet quand la nuit étend son voile
~ur eette vaste solitude, et lorsque le batelier
canadien aHume son feu sur un rocher 'de granit,
t.uldis que les eaux du fleuve paraissent dormir,
el q~le l~s s.pm9r~~ ramea:t:tx d'un vieu~ cedre senl-
blent vaciller eo~me la flamme.


Les rapides présentent un singulier aspcct,
surtout lorsque vous. voua trouvGz au lnilieu d' ellx.
Les eaux formen.t des bri~ans a .dr(>i,te el a gau-
che; etdes vag:Q.~s,.v!ertes, courollBées d'éculue,
~'gitent votre ~arque dans tous les ~ens; vous
retrouyez alo1'8 le N.iagara daIU' toute sa ma-
jesté~


Le chemin de la Chine a Montréal est une jolic
petite pronlenade, quoiqu'on la fasse dans unevoi·
lure qui n'est pas des plus élégalltes; nlais cela se-
rait peu de chose si elle était plus súre. Le gréement
de notre coursier ( car on ne pourrait pas l'appelcr
harnais) , manqua une fois, et un de nos compa-
gnons de voyage fut jeté par lene a deux re=




( 11 )


prises ; mais ce n' est pas toujours ainsi (1), a ce
que nous assura notre conducteur. Au reste l
qlland cela serait, le cou du voyageur ne cour-
rait pas grand risque; car, bien que la vieille
caleche soit assez élevée, le éheval canadien va
si lentelnent, que si vous etes jeté hors' de la
vo~ture, vous tombez doucelnent.


C'est un agréable soulagelnent pour les yeux f(i-
tigués de voir de tristes forets et une vaste étendue
d'eau, que ~'apercevoir tout d'un coup la Lelle sei-
gneurie de MontréaJ : des terres agréablement on-
dulées, parfaitement (:ultivé.es, parsemées de jolies,
villas, et bornées d'un coté par ges colliQes bien
hoisées, et de l'autre par la lllasse grisatre des édi-
fices de la ville, dont les toits et les clochers de fer
hlanc brillent aux rayons du soleil couchant.; le
large fleuve, tantot transformé par des rochers ca-o
chés sous l'eau en rapides bruyal1s et éculueux, et
tantót présentant une Lelle nappe d'or couverte
d'iles, de bateaux et de navires; la rive éloigné«:;
avcc sa ligne de forets, coupée par de petits vil.,..
lages, et plus loin des montagnes isolée~. élevant
leurs tetes hleues sUr la pourpre, de l'horizon
comme des saphir~ entourés de ruhis : tont cela


(J) Ces mots sont en franeais dans l'original.
(Note du traductelll'.)




( 12 )


offre vraiment un speclacle cnchanLeur. Le IOl1g
de la route, des figures fi'aIH1aises, avec leurs traits
fortement pronon?és et l'ail' de bonne humeur
particuliers a la physionomie nationale, s'avan-
~aient pour nons voir, et nous adressaient d'une
fenetre, d'nne porte, d'nn vergel', ou d'une prai-
rie, un salut qni le nI' attirait facilement un
sonrire et une révérence polie. Nous ftunes pen-
dant quelques milles es cortés par notre joyeux
et loquace pilote, dont les chansons avaient tant
de fois réglé le mouvement des rames de natre
harque.llme sernblffencore entendre les bénédic-
tions"qu'il nous donna en partant, et voir les sin-
{,lUlieres grima ces Jont elles furent accompagnées.


Les populatibns dubas et du haut Canada
11résentent: ~tn1 \ léWange;é{)ht'r~s(e, et ,In'~me ne


. ...) _.. ... .


paraissent pá~ cónnaitre heaucollp de choses tou-
chant l'une l'autre. Sur un point seulem~nt elles
semblent s'accorder : savoir, la haine pour Ieurs
voisins les répub1icains. Néanmoins, si je puis en
juger d'apres ce que j'ai observé, ée sentirnent
hostile n'est pas beaucoup partagé par les pau-
vres colon s; du Hant-Canada. Dans l'une et l'au-
tre colollie, la haine dont je parle peut tres ai-
sémen t s' expliquer : dans l'une, par 'la jalousie
qu'inspirent la puissance et les richesses des états de
l'Union, et dans l'autre, par l'influence des pretres,




( 13 )
Pour l'ignorance et la superstition, le Cana-


(líen demeure ~dalls le lneule état que ses an-
cetres, lorsqu'ils émigrerent de France. Pré-
servé de la cOlnmotion par la protection b1'i-
tannique, son pays n'a ressenti, en aucune ma-
niere, le choc de la révolution; les pretres
continuent a aveu~ler et tondre le peuple, et
le peuple a engraisser et adorer les pretres,
COlnme au hon vieux telnps: On apprend icí
des })articularités curieuses tonchant la poli-
tique du é;abinet de ~9n,dr~s e~lvers ,la cour
de R~me~ ~~p~i~,(.,~~~~r~,~:~~!wf~,~tN~ ~).Pf~e~~\
dernierelne~~ .pne r~q1;H:~te .,;~~(.I?~AA,., ~p~r",k
prier d;érigcr l'év~ché de Québee en' a1'che~e­
ché; et le prélat de' ce diocese canadiell est sur
le point de s'embarquer pour.l'Italie, afin d'aller
recevolr, des nlains de Sa Sainteté, ce, sur-
crolt d'honneurs. En échange de ces aUentions,
ron exhorte le peuple a se souvenirdans ses
prieres, de ce prince pieux, qui, bien que ré:-
gnant dans un pays d'hérétiques, n'oublie pas
les serviteurs du Tres-Haut (1). Les pretres ont


(1) Quelle politique bizarre et souvent contradictoire
(Iue celle du gouverncment auglais! Il persécute les ca-
t.holiques en lrlandc, ct les favorisc au Canada!


(Note du traducteur.)


,,¡)~~~


'~~




( 14 )
entre leurs mains une portion des 111eilleui';es
terres du pays, et réclament, comme de rai-
son, quelques offralldes des fruits de ceHes de
leurs enfans spiritnels. Comme ils pensent que
la sécurité de lcurs possessions git dans l'igno-
rance du peuple, ils appuient toúte mesure
proprea la conserver entiere; c'est ainsi qu'ils
défendent les Inariages avec. les hérétiques, la
Iecture d'auciln livre sans la permissioll du
confesseur, et l'étude de la langue anglaise.
La proximité des Etats-Unis, leur prospérité
croissallte, et par-dessus tóut leurs institutions
civiles et religieuses, sont, pour ces pasteurs
d'un ignorant troupeau, des objets d'inquié-
tude et de tel'reur. Comnle la réunion du Ca-
nada a ces' belles l:épuhliques alll~nerait .né-
cessairenlent 1~ chute de l' empire des pretres,
l'intéret conlmande lenr fidélité au gouverne-
ment britannique; celui-ci, de son coté, étant
jalonx des Etats-Unis, et sentant c0111hien la
possession des deux Canadas est préeaire, mOll-
tre beaueoup de déférence pour les hOlnmes
qui exercent tout pouvoir sur l' esprit du peuple.
Ainsi va le monde! Et pourtant il semblerai.t que
le paysan canadien est tres heureux : il mange
gainlcnt son morceau de pain, ou le parlage
de hon crenr avec le passant; sa fidélité t1'ans-




( 15 )
férée du roi Louis au roi Georgc , pese tout aussi
peu sur son esprit léger. Quant au gouvernement,
s'il 11'y participe pas, iI ne le sent guere non
plus. Trop pauvre pour qu' on l' opprime, trop
ignorant pour etre mécontent, iI invoque son
saint, obéit a ses pr~tres, fume sa pipe, et
chante ses vieilles chansons; tandis que des
hOlnmes plus habiles, quoique avec un esprit
moins gai, font des lois dont il n' entend jamais
parler, et travaillent lJour gagner une aisance
dont il s'efforce a se passer.


On dit que généralement il nfexiste pas une
tres honne intelligence entre l'al1cielllle popu-
lation fi'aIH;aise et la nouvelle popuI~tion a11-
glaise; cette derniere se penuottant de rire de
la superstition de l'autre, et se lTIOntrant for-
malisée de la suprématie des évequcs catholiques ,
sur les luthériens. Le gouvernemcnt, au reste,
laisse la prépondérance du protestantisme se
frayer ici la route conllue elle peut; rnais, 11' é-
tant point soutcnue par la loi, elle ne fait pas
de rapides progreso Ces jalousies religieuses et
nationales produiscnt accidentcllenlent des dis-
cussions animées, qui dégéncl'ent merne en
querelles politiques.


Avant que la dcrni,}re guerrc n'éclatat, un jour ..
na1 anglais, publiéa Quebec, hasanla une attaque




( 16 )
contre la croyance politique. et religieuse, les
mreurs et les coutumes de la population cal1a-
Jienne. Cette circonstance nOl1-seulement provo-
qua des représailles de la part d'Ull journal d'op-
position ,impriIné en fran<;ais, et publié SOtIS le
titre du Canadien, mais encore donna naissance a
un parti appelé démocrate; ce nom fut pro-
hablement.~ppl~qu~ a hien des gens sans qu'ils
l'aien~.ln~r!t~, ,aipsi ,que;c~la ~~t arrivé sou-
vent ail1ep)?s~Quoi qU:i),. en ¡~it,.:les partis s'é-
chauft~r<i~1:~¡b~~~~nh~R.~';i~gouve~neur et l'as-
seln]:Vé~~8R~~~ln~nlv..l~~~\:'~,~~faire la guerre
entI~e ~u~", ,~t,,~ l.fl¡, f~ire' .. ~ux éditeurs de jour-
naux. O~ eut r~cours a des mesures vexatoircs :
le journal de J'oppositioll., fu,t,t,sl1pprÍlné, des
actes, arbitra~~e? ~~~~p~s,,:)~~ihh~O»rO~~:: ~xécutif
fit ernpri~oq.p,er:, .sans. as~igner de nlOtif et sal1S
qu'il s'el1suivit de jugement, ¡,les ll;lcmhres les
plus obstinés de l'assernhlée, et quelques autres
individus marquans. parmi lc$ nlécoutens. Les
Canadiens les plus riches et les plW' instruits qui
dirigerent cette opposition, furentguidés probable-
lllent par des vues politiques et des nlotifs patrio-
tiques; mais as ne se nl0ntrerent jamais hostiles
envers les intérets anglais, qu'autant qu'ils les trou-


. \aicllt injustelllcnt opposés a cenx de leur propre
llalioll. La 1Crlllclltation était a son plus haut




( 17 )
degré, sons l'administration de sir James Craig,_
depuis l'année 1808 ju~qu'a l'année 181 lo A l'ar-
rivée de sir George Prevost, un bill extraordi--
naire, pour mieux assurer la conservation du
gouvernement de Sa lfIajesté, n'ayant pu passer
a cause de la résistance opiniatre de l'assem-
blée, on adopta un systeme plus doux dans
l'administratlon. L'esprit public se trouvant ainsi
un peu calmé, a Pon verture des hostilités, qui
eut lieu l'année suivante'-entre'les -Etats-Unis
et la Grande - Bretagne, la législáturé ne té-
moigna' aueune répugnance. a-' seconder les vues
du pouvoir 'exécutif;i qnant'auX;paysáIls; 'la na-
tion f'cprésentée, par; leurs perés spirituels',
comme ennemie de Dieu, dcvint bientot l'en-
Iíemiedes Canadiens. Peut-etre le gouver~eur,
par excesde _J>rud~nce', évita-t-il plus qu'il ne
fallait, de mettre la fidelité des colon s él l' épreuve.
Les paysans n'avaient jamais compris la que-
relle de leul's représentans; et ces derniers, en
lcur supposant des vnes' plus étendues qu'il n'a-
vait paru; avaient trop la con:science- de lenr
faiblesse, pour hasarder de meCtre ces vues a dé-
couvert. La guerreprit done l'apparence' d'une
gnerre nationale, el la milice eutTáit volon-
tiers plus qu'on ne lni demandait. L'antipathie
cOlltreles hérétiques Américams fut un aUSSl


2. 2




( lB )
puissnnt véhiculc qu'aurait pn l'ctrc l'amitíé pour
les A nglais; 111ais il ne sera jaluais f.1.cilc d'ex:-
citer ce der!1ier sentiment. Indépendalnment
des préjugés religicux el nationaux, la presence
d'ul1e soldatesque hautaine n'est pas faite ponr
assoupir les jalousics.


L'ignorance des Canadiens, quand on parle
des paysans, peut, avec justice, etre déclarée
absolüe; mais que l'assemblée, comme l'affirnlc
géncralelnent l'J.....nglais anti-canadien, soÍl. com-
posée d'hoinmes qui ne 'savcnt ni lire, ni'écrire,
e' est ce qü' 011 ne saurait gnere regarder comme
exact:QueIQI1es exemples ;de ce gen re penvent
se presenter; luais qu'uncorps fOrIné d'indi-
viclus qui ont fi:équcmment combattu pour des
droits importans, et dont plusieurs membres ont
souffert une déteniion( árbitr~ire ;ipOU\, pnx de
leuropposition con'sciéricieuse et constitution-
nelle, 'HU dictU77Z du gouverneur et du conseil
Iégislatif, n'ait jamais' été qu'une masse de
paysans illétrés, c'est ce, qui n'est pas facile a
crOlre.


Le geuvernement des deux Cana das se com-
pose d'un gouverneur nornmé par la conronne,
d'un, conseil législ~tif, formé de sept membres
ponr le Haut-Canada, et de quinze pour le
Bas-Canada, ou le Canada' fran<;ais, lesquels




( 19 )
'netnbres sont 1100llmés a vÍe pa~ le gouver-


_ neur, et en fin d'une charnbre basse OH assemblée,
dont les membres sont choisis par les proprié-
taires des deux colonies, au lllo:yen d' élections
qui ont lieu tous les qnatre ans. Dans le Bas-
Canada, Oll: les Fran<;ais forment la majorité de
la population, ils sont a rneme de combattre
dan s l'assemblée, le pouvoii' ex~cutif anglais ~t
le conseillégislatif, qui fOrIne de,fáit une fractiop-
du pre~~~r. 11 e,s~ ~~~é, ~e ,~o~r; :a~~c : qtlelle caQ.~
deur cette ¡t,' sS,enlblée, ,d9it, e,~,Jr~ ,jl.lgée ,nar, le, narti


u'elle co~~~í1~" ~t~\rjj;~ ~tli~'b~ ;~ uW;'!'¡~'eh~> ~lt louéé J~~:.;i\~~~!;~~~i:lir~s~:~:'~ifpt ..
plus éc1airés.' "


Vous ¡~e,: ge?1.~J!d~~e.z, .peut~etre,., si l' on.ne
prendi.g~s ciH~~q~lS~iPlj\í~~ ~R~r _~~rlganierl'~U;7"
cienne el la nouvelle .pt;'pu~a~ion ~ ::~~!.I!.91rr ef- .
facer la p~us, ~o~t~ . qi~tirlCtion nationale, "celle


" J . > ' >.jI..,.: _" Ll tI·_ ~ {_' ~ , "
du langage., en ;établiss,antdes écoles anglaises.
J'ai déj~ dit qu~~es pretre~ ne' sont .n~llement
jaloux' d' éclaire~ "leurs' communians. If ne serait ,
pas tres politique'de la part des puissallces te m ....
pore~es, de réslster a'l'a1-üorité de ces pasteurs;
et peut-etre regarde-t-on qu'il est également' de
l'iIltér~t de ceux-ci et de celles-Ia de laisser le
Canadien chanter ses chansofis et dire ses prieres
dans la langue de ses peres. Il est curieux de




( 2"0 )
comparer l'état stationnaire du Canada, avec les
progres de la Louisiane; la différence est d' au'ant
,plus frappante, que ce sont' deux anciellnes
colonies fr~n<;aises. Il n' y a pas seize ans que 'le
vaste territoirede la derniere a été cédé aux
Etats~!Jnis, ét déja ses habitans sont nation a-
lisés. Ce territoire n'a pas été occupé militai-
rement;"ttrais'admis'oans la confédération comme
état:'!irldépJndá"t!l~;'La;: Louisiane sent qu'elle
existe~l et{IeUéi~~lá.¡T&]Jpm:ití.peser. et apprécier sa
ptopre i~opta~[llne~popnlatioIl,~llssi simple
él:' 'aússjgt~hl>r~J4u6 é~.W" (J~n¡tda fran<;ais,
aL ét~ 7f:ra~rttl~hdans} re CoU1"8 d'une géné-
ration, eu'® pétlpJe comparativement écIairé.
La. superstition 'perd chaqlle' jaur une portion
de son :eynpit-{JIgtw;:l~ eqirjt81nLa 2jepU€&se qui
croit:·estj;élévooi'&ruh dmHééulas~ 'fMlages, éta-
hlies p~r lóiit le Páys"íneme i dans les cantons
les ínoins peúplés. lles:diff~refuJq; t ,de, mreurs, '


,'de sentlmenset de langage, entre l'ancienne et
la nouvelle' popü.lation; disparaissent graduelle-
ment, et,' au bout de queIques générations,
elles . se confondront en une seuIe. Au lieu
d' etre pour elle des coIonies dispendieuses, les
acquisitions de l' Amérique soutde ,la sorte
transformées en états florissans, qui, ajoutent á sa
pUlssallce et a ses ri-chesses. ~lle n'y cantonne




( 21 ]


pas de soldats; pour obten ir l'obéissance par la·
terreur, mais elle leur accorde le droit de se
gouverner elles-Incmes, et elle les adt;net a son -


-. '


alliánce. Quel contraste étrange pl"ésentent les
deux Canadas! Annexes ruineuses d'un empire'
éloigné, ils forment des dépóts militaires owl'An-.
gleterre envoie ses légions arlnées, pour effray~r
la population paisible·des répuhliques voisine&.,


N'y a·t-il pas la un. faux calenl? ,En! QPposant'
a l' Amérique une frontiere' arm.ée"r, ne.'. l~" CO~_·
traint-on pas a' entre~nir ,í jusqJJ.'ilt,;.t¡Uíl i ~r~aiR
point, chez~; ,elle ,) l'esf*it mi}it~1~l~i~e,~ ,~ee,~
appareilnten~Qt ,'J!te>'6cta-t~lth~JroV~,\ d~,
tout ce qui stimnle' son ardeur JJilartial~ ~uSes
institutions, essentiellement pacifiques.,; :n'agi-:-
font-elles pasaIOJ;s' pl~ efficé'WemeD.~, ~qu'auiour­
d'hui., p0\'rr . FempecheI"l \ , ~ ;Jair0iQSag~ . de . sao,
force, an détriment des autres' nations,? Lais-
sez - la tranquilie',; ! ~ et -elle $' eI~dormira. Dans
l'état actuel des chos~, elleesú forcée de tenir
ses yeux onverts,.· el, quoique son, épée' reste dans
le fourreau, de la porter toujours a son coté.
Quelques personnes disent qu'elle ambitionne les
conquetes, et que l'invasion du Canada, dans.
la guerre de la révolution, et durant celle qui
vient de flnir, le prouve. Elle ambitionnait
cerlainement de déposter. une armée ennemi6,.




, ( 22 )


et . de transfornler des fortifica tions h08ti les . en
villagcs paisibles.Etlt-elle eonquis les Canadas , que
serait-il ürrivé? 'Elle aurait dit aux bahitalls de .
ces provintes l ;t:!0-rnrne a ceuX! de la Louisiane : ,
Gou'f)erne!Z~us 'f)oús-mhnes. Au líeu d' etre aug-
mentéés, cornme elles le. 80n1; aujo'llrd'hui, pour
aller de pair ttvéc celles de ses voisins, ses fortifi-
catiQllS auraieHt été démanteIées. ·Áu reste, jl
est probablemelit á'\'antageux pour elle d'avoir
un ennelnién afines «Ses port~s.:Pacifiqae eornme
elle est;:· ce ,voiS'itiggeisertlu"ré.eilléf1 ~:nJesprit mi-
lifui~e'(<ttlii álilreWt~lU, p~S\ittrtlltíf.rb~$e relacher ;
ifrqim ~ft,lfIll~ i@d~ei.í¡ÁtJ'~ll alWir le senti-
m~-!.clltl~e 11tile, en c'e qtle~ses institutions et
la poliHq?e:quien résultent, llempechent d'en ,
fait~e "u3age ·sá1!ls y .. av.o~J" ~ ~voqUée.·~4)·~~peut
presume:rj~oimn ~fJ~ ~t p~~cla'lce
qtie"y~fIh~itt, 'ls~S"~enbemis.·llg:·.ne dépensent
certainemimt· pas leurs :tr~otgupoürt sotlavan-
tage. Si; Ieur 'dessein ét.ait\ d'accroltre son éner-
gie el de t~nir s~ esprit llati6nal ~veillé, ils 'ne
pourraient adopter un plus Stlr lnoyen, que de
pointer le canon a ses portes. Delenda est
Carlhago ne devrait pas etre la devise de la
républiquc. Sa rivalité avec une puissance euro-
péenne, sur cette frontiere de la Sibérie cana-
dienne, est un excellent stilnulant qui corrige




( 33 )
l'effet soporifique, qu'autreInent prouuirail sa
sécurité et sa prospérité. Elles sont si grandes,
que ~ l'Europe entiere ne pourrait probable-
ment ))as les troubler aujourd'hui, quand elle
se liguerait eohtre elles. Il est pellt-etre aussi
hien que l' Amérique n8 sente pas cela; car,
si elle le sentait, eette sécul'ité et eeUe prospé-
rité ne seraient-elles pas alors plus en danger?


Je crains de vous avoir écrit- unc'lettre 00-
nuyeuse; ,lnais peut-etre qu'il eRest .toujours
ainsi; pourtant, si .vous me .. trouvez plus en-
nuyeus.e qul~¡l~Qrdin~~l J~r~~IJt~ fP~si(lér~~
tion le .toy~e pénibley-que j~ªi '~f~Dli~, ¡~~"
que l'état de convalescence 0\1, de "me trouve,
encore, et jugez-moi avec indulgence. Quelques
excursioDs 'dans :Ies . c;a;mpagnel) qui eI;ltourent
eette ville ,lont. termi~ nQ:\tevpy~ge en ,Ca-
nada. Le vent glacial de, l'équinoxe, etun .reste
de faihle$Se IlW .f1o:tl\tp.an'dant la 'prudence ,. nous
faisolls le sacrifice de l}otre v:isite a Quebe~, et,
nous nous dirigeons vers le sud, pour rentrer
aux Etats-Unis.




LETTRE XVL,


Le lac Champlain. - Bataille de Platts~
, ,~;;Q.u,rg. '-ntJ~W!ltit4~" d~, bateq.u ti vapeur. le
;,P;~ix~U;¡:'HiJ~rJr¿· 'l,


'" .ú-r:) :,~."[JrJOfll::Jé;" :~'!'j;llft;:!t~} '1:<'
;, ¡ .í !Jh¿m~tl1i)1iliJgJ1!Ht tdé~h~~inl'~~' 18'9'
~7 8I1l) ~~ jJJ((t ~jfJr·s!-'J '~',-·I ·-+.1"'1~-~.~'


Lli~;}i~es';de;-'Be lSeá'll iac,ma' chere amie, sont
une terre ~tassi(Iue pour i les' Amérrcains, et
'peut-Ctre':poú~J~M1~jtéSJílrl.di\fioosI.íQimunt la
li))e~te bf-!SfP~tttJ~e~t~ ~tJ~8{tfmmphes. QtÍant


, d 'íHot;'! j'a1néct¿'utelav~ ~heaucoup" (l'intéret les
hístói't.és' cdiltet'irá'tií :rleS' fdi~s\ !villages et les
:fOrts rhínes'qti:t:bcíitüébt ées ehux.'


Les' AriJiéflca'ins' t-iche's; et' pam,,~s¡,; gentletnen
OU artiSank:,:'ont tous' les déhiilsd~ ¡cette courte,
mais fertile histoire de 'lenr nation:; classés ,dans
leur esprit avec un' ordre et une exactitude qui ,
au premier ahord, he peuvent manquerde sur-
prendre l'étranger. Un citoyen pris au hasanl peut
généralement vous, servir de Cicerone ~ en quel:-




( :.15 )
que eudroit de ces états que vous alliez; et il
n' est jamais . plus content que lorsqu'il ~atis­
fait la curiosité de l'étranger au sujet de son
pays.Ille fait d'ailleurs avec tant d'intelligence,
et sait si bien discerner ce qu~ est intéressant
d'avec ce qui es! ennuyeux, que vous, vous
trouvez plus éveillé a la fin de l'entretien qu'au
cornmencement.


La petite ville et la jolie hale "de Plattsburg
sont indiquées avec une satisfaction' i particu-
liei'e, aux itrangers qui se montrent disposés
a sympatQ~titia'I~d~~ P~Me!f!uJ,:11R"lussant l'in-
"asion, et cornbaUant pour tout ce que la vie
offre de plusprécieux a l'horru;ne, 1 SOn. .h?n~eñr
flt sa liberté, sa famille et ses foyer~.


Au co~eD.pélMtltJ ~es ho~@t~s ,,~n 181.2, la
politique a-méFinaine' fitt .íl: él~k!i 1~~fCL~e~.1' enne~i
dans ses forterresses., On. croyaitque les " h~bl­
tans des deux Ca{1adas~ur~entétg ,di~pos,és el
lever l'étendard de l'indépenda,nce et a" se
rallier a I'Uui0ll; et l'on jugea témérairement
que de simples miliees ou des hataillons de vo-
lontaires . suffiraient pour déposter des troupes
réglées, composées de soldats qui avaient vieilli
sons les drapeaux (1). La tentative était hardie,


( 1) Le gouvernement américain ne. porta pas en céla un




(' 26- )
et si elle eÜt été eouronnée de sueeJs, elle a urait
parfaitement garanti le pays d'l';ue invasion, ct, en
coupant les communieations de r ennemi avee
les Indie;ns, on elit préservé les établissemens
épars sur la frontiere de rOllest, de la guerre
cruelle qui les menat;ait. Qu'on ait eorripté' sur
ce' sucees, cela prouve seulement que l'igno-
ranee est to:ujours imprudente; et, a cette'
époque, la republique devait etre presque comw
pIeiement . 'ignorante daris l'art de la guerre.·
Elle' se',· décidait, en' 'éffet, a. tentér le' 50rt des
a#lles(,:~p~§G~e~~:~~an~" 'd'uríe rpalx profonde,
peqdant~'laquene'Y ~~,e n'ávait'possédé ni armée'
rii.~ína:rine, . et n-t'a~rait co~nu de la' science mili-
taire que ce qui entre dan s l'órganisation et les
exercices d'tme niilice" pacifique. "La:malheu-
reuse· CatBJ*lgaEHiMt&J.es-Ganadas ne,futpas tout-'
a:.fait sans fruit pour la république. Elle servit
a rendte sa faiblesse apparente, eorome les
campagnes suivantes manifesterent sa force.
Dans les opérations offensives, sur ter~, elle


jugement si téméraire; il y était autorisé, d'apres ce qu'a-
vaient . fait des bataillons de vóloIitaires, au cominence-
roent de la. révolution fran~aise.


(Note,du traducteur.) .f




( 27 )
vit d'abord ses citoyens repoussés, landis que,:
lorsqu'ils eurent a résister, sur lenr territoire,
aux soldats les plus exercés qui existassent dans '
le nlOnde (1), elle les vit tOl"ljours vainqueurs.
C' est une utile lec;on ponr elle et pour toutes les'
autres nations.


La résisiance faite par les AUléricains a Platts-
buqf, fut aussi courageuse qu'importante par
ses résultats. Une armée de vétérans instruits a
l'école du duc de VVellington, vehait 'd'arriver
dans' ~~, fl~\lv~ Saint-L~u~~nt::. Slt.' pe?rge Pre-;
vo~t Jál~~t ,,~~?sí!'~~r',!ep ,,'~~:~h(( nbp:",_r;énétre~<: d~ns l' état q~: lNéw:~~r~,:,,~.~g~~~~¡¡tn~~'¡~~~l
reussi a obten ir lecommand..ement du Iac, '
Champlain, et la possession de la ligne de fort8 '
qui se, prolonge vers le sud, les AI1glais eussent


( 1) N ous croyons, en général J permis a une anSIaise de
s' exprimer ainsi; máis nous pensons que ce n' est pas par'
l'effet d'une de ces I)'réventions natio~ales souvcnt injust~s,
que l'aimaJ)le auteur de ces Lettres fa fait. Elle se rappe-
lait, n'en doutons pas, que vers la fin de la guerre que
termina le traité de l81!!, nos armées, beaucoup moins
nombreuses que celles des alliés, n'étaient d'aillears plus
compos~ en majorité de ces vieilles llandes qui avaien.t
conquis l'Europe en courant.


( Note du tradltcteur.)




( .28 )
pu tenter simultanément une attaque par mel1'
sur la ville de New·York, et, s'assurant le COln ...
mandement de }'Hudson, isoler les états de -l'Est·
du reste de l'Union. Vous remarquerez que ce plan-
était. -le meme _ que· celui tracé au général Bur-·
goyne, quoique pe~t-etre iI présentflt alors plus.
de: chances desucces que dans la circonstance
dont j~. parle. T.outefois, une fouIe, de choses
s~l~iept. (aYQr~r. Ventreprise. 1?'abord une
~~t~qet~'T~ ,~~,-"tait alors t()lJt-.a~fait im-
préy;u.~;; 3~q.'j. ~ ~-tPin.nWAh{CJf~. milles de·
~; frp~er*,_JÍffl ~l~~j@tai' .rSlt,dans les
fúrets. ~t ~J)nJeth:w.().nW~J r 1',~mée était -acti-·
v{!r.n~t;oct¿lpée ~ns des:.partiesde l'Union éloÍ-,
gnée~ .de ce! .poin t, . ~t une a ttaqu#· ~r< 1l1er,&ur la,
ville ,deNew:, Yqr~JÍt4rtYtlPItfhl1~nd~a"l~ mil~.e de'
cet_:él~t jil~~t;j~JijpJMci¡íal~U1H?lt~~JJ~rlong ~e
~~ oQ~tLQ~inz~ ce~ts hQ~mesl!d~,.troupes :ré-
glées ,_ eomposées' 'f!D . patti~ ! ;uer f~m~ 1 et, d~in­
vali<ks', étaientla seule,Joroo ~ponible" quand
l'a:rmée 3nglajse,. <,prit,possession de la petite
ville de (1hamplain, sur la fronti~re ,améri-
carne.


La, milice éparse des environs f\lt, sur:" le-
champ, appelée' aux armes, et tous les bras
s'occuperent a élever des foriifications, et a-
é<luiper une flotille pour combattre celle de




( 29 )
l' ennemí. Les efforts faits durant ces jours
d'anxiété, sont presque incroyables : nuit et
jour on entendít retentir la hache et le mar-
teau.


e' est ieí le lien de remarquer -combien la
population américaine est propre a ce gente
d'efforts. Dans ces états, tous les hornmes , 011 du
moins presque :tou3, 'savent manier}a hache ,le
nmrteau, la pIane " et, en un mót,. toUg: les OtitiJs
de l'artisan; Hs'savent enoutre se _ servitdufusil,
<lont rro~ ... soole~~t!:,on -lOOr a 'enseigtfé~' ~xe'rCiCtl
en en~rtf.-d\\f$ )áK~ilWé1¡,1~1 éi\oOf~!..!M\lt~ iM
ont· :apptis ~JrfhwiJ· rt~~~~1ft1~ñ.~ .. eJtrHíl


L'ennemi ~'avan~a biehtot~{te ~tf~'&s1J8rf{s
du lac, jusqói'aupres de lap~títénvieri~e'S~
ranac, a: l' €mhbúellttre' ,Je:laqml1e:'est si tuée'la
petite ·'villi· (}\nv1l111-gat~~,:F1Iáltghurg; a~sé1 a
la foret; ses jolies- maisons-, qÚé ;ténédiÍt la
surface 'argentée d'une :haie -qui re~oit les ealt~
de la riviere, coupeht'agl'éahlenient la' ligne in..:
terminable des foretsprimitives.Des . e~ári
mouches eontinuelles eurent 'líeu entre l'enn~i
et des détachemens de milíces qui, des fo~ets'
environnantes, se réunirent promptemeJít,· au
nombre de sept cents hommes. L'état de Ver~
mont, qui borde le· lac sur la rive opposée,
envoya alors ses lllOntagnards. On aurait cru


i.i_ . Jí ... ' \-".




( 30 )
tlifficile de réunir une' popula tion peu nom-
Lreuse, et dispersée dans une contrée monta-
gneuse; wais.le criannon<;ant l'invasion retentit
de colline en colline et de village en village :
tous l{jshabitans l'entendirent.· Les uns déte-
lerent leurs chevaux: de la charFue; les autres
partirent a pied:/' abandonnant leurs troupeaux
{lans les ptttluages, et prenaQt a peine le temps
d~ dire ~un tendreadieu a leurs (enlmes et a
l~rs meres,.qup,e1;l~ p~~s~ntaien~ Ie~~s arm~s (1).
Le fusil ,sur' l' épaule, lá poiI~J~~ú..:4~!~: a~ coté,
un .m61~!~~q d,~ ~ rF~lFb, <l~p~ ~ ,~~~~ pocl1.e , ils, se
dirigerenten : rúp~e 're~s B~lrlin(gtan, et. ,¡.ainsi
que me Íe ~ait ~ln"ami qllit en avait été, f:émoin,
ils . 8'y rendirent d~ taute la. vit~pse \,de le].]fs
jmnhes ou de <in~~.dé)~9r~~Jl~\t!l;H~· . ',L' ':'¡>~'"


. • .• ' " .... ;. ~ ''''.- ~<fi. ld., J . ..1 h·J,P.l~ -"'" roq ~ ... ~íJü.l~c-J~,
La ,)Ql~7 :Jm!~\~ . ,7lHe .. ?e .:atli? .til~t?~ ~t 81tuee


sur le penchant d'uné colline de La riv,e, QPposée,
et lID peu plus ·haut sur le lác qú~::p'látt~hurg.
Tous les h~te~ux et toutes les ·pirogues furent
mis en réquisition ~ poQ-r traverser le lac ; . et a
mesure qué 'des partis d'hornmes armés arrivaient
a Plattsburg, .. on les envoyait r€nforcer la ligne
sur le Saranac', pour s'opposerau passage ·de


(1) L'auteur cite ici quelques vers d~ Walter-Scott, que
nous avons cru pouvoir nous dispenser de traduire. .




( 31 )
l'ennemi, ou dans les hois, pou!' le tourner et
l'inquiéter sur ses de'rrieres.


La flotil1e était équipée, et quand celle de
l'ennemi parut en vue, 'elle se forma en ligne
pour défendre l' entrée de la baie. Les Áméri-
cail1s avaient déployé une telle activité daris
l'éqmpeírient de cette flotille, qu'un des ha"..
timens qui prit paft a l'action avait été' con"..
struit et armé 'en quinze' jours. :Dix-huit jours
avant le cOluhat, les arhres qtfOU' frtservira le
co~h~uire, ~roissaient enéo~' d~ris 'larórét <tUi
s'étend le lbng',dll:la:c.). ""L':~, l' - ,


La ~flotili~')dng1~l1e ;:~b~OOe~; P*'~é'~i:" .
• .' .• '.' _.: . . '1 , ...•. ,;! ..... ,,'_ <,f «<~ . "... 1: ':""1".1' .


tmue' Downle',' poI'tait~~atr~~~lngt::11dll~e ;ca!. .
nons ~t plus . de mille llOmrüés. CeUe . des Amé ..
ricains , SOU8 le ~OlÍllllandemen t ~ti· conllI1.odóre
M'Donoogh, pOl'tait!júáJre~viBgt ... sixJ)ouohes a'feu
et environnuÍfcents liofumes."Les pr.eiDÍers coúps
de canon; echangés par les flo'tilles servirent ,de
signal aux deux armées pour commencer le >cóm-
hat s~r terreo Une lutte 'déses.pérée s' eng~a.
Les Anglais ,avec une audacieuse hravo~ "ten¡.
terent deux fois de forcer les ponts, etd~tlX<f0is
furent repoussés. Alors ils r~montetel .. t,la rivier-e;
et un fort détachementessaya de la passer' a
gué ;ma1s une grele de halles commenc;a a pleu~
voir sur ,eux dti milieu des hois, et ils. filfen~




( 32 )
'Contraints (le se retirerapres avoir éprouvé une
pert,(ta~S~f~~pn~~,pr~q~e .. 'M' ¡'" t ;,. ~ 7, i < >' ,
,¡ 1';?-U~¡'~~i'fnfWfl,~,~~qJJ~fl~~Pt¡de la journée
~~~p~p¡~~ A~ ~'~H~ i tilí'~ cOJ~bat ~ qt.w. ,les flotilles
~~¡;;lj.y.fffi11ll~" l~l.m.·,vue ~des :deu:l. ·,8tmées.· TO.utes
,:~e~ ,Pm-~~~ :J;as;semblées .. pt~~ dt,lIJi~age' ~tour­
.~aiel;l;t.íry¡ec,~nfIqié~udp:leurli·J;~ard~:.,..Je$véa~~
:{l,e,04al1( Aep,x,Jwup;s)~: :~j~~ºir~. t¡l,em~JJM! ,in.,.
certaine ; tes blltim!ffi~pp.fp"afl»Et,.fJ~~ille ~;désem.;¡,.
·R~~ffl :q~t~~~ ~Vtf~~o~¡~()_1 ~aut¡,J et
~~fs§~~~'I~fAM JBg~~RYA •. 1iRm~~~ilimr
. ~~ ;;4~ ¡ f~Bfr.NÑ:r<YdJl~JM'MioIWt~"ÍAWt~.~lés
~~ttl~~i.ft¡ss4~ldfufJíUWnfiftfla~~tlwt, ~amé­
J:}~~?Jf~tJ~1 A<fHM fpjs,.ifl~~') f ~PQ~~'r étaifitlt
qépl9p~~s $ i~~ ¡~r~ f f}f,q.f?~,~~X~~ ,q.~) lwWel¡s'" l' eR-r
Df~~ ~ l~f~ff, f ~~ .lS~n~~) UlhnlMUjb Mm ..
~~~~~l~IPm~ttOOtM\~mSRlillliatdagl
119W;~~8lW81de~~1~~JfJqti~~i~ '~u<L~SJ;dmU:
CPc~m~~l:l~·~~W~lA~;~) firJhi,:, l'Kiéi mUuwiuvre
ffili, ¡~~:y¡~~~-,,:~~~y.lil~·)W.'~ft(ILf)?, eommooore
;t.~é~ip~l~ : P.~f~l1ft.~V~f! ¡:lJI#l,'j6:Jtreln~:'tlilliouIté 'a
V~~l\ ~ ¡pm:,d J .. \ ~a~! )'lqt~~i(Ul ;dft~._ g6tar"au
ppUep ~.l~llj.gne \~n\lemi',~"lie.Glvi"e .du~Cf).Bl4
m8,\l~~Jlt.fclli8lait\ t~ya vainelOObt·dlt3n·6iretau·
tant;., de npuvelles bordéet) i ku, ~nt?,tirlées,:dans
une position .désavantage.use!, .. -e:ti: \:il~tamena sou
pavillon. Il s'éleva. aussitót du rivage un, .cri epi




...


( 33 )
retentit dans toute l'étendue des' "ligri~s anléri-
caines, et domina ¡lour un moment. le fdb'as du
combato Pendant quelque tempsl, les effotts 'd~s
Anglais se ralentirent; mais ensuite', 'pátais~ant
ranimés plutot qu'ahattus par le ma:Uieur' ,ces
l1abiles soldats tinrentferme a'leur poste, et
continuerent de combattre júsqu'a ce que l'obscu-
rité vint mettte'fin' ti l'aétion:' ' ", )


Pendant ces lí~esméhior&h'Iés,;fa pktit~ villeíde
B\\¡'li~tbtl'P~b~~it ún~aspeOthibh¡dtfl'é~eWf;sMls
dóult,~\WM.8~tilftlobu/_~ñ~rrbusIe~llaiai-.x
avai8nV~~,_aliita~~ ttl\\úle\stcfH:ittltíé~~~
bauteur~ ;ltóbS' le~y'e~~ tó\i~~ l~brl!l,klHfié~!.
chai~nt>asaisir quelqhe' $ignarqtHa:lin~n~~t'le'~oH
d'unooMbnta~¡ depEffidaién't d~sÍgrana~tntér~~g~
Le ht\li~1()i"\\\itf~~la~~ii6nnade' etltle~ rtdágé~'aé
ftmÍée 'qui- s'01~w aiebi: ti. -1~16¡Li~6rf~'Bren~! cdbna1tfé
que les, ;floti}}~ étai~nt engagees. DeS ce:niom~tit~
les minutes serAhle~eiit;des heutes'; l'espétancC:et
la CI"dint~tégnerenttou'ti tour. Tottt'a coup la ca~
nonnade cessa'; mais, a l'aide des· nieilleurs té!
lescopes ,on . ne pouvait rien discerner' sur' ·13.
Yast~· étendue des eaux, excepté que le démier
nuage de· fumée s'était dissipé d~ns J~airs, et
que vie; :honneur et propriétés, tout > était perdu
ou sauvé. .,


On n'entendait pas le moindre bruit. Les ci-
2. 3




( 34 ,.
toyens se rega~daie~lt les 1,1ns les autres s~ns :par.;..
Jer; ] es. fe~nn;le~ et l~s e~fun8 etr~ie~t le long de
~ plage ,~v¡'~ qp.~l1,tité· .q.'~lO,IAm;~ de Veprnont,
.q~étai~nt Jl~'ri.Vé~ ~a~l~ l~ jou~~,é~, lIl:~is n'avaient
pa.s t.~pu,vé q\oyel1A~ p'~s~er l~ ~~c .. ¡<?,us le,s ba-
tfJau~. éta}~{lt s~r l'~utre rive, .etto~~ Ie~Qnde 'de
,ce coté était ,en~,re trop occupépou:r ql}-,~ q~el­
~ql~'un.pút alIerpOl:ter a )3urlington la nouvelle de
J'is~Qe '~!l ~mbflt· ,~e t50ir vint, et .al,leune tache
Jmopv~Jlt.e.-ue;¡~'ap~_q~v;tit f1IlePf~:!f'Qr)~& ,~\lX.
Une nu~t som~~gd1\i tbrw.n~,~)jrS!fDl~,~~>le' ,~ré­
pP~~; ~ JlllP}qu!!~~9,!eJl~Ji. ];.~,p~~t in,.quiet
f?t l.!f; ~q;J~f~" JPWlgp,~rRJ1.t.~ ¡pas;. J~ts leur
de~uJJe, taI:i.dis que ,d'autres ~es.lez:ent dehors,
pretallt l~.();l;ejJ~~ ~ll moigd.l!c,f3o,!ff)Je, se .pr.Qme-
'..1' • , d . , "1 p~qt ~~ W!J~-d'&ll~ t;·~<jh, ~~"~ ~rm.~ftl'i!J~~pr
,j~~Mm~~hP()JM'fi~~J~f:rft;r ~9"l'\~slle~ ~aqs.es
~f(~R~bt~~ e~~, Jl'?fi~W~ :qp ~~¡epg~ fllJi ¡ ayait :s~hi­
teme~1~ r~mw.ª~q~J.~:btW~¡ ,:JJJ.¡~A~·I'~(~OS com-,
pa!rio~~, .~er,.~~pf'til~ ,~éf~M ,'~~ tjlÁ~~i~nt-ils ? .....
pne p~r,~~~ .,c;l'¡el).~re ~Ux ap.raiept pris.J~fl:lite sur l~s


, pat.~ux. ?~ .. 5:E;r~i~nt .. ils yqinqJ¡letp'.$'?,t. quelqu'W,:l
~e fut ~mp;re.s~é d'~p v.enir4Qn~er l~ ~ou.velle.»
A onze. p.eures un cri 8' él eva du ~ilie~ des té-
~ebres qui cQuvraient, les e~ux. (;'éta~t UI). cri de
triomphe. Etait-il poussé par des ,amis ou ~es
ennemis? Il se fit entend~e ~e~conde foisplus




~( 3-5 )
fort·que la premiere, et tous les doutes cesserent:
-Yictoire ! 'l'icto,Íre! répéterent les citoyens qui
attendaient sur la plage. Ce cri retentit-<hientot
sur la colline et dans toute 1a viUe. J e he satlrais
décrir.e cette scene, ainsi qu'on me l'a dépeinte
a moi-meme; rnais vous pouvez YOUS imaginer
COIDm.e.c!Jacun sentit son cceur s'épanouir: jeunes
et v~eux, ,tous c'ouraient conunedes fQus; ils
Tiaient, pleuraient, chantaient, et pleu'raient
,rocore: ~n' moinsd'un'edemi' ... hetire, la petite
:vil1e:futj!~d -"V~tetritnlIíntlrrliliée~l ¡Ü'.~:~ J' u"; .; :":ot¡blÍl'á1~J ~m"~~é'~~ ~ ~¡~-
·pitaf~r~a~(n T~!&ur~ ~llhw~mtl~ l~ ,~-
yahisseurs teriteraien1: d~ p6tiksé'f1él'iavarit;'iiudgré
la perte 'de 'leurflClt111e ,"et:la ré~ístftIice:qh~dp­
pos~raietre lJes hHli~I-aIOrs :~leDlerit -animées
pat"lavibtófil~! (.el. '1~~iirrIOtrsIWé{"Le\lIeiid~malti.,
a~ point· d~1;,j01l1~ ,·'Óft ;rieli~ditv'a 'iJl'te leJ'hlJssés,
lesmorts 'e;t 'les'ín'tl1Üti?1fS' ab~rldOiÜiées par ren-
nemi. Ilavalt décampé'pelHlahti.'ánuit·, arres
avoir faifftlel~ scsbagages eí son'- artiIlerie;són


':armé'e était déja'S.:quelquesmilles'" 'se: dirigeant
'ver~ Jes fron ti eres ó Les Anléricains barasserent
cette"aflnée penclant s:;t re traite ;tnais-· 'ce qui
l' affaiblit le plus, ce fut la dés.ertiolfde cinq
cellts hdIIJ.ines qui jeterent leursfusils, et s'en-
fuircnt dans' les . hGis. Quelqtles-uíls de ces sm-


3 ..




, . ( 36 ) , , .
uats sontat)j9urd'huifermiers d;UlS l'~tat de'V~~
mont; les au.\r~s:pr{lsp~rerent,pjvefsement, se-
Ion leur. bQ~e( oQ. lnauv~se:conquite et ,leur
pl~ OU,:JllO~s:;d;~c.tivité.
;;Sil';G,eofg~J~l'evost fut beaucQ\1P.hlam~:, tant


au Can~da,: qu~n Apgleterre" sur sa ret~pi~Ef.lW~­
t;:ipitée. ,qJl ~ p~é1;enpit .qu'il aur:w~ .pu em¡:wf.M~r
le~ ;lr~~ra9-~~fPs~:~S ,Anlér~~n~ •. C~ux-q ,~n
c9ari~ellh~~-~I}~t~E!Il.~ffe.~ .,.d'ap:res J~,l:1~
oo~tJjf\e~WnIJ:~PHW-~h _rf~Jt1 ,j~ e;sb~~\>iAlttP:t
(q~~;~lis,.(;)YN}j'itWJ4\dli~rPH ~_~Ást~fl~~~ils le
:c.(U'Etp.t~l\fft~.~I~J(~nlffg~~ y; ~l!r~j.t~~; ~u.J~~ur}es
: Angl~&·4~ ~h~fr.l~,terre ¡ pe, )~ur~, mo~.ts, p~qr
emporter d.'a§&aut qyelques J~au!aise~ E~~~qu~~ ,
Qt ,etrj3 ."'Il!'W~~8B9JigAA,4~ ¡ ~~¡ r!l~r'l/j Jf>~,,5l\\; ,~e
reg.dre,,~! S'~hla8f~a4W1 ~iK~e oll?}i~~"l}l
,urtlJ~tota~, ,jWi~f1'lq~, sq~Wtts ~pl~~~; ~f. d~H?l'-


. ,agés, s~q~y~~' ·H!1J fQ!~~,J·Y?tfBa~~f,g~~ 4'f.lyws .les
. qois et ;l-MW' i rle}bf!~h~~~~~~.~ ~e trq~cs d' arbres ,
,.ya~t,a GPm.ptBf~..;'; El . chaque pflS., ~es masses
tQ»jQprs ~qpi&santes, non de soldats, mais de
pwes,,<,l.'époux, de citoyens défendant le sol de
leur p~tl'ie", et, animés de tous les sentiJIlens
qui peuvent élever l'hmnme au-des~~.~ de lui-
Ineme. Certes, le général ~ngl~is se conduisit
avee sagesse et humanité, ep préf~r~~t la re-
traite a une destruction cert~ine. «- L'ennemi




(. 37 )
elL~ pu attendre un jour plus tard, me· dit \Ul.
GlJi6ier amél~leaiÍl; máis iI aurait· été dhligé de
})áttre en relráite ou de se rendre, olÍ bien· il
ánrait été taillé en pieees peu a pello )) -,


La milice, en général ,p0Ssedeiune· force
tntirale qui, dans les grandes ()(l'~asioÍls,est·hien.
supérieure aux talens nüliiair~ ,et' a l'-ekpé-
rieoce' de la guerreo Les üéfaÍtes. " qúi déco{i-
h~gent 'les' meiHet\réS "~rotrp'e~=~&es ij;,cútnbfit-
t~nt, 'sur ¡ 'une ! terre(.~~l~lr/15Otir.:'~'; póint
YtPH. 'OtiiiéuV::'-Óu" ~.~ íM,Mi. et 'dttjIhút1~bt100'fiént


. - ,. 1:'~~ b .... 5.... ,
A'aélihPnmtwa~l&j8~ íru.l~fh§~§ 4~+.w'ffi\.


, U5U:':'. , .&;a~", <s~DltRtPlJfr1\!61Vé' l p&ft1flffiWtI~<j\ilíll[yjlltyItte 'pIÍlsé~et"atf'rf!a!~atf1fhbnInlerfJmb~~~b~\r
. lln motn~iú~;·· rapparenc~" :~teriéu¡:b -des 'detlX
armé~s 'qui(;se.!'. trouverent·· :'eng~gé~s i' ici. Vous


;, verré~i ltiHe cHHglie A'd~h)~ttoyehs!i; d~ht;'" les' 'y~te-
..• ' .......... ' '.: ,\ .r .-


:riiens simplea' et varies ánnou'Óéfit, t~;voisiñtige
de "'le~rs; fOy~; opptiséea,¡ une :raligé~ debfil-
Ians'\inifufllies, Lldiqtlitlit' ; de~rLhdmlnes vou~s
lÍniqueÚlent~ü métier'de la griéitJ' :¡'}é coour's(:tit
c')a'différen~~~ qui existe entre' 'de1telles: 'arriiées.
"1; ~l est ordinair~ dans l~s~ villes l~§plils riclies,


.r"l'-' \ . . . . '.. .... etj~eme aillenrs, de voit quelques compagnies
, ··1· .' . '


'00 la milice prendre des unifornle~; . nrais quoi-
: qiik' cela' 'protlve' un esprit générebi' de la pa.rt
'~de15 citoy~tls', je ll'ai jamais vu' ces réghuens




/


( 38 }
J)len hahHles; avec ;le Jnemc' intérét, que n/out
LoujolfllgLinspw.écelfiídont leshornmes étaient
revetu~ ¡ de'· lel1ts,tíftbits de tous 1~' jours, et des
rnarques de lk'ti~:~ivi~. -V()U~ avez hesoin qu'~n
van'g' i'dise'qííeJ I~s" premiers 'appatú.erinent a la.,
niiii'é~.'A l'égárd uecehx-cl, rl'en:ne<l'este a
dire.' Jé'rrle ·táp~l~ái:toriiourS·.la pÍ'emiel~ 'fros.,
qüé je visudéi !~hri~ dietcitoyeflg faire l?exe~.J"
cÍce :' le "ma'téél\ttt'so¡tt-hit de":acforgé ;'leimen,ui •. ·
sierilva:i,t s~~(tU~b)ts) ij()W.wts ··;déi stlih~a~ ~!b()liS!J;
le 'lab6'tlfelhUavfliV,~ 1lt~;t"Htl:aUN\ma,w,J( que) '.
pensez-vous d:é' noS sóldat:s?)) me dh m'¡ami,en
so"M~í1t. fjifIfl@f~1ts ~ 'lt¡ti~~·jW !~eng!U8;> ;:r.nais . je,
sais qUé''fé~St\y'ái etr'éád{~Ué'uÍie laTme qui cou:",
lait de 1l1bn: &iL' ,,' ". , ... ;" .,'¡.'-':"" r." ~


J e . snis" tent'él9' rdf éDlpl(~mb e~do{ij:)(~l'~ ~)dftbi~i-;
heme' de~"~1úimmll VW~ rotl'6fitOO uhe'1hi6bOiPe
d'ul\"Ctfraéte\f~f<tiWérel-\l, ceit;' qui~ne,"ra sa,nsl' iloute '
pas' cotisign4d~Yrgle~BItdhW6ldélmffpi1s,~ ~mais
q'tú n'estpá~'IIÍ~hHltdigIlerfde ~l~t,mVlque' 'la· vic-
toire d~ 'l\rDtlnóti~lí: -' '


lJn' dés'plu~beáux bá:teáux a v-apeur qu'on eát
jam~tis cOfistrhits" aux E,ats-Unis, naviguait der..,
níeremeutsüt' cé~tfmer intérieure; iI a été detrnit
i1 ya dix jours, pár le' fen ~ d'une manh~IJ!Yl'áiment -
terrible; Lé éápitáihe de Ce bateáll était tombé
malade, et en ávait cOnfié le co'nuhandement a




( 39 )
son 6ls, jellne homlne d'environ vingt~un a11s.
Faisant route poúr Saint-Je~n, av~c· plus. de.
quarante pasSagers, il fut surpris en route par
le coup de vent d'équinoxe. Le hateau résista
parfaitement a la violen ce du vent qui soufiÍait
dans la direction opposéé a sa rou~e, el a une
heure du matin, iI avait gagné: la partie la plus .. '
lárge du lac. Un matelot J).égligent~ qni avait
été chercher son soupcr a la. camhus~, ~ : y laissa.
suruue planche, une chatl . delleaJl\llÍl~e, q:l;I,im\t:.
leJ6!1 ~a,~¡.autr.e planchfl ~!l~~ iaurQ.~~~\l;;;~e;~
laqprflnii~e. .liJ i ~YfI ~ ~Jd,toa ¿Oil ~)L ,~JJU ¡ \¡,.;¡ ~ !
~. teS,;lpassa~,)~ta~Qit;l~~ í#Dd§r~'~, . JUl¡Alkl;.


moins r:~posaien:t tranquil1enient daIlS)J~t&J~a-,)
hanes, lorsqti'un hOffilne, occupéaupres de la. ,
~aclñhe ,,)aper'1ut,;·;d:Q~jl~ne.partie ,solnbre de
l'intérielÍr·Qu ooteal1r;;! \UW/ l\le~:v/:!extraor4.i-"t
naire. U se rapproch~ de ~téfidroit: f éqtC,ll"7;;,
dit le pétilJqnent i dú.' feu; et tro,uva la porte dC;r!
la calnhuse formant. une. ,mucaille de ~harhon r ..


... . ... ''')


ardent. Bientót il se vit entouré,de flammes; -¡e
i~ les traversa et se précipita vers 'tille porte 1 ~e
lá chamhre' des dames, qui communiquait avec ,
r entrepont; mais cette porte était fermée, etil
frappa et appela en vain: le bruit du vent et
des vagues ne permit d' entendre ni ses cris ni '
ses coups. 11 s'élan~a sur le pont, donna ¡'alarme




( 40 ).
au capitain,e",et. <;~:y<tQta ll,lJ~lH!mhr~ de$ q"mep'~
n]~is.;. ~yá~t~l q~';~:,!'J~#' ,~'p~&~~~d;~l: l' es<;~ier., J~~
flamrpe~:,i éHie!?-¡~J~~~ jour ¡L~rayefsJa porte de ..
cqI!lm~n~R~;~i(Htl e~\~.y~ieut ~tteip.,~)es J~deaux de
l~r cap~n~; l~\ :l?~M~,pr9che ... y ~uspo~v~z. imflginer
l~ sc~p~Y}n1i' l eu&ui vi~. . , , ., ; ,. ~ ; .,1; ; 1 • L ;
~~,~d~~~ S~;\~~BS:?'lej~upe capitaip~ éYeiJ.~ªittion;


éq ~iP,~ g~ ,~t ltr~ .P~ss~g~~sJn,3.Jes "'. ,e~i Qr:<,lcp npai t ,JUj. •
pVP:~~ ~~l, ?u.:m~~l~.kf ~em-l:;v,~1-~ l'M~! lrnlp~" I»'pohe,,¡
A~¿;:fs ~vo~~itgielJ!Pl~ ~m::JHil~19~ aq!ftllf~~IUÁ ,.~J+,
l~:N~jlKo~')~f!lu~Jhs ~n.!M~ P5Wr~!!t ~~I\teDWj:
~~-g~f;l~-a~JP~SOM~é!~ ~.~[ tr~A~ltpf.ft) h~'d 'i 1l.~t~tq'J 4~aG§ ~~néNIl§'1BH!~¡ a¡J(Jl~.m: l~$.;
ra,~ag~m, í~le ".~~u~~:b ~t,a. ra\t~ud1:~ Ja; mott .aV80 ,
lqi. TOU8 " y l .. ~o~s~ 9.gren t ,. !f~ ,: _ ~pt:~lte~aLn,p; ¡ ils.
s' oceJIR~fe~l~:A'lPe~~FAeS¡fj~n~~~ftB r eªJhl¡Ul'
c,e"W?D?1Jnft19Itfj!)~~fJa3rsH~~~;11~9iAAt~ri\J;,.
s ~~~~~~e;~g~q. ql}Hf i¡:fur,~Bnt')\W!1n§O~Uft ,. ~ln­
mens~ ']'! a1k~M~eq},de; ~,?H,Ip.eIJH.I~j~19~~j(H~e mat
e~I~~p.éfHiR~~ ~ t~~qve.r~-ffi..#HJve!~PIW§~ M'Jl,QIUrne
ql.J~.~e~~~~t.l!jlg9j~YG~~!iLli~fltr ¡{~fl~ ~1fi9P',.¡poste,
jusq»'aJ:te .. ~H';l,e~~ l~ ~J1ft~']fi> ~tj}mJYÁS~~ rótis,.
el .&~~v:et,~m~ns . a , qe~~-.<;crnS.lÚ1~,! ¡~ : chale\lY
extraordm~~r~ "q1,li: régnait. aQto~r ,de la· pO\lil-
loire, hnprilU~nt un redoubleIUe~t de force et
de vitesse a la machine, le ,batean, tel qu'un
rnonstre lnarin en furie, sillollI,laitJcll cal~X avee




(' 41 )
une,·t!frrayantevélocité; hientot ir ne,'se' irouv~'
plws qti'a 'quelques 'ibises de la térre!.' Les; 'canots:
ét~ient disposés," et le 'capit~itiéILét' ses'!irt~~;;
rios tenaient dans leui'sbras"1Ie~;:~:rtHrt~r'ét'
les enrans éplorés, qu~nd ·le;goli~~rri.~irifiht' ~.',
manquer. Le bateau céda au véñt; ét fcifrepotlssG"
dUTfvage ,dont il s' éloigniétl", tourn¡ü{'sa~k ,
cesse' Sllr lui;'meme.'P'ei~soilile 'n'dsáit ápprodh'e,F!',
de; la·'tnáchihe 'nonr: l'rlI'tet~r¡·¡' Ibdlsí:&llé,iilé;; tiítd~: 1:" .
páS, a ":s'arh~t~Í'¡" d'~ll~umeñié ;1I(~t"'lá¡-S$~: le ~·b!a.!..r
tenú'la\\lam~~PJdéS: ;v~1~t~ak5j1f'a~e~:oKvíU?í
dei:~rfus1 fiHfi~'l,j l~~ ~áRs~MO~ll(Béilli-ntlsr;)::


I ptir.tifi~Mitila.i} ~tlrerr~n~~ ~s~~~ el!xpJ-h
~úre'at 'les" felnm~~r~i !~IÁ Jenen~JJd~s ~1~~6ff'tf'~
cápita:i;n~'~t· des'"Íilatélbtsl; . cétlx2éil,O~i~1 '~~dJ' le~"d
flatrtmés ' vohi~eáSs~lt~'srlt; letít~'" t~t'e~¡; ¡'rephtl~ ~
serenet\5\\tesllJ~ls&1lfaí¡tioílYT~JtorrletiFfifd'en~! '
trer 'daI1s d~;emh~c~tionsíá~jr¡fKll,l ICllatgees' ¡ '~e'
ils lés pou8~~~ht'~ati.l~'I~rie; du i -}j(\tea\f' quelti!l'
feu' contiin\lá'it:' J8~' aJé\rtH·é't'."Onrt S"ápíWdit "~ldts¡'
qu'une Jemlneet! rih Jjhiln~: horrrme' de; ~eiie' ~l{g:L
av.aÍent étébúbfiés~ Aptes' les: avoir tires 'dri' Wi1:: q
liétt des flamníés,' 'Oh' attacha le jeúne"l{omme l
a libe plaúche, et un lnatelo.t, habíle' riág~ür,: se"
jeta tlvec hÍi dans le lac. Le capitaine~ 'tenant,
daos Ses bras la pauvre fernme, rerriplie d'u'ne
terreur frénétique, denleura sur le bord de son lla-




( 42 )
vire emhrasé, jusqu'.a ce qu'il eut vu le dernier . de
ses 110lnmes', inriní d'une piece de hois, sauter a'
l'~u. Alors, il jeta ho1's du hord une table
qu'il" avait; tiéservée; pUÍs, chargé de son fardeau ,
i~ s'élan<;a al!' ~ilieh des flots. La' p~l1iv1'e' femme , , (fans l'éxcesde sa frayeu1', ,lesáis!t 'fortement a
la'.gorg~., áti moment 011 il la pla<;aitsur',la
ta~le:F oree' de' Se degager' dé eette infortunée ,
ene fui ~r,ée de~lui 'par les vagues; iI s'ef-
fOrlm· d~{h:': sül~ él la'lV1t 's~ccrochera un dé-


,.a


b'rlsJ en&m~)jime~i()t, .el~; pOUsBá/ün dérnier
cíi~: ef('Éli~irát>!Jd¡ffiili't~'lf\~S)naMmeS et dés
fIotiS.·· bl) cnpitiamtll. flt, · en, .nageant; le tour . du
n"avire en fen>, crian!' a ceux dé ses matelots qui
étaient a portée de voix, de ne pas:s'en écarter~
Il resta 1ft' lui-meme;¡ :abllat1~t ,{ti! ébwti~5-de;qneI­
que morééau:"·Jd~!:'í~ls·rénfln ,'il 'en -tómba. 'un;
ir l'éteignit' . et- s'y' acproclla,-demeurant aupres
d"u ,hatean,. dans l'espoir qua l~·Tutm.l' desflammes
guid'erait les canots, 1orsqu'ils seraÍent a meme
de revenir; maÍs ces' faibles esquifs, dont la
marche étaÍt ~considérahlerherít ralentie par la
charge extraordinaire qu'ils portaient, avaient en
outre six milles a faire, par une mer extre-
mement agitée. Ils furent, en conséquence,
l?ng-temps avant d'a~teindre la terreo Apres
avoir déposé les passagers, pres(lue nus, sur le




( 43 )
rivage(l'une lle déserte, par une nuit sonlbre
et tempetueuse, ils retournerent .. pour .. tAchero
d'arracher a la mort les nobles victimes d'un
dévouement si hérolque. Le jour parut pen-
dant qu'ils lqt~ieiit. contr~ l~ .flots, cher-
chant vainemelit le fanal éteint, qui devait les
guider. dans leurs recherches. A la fin, ils "
aper.t}llfent un point noir sur' le somInet d'Ulie
vague: c'était une piece de;boiJ) S1lppor~an,t u~
homme., etcet homme· était le je.l.n~e, C#lP~aiqe,,'.:;
privé, de ~nti~\¡~ lllAiJ) '( ~(lJ\ª~pta:t.l1~OO:9re~ ~lJ
restA:,~, v¡~!) \l~Jiíªt ~~9Piubi~~~\~lJe "Q4-1:1\
autre de ces braJ/~f,,;rp~reIQtJftfYklMRf~~,s.J:fl)n
matinée, et rappeléa la víe, jlpr~s,~v;o:ir,~t6
huit heures sur l'eau : sept autres périrellt ..


Les) ,citoy~&~ <le ,~.BQ.~dWlt9\V.ttÁ.s'empresser~nt
de po~ter desvivres el de~ ;v~temeJl~]~~ Ulal .....
heureux qui .' avaient été déposés sur 1'1Ie; apres
quoi, ils les emmenerent chez eux) et leur;prodi-
guerent les soms les plus .empressés el l~s plus.
aft' ectueux. .


La carcasse a demi-consumée du PMni~, s,e
trouve maintenant au milieu du lac, sur.~ Un
récif ou l'a jetée la tempete.




( 44, )


,;


; ",¡LETTRE ~VII.
'¡ t


!/lI:rJi,plJ!wz. tm~2~!Ji-§(:lJ.¡re .. 8ltCcmctB-· de.l3 état! de'
,.,:,,~~,. "s 'JífJ."n V~Llm.··: ~ i f, 1I '(r NAJ- Jo - '.- t-J{!.",-,~.~_ .. ' ..
, cr:'1f!nld I?' t1 'UJI.H >~~il .J~~ 3'YI~tHI~1 _"Ji }¡,'
j<'~I'l'!;;rm 29liov 29I'In~ j3 ~~)Ik.r (ir 3b .::::l{;.~~!,',{
",:~~Ü~ jrr~)iBí~Ú,lrJjP.lp>IfJj_dtIV~~1 Odta1lt,i~~ "'.',;
c?,~}jf1.G8€ibfI9Jqc.~'1 ,:~}r)no ¿~l '1H~ i¡"'::¡, ,F;


EN, <remohtahfl}é- ChampIaihf;r'nfá;\lchete 'arllie
les' rtvés):{le '~~'ac pn;nfleút1ab ~~t'lilús ~~'ü~
vitte'l:'et;~p!fBB~ ~ ~jaw<m~~it~
Vtlle~lNJÁ~&*e ~~J!Hgtb'W e~f<H'Hne ~ga:"
Ii~te""b~kit~!jtata Úpt~é Da Jq'el~~hce' de~ hfd~s'dnS'¡ tIbPJHf5h~s' . qHi 'rwe~véHf~-Hu (6'vágépar
fuie péht{rl31iS§étÓ~~aptde ('¡pKtMi Jées" ~aiBces. ,
deJ '''btnUX¡'J,1tthtéS "e plabtés'~' W~C-r 8~he···: ~ymétrle
ijúi '~cahiHt&i~J;les ndü.veauf'(nom~gst ét "vilIiiM~s
de ces'-etat~¡ :'Ili~:J·ólie~ Hate j;é~~d~pt'Hiflhin :1'im:" , , "
lllense miroir que présentent les eauxd\i. lác,
etdont la bordure est for'lnée par une chaine
de montagnes 'derriere laquelle",~' áu moment




( 45 )
ou notlS 'tournames pour la premie re fois nos
regaras -de ce coté, le soleil·se ceueháit daris
toute sa splendeur : tous ces objets offraient
véritablement une scime enchantée. Leur aspect
nous parut sbrtóu(ravissarH; ldrs4ue le disque
solaire, dont l'éclat eut pu éblouir des aigles
memes, descendit majestueusement derriere le
rideatt de pourpre qui réf:lécl}íssait,"ses'·.;tmnt~
brillantes sur la surface' tttílriquille du vaste lac,
sur les fenetres et les murs si blancs des jolies
maisons de la ville, et sur les voiles argentées
des ~<JUe8;G ehl<tit!S'ma_etJ!~¡ltfissaie_nt silen-
cieusement sur les ondes resplendissantes .


. IJ.¡PY;;t, P~-1ltquaI'a:q~~.,aITIl qPf:l.~, te,ilfaln ;RCf-
c,!pé lWr I ~1tíf~ jRI~~,' ;p~ti~ . r~le, ~,'cOlltenant
un~,!J?9PU}~t~9R8 qe, ~~í~9m: a~~ ,¡n'~~~
l~.~b~~~nw.tp~r ) q~~¡;9'lr~~ ,'* :~Sl ~.t~s •. ~~
A,pléf¡~~~I;9Pt .Bn JPFkf,·qpi·~igni~~f~~re ik~
P'lfg1)~~:·~~)~,~'hl~E!~qr.fl~, ce \mq~, mej.paJ;~j.t
,SufIi~~lllpt,e~t ,jWMpé~ ;'1 ~~, l'ét:r~ge~;_,~e~ p~
:~'e~cherlA~ conxenir, ,que les Pfqgre.s, .. c~raqf;/
c;\\]~tres et ep. ,~ou,s; genres, qui _ fra pp~~t : ~~
yéUf" ~,deQl.~~daient un nouveau mot pour l~s
peinc4¡e. . .


. (~) Quel(}¡ues persoJl~es de cepays _néanmoins ni~nt que
le verbe to progress soit une locution américaine.




(46 )
. La. jel)ne . vi~le ,de Burlington possede l1u
coll~e·,qtli'futfondéeJt· 1791, et a derniere-
me~t r~u ~~egratl;de .e~tension. L'état de Ver-
'mont, c~uqtte18ppartieI)..t lavill~, et~ont la' po-
.p~latio;u· '~;eSt pá~ tQQ.t-a·f~t 4e trois eef:1t
~l1e ti~es , <:r,~reti;e.nt q.eux ,établisse~ep.s de
:ce gen re , e,t dans aU9un endrQi,t de· l'Union,
ron I;l'apporty p~~t.-etre ~n ,plus grand süin 'a
Yéducatior;tde Iajc\1nesse.


Le territoire connn sous lellom de Vettrtti'rlt,
~est 't~aié~ ','ah :"h¿fd"~W,:Yftd 1-~~ iiho,Eclihine
de ~onta~~~f~HW~rf.~~l:d~ tbr~fS loUJourS\1ertes:
c' est~ de;~!"~e~'~~S?n~ i).P~. :~es 'D;loritagnes,
}es Alpes de'éé'j)~ys J s'élevent 'quelquefois jus-
qu'a trois et q~~re ni~lIe pieds'f ,elles occupen.i
~)resque to~te .~* 1~!g~~":~eü~'~~H~~~t~~1~és
,sont pattÓijt·'J~é~f~~~h~ll~(Il~so~·a~~;¡Iá\t t<#Id
',desqtléHes 'bouleptqrrantiré : d;e··f~&~ap.x ),: ét de
;riyiere~, qui vqp.t s~' ~~~arg~~::~,~f J'est\ ~~~s
l~ belle rivi,er.«; 4~ ~onnectictit?et ,3. l'ouest,
daps' le lac' Ch:aJ:npl~jp. Les ·hatit~s forets de
pros blancs', ,de cedres et d~autres arbres vetts,
qui q~uvrent l~ s.o~nniet ~e ces mOl1tagnes . .' ~iiis­
sent parfois leurs teintes sombres avec l~ verdure
plus variée du chene, de l' orme, dl} hetrc et
de l'érable, qui croi,ssent dans les vallées. Ces illl-
n1euses olnbrag~s SOI).t coupés en divers endroits




.c 47 )
_par d.es pa,turages; les belles terFe~ qui <hor-
d,ept les ruisseauxet 'es ri.viex:~s écha,ngeI;lt
c~aque jour l~u~~ arhres ,ant~qu~s ,ppur les .t¡;é-


,SQfS de l'agricult~r\e. ~a ,yille la BI~s ;pop,ule~se
de to:ut l'état contieQt a peÍI\e ~rois mille a~,es,
'la ma,sse des habitans, laboureurs ou herha-
~ . ". '.' ,; , '" .! . '.. ~ ,,> .,~"- t. .. ::


gers, étant ~Ear,se ~ans les y~!lé.~~ ,et s~ les
m~ntagnes, ou ~ass~!lll?~~ par PP\t~~e,sp()rtj~n~,
~a~~ les villages ~atis ~u.r .~,~ \~lJ.4'i9~J~~ et._d~s
f~X~fes., , '",.yt :l1tUií,lJ:L'


n la' , 'l'¿rl . d
' '~I , t~ BU~, ¡ft ~~tl,;~pqf~e i~~:1 '1tpc;9.PR L.~ e J,~YS
,8~~YF~~ ~_'!~~"~ ~~l1fb' OOIOOGf}~Q9~~~I¡~LiILstj ..
t~IO~Sj~ i,~PIfl~ ,J/RRf .~~ (m.q;ws!J~íi~: .. ~"f~P
,active iI}~~stri.e, l',état de Y~;r;rp.op,t. ~~ ,JI)pn,~re, Je
digne ,enfant de laNouvelle-~llgJ~terr~. I~ s(! .<;lis-
tingu.~, p~;rl!li, ~;~~; ~p.,~~~s E~Jl9JjCJ.ttes p.e cette, p~tie
'd~ l'U~olh~r ~0!l~ ¡pa~~~p~ffi~~ jJ~¡t<?Hi9Hrs ,s~rvi
de tou~.sesm:<?yeIl,s, ~a c,~~e g~-9.~r.~e" e~j~is
on n'a pq l'~e~?~~f \~~ ~~pár.er ~s i~téFets.4~ c~px:
de l~ cOl1fé~,ér,a~ion.
PendaI?-~ l~ ~utt~ révolut"ionp~re, ~a faib~e p~
J.>~ation, dis~érn.-iJ?ée Je long des rivieres? et ,<}'~9s
~~~~;mont,agne~~t les forets, mo~tr~ tm.~ pCJ.~le
a~~~Jtr,. ~~ ,lJn s~n.éreux, désiJ?t~ressemep.t.. ;La
court~ ~s~oire de cette courageusc républiquc
est ~emplie j ,d'in~ér~t, et tres hopo~able pO~lr le,
caractere ~~ son p~uple. .




( 48 )
Pendant son e,xistence coloniale, elle se trou,a


e.ngagée ,'a~el ~:~s p~ovinces v:?i~in~~~ dans une
dispute' dfi' ~i1 s'~gissait Honr" elle' de "la "défense
de' ces e gr~nd~'¡p~ihcipes: s~rtIe~qtiels, plus
tard,s~apjniY~rent les colonies,.~an~ Ieur que-
relle avec la m~tropole. : SOlls)a do~ination de
la Grande-Bretagné, les, terres a,e Vermont, en
cotiséquence' 'dedl~~r~ actes cQntradictoires pas-
ses' . a dltré~~ni Jp?~~~~~", ~t. 'so~s différel1s r~~s~ ¡;~yll!1~Jtv~~~~t',·¡~~~W·~.~(~, 11¿'~,. Jes ~deux ptbf,~h~~s~~I~\~~~pl~~~H~er~~~:~a:I#p:shife et. de
Ne,,:-Y?r.K~.I· .uil,e,,,~~n~e ,lf1rt~e ,des 1 premlers
colons}:)1;tí~~~íeÍil" a~ 1eurs ;prQpriétés, en vertu
de la "paten:ie ~c~ordée a' 'la' premiere de ces
provinces, quand,la ~ernie~~ fit valoir un titre
antérieur;, e,t essay~ ~étyin~~r~ Jes propriétaires.
La problamation 'düJlgoii~er~eur royal de New-
York r~~lÍt ~;pour réponse ~~(! ~roclamation du
gouverneur' royal de New"':iI~lInp~hire; et ·l'af-
faire ayant éié soumise aú gouvernement de
la métropole, sa décision fut en faveur de New-
York, contre les vreux et les réclamations des
Vermontais; mais cet édit impérial fut aussi peu
respecté par les fiers montagnards, que l'avait
été la proclamation du gouverneur. « Les dieux
des vallées, s'écria le courageux Ethán AlIen, ne
sont pas les dieux des mOIltagncs. » Une ví-




:( ,49 )
gour~use o'ppos~tlOn ,s,e forn)a ,s~u·-:-~e-~llf~n~p,. ct
l~~(préterítions 'de Ne\v·York fure~t. rep?us~Gs
a~e~ t~lIit d'énergie, qu'ulleguerre ~ivile lllan,qq.a
d'édater. Les Verrnontais fúndaient leur rési-
stance sur lé droit qu'~ uu ,peup~e: de se gO?:-'
verner ,. ~t, en . conséquence, : ils 'q~gaJ?isere~l.t
léllrg¿tivernement, en dépi~ .de~;inl~n~,c~s~ d?
Ne~'~York el de s'on 'g(}u~~rn~ur~ ,,~~~~s UI~~
cinis~, plu8'gran~e récÍal~l.a 'hient~k)~s ';effo,rl~
de ,ce peuplé rliaglja·Íiíní~.", Au;mil~~u el,e ,~s
a~tsaVbl~ p '~~~~ í \ j e¡~~ 11 ~Y~rk .i~.J~~cor9c
é.'bla. ia ~WY~~;W~~1~é~!It;~tflri~i9~6 '.;i.'. ~ p&tfplé'lI¡ni~f~«<aPri~'lrtks ~l)~~~aa:~rds:)t'fX:. v ~~;


, h, ; .• ('·1 ;¡'i' 1~)I'{(TiJ'{~:1" .~·nI·lt '.3Ji .. . }t.19rr.~2IV.H.i'f 81th. lID') ..
mont ;eus.s?~ . P?, f~9Ienle~t~, ~~~U~~~1.~~'fr~~~~
pa~t~ '~~~l~,~~tt,e Hra~1,~7, q~erell~·~~?,ig9.C~. ,del~
ln~r ~ sahs"~ón:llnél'ce', saJ.l~ taxe~ ~tAan~; g<;>uver-
netii~tl/ \ l~~~I ;~~~~!~~:l) ~l~~~it~'m~~~~')¡ ~}~j 1 ~';t~fséter~
á61gtais . he! 'froissáieúf 'pas -imrnédiatelP,~I1.t~ I~Jl:r1
ititéd~ts:r~gf;: ~~Hka~~; ~é~l'rufie ~ ~r~'~ l;~t,!~e~t,. 9.,aIl~.


: l,·· .rn,,-,¡iIÍI~' ,;, 'A" ';.. ..,.. .' d'autres disputes, on eut pu suppos~r que ce~
.. 'J}." ¡.;'" ,~, , . ,. .".", '.,.. . .. lnesuí'es>ntetá'ú~)lt~ gt1C¡epr?pres a e~citer .~~u~~
opp6~iti~n ~,¡f l~Ú: bl~~~!lt; leu~ . fierté~_ ptais ". ~l;
pélieurs 'li' ~~pte considération d'intéret.p~Fth
cnli'ér';,ils' ~ ~uhlierent leur querelle .POUl: ,e.~ ...
hÍ'asset ee.Jre de la conlnlunauté.. La nOllveUe.
de; la bat~ine:~~ . Lexington n'eut pas })}utot


'" été répaí~due, '.qil~on vitEthanAllen, a la tete.
2. , ..... ' , 4




( 50 )
irune troupe de lnontagnards de Vermont,
surprendre le poste important de Tyeonderoga.
11 vint, pendant la nuit, sommer le fort de'
se rendre. « Au nom de qui? répondit le eom-
lnandant , f;lussi étonné qu'irrité de eette sou-
daine et audaeieuse sornmation. » - « Au nom du
grand Jehovah et du eongres continental (1),
répliqua le patriote. ») Ce eongres continental ne
contenait pas de représentans du peuple de
Vermont .. n n'avait pas prononeé su.r la jus-
tiee ou l'injustice des réclamations élevées contre
lui, ni reconnu la jurisdiction indépendante
qu'il avait instituée; mais e' était une assemblée
réuoie sons les auspices de la liherté; elle dé-
c1arait pour d'autres les droits que les Vermon-
tais avaient déclarés pour eux-memes : aussi,
saos hésiter, saos attendre qu'on les sollieitat,
et sans essayer de faire aueune stipnlation, ces
champions des droits de l'hornme , abandon-
nant volontairement et sans eonditions leurs
eharrues et leurs eognées, recommanderent leurs
feromes et leurs enfans a la proteetion du Ciel,
et partirent pour aller eombattre avee ~eurs
freres.


(1) C'est le nom qu'on donna primitivement au pre-
luier congres amer,icain.




( 51 )
'Apres la déclaration d'indépendance, les Ver-


'monlais s'adres'serent au congres, comIne au
gouvernement supreme, et demanderent que
leur pa ys fut' admis dans la. confédération,
en quafité d'état indépendant; ilsforiderent leurs
réclamations sur les memes principes que les
autres états invoquaient pou'r' justifier leur
résistance a la Graride - Bretagne; savoir: le
aroit .qu'a un peuple i d'iitstitu~l' ¿óri gouverne-
ment et l'invalidité des ~Óntt~rs nou'cimentés par
un mlÍtUel :~éé6rd~~tfe ·te~;.baiti~g~ ~ew·::Y or~~
de son ·C6te\.~gr~pb~lNt~ ~t ~all~lgi. 4~~a ',~~~
donations toya'1&J ;et' ¡f ilés q~~~f~~~{~ .1¡'fJ~
tot avec légalité qu'avec justice.L'opinion du'
con gres penchait en faveur des Ilahitans' ~e
,Vermónt; mais rétat ~e "New-York' était un
allié trop inlportant, p~'r;r qu'on déCid&tavec
précipitation contre lui. Le jugement fut, en
conséquence, ajoul'né, jusqu'a ce que les deux
états en vinssent a un accommodement; ou
jusqu'a des jours plus paisibles, 011 le congres
pourrait examiner a loisir la question sous toutes
ses faces. L'état de Vermontayant été ainsi rejeté
de l'U nion, l' ennemi crut qu'il serait facile de
l'attirer dan s son parti. On lui promit de
grands priviléges et une existence particuliere,
comme province royale. ~Iais cette génél'euse


4··


o




( 52 J
république lle se laissa pas détourner du cIle~
nlin de l'Jlúnneur : elle: se montra aussi fulele
a la cause de l' Alnérique, que i ferIne dans sa
résistancé aux prétentions de New-York. On
vit alors Qne poignée d~hommes libres défendre
leurs droits et ceux de leurs freres, dans cette
] utte opiniatre. Lorsqu' elle fut tenninée, et l'in-
dépendance l1ationale définitivement établie,
la république de Vermont s'arrangea avec celle
de New-Y ~rk, etse joignit ensuite yolontaire-
ment, corome quatorzieme état, aux treize qui
s'étaient primitiv~nt~-confédérés, et dont elle
avait épousé la C3me aVEJe tant ,de zele 6t de
magnanimité.


En eonséquence de sarésistance aux . pr~­
tentions de·rét~~de.~W'1YpB~':Utl1ays de;Ver-
mont :arait!"' ~)tl~1me'existencl! 'independante,
plusieurs anQ.ées avant lasépavation ,des colo-
nies d'avoo la , Grande.&aqtgne r umis 'sa' con-
stitution, teUequ' elle est aujourd'hui, ne fut
ré~lée dé6nitivement que dans l'aunée 1 793~


Le plan de gOtlvernement de cet état est
l'un des plus simples qu'on trouve dans la' con-
fédération. La .législature se compose d'une
,seule chambre ,dont les memhres sont choisis par
toute la .population male de l'é_tat. Dans ce pays
montagneux, peuplé par un~ race d'hommes iim~




( 53 )
pIes cultivateurs, on peut supposer que la sCience
de la légisIation ne présente guere de questions
difficiles; et iI n'a pas été jugé nécessaire de
retarder la confection des lois, en faisant passer
un projet par deux épreuves. On trouve, dans
la constitution de Vermont, une autre parti-
(}ularité qui montre que le peuple de eette
république a des yeux d' Argus pour ce qui
louche el ses libertés. Dans les autres états, les
citoyens ont jugé suffisant de se réserver le'
pouvoir de eonvoquer une eonvention, pOUl'
amcnder leur systeme de gÓllV'ernement, quand'
ils le jugent convenable; mais les VermoÍl1:ais,
comme s'ils n'eussent pas ",ouIu se fier el' leur
propre vigilance, out décreté l'élection d'un
conseil de censeurs, qui d<>it etre convoqué poul'
nn an, de sept en sept an~ées, afin d'exalni-
ner s'il n'a pas été fait quelque violation el la
constitution, si les pouvoirs législatif et exécutif
ont rempli leur devoir'~ comme· tuteurs da
peuple ~ ou se sont arrogé et ont exercé d~ a u::"
tres ou de plus grands poupoirs que ceux qui
leur sont attribués par la constitution (1); en


(1) Art fI-S et dernier de la constitution de Vermont.
V oyez l' ouvrage intitulé: Constitutional Law , etc. Was-
bington 1819. ~




( 54 )'
un mot, de, passer en revue tous les acres pu-
blies', et,l~eIlsel11hle,des mesures administratives,
prises • depuis ,la;' "derniere l'éuIiion des censeurs.,
Si" ~U:e\~ue~' oo\e~' \e\ll''Pa:raissé'nt''inconstitution-
nels,'leur,l ae:tolr '~st:d'eu 'référer 'a l'assemblée:
~slativ~ quilSiégepOurle lriom'eitt, de mo-
tivér,leilr":ppiDwlff~tde recommnnder la 'révi-
sion de ces actes. lIs ont, 'en out re , 'le ~pouvoir
d~ 'jugerIide¡1a ffinvf!nanté' de réviser la' consti-
tliti{)l\; ~~i)~t4q~ ~ticlaSJeti~ pafhissent'dé-'
fecu.reirx~j fooifIi~\l~ m~ytfiart~f' ~ leg"p1Ihlier-
ay,ee;~Ii4iiiiHeb~rltemf~'és, j:w8qirels ';' étant
é~-am~~J~H ~ápfjtáü~lfS:,~ü~' ,té: ~ple\ 116nnent
lieu a la, convocation'd'autre&délégués, pour les
décr,éter en ''COnve~ti()u, d'apr~s·:',:¡l~s itislittc-
tions 'qÍl'íls; :e1itJ'W?~ui$"~¡ ltHn'§ ~~ •. ~.{;
~ ;!Y~J& g~tlWlndiht~fitt~kfari§l'fii~~íte
villif'aeí-;M~Tdpéli~r; situéé-~ \datis~ne- vi:tHe~' 'qui
se trouve fa\1 ~et1tt.~~HeJrétilt. J!Aif;pdSi,lbIn Ué eette
1IÚle:permet ;tlé(pe~er;·-qu~i4~n~iégé}?'8U:· gouv~""
neútenty demedrehFfif~. e' est:tlli~1~lt%tJgg~,oou;.
veauterpour,'un Europoouj «1# J:lrouver'@S'Aé ..
gislateurséssembMs dang,'~ tlhviltáge; isolé;' 'Péur
y discuter les'affaires de l'étát •. COmbí~la li-
berté a été calomniée! Voyez-la, dans' les rnOll-
tag:nes de Vermont" animer des bornIlles qui, él
la premiere apparence d\)pp'ressien,' se leve-


_.' ~




( 55 )
raient comme des lions; Ibais qui, jouissant dtl"
libre exercice de droits incontestés, et marchant
tete levée et avec un creur indompté, an. mi-
lieu de leurs montagnes, miment une vie a la fois
paisible et active, sans faire de mal et sans en
recevoir, fiers cornme un noble dans son manoir
féodal, et doux cornme les agneaux qui paissent
sur leurs. nlOntagnes.


Les hommes de Vermont sont connus sous le
nom fallülier d' enfans ele la m,ontagne verte "
nom dont il$, sont fie:r:~,,~~~~'i'aientendu pro-
noncer.~~~AAt\ a'l~~ sqr~fti~lfh-j)9mplajsance , '
et d'LJnrton,j~~ ~fld.mtr~WR.~p;,aie~!PQ.;, p'ár ..
les citoyensi des états voisins.,; ! o: .•


Avant determiper.ce q,ue,j'ai a diresur le pays
de V~e~mollt~)í:W ~~~. dftvog!.:'{We~ ,J;emarquer qtw
r4~jgrant;,éc~~tJftn\Il)lJY~~ :B!'pp;ililement
C()llV,ew ~ a, )~~mmurs,. f3t" a ~n.: tempérament;: .
SOUS~ un ~\nla:~~illi" el a\l ,mili~u d'une contréf3'
moutagneuse, iPfl'vant¡, ,et:d~" paturages et des
terres labourables" le fermier·, ééossais, frugal:,
,rigoureux et actif,. pourrait se croire chez lui"
ol!;l?lutot un peu mieux que chez lui. Il y 'a ,dans
les v.aUées les plus hasses,quantité de hons terrains
non récla'més, et beaucoup de terres, d'une
nl~diocre bonté, sur le penchant des montagnes.
Ní?s enfans da brouiHard pourraient voir ici leurs




e56 )
Grampians~11eursCh~v:iots(I)S6i'Lir du seind'nn
IIleilleur: 8o~,,}:,"~t,s'élever",versunciel plus puro
I1s . tr~~~~:;~~i: JHl~' r,cé.(1'!\oounes d'une
aºt¡~ité :~t, ~ m~,( . int~lligenee égales QU supé-
rietg~~ijux..lenr~,· et anitné~<l'~espr¡t d'indé-
pendance dont ils pourraieBt se pénétrer avec
avantage (2). '


Les émigrans européens sont peut-etre dispo-
sés a trop s'avancer dans l'intérieur de ce con-
tinent. Les anciens états ont suffisamment de
terr~ins Don défrichés, pour y établir une. Inul ...
titude- d'individus, et, comme je 1'ai déjit fait
r'emarquer, les hommes ontordinairement bean ..
coup de choses a apprendre en arrivant dan s ce
pays. L' Arnéricain, en entrant dans les districts
de l'Ouest, est habitué a vaincre toutes les diffi-
cultés, et sait ilispirer a: sesenfans un amour
de leur pays, fondé sur la connaissance de son
histoire et du mérite de ses institutions; il est


(1) Les deux principales chaines ,de montagnes de
l'Ecosse. -


(Note du traducteur.)
(2) Il Y a dans l' état de Vermont un établissement écos-


sais qui se trouve dans une condition tres florissante;,.et
je crois que de temps en temps quelques émigralls vitm-:
nent isolément le rejoindre.




(57 )
propre a former l'avant-garde de la civilisation;
l' étranger sera, en général, mieux placé· . atl
corps principal, 'ou il pourra recevoi:rdesle<,;ons,:
et se pénétrer de sen timens . -convet'iables a' son
nouveau carnC!erede cit~1en ti?une1t§ptíbliquéL


. .~ '.1


,~,; J:,¡:¡b i!; 1 :Jj SnUíiü~) f J9 ~ ¿UbrvIL.íi.d¡ :JI);,:
.... .' - .


,()t,' t"''lTI'n;l¡fJirntJ .'llL; ¿:)!llfllcHf (::'jl ~'!.~:HjFjBf1.l:J!
• . ,f.




( 58" J


~-'LETTR'E "XVIII.
""J' ::,,:" . ." '.


iJlrectíon"~9iihl(FaitjiétízOfe dinlricain,. -, Fon~'
"t,Jur$·· :a~~~fipu6tiqu~f' dm'éricaines. -' Eta~
'"hlissem~llJf:,-tili o ''ou~~rileWt1nt'JéiIeral. ' ",\
" 'h~ ?i.H:iR ?~J;';,-;') ,,;i',' ~·lq'i:.~ j.(. ,
'·>j,';,,'.1:; ~j9i:.)()¿, d:ú, ',í


,Whitehousc, New-Jcrser, décembre 18JO-'
~ i .


J ~ regre.tte)'~f;~~t. ~~"f~IJle~.u~ir~ct~-,
~~"fq~!DjpwMJG9Jl~t,~Ff~~~figer.1::11~~.
v:oyage .rlms le~ états 4e l'Est,m'a~~nt aiusi em ..
pechée, dep!lis quelque temls, ;p.~ ~ ,v~us écrire


ti ' , avec; .ma ponctua te, accoutumee. • • • • .. ' .


Apres ce court préambule, vous me per-
nlettrez de passer par aessus le reste de notre
tournée, et d'en venir tout de sllite au sujet
de votre lettre que j'ai en ce moment sous les




6 5'9 )
YCÚl:. Je ferni de mon nlÍeux pour répondre auX'i
questions de **** , ne prétendant pas, au snrplus,
en donner une-meilleu:re solutiáiique cenes que
d'autres peuvent avoir données avant moio-


n est devenu HSsez o:rdinaire,;;d~ng. ces, der-
nieres années ~ de traduire "la liUéfature amé-
ricaine a la barre de l'Europe, et de porter
une st:ntence contre l~espri~e~,J~\ ,~c~.~~ce <;le$
Américains. Les étr~ng~r~~~,~.plfls 1i~~r{lPx,: en
parlant d~ petit. pJ}W,h~~ A~p1¿.,~fag,((~y~ .. ,so~t ".en
vers, soil en' prose,restés' . <1a~s l~ 'iiti~rature
de ce pays, ont coutume d'att,ribuer cette di-
sette a l'état d'enfance de la société eh Amé-


,;"/' , ..' '4~~ \I'I,f
rique; d'autres, du moins Je' suis portée a le
penser, lisent cette explication sallS assigner aux.
mots leur 'juste'valeUr~ N'est-ilpas généraletnerit
r~u' en:'\Arigl~erre ~ que M.!nation américaiñé' est
dalis une sorte d'état rnitoyeri entre la barbatie
et la civilistttion? Je me souviens ,qüe lorsque je
vins. dans ce pays, jen'avais moi-metne que deS
notions tres confuses sur le peuple 'que je devais
y trouver. Quelquefois 00' m'en avaitdépeint
les habita,n.s comme une troupe de poulains sau-
vages rongeant le freill qu'on venait demettre
dans leür bouche, et s'agitant violemment pour
rompre la bride de 10j8 négligelnment exécutées,
et néanmoíns- trop strictes pour Ieur caractcre




( 60' )
ln(tomptaple; d'antres fois, on me' les avait re-
préS'entéi' C6IUm'e unérace d'ouvrjers adroits,
dtr.tUífth~Iids spécl1Jatenrs et de fermiers labo-
rieui~,:a.~ttObt ruste áSsez d'usage pour ma~her
mitj'~:It~- qtmnd ón les intertogeait , et assez
iPMstrtlctibt1 ponr'lireun journal, farre un marché,
ten'irun CdIflpte; et ráisonner phlegmatiquement
'Mttt l~btages de la liberté du commerce et d'un
~duveffl(!ftient pbpnlairé. Ces portraits me parais-
saient n'offrir 'güer~' de' ressemblance ; l'un m'a-
~alt 'l'mr ~dtf¡dfu~eHifi a un' Hollandais, et l'au-
ffiY lt'tirl kta&~/td\hiés~rt. 11 n' était pas possible
mf' ~on~óif¡ 'une; cómbinaison des deux carac-
teres ;' j'e les comparai cependant, lnais je ne
pus rien faireni de'l'un ni de I'autre.


L'llistoire' de ee petlple semblait téD10igner
qtfit était'~aT~~'~finitne et ánÍmé de resprit
de libertél ; ses institutioIlS , qu'il était éclairé; ses
10is, qu'il était ll'Uttrain; et 5a poli tique , qu'il
était pacifique' et plein' de honne foi; mais OH
me disait qu'il Ii'était rien' de tout cela. Jugez
un húlhme par ses reuvres, nous dit-on; mais
jttger nne' nation par ses ceuvres n' était pas
un adage, ét ron tn'avait appris que c'était tout-
a- fáitf ridicwe. Juger rule nation' sur les rap-
-P0l'ts 'de ses ennemis me seulblait toutefois éga ...
~ment absurde; de sor te que je roe décidai a ne




( 61 )
pas juger du tout , mais a débarquer dans le pays
sans savoir rian sur son compte, et a attendre
qu'il parIat par lui-me~e. J'ai cheJcq.é Qi1e1que-
fois a vous peindre les il~pre~s~~~~~ j!lH-~~(ai!}'~
~ues. EJIes furent de natll~e-. ~ ~JEe..;~.\WJlI'~1l4E.~
considérablement au rre'ri~r &.B?r~ '.~;W:;1M:· .~~~
guere possible que l'esprit neo soi~.·~s;'iW- p.~~
influeneé par les rapports courans ;quelque.cQn-
tradictoires qu'ils soient, et qu~lqué"'4essein 9.U'OI1
ait .. de n'y faire aueune atten.tÍQTL .' , .,
. ,1\ y a i~i: peYf4~ ~ose,'q:ffi>~B~9nJ~ \~~f~~
~e, ; la,. ~Oc~~tA .ti ~ 4~~~ ~¡~í~~BSnRttfüH~ S!rap~rs
pretent oraiI}.~r~w,~~ 'l~nR~&t~ll~~~i9&J ~
mreurs plus simples, les fortun.es plu~, égal~,
les habitudes. el les liens domestiques plus' forts,
en ~én:~ral ~¡ ~f;l~·ce ,pays, qu'on ne les trouve
en Europe, aDnonc~nt 'san~_., ,dou,te p.ne ., nation
jewle dans les raffi~emens el le luxe, eompagnons
ordinaires d'une extreme civi!isation; mais an-
noncent~ils une nation jeune en connaissances 1
S'il en était ainsi, cette circonstance parlerait peu '
en faveur des eonnaissanees.


Il est vrai qu'écrire n'est pas encore un. ~é-
I tier dans ce pays ,; peut-etre pour le pauvre est-ce


un pauvre métier partoút; et si les h.0mmes pou-
vaient faire mieux, ils voudraient rarement en faire
leur étató Quoi qti'il en soit, quantité de causes




( 62 )
oht agi jusqu'ici, etqueIque~unes ne cesseront
peut-etre' jamais d' agir, pour empecIier le génie
américain de 'sé'tbontrerdans d~souvrages d'ima-
ginattonou.,·'de; grands'travaux 'littéraires. Au
reste, iI faut se souveriit que ce pays ne 'compte pas
encore un demi-siecle d'existence. A.'¡jeine si l'on
a vu passer la génération dont toutes les facultés
furent absorhées par une lutte pour l'existence
llationale. A 'la guerre pénible de la révolution
succéderent' les"í(;ravahx de l'étahlissement du
gouvernem:ent'éenlfrtiát';'et de la 'réorganisation des
divers états; et iI n~ faut pas perdre de vue qu'en
Amérique, JIQcr guerre"'nr·1alégislation ne sont
l'affaire d'une certaine portian de cÍtoyens, mais
ceHe de toute la société. Elles ~ccupent toutes
les tetes et tous les creurs; réclament toute
l' énergie " et ahsorbéh't it\}Ut .1é'géIH~;de la. 'na-
bon. "/' < '


L' étahlissement du' goilvernement" fédéraI ne
fut pas l'oouvre d'un jour; meme apres qu'on
l'eut con~u et adopté, on eut a combattre milIe
opinions qui se contrariaient. La guerre de plume
succéda a celle d' épée, el le choc des partis po-
litiques a celui des armées. La lutte continua
pendant tout le cours -de l'administration sur-
nommée fédérale. A pres l' ~lection de M. J efferson
a la présidence, elle se ranima pour un lnOmellt




( 63 )
3vec un redouLlement de violence; et quoique
ce ne fut plus que l'agitation d'une flamme sur
le point de s'éteindre, elle excita l'attention du
peuple, et continua jusqu'a l'instant ou éclata la
secollde guerre, qui contrihua a rallier, les partis ,
et dont l'issue consolida l'indépendance natio-
nale, et cimenta l'union entre tOU8 les .citoyens.
Il n'y a par conséquent guere que quatre ans que
l'esprit public est en repos; et ce n'est que ,depuis
eette époque que les Etats-Unis peuvent se flatter
de jouir d'une existen ce natio~ale entierement
reconnue. ,.


Ce fut la derniere guerre",J~~i,peu .rftJla~q.uée .
en Europe, mais si importante pour l'Amé-
rique, qui rnarqua définitivement le caractere
du peuple de ce pays, et l'éleva a la place qu'il
occupe maintenant parmi les nations du monde. J
Me trompé-je, en pensant que les Européens.~
et je parle des plus instruits, n'ont jusqu'a pré-
sent apporté que peu d'attention a l'histoire des
Etats - Unis? Lorsque ces états se trouverent
engagés dans la lutte' révol utionnaire" ils exci-
terent une sympathie passagere: le sort de I'hu ..
manité dépendait de ce combat; c'étaient la
tyrannie et ses légions aguerries opposées aux
cohortes sacré~s, mais sans expérience, des en-
fans de la liberté; et les patriotes de tous .19S




( 64 )
dimats sentaient .que l'isStle de ce gr~nd conflit
de\raÍlt¡ ~errdus 'fu.t1Ires: destiBtJes du mbnd~.
La ~~!tm8¡foie 'gagnée ,ceueiJl8tion jeune ~
loiiltaiae,aeiubla¡ :~. ,dansl'oubli; la tem. ...
peteis'.éIá'it 'lwée~'&aope, ettoutes les t8tes
pÉinsaut$,fle.eette 'partie~u ··BWnde· ·étaient
'o~a¡ mettre dans la: OO1«noo létat· cantre
état, .. entpire'contre . empire·, ou' t)Tm contre
tyl%U}) -fbtpdis. que , l~ A~riqúe, éloignée 'da f'tu-
lttlfllw,' ~littAe8Jph\ies:, et)ireméttfti;t: ·teut en.
otdre'·(f}¡eW':.....tótr:.fesJJp~e8J:1 tl'E.~e
eurellt; pt'$\1W! ¡ooMi' ~. ejt~~ce,' el: 'l~s-goU'­
'V~lbétnétuti,",f Itfe jM,,~i~I1tj~Wlé';; 'de" :telhps
efi.1i te~, qué" ~~\tui ;.- dirEJ : qt1"ell~ fufl1l'éri,,-
taÍt pas qu'on la r{Jspectat'. On' pill~l" ses navires
sur les lftenF-et'On: ~~ ,in&nlta1 ¡IDlMi : les' :péJ"tls. ,
qu'-en ~:~ ~ar:lA!rrwer)_{fMl~~~ ~
;tMIitt.ittí~,lWiáís~gfi ¡t~ ~qü~í d1Jnef; iftdignée
de ces lOtitragCS" ;1 {!lle-' ,'éW' enfilit t}er; gMtt &ux· ~p­
pres~éu~, et~I'df1i8'élf.iét6ti\iKi~;':W) Wlinistere 'qui
avait provóqné <:éfte' ~Uerétfe~; ~irá' négligemnlen t
utr 'Jriillion ~tté'¡gnítláes 'de'Satt~orerie, expé~
diaq~lqú.es: 'détftChemells de' ses' flottes ··et :~ de
ses at>mées, et ;sPasSit tranqnillement, cómptant
que teS' republiques américain~s allaient «re de
nouveau tmnsformées encolonies anglaises. Quel ...
(lueS politiqtl~ plus généreux 'jeterent de temps




(65 ) ,
en temps Ull:cOllp-d'reil a travers_l'OCéan, cu-
l'ieuxdevoir,coInlllen~ uuejepne nauon, quiavait
déja montré la .vigueur: d~Hercule au"bcrceau, lut-
terait encore une fois contre la force ,d'un grand
empire dans toute sa matw:ité set pellt-etre ne fu-
rent-ils guere moins surpris que le cé\llinet de Saint-
James, quapd ils virent l'issuede. ce grand combato


Si ****,veut'étudier~l'histQi~e.p.e ce pays, il la
trouvera ple~ne, p'e ~ch08eBt', L'Amérique . ne s' en-
dormit pa~:; t\u~apt, ~es., ~r.ente années ou l'Eu-
rope ,ravai~~~it} ~ §lMg\}P!f!Jp.Y~ activité
a perfectio~~f~OAt~~~, ,oij.~<JJ~' a f()r-
mer et el épro~ve\'n des: s.y~~S,r<J.e ,gouverne~
men t, a déraciner des préjugJs, ~ vaincre des
ennemis inté~'ieurs,. a rempJir ses coffres, a payel'
ses dettes, a ~~~r, ,~,~lois~ ~ ~ s~· rendre digne
de jouir de. la liberté· qu' ~lle~vait achetée al~
prix de son .. s~g, . a fonder. des écoles , et el
faciliter la propagation des lumieres; on ne la
vit pas lnoin~appliquée, afaire revivre son com-
nlerce, a défricher. désert apres désert, a ouvrir
de nouvelles voies a sa navigation intérieure,
a accroitre une population d'hommes faits pour,
jouir de leurs dl'oits et de leurs libertés, et
sachant respecter les institutiol1s adoptées d'apres
le vreu de leur patrie ; tels furent les travaux
de I'Amérique. Elle présente partout les reuvres


2. 5




, ( ,66 )
(le sop.:gé~~,: eJ nous ne devons pas; les 'aHer
cl~er~1im-(,4~ult);, il~s voluqleB. entassés· sur' les
J~yQn& . (l~"n~i~lHbliotheque. Touté Ba scienceest
.1llise . ~n·.actiM.i elle se montre' '($06.: ses insti-
tutions el dans ses .Iros; daos son, séaat, 'dans
son cahinet,. et"meme jusque sur •. les,~mparts
de ses .cités tl~.surles pÓnls de ses vaisseatlx.
Voyez cei'lJ,l'a:ri'Ji\: .1'Atntwiq1:ile, et ce qu'el~, est;
comptez . ~~faQl1ée~:~~fr '}lQrtez: un jugement sur


, son g~We •. ~~$iP@nt~et\líl~~ pulnt d!ib~nieux
.théoriG~WMd::~&fd@s jhomm~"dfétat,versés dans
J;l. pra~~e,?~klgotl~er~elll~t.;~¡ soldats n' on t
p~s été· C0J;lq~r~ns, mais' 'pat1'iotes;, ses philo-
sophes ne son! pas des raisonlleurs bahiles, mais
de sages législat~ars! J:.:..eur~)i~,fat-et:e.st .encore
l'qniqu~f~WI\'~ Itmmefti:wl;s JJroUkttrles ~ :et
WJlsI~br-assoD't.¡dévoués-a.son·.service. Tels sont
les hommes puhlics américains : le·lll()nde ne reten-
tit pas du hruitde leurs exploits, et la renommée
ne proclame poiQtleurs.scientifiques travaux; mais
leurpatrie re.cueille les fruits de leur 'sagesse, et
sent toutcequ'elle doit a leur bravoure, et tout
ce qu'elle en peut attendre.'C'est dan s la puissance,
la prospérité, l'esprit pa~ifique, le hon gouver-
nenlent et la sage administration de ce pays
que nous devons découvrir· et admirer )a force
et le géuie de ses habitaus.·




( 67 )
;En Europe, on est porté a juger du degré
~dtinstruction d'un peuple, par le nombre plus
()u moins grand de ses littérateurs;-mais, melue
dans votre hémisphere, c'est peut~treune ma-
niere de juger peu équitable. PerSOIine ne -C(mtes-
tera que ,la France ait fait'~de -gran.dsprogres
-~8·1es sciences depuis la révolutioo; -et eepen-
~ant":sa réputatiol\.littéfart-e" est< r~tee'-$tatíon­
,;naire~,duy¡aJlteetteél>oque, Ji'.tJ~"'r'áisoji ',Cft est
.. .t¡rU~.ire ~': ~le,:: génie:aéj~&i lighitIíBS~¡ípa5Sá~''du
;4'ah~~.~~ le ~ífto. 8~ltre~1!chWtWp)!(}eJta-


i ¡táille:j ~;.G 00ft;®tmsnM1%~§opo~sS~t8ht
ai dOUp métadm'rphúsés;'~n~ wMittw~~JeW~6Iiíh­
ques; ses pacifiques n.oro m eS> de' 'leUres :devhi-
rent d'-actifS 'ci.toyéQS ,: qui se firetitcón'nattre par
lemsw~(ll5U ¿~liLleQ\fSlI ~;;aú-lieif de
tragédies;tde sonnets et 'de trait-és'-de philo~'Óphi~ ,
ils-fahriqufJrent des, lois,ou·; ~ganiseren t"des
années';;, it~ .res~ant aux'tyrans,'Ouidennrent
,leursviotimesf 00 bien ils deviui'ent tyrans'cu'x-
"memes. Lorsqu'une· nationest- engagéedans 1Ihe
·guerre politique, , il n'est guere prohable' qn'elle
soit"Visitée par les Muses. Ce SOJilt des ;.faináantes
quiaiment le repos et qui chantent sous·l'oJI?-
hrage; elles ne viennent sur le' champ de ha-
taille que long-temps apres que le carnage a cessé;
et avant qn'elles necélebrent les exploits· des


5 ..




(6'8 )
lTIorlS; la nióusse a couvert leurs :tombeaux. La
hataille'est' terlninée- en Amériqne, mais rien de


_ phls, et' il y" a -'peut~tre lieu de penser que son
gotlvernemerlFaura tOl1jours quelquechose de trop
hrhyallt 'P()tll~' Jes timides filles de ,Mnémosine.
Id, un jimnehbittme qui se sertt "du :mérite¡/et
quidésire -Se distinguer, voit 'une ·large- car.nitu-6
ouvette-'devanllúl; les plus hauts emplois de,la
répttbliq~'¡séíh~imt'¡:umt~ '-son-,ambiti0n",.,~t
lé'pfertfU!pqs.i~(AI~Hson I'Jt!(EUll ,ast ,:,~'et1ie
HoirtHHH<d'~taf~Cf~ m.dr~.bde1tq\i~J-assure 3U
p'J.od~~il!~r~r\lWeJlrSf,; ~t stlmule J'-énergie
ef]'r:lifelligérlc~tti~ira)i rfatibn"entiere; :mais il en
résulte qtle :t()W3~S talen&' Solilt appliqués: a J~af­
fáil~e tUl jotir1;;;'et tei)(t~\1;f.)-plutooallhOOQr«Jrt-~
paU.¡iP l<1ii~A .~~I\t;elllhfs ilDdiNi.d\lsJ ~~~1ér'
rídains':~I~M\hUs';;l~Ii, Etirppe ¡comrh~· Qfttewrs "ont
é:té i ':(lItis! ebrlllus' !d9'ti~!'lletuf ~payAJ~~Amme .. ci-


< t()yért~f aistingtiés~j~ 'mQHméDhhir8,' neme l.four-
nit· pa.s;tí?outhl~·"cntdlMnti~ pJwj Pte!:deUX, :excep~
tioos} a ce"tte" regle';( 1:). ,;~es)(ha>hile&¡· ,éprivains
politiques de la révolution et de l'époque suivante,
étaient: ¡' -tO\\8 ,- des militaires ou des hommes


( 1) Brown~-: ~uteur de plusieut~ 'ronians tres connus :
Artlml' ' Meryyn, Wieland, etc;; et M. Washington
Irvine. Quul1l1 ce llernicr quitta sol1 pays pOUl' venir en




( 69 )
d'état, qui dél'oLaient avec pCUIC aux devoiriJ
des emplois que la patrie lelll' -avait ,confiés,
un moment pour' éclairel' leurs .concitQyens; ~\U;
des objets d'une _ gránde importauce nationale.
Barlow, connu en Angleterre, comme .. aute~u'
de la Colom,biade ,. était lID diplo~ate et un
hon ,écrivain politiqueo Levén~l'ahle Dwight fut
!:fonoré ici, 'Ron comme auoour de la COl~q..uéte
ele ~Cana6tJJ ,. mais· cOlllme- ht;; p.t;9~<?teu~ _ ,d~s
sciellces,; . l'ins tructeur , :zélé.,deda,,: jeu~~~$~" et
e4m\me··i tth ci(!s!'crivain~\:Jesífp~~~PQIHH~ir~s ~t,
les p\u~:é~i4p:1(~hd~n~ W0P!1-!;j~,) PRur~~l~'
e~l~~irll~ ctit~~~I_qWi,"~ ~ft~~~OP.~1~~1'
Vlvans ·dónt: :lest gr.allds¡.¡ t~I~S:l}Q~ ~~~ I ~FEr~Pr~
dans les· divers- cahillets -de l'EnX:Qpe" etqui.l.es
déploient ioi dQn$H tou,.t¡es J~s brallcll,es du gou-
vei"IÍerlieh t~Jthrw¡ ,6lIddn~}mJJl;f!SH~ . ,pliofessions
libél'ales. :Ces ·homUleB' q-ui;~. dflns:,:p';~~~~es PAY,t? "
cussent 'augm~nti las-;;richesses,:d~ -la littératu,re
natitmale ,.'travaitl-.e1l\' iG~a accfoll,.te la _prospérité
publiqllle ::éloqueDs dans, .Ja"sénat;, sages d~~lS
le . cabinet, ils occupellt les plus hauts enlplois


Europe, il était trop jeune pour etre confin autrement
que comme auteur. Son charmant ouvrage intitulé Tlle
SJ:etck-BQok ~ .est également admiré eles deux cótés de
},' A tlan tiq ue. _,




( 7° )
\ de larepribliqne,i et'sont 'rétompensés de léurs:'


constarls ei'/pénibles 'trav'aUi, 'par l'estime de
leurs c6IWit'óyen~;et le" spectá-de de la puis-
san'ce :~6issatit~ de leur patrie.;"
:A~cun~>:lliiiíbnpeu.t~tre n'a jamais produit,'
daii~f'le 'mcrrie eSpaee'de temps, pluS de' grands


, patnüiest:uét ',iffidriünes d'étafhábiles,:qttff' leí
natióri ,améribainéi.i Quels furent~cétix qüi foW..L '
derétitl·~est%pttDliqd~ ,1 ce:. ; rféta'iettt' ni" ~'déS-·~
hHg.iluIW'llii6¿'¡llta~ils;} . 'eb~ qt.~'*"
Uii~1H~ l.~~jfbWrda\1Q dñ'Hist~1ias j\fJtMM~tit!i~'
fa:W~P,ctnWt- ~91~dleCt~ut~; 2~WJ}~s(enoyen~
lésH·pl~ sftIg~~:l}¡'}i t&s¿l~age)~ij~lt1&'i·ttlli : én;';·í
st~'al6PS s&tJ'lé ¡ gItibe~' ub· Rltídat~tftl· fle'la' ViP.,¡,'
ginie (i )! éf¿i'f ''nn 1héros 'angláí!r digne1 de; nguter'¡
dáhs liti: ttWnaltt~~tde'uetíéftléfm ~'ratitl pTéWtv:'qtW'
coumt- apl es l'honneui, pal le niOnde, el v int
enfm',/íaniiIJé d fUD!(flUt"lDmoUr ~U8; lallirb~q,et
d"rtn' iar8etit-1 ;e~Y'd' étif.OOiiI~efU u~ ~~ r
lónl~ ¡~tí'h~' J~~itéS~tt~)~m~tr8áffl~ ~E&'rJ~d1r~W~j
d\(tMa~,r't~~~t~rl"¡~:'ftl' 1~~df 3Ir:)'~'J~~aj'~s3:Jet1!a~\ ,j~ bi2
, " '" y, "~,o ~'>~~- ,'. ,,:q. ... , ~ d. '''r' - .P"


,-,1,.,,, .Ve,."").'''''''''' , •. í~,( .. L ,.I,,,,.J?H¡e,,f),I~)!lJ\~\},f. .. J ~, :.. - - - ,--
. y J ¡ ~, r_ ,


'( 1 )'Le:dtpitaine JoÍl'nSmith.'- '."';' ,,3r: ,i,'!:. Illr Í""l,,;,,:f~'.,
'(2) Getftg~sj,ét: tJéciIeCalvert',; 'leS I6rtIiJ ',Balt~dlÍOTe el


Léonard C'alve~t ,'fr~i'es de Cécile. eette:Í\lmiUédistinguée
était attacheea l"église de Rome. Ta~dis que~t6utes les na';'
tions européennes et les autres colonies amérj.caines se




(7 1 )
laqtr.qpes quipl~aie.nt la liberté de conscience
au ... dessus des ,priviléges de l~ . naissance etdes
jouissances du luxe;. d~ nohle~anglais dont
l' origine était la moindre de leurs distinc-
tioQs, quipr6cber~nt l'égalité religieus~ dans
UQ :;;iec]e ... (Hl. elle était ineono.ue, et ouvl~ireIlt
l:lJl asile ,sur .ce. continen~ loi!l!ain ,auxpersé-:
cu~s .d~ toutes les, ~ctes ',et <;lCto9S. les pays •.
~J~o\lvelle ... Anglet~rre fut fpml~~¡Mr l~$ Hamp~'
d~~.I~ .. l~ Grande-BretagJ;l,~·," 'ijqi:Lvii1re~t .. ,jQ\:li\· .•
~ 1t.i)~~',~ ~~~y~l'~~~j Q~~~!WMterie, ~r9-}b
~,~ ,~~ ~§t\'!Y~s ~"~!J~~lh~(l-i Jl~:-~s~~~,t
v~i~s' iA~G~írMa~~iIs?I~i~ 919. %I.fflll~i~
supporter ~plptó.t rqu~ q~ S{t:!~l~P~ ~f!%'1"
prices, de. la tyranrúe eta}il j~ri~dictio:p. c;l~~ ..
h~érar~e~~; P~f!l1~ ~~.s~ trouvaie~tdes. homule~·,


quereUnient le,. utiftS ;~Sdlutres ;plur;.vts- Qpilli{)p.s 1;héo"" '
logiqu~J'.~'.~tJWl~<w~.~é).itl. pr~jWlait .Ja.dQCtri.lle ~.
non.d.E; la.~oJ~r~ll:~, :r9Ai.s~d.~·1'ég3~té feljs~~~se,Les puritains,
5OU~ le rCgn~ de ~r()m~ell, .tl'Oukler~n! d'abord Ia,pai~'
dé la-col~nie náisS'~~t~ e d U J.\l~ry lana; 'mais ce De fútqú'apres'
la··révolutioD.ftBglaÍSti que ses- institutions sages et.philaD-.
uopi'lues fureD! abolies .par un .décret ~oy~. vuill<\,ume ~II
anéal\~(totalell1eut la suprématie du catholicisme en.Am-
glet6l"m.~:~t :établit la ~uprématie .dupr{)tesbllltisme en
lrlallde et~ns-1e Maryland : 1688 De fut -une lieureusc'
auuéC aue P9Ur ,uuaportioa. de l'empire britauruque.




( 72 ).
qui,····par"·t~tir;rsavbir'··et 'lettrs' 'opinions'vd~van­
«;aient·}éti1únst&~é~; IJévénerable 'Roger:' ,wn;;J
liams ,'dété,:!setir·;' z·élé ' de'la 'liberté religieiis~: ,e:
córtÍíl'Íe; dé<ta '~liberté' . tivile; proclama d/es prin .. ;
cipés: atix~u~lsl'adhét~erent plús táTd' Milton et
Loble (I).t>gIethorpe, fondateur de: la Géorgie,~
reuhissáit' tes ··qua'lités· de militaire:, de' ·tégisla~
teur; d'homirie'~ d'éfat . et de phila1'ltrópe. D~ils
sa jeunesse,il·apprit l'artde la guerre sous le
pl'~~·~~~ll,~:.;rWq.~r; t~~d;" jl,: ~~fen§ib. )f~~,n~)~
parl~IIl®~¡lH:i",ª~~~J ~fill~é;~w(~f!.~'r~trie 'et .
les, ldl'bitsr ~ Jlltmruwit~.2:"ll~Ñ~ fl~" Gbef~ 'de; eette·
trotip& g1M"'e'fj~ff)i¡iii'J ?f;(jUch:t!tJ~ des, :mi~e,.e8 . hu ..
.¡fuliiiég~ ¡clrial1~il¡'dliércher' Un' remede daizs les
horreurs d~une sQmbreprison.(2Y


. ) ~ ; , " . . . . - ¡ ..--=-~.' ... ~; :.i:. (: ~ , . I •


. :'~;<,¡r~" .'¡,.¡.í.I"'il.~,J 1.!".Ibfl:JHffflq·j ',. 1,,"
, . (t), U1l6~lIJ~~ ~tJ¡~J,,8~}~~";dfl.,R»Qd~-l&ljlJld


etm \CW~\t1!U~! p;r::~~~tf.e; ~.la¡ ¡Caz;~l~ o par Lockc, nOU3
porterait.a.iug~f ~q.ue,&g~/.\;W.u~\a~.~~~"rM plpshabile
légi~~teul'1 que.sQ9 i1,lll~t~fl 4i$q~rlll: ""LÍ"""
c.;¡(~) ~t~citél,\Ínu¡~sbtit;~:q~,Saj~AAs.,de Tho;mson, et
fait, allusion,a., la. \~c~J4-,dc p~ilfl.»'''op~s t'p,rgc:w.isée, par
Ogle.thorpe poUf 'Yisiter l~s p:risons .aI,lglaises, et s'ooc:upel1
des moyens propres a améliorer le sort des détenu~ q est
en imitant ce noble. exemple ,que. Howard s' acquit une si
juste célé~ité,!lon-seulement en Angleterre, ma;,s encore
dans toute l'Europe. , (Note du t!,q,ducteur J
Da~s la quarante-cinquieme anné,? de son age, le généra.l




( 73 )
'"l.f;lllensylvanieporte le nomdu:sag~q~ilafon~;
Eb~omme, iln'est auenne de ees,co).Qllie~qui.n'ait
été fondée par des hommes.,libr:~s 'i~t" comptés
pan;i les sages de ]eur génératio~.;~es; révolll-
tions politiques de l' Angleterre, eoqti.~\l,~I;'ent A'y
jeter quantité de ses meilleurs;.e.t ,de', ses ,.,pln\
hravescitoyens,et, meme heaucoupde p~r~Qnn~S,;
d'une naissance distinguée',et~d~ mrew:s raffiné~s"':.


Ógl~t\iorpe se '~H tli' tMe d'urie' n6~hH.eu~b; i'rdtt~ed1nd'i'~
vhlÚ'sMklb-Ái1é~lp~~ 'ííffÓH:~Íle¡, el! f?'~arq\ili l¡Milf.ilxAb1~u:
rique; Atke~avh1rttIa.fi sije~Ia, ~al\tlde!l>r~
mierSmQlÍi~'~e&~\~~(\\Wfts ¡~e~,~~~,~ ~~~~
d' ennemisextér~eurs, il,re,tqurlla. ~n,A;~t~,I~~~~~~ ~
suerre de la révolution ~clata, on lui offrj,t Ie . .colnlP:~~de\
llicnt de l'armée anglaise, comme au plus~~cien officÍer g¿-
néraI. «Yentrepreildrai I'expédition san s un vaisseau de
gue~rb ét sánslun~solaát/tépbtta¡t'le 'vim\ii'!g¡t.errIeP '8.11 minis-
tre, pOUrl"ll que vous m?autorisiez iiprortIm~' ai:it \~óloh8;
en arrivant parini~ux, qitevous leur r4ndteziá8tice~ »La. i
Géorgie se montra anidiw' d~ Pésptit tle"'son'fondateur,
la pOigllée de pattiotesqtlelle put mettre' sous les armes
( sa popnlation ü?alIait pas a cinqtlante'milleames)' se
jpignit a ceux des autres colonies, et déploya te drapeátt
de l'indépendance. Le vénérable Oglethorpe -vit la colome
qu'il avait fondée, érigée en république lihre;'ilvitl'in-
(lépendance de l' Amérique reconnue, et mourut a' r age de
quatre-vingt-seize ans.


~.¡:~,;~".


~




( 74)
La révocation· de I'édit·, de' Nantes y fiFpáiJSer
aussi qU6Iques:"11.fis· des plus éclilirés et des pluSl
vertueu1C' :6tifans··· de la Franee," et de semblahlés
édits heaUooup des· plus nobles enfans' de l'If~:';
lande: éeS éxilés enfanb~rent les héros- de la ré-
volutiolt. Jusqu'aü commeneement de;laqUe~lle
qni éleva . J' Aínéríque' au rang de nlátibn~(lüd&.,
pendante, qUántitédefattlillesdesplusdisting~d!
de i' Angleterre véD'altntnxerleurs péft:at~fldi$4e.t·
Nouv éa\1"'Mtílit1fl;Isbit ~ guldées ,:-p~r utt"ésprit·!\fa:L,;
velltdre,;,suitJáltGáe&pii:la ¡l5éá'átó ~uai \~tíÍe('
~f~~ i!Mw~~~.~l\li1i~~,íOn\11t1
eDf~· «mm j}lfltef-rÜS'ent®t . dé·i la> Iilobl~i nialaÓl~ ;.:
de 'ail'~xr aHlltidótinér leSl h61'1l1ebrs1 ' nppartenant'
a un ha'ron de son pays natal, pout la libert~·'
et la simplicite des; citoyen.~F ,,:de': :J':A:mé#iqtk ~
mettl'e de'cQté;$0"L'!ittéii~f%'~eff ~lliie;'t' i
ou .. il.,déplo~a unamagnificencepatriarchale ;SOU~ .
leuir dans sa vieillesse la.c~~e, dela . .libe.rlé, et
se. glormerdc8' .dignitésmodestes. et lihrement,
conférées d'une jeune république, au lieu des
titres: orgueilleuxd'une autique aristocratie (1) .. -


}, " ~ '. i' ¡ . r


• , •. 1 i ~


(1) On trouve dans l'ouvrage de W ood ,\l1ti~ll\~!&otch
Peeraga (la.patrie écOSSili&e), une COllJ'te., mai5¡ intéressan\e
llotice sur Thomas, sixieme lord Fairfax. Le représentant .
actueI de cette nol>le maisou' préferc égalcment le rans de"




( 75 )
Tandis que le séjour de l' Amérique était rc-


cheJ'ché de la sorte par des hOIDmcs, éclairés,
les. ~discours parlementaires et, les 'pamphlets de
cette époque montrent combien la nation an-
glaise connaissait peu le caractereet la conditiQn
des colons. Parce que le gouvernement avait jugé
apropos, a une époque , de faire. de l~ Virginie un~
Bot~yrBay {I}, .insulte qui ne cootrihua pas. peu
a4~~el'-~tte colonie ala révolt~,,1a¡patr~ da:
Frª~M~ tcW~~bipgt9J:l,.Patrj~T~fj;J4erS9P,"
Sq\lp,¡ _~maw f.Gt~, ~~lJ,:Qj~p~p",~aQ .. ; .¡
l'~Wf1bi~,~~~"m&f'j
~1MttflV~~ "MI.lª~·j~.EtJltMJm~~~'
lita¡Ífl1s1QrAltaurs,i philoSClpheu~t:h~~Rdj.s.rt .
tiugués, fut considérée comme un repaire,de-tilous
et d?q()Blmas grossiera·.et méprisables. J amais une
révol\lt~on naticma).e,' ne· fut<4~P;Wt~· par de plus,


citóyeriamericain a celui de noble anglais. Il' pourrait
yavoir dans catte ioonduite plus de cálcul que de philo-'
sopbie; car , .. apres' t~t, c'estpPéf~reU un sceptre. a une '
C(lUronn~, ~e,pa~"Le ;citOoyen américam ":a J)ai,:d~ $\l~
périeur, et il appartient a une raee de souverains~ le ba-
rOne\lfopéen abeaucoup de supérieurs, et il fait pártie
d' utle t-ace de sujets. -


(1 )'bieu de déportation, situé dans la Nodvelle-Hol-
lande ..


(Note d", trf!4ucteul'.)


ir"~




/ ( 76" )
grands homme~, des hotn,mes plus géuéreux,.,
plus' devoués, et plus profon4ément sages : c~s,'
:Qommes,de, ,plus, ,ne s'étaient pas placés d'eux-
nlt~mes , ou n'avaient pas été portés par lehasard,


, au\iOlon4n:vaisseaude l'état; ils furent appelés,
par ,les'" suffrages libres de' l€urs .couéitoyens, a,
occuper' les' divers postes les plus ,cqnvena:ble&, a,
lem génieet el lenr caracti~re. Le peuple se mOTltr~~
aussi intelligent ,'!ue' ses, serviteurs hahile~;., ce
n'était " páSJ.J.Q\e m~ltitJld~ :ignopan te ~.poU$~~;. p,a~.
qu.elques .~ bl-il t~J.Ulil (.~19f1U6M'í i>\L, tpaelq~$} 71lér.os,
génél'etat,.;1i *' ~1ÑHia _U~~q~I~. ~~; ~portée;..
c~t1bit>~lIuh so~ :!hi~ orrganisáe~un, as~mhlage
d'liOmtne.f'nktI'Ditsieta-llim~-,de.¡ l'amour de 1a\
liberté, mais surt.;>ut COllnaissallt leurs devoirs de-
citoY€l1s ",et"lq:, ,n<ltur..erl a~il, qu#: lal·wt"d,',l,llh
~UYin,{ub6EJ»loiml-!udl 8h tucHfnod ~II J,~I ;.; :;, "
:)G{'mm.ei~ú :l~éta~,d' Amériqlle .avaicut


pour laplupalit'été¡ ~égis¡,pa~1 de~ ,ao~titutioIls
aussiessel1tie llena~n tdéIUOJlrfl~~qpes.~que ,ceHes_
d' au jourd'hui;l.tbutéJai -Q,\fféteQC6! (lQJlsjste en ce
qu'elles étaient~engagées.idan8l:des!,íluttes conti'!'""
nuelles pour;défendre ceseonstltu,tions. Dana leur
enfance , on ne prévit guere leurs destinées fu-
tures; les patentes accordées sans attention aux
prenlÍers colon s de la Nouvelle-Anglel~rre ~om­
prcnaicnt des droits au.:\quels les-monarql1es ab-




, .( 77 )
soltlSqtli les'signere-nt u'avilient jall13is songé ;
mals' ¡ls se repentirent tres prOlnptement de cette
iUádvertance. " ',;


L'histoire coloniale de l' AmériquesufÍirait seule
pourmarquet le caractere des Stuarts:: non con""
tertsde:torturer les consciences et·d'outrager les:
droitsdu peuple anglais dans son He, nous les·
voyons poursuivre jusque dalls:les:déserts. ·du·
Nouveau-Monde, les patriotes' qüe'Mur.·tyrannle¡
a:Wit ¡ foretis'·.' s"'~patriel',i·comm.eíis?ils ;-en$~nt
r~olfii'épi'fl~fiJ~-Jnnt8 liiwWtfe ~ 1t~hiteltúm~"
l~shtfJ.e@1ÜUJJglij~j.1Qno.idt ~é8 deHsdild~~ .
en 'voyant1les ;ac1fes"éórttrádiút()ii-vs~eLharlm(lr!~
insonciant libertin-et tyrnn rapace',si',ces .actes'
concernaient d~S/ oh~ts llloins importan s 'que ,les
droits et le bonheur de l'huItUdlÍté.duet 'Cl1Faut
gaté' du pouvoir" signa:; négli~nt·les,;; plus
belles· chartes quí jamais, aient .. étéi.octroyéespar
un roia; son' ~ pehple' ,;. ét ensuité; -,déclara . une
guerre éternene;a:laipoignée.;¡d~homnles. lim~~
et .relégués dansun autre IDonde,qui v:owaieut
lesool1server (t). La lutte opiniatre dans laqüelle


(1) Le présent d'un anneau curieux falt par Wínthrop,
le fomlateur éclairé de la colonie de Massachussets, oMint, .
c.lit-on , la signature royale a la charte démocratique tiu
Counecticut.




('78 )
lés jeunes'oolooies se ttouverent sans cesse -. en·
gagées avee -les -monarques qui -se succéderent -et
avec les~diverses administratio~s (1) de la mere-
patrie'~'oúVTit resprit de léurs haliitans. Quelque-
fois'leurs <chartes furent--wrogéespar la,·,force;
maÍs jamaiselles -ne céderent ,d' eUes-menWs 4ine
fraction -deltin:trliherté ,ni 'OD ne;}elir enlléroba
1'ioo' a laur mSlÍ '; elles- cornhattirent etverseren t


, laur salig 'pffurítiháqUe dmitqui'leur- futenle\re :
fmfUl'ir· :diJtJdfTitk:tln jt1$wutY~:wJ~lplUJ6t'f"1 Ud!c~ 'la
j~Ul'p~p~Jtidléviltt de ~~ heuieGltr:8évise fles
'Améritf~~ ~9tWJ~ ~eftet :fi~s~entj -"ilséptr. en
adóptet;¡thié \p1us¡'~apable d~fle~" rendre fnvin ..
cibles~ .
. _. Ce qu?il :-y a '~e '-p}~g ',~~íWf ~~tlnüratioW~éh\ns
l'histoi-M' ~~')l\t\n~~b ~f Iffbñ~tfirrerlt
-l'éSptit'~éiti}J~I .. if\]tñt df t'6tij'6iáfs ~aWi~ ~le~~ttpIe
~e ce-paysjlllt\m:elIDdre l1ne~&ntilfissaWce~aHaite
de la séien'Ce dtl ~u.Vernewt~f ¡,;~1~ 'enípeché cet
esprit de seidétrttitéi lui~~ Lesstlg~qui pose-
rent les fondemens de b grandeuf. future des Etªts-
U nis, possédaient a la fois la tierté d'h9n1mes


( 1) Le'ledeur se rappelle s.ans élbute 'qu1im' parlant de
l' Angleterre ce mot, est synonymed,e min,is't?re.


>o.b·1 (Not, du traducteur,)




(79 )
libl'~set les ~ connaissances_ el' AngIais libres. En
. Latissant Ieur édifice, ils connaissaient les moyens
de le rendre solide; en conservant intacts les
droits de chaque! inwvidu , ils surentJ'empecher
deporter atteinte a ceux de, son prochain; ils ap-
l?orterent avec eUK l'expérience de la nation la
mian. gouvernée qui existat alors; et ayant été
per~~ellement. victimes des ·erreurs ,inhérentes
";c,,t,t~constitution qui les. ~vait¡édairés 1 mais
na.\~~\~~ait p~~égés que partiell~m~nt,ils surent
~ qq'i\ \f«\ll~ !Jmt ~Í\*~ q\~ ml·lim.i~et\: ~~" les
ql~S 'lu'il~ ~~j~n\_~l~c ~~Ullje~ #H\~~Kb_tW)S
un mondenouv.ea~et, lointai~{Af~la~~~pPl~­
sédé des le principe des institutions lihérales, ou
plutot ayant été CRll~~nu~m~nt Qc~upéesa se
lesFI'pcu,ref1:t\u ~J.es; dé"e;K~~.s rC~~ni~i ~ºgIQ­
américaines se trouv,erent' parf<YWU1ept prapl'es.a
prendre le, role .d'états indépendans. CeUe dé-
marche ressemblaitheaucoup moins a Wle expé-
.flence, que leursennemis ne le supposaient (1).


(i) M. Burke, qui para!t avoir possédé une connaissance
plus-exacte des institutions et du caractere descolons qu':iU-
cun autre homme d'état anglais, insista heaucoup sUl'la
"forme de leurs assenlb~ées législatives , lorsqu.'Ü indiqua ~es
conséquences q~idevaient , selon toute probabilité , resulter
des actes oppresstt's ~llu' parlement, t( IJcurs gouverne-


o:




.~~" ¡di!., ,~\ orateur., sont ,opulaives,aiin 'mut' d~~é;
que~ues:-}t\'l~,: ¡sont .p,urement ~ ¡P9PU'\air.fs ;, :<lans\ ' mu.s', la
branch~¡ P'?v~~~i!e: de la ~'el}résen~<!-tiQn eS,t; 1'1-;, ;rJ.ut: furtc ;
et ceUe 'part que prenel le peuple au~. a~t~. ordinaires
de son gouvérnement, ne peut manqué~, d~' itii 'inspirer


. 'j J ~. , ¡. "
des sentimens'élevés, et une forte averSIÓn pour tout· ce
qui tend a le dépouiller de· sa principále importance; >t




( 81 )
posséder toutes ces qua1ités, la. cJlose n'aurait
!pii~";til6ihs' lieu' de surprendre qu'e~le ne serait
li'tiffiiljánte; Enportant Un I:egard s,ur l'his-
'tri,iré civile de 'ces républiqu~'i depuis ,l'éta-
)hlissemen~ de leur indépendance, ne, troqvo;o.s-
.~9Iis anenne traée de leur carac,te~e ,Erimiti(?
. Quarii . nous : n' examinerions . 'qite . IE!s' institu-
'#onsnatlonale~, les . ~~is !d?uc~s,. ,~~ 5wpart\al~s,
,rEmt~re;>'1í~~r~~ .,,~~.;co~¡~~iel~~e.J t¡!~ ,~p.ltip)ip~­{ion ~aes ¡ 'acotes el; aes coiléges a un degr~i}~-
.connu daI\s. tout aulfp t)avs t1umondp . e.t tous


; • "H~ftunJ~ b ~.ruOJ~.uld;¡~) ;:l..U;}l1HlJ :YIm, !,.\ .• '1~1l:l~ x~~f,=~ r '~~JJ'f~!W~llb:5~~,P¡~jl~- .
:,,~~n,l~~~;~~, ¡~~te~wu (~?¡ i~l í?;llt ~Re ~~(Jle4Rle fl~~rl.~?~? ,~~~s~~-n. ,et,at a()tu~~; qe pa~x." et de
prd:~f.er~té .. ,~a~~l ~q~~es" .Ifo~~~ ,.~eri~?s for~és ,de
~~~~~4n~~~~) e~ft;o/(u!~wen 1..fl9- ll¡ e~n~i~'~ bl:ll ),es lnt~ets, :~a.lS; .. ~ncR~~~l;l:¡~lf,~~t., s~»~b:~e;a .. to~t
ce' qqi tient a ~~ux; de )~, ~ace)llunaineen.:gé-


• r , ~. i.; i l. ~ \ \ ~ l, ."'.~ 1'· ¡ : '. ~ " ~ ." , ~éral. ~o~~,~~~)w',~9'3~rjOt;l\~.l?<lS ~l'.e~emples d'uÍle
politiqueO encore plus libérale.
··t:omiJien·;-I---m' "ráré'-que Tbistoire nous' pré-
.~te cdui· d'un sacri6ce volontaire, pour le bien
comm'Un, de 'la part de sociétés séparé~s! 11 Ille
semh~e :que la courte 'histoire de' l' Amérique n¿ils
fournif plus d'exemples de ce genre que celIe
d'auclme autre natiol1 ancienne ou moderne.
Pendant la guerre de la révolution et les au-


2. 6


,




( 82.J
nées qui 1'0nt imlnédiatemellt précéJée, Qll peut
dire que l'e~prit publie se montra singuliere-
ment' excité. Aumilieu de sem~lables circon-'
stances, le,s h~m~es, ainsi, que les sociétés, sont
capables a\iétions a~ dessus de leurs rorees et de
leur vertu daos des momens plus calmes., N ous
passeron~, en < conséquence , par dessus l'époque
de la révolution, póur arriver tout .de suit~ a


'la paix ~,~ :¡1 ?83~ N,~~~ : trouvons alors une masse
d~ J~Pllh~i~~,~~r~~\1l?é,e~l ,«;OJ?-ciJier.,par ,qeg~~_s
leurs intérets separés et' SOUV~,Jlt:9.i~.~~fdaIls.; -cb,~-
cune, c~~~ap!l~~~~~wrfl~llP~~ ,~9~f l'~y~»:tage ~om:
mun', etJeno~c,¡an\ ~ ,J'orguell de,la souvermnete.
indfvídueile,'poüi'donner plus d'éclat augouver~.
nement général. Les remarques faites par Ramsay,
SUl~ l'adoption de la constitution fédérale, se pré-
sente~t ~i ~,E~~pds!~ti~'je~ep~is ,IIl'~mpecller
de les citer :' '. '


« L'adoption de cette constitutionfut un triOln-
) phe de la vertu et du bon sen,s sur les vices el
) les folíes de la natul~e humaine. , Les pires de
) tous les hOlnmes peuvent etre portés a ,op~
) poser une éourageuse résistance a l' envahisse-
) ment de leurs droits; mais ii faut un plus
) haut degré de vertu pour engager des hom ...
:» mes libres, en possession d'une souveraincté.
)) limitée, a ahandoRner volontairement une por-




( 83 )
» tion de leurs libertés naturelles, pour s'im-
)) 'po ser eux-memes ce frein d'un bon gouverne-
» ment qui bride la férocité de l'homme,
» le force a respecter les droits des autres, et a
» soumettre ses' réclamations et ses plaintes a
" la décision de ses concitoyens. Les exemples
» de' nalions qui ont conquis' leur liberté a la
» pointe de l'épée, sont ~ombreux; on trouve
»infiniment moins d'exemples' de nations qui


. » "düt su faire un hon usagede la liherté 'q~'.e~le~ .
»'lWieÍ1f·cóhqÜi~e. "» , '. {"\;' . ','.. «,


E" ¡·)e.·Spt.it·llné~'a.;.,1 d, ~~~.).~s ~~,~~p~brt~~~lh~" ~j~.~i p(l~,
maiiit'este :~éúténi~ht: ~~tis' '1'~J~p6~~1~'d~.gbu~


, , • ! ,f '< • - .' ", .: ~ '. ; ;
vernement general; nous en voyons quelques-
unes faire volontairemel1t la concession de vastes
territoires pour servir a des objets d'utilité na-
tionale;~ d'atitresrelevant; tIne partie de leur
population de ses engagemens , et la laissant con-
sulter ses vreux et sa convenallce ponr former
une société nouvelle.


Si nous comparions cette politique a celle em-
ployée par les antres nations, nous pourrions
nous h~tter de déclarer que ce peuple est singu~
lierement affranchi des passions les plus ordi-
naires a l'espece humaine; mais il n'en est pas
ainsi ': il n' est que singulierement' éclairé dan$
l'art du gouvernement; iI a appris qu'il n'~xiste


6 ..




{ 84 )
pas de force sans union, pas ,d'union sans bonne
amitié" et pas de bonne amitié sans franchise;
-et -apr~s-::av~iracqUiS ·ceUe cóntiaissaIice, ifa e\l
le singulier honheur ,d'.ebrecapable de la mettre
en pratique. t' ~ " ,,;;\


R 'f;¿' 9' ," i .. ~. 1,


Ces ohserwátiótis détachéd' 'terliüneront au-
jourd'hui ma lettre. Quand mes loisirs me le
perme,ttront, je répondrai a vosquestiGDS sur
l'ét~t ,,~acft\el "--~a~{'pattis; '·et :de" '1' esprit' publib~
Pourrena~ de'\~\11et' ,iiítelligible;-':ll~ sera neces-
sai"ttf ~e ~"j\F)P~~~ tap~eh\ ,~~ ~Pi*~ ~ttfhte
r~dm"MstfáU~n~~ailietK\f¡\e, ;~,~wsc l~abñsse-.
rlié~~S'd~goüV,erh~~~féd~5): "


.: ',1, ,n\ ','''\t\\\ ~,'\; ,


'. ,:, "j,




( 85 )


LETTR.E XIX..


:Des .. ¡admin¡$~rat¡ons. fiderales~,...- 1fl:Jej[er~
.. ~~~. ~ -c(lu,~$. ·cWl1ff ({~f{}ie~<: -g~f!r;'!.~: ___ _


.. ¡ ~rrlClPlm.S .de JQ.: ,(11p,T:Í~ -!llil;~ai,l'.e .. e~ mar-o "~tfJ5._ ., .< c,, L", ".f'l'd U8?!t_i l!. ,jr~ _. '.: .. , ..
.. J:..hrcn""A:. ?J' _I~~J.r _n~t18ur le 1JaI:{U!(flr:~~il(4 ~. --~t!d'~r.f~ GIJJ~Tl""" ': '!fIItrna 'I~lIC norJi:;'TIE.c,.at~L. '4 "
matelot. - D~'iqfPúdJ!f:~~9wo{rirP~flc~
l"Ouest. - Politique des états, de' la Nou-
1Ielle - Angleterre. -, EJfets de la guerre sur-
lé caractere national;


/"


New-Yol'k, janvier 18:ro.


L'mSTOf:ItE du parti fédéraliste, qui, apres un
eourt regne et une'lutte de quelques années,
l'endit le dernier soupir dans la convention
d'Hartf0l'd, ruérite principalement qu'on le cite
COlnme une preuve de la facilité avec laquello
marche le góuverll€ment de ce pays. Une révo-
luüoa complete 'oanS les partis, opérée par le




( 86 )
paisible'exereicé'du droit "électoral, est unendu-
veauté dans "l'histtHre desnatÍ'ons. Cette liberté
extreme 'qtúdevaitproduire tant de maux, d'a-
l}t~s les 'préUictlons de ceux qui confondaient
les' détnocraties américaines avec ceHes de la,
Greee '( quoiqtl'eUes se ressem1l1assent autánt
que le gouvernement de la Chine 'et celtii tde
l'Angleterre )', cette' liberté s'est montrée ici"'la
sauve'gá~a~ dé"'lá ';:paix 'publique. Pourqtiói se-
rait-~ntj\;é~:~fupI6y~r l'épée:,;qtiand~'Oh pJut


.' 'éffe~t'u~d8i!) ~dfOñJ7vlffit:,'" a-- l"aítle "d'tih 'IDot ?
1F'faúF tiií81mYitOfio?abtlb~1 ;'tJli::(~6it ;eontraint de
)réSí~er,b dVaH'trae(!récburi~; a\lh. 'fhtce :ce pouvoir
roán~Ue\eIF1\tnétiq~e~ " '


Les' 'nottÍs de' p'artis indiquénf I Ira'telllent des
'prjncip'es~'fuais ~eur-etré' auerdth'Ofui!(lé eegenre
, ~e!.fut rii~~~ ~ignmcá\it~¡P~iL\!é! fmé'Nllí~~es
'tJf'd.'tifífi\l:,fttléftíliités}/'tels Jqu'bl}rHles ' connut
autrefois' 'daÍl's.'í ce' páy~'I.f]áb'stlraite¡' dl1 dérnielOc
fut bienfot: recoilt1ue ,éticitem~flt méme par le
patti oppó~é, ¡ \~t ~cetté" 'tet6niHrlssance' mit 'fin a
tout. Qua.nd le- p'át·tiféd1}¡ali8~eisé tnbÍltra: 'opposé
áU partí' '. dérh'Ó'dtatii , ~, ét~it" le' 'gortverne\nent
opposé au péuple, c'est-a"':direl'ombre atl eorps
qni la produít. ' , :


Je n'ai pas l'inleIition d'éntrel"dans une fus-
tidicuse description' de partis auj"ourd'hui étcints;




(.87 )
je, veux seulement faire relnarquer que , daus
l'extjnction graduelle de l'opposition fédéraliste,
on peut suivre la formation progressive du ca-
ractere national. Je me souviens d'une chose
que vous m'avez répétée cornmevous ayant été
di te par un des sages de la révolution anléri-
caine : « Je ne veux pas qüe nos citoyens soient
J) ni Fran<;ais, ni Anglais ~ ni fédéralistes, ni dé-
» mocrates;je veux qu~ilssoient.Américain'8. )
,~h hien ! ils sont Américains au}oUJ'4'bui. Lagé-
nérptiqn ,act~ll~ s;',est¡ ¡él~VtWlit.iTombt~, ~dest ip.-
'sti~qt~Pl\S~a~~~!es r.~}~1J~i~om~~~feft:~ s~Jew.,
;n'W .par la .~~ jlle~~;A~·PJ;fP.,ffiJñ ~'ic~,~t3ge,
sur l~squels elles sont fondées, rmai~;.pa~l'e~pé­
rience qu' elle .acle leut' sagesse; elle comprend
tous les ulOuvew.ensde ,la m{l.c.4ipe .simple el su-
hlime du g(nlVeJ'lleIll~~ ¡ iI;l~~on_al; ,~~ll{! a appris
, a ne redouter ni sa force ni sa faihlesse, toutes
deux ont été éprouv~es. Si quelqlle ' danger ,me-
nace l'état, ce gouvernement peut. réveiller
fénergie de toute la natiQu; s'il empiete sur les
lihertés du peuple., ilest arreté a l'instant.
, "L'établisseluent de la constitution fédérale fiút
époquedans l'histoire de l'homme.C'était une
expérience qu'on n'avait jamais tentée, et d'Ol\
dépendait la liberté d'une uation, et peut-etre
d'un monde. II était naturel alors que chacun




( ~.8)
la regllf.aAtí~ ft/fRG¡", :ll~,ifté" ,:!~,~qp.~:,H~~~',
gens, ~mJWMt :~1le se~;"r~~~ats. '~ors~~: J~¡
peuple ,~~_:4'ay~i~" délégu~. tfl0P depotwl\~r' ,
au nou~~lJ~~UNMnem~n~ "jJ. se ,Q;ouva" pa-r un
singqlier hG:a.l~,eur,:exister un honun~ ~ont l'inté-
grité!)' était pas,moms éprouv'ée que s~:nom ~tait
populaire~Quelque divers: et~p;pos~s qu~ rq~~epJ
les i1iltért\tset;~~~pipions dq,jour, lellom dl1pr~­
miel' pr~jdfl~id~, ~~t$,'" V~i$",~erv:.it toU}OUI'S de
m0trder~~gtig~~~~ld!~~S~:1m~~s ~~~~I?!~,
o:pJ>o&é*r' Ml f~1tvgr~m<mt{r~~~i~jp~~ ~~
verltJ¡íd~ ~~hl#_~Jc~~~ft~~ll~ f~üt.plu~
d~Jl'O~tl!Jl~t~~t:~4!~~ ~~m~r~a¡~s, :q\W
la, riSé},e~tin~~~un~pinlede.t;é vénérahle patriote"
a l'épot¡ue oU.lesrangpde l'oppo.?itiqn,se r.enfor-
eai~nt to~.l6S<jf>lil:li'.~ ,:,;: ":'J' il ", 'Ii' í " i, l' "1'
.a ..... , - . . . l '- 1 __ -ti. i Ji ,,¡; "./ ,f-1, "


:,:&tte }qp~i~~~SRflmej3v~ {ifR~ ~t9Jl$.:
en, s0Ú'fe$l?H éJai-\fpJt~¡wl~ent rl¡r,ig~" c;on ~re
le syst6me~de. fig~Ulé.e~;. j~$txqqm~ J~fl)Yl'~~Q;é,t;út'f!
~amilton,,~ L~;lÍ!e~u.r~·:~~.l'tqt ip~~e,.; d'~tat h~ ..
hile: r.elevenm\> , ffl Qmq~~n~~~.w'1 ¡n9:tH!,QI;)~eSSUSC17
terentt le oommel'ce;¡ ~rqQim~r~m~ Jl~~~~Üture e.t
crrerent .des,revenus a. la répuhlj.que., Quelques
personnes. p~~serent toutefois qU,e ce sy~teme
allait trop loin, et q~'il tendait ~. renfofcer le
gouvernement au point de le: r~pp.rocher en
{lue1que sorte de celui .de .1' APgleterr~~ ,Qu~l-




( 89 )
q~p6efnes'qtte Pl!issenf pátaitre' aifjorlttÍ'Ii\li' ces;
~Uinté'g.,··el1es étáÍellt; alo'tS tres "'·nliftjreUes ;' le .
petlple, qul' 'Venait de' donüer rirttptlhJ.i()n.;a.~ 'la'
l'Ilacmne d.u' gouvemement , 'étaít!1~Payéi 'de ,sa
puíssance, et ne pouvait erdir'é' t' ~; sí d'urt
s9tlffl:e jíll'a"mtmise en ritouvemenf, (Pun sóuftle.
également il pourrait l' arr'éte- tdut coart.'


11 serait possible qUe les: premieres adminis:..
trations eussent eprouvé qué}qtlff desir; d?étendre:
attssi'le}'n qOOfuire¡ Sé potttrait }"arltbrit~qa"onleur;)
a'Vilt tr~~~ét!fll' ~embUitl!Weffit! ttlo~ qu'iI)~,t!ftl,
~~iM~it~l a~_té'~~~M6.Jlt~'~itlété ~
te1N?n1~~'):}!i!iwálaQh ~HtJ~J~l1r~\.
de'la.' ré'voltitlbh·; 'iji'l"étl& i~~it: rtlésnmkiftif:ba .. d'
hiles et nerveUses' pour'entreplacer' t0utes 'les"
parties et en faire jouer tous ·}e&>!0ú8ges.La vi-
gtt-éur ¿pft'á'fiiltót{/er1l\I,;prad~ftijé',;'f,}fV¡VV ashiÍllg-
ton' semblaiéilt se' co1thte-haJtaneer-:'? Ils1efubtitrent '
un gOtÍvernenteíít;a~ti91f}'irtt~teitv, -at quicolIl-"
lnand'a le' r~st>eCt,:a 1'extérÍ~. ,Qu~llés qtt'aienf"
été les opinions' póllitiquesidtr preinie~', ou' pu~
remen\: répuolÍcaines,' ott inclinant' 'Vers l'ans:'-
tocratie, ainsÍ qu'on l'a soup<;onné, 00' s'accoooa
bient6t a reconnaitre que ses nlesures avaient
servi ·les intérets et acero la prospérité de sa
patrie. Cest ici le cas de rematquer un carac-
terepartictilier d'excellenee de-la constitution




( 9° )
américaine ~isavoir que, si: un-homnled'élat ha.-
hile a tont, pouvoir pour travailler au bien
public, il lui est extremement difficile de faire
)e mal ~il ne peut travailler pour lui~meme ,
ni pour un{! partie de la société ;.il faut qu'il tra-
vaille pour la société entiere, ou· qu'il renonce
to~t-a-fait . a travailler : c'est ce qui devint sen-
sible lorsde l' évincement du parti fédéralist.e,


. ¿;ous l'adnún~&trati~n de; M. Adaros ..
; Le parti .f~R-~r-(Jli~t~ ~ Qu , 'PQUr.:paf~Jl·, pl .... " cqr-
;r.~c,tenlent, le,~r~¡Q:Jl fQ¡1t,gQp.y~r~ment., comp--
t~i~ d~QS _ ~§ ¡f~qql¡lJnj;~.\ d\\:p~iotes.purs et
d'hOlllmes d' état habiles: Leurs erreur.s furent des
erreurs de jnge.went, ou pourraitdire d'éducation.
lIs étaient nés sons, un ordre de ruoses difierent
de celui qui devait son exis~enoo.a lasévolutlQtl.
lIu'ils ayaieut:. ~ ~¡Airjger~nQ\lel~$ res~;de
préjugés pouvaient naturellement avoir conservé
de l'empire sur l'esprit et influencer les senti-
lnensd'hommes qui, dans~eur jeunesse, avaient re-
gardé avec admiratiou l'expérience politique ainsi
que la science de l'Europe. Il fallait etre autant
philosophe qu'homme d'état pour prévoir qu'a.
l'aide des simples élémens d'un gouvernement
franchement représentatif, l'ordre sOl,tirait du
scin du chaos, et qu'u~e société pourrait se
dirÍger elle-meme, av~c calme et justice, saus




( 9 1 )
aVoiT; besoin du frein d'aucun autre pouvoir que
celui exercé par la collision des divers intérets de
ses memhres ( 1 ).


A ces hommes, qui par leurs éminens serviées
s'étaient acquis le· respect et par cOllséquent les
suffrages de leurs concitdyens, bien qú'on sut
que leurs opinions différaient sur quelques points
de eeHes de la majorité, se jóignit graduelIement
un parti assez nombreuX et possédant l'influenee
que donnent les richesses. Cette ififfuence, toute-
{Gi"'S, fut'iplt'rS ~·appa.reilte 'que 'Péelle, et proba-


. 'hlem6nt¡~lí1iS9.ql~¡túin(fldt1l>~: qutcl'avait pnse .
, l' .', .


. pom 'apt)1iiv~n~rj JI' .;'.H.i.~I,uL'::I·I·I}'c<l,u"j,:."
La révolution a'rtléricaine ;·qndique: éóhouite


avec un aecord sallS exemple dans l'histoire des
nations, . ne laissa' pas. de compter quelques en-
nemlS i,: 50it. ! déclares ,Sürt 'secl'cts .. L'état de


\.f (1) Parm.i"les dloses qu'on peut alIéguer en faveur de
l' opinion "de;qu~lques-uns des pretníel'~' hommes d' état
américains . qui désiraient un gouvernement fort, nous
citerons principalement les iúconvéniens qui, durant la
lutte révolutionnaire , résulterent si souvent de la fai-
blesse du gouvernement central. Quand on rempla~a les
articles de confédération par la constitution fédérale ,
C{lUX qui avaient reconnu les défauts du systeme primi-
tif purent natul'elIement tendre a faire tomber le gouyer-
llCmcntdat"ls l'exces contraire.




( g2 )
New'-Yor¡-¡partiCllli~tílent renferm~it' -tine as--
sooiatíott; IÍom})reuSe et puissante de 'torys, qui,
jouissant sous: le got1Ve~ement anglais d'une
gralrdgi«~ee, ain1si fttied~ places émi-
nante:r' 'ct hrerdti~', et pool" la plupart de'
freís 'héréditaires, , . n'ét~ient guere disposés a


. ttansféterkn:r'obéissanc~, de' George IRa: leurs"
CéJJ€i:lf1yens, jl1sqtla: ce que' ' tes: circon~anc~~
les1'ConttaYg1íis~t'a:hs:6hthiént.' Ces cií'con-
gt1Yucés.~ p1é~titetEt.nr ;''e'f; '~~ tit~r~e\ 'mei~eut:
Fti:~ble,ia~!qWitl m~~Wiu~é~3tJ¡ls '5'att~~­
él~ré~ j~etíHtlij~d 'l'3~oifP(i1M:tttit, ét, 's~·
r~ngeant du parti _ du gouverll,eméHf> ~" 'se pro~'
é)am@teilf :'legi~5·tzélé's Hi' Ui'\lóuveH'e ~ongti ..
tútión;' Ceci mffrappelltfqtr~}e m~l1e' jeu ftlt
~ielijAngl~~i~~' .~f~il ~s: l)~étés
T'f>r1sil1dé,¡; ~1fti8 2yWp1r.ítlP~ntJ;11!lrii~l\brlg
lés"tetrlps!J~} dJri§ t8tl~'\lés lié~, '{es hOIlÍmes·
exclltsit1eIri~:fitf\(fojlJúx (i}i"ét ¡ tenis' ~ii3ver.saires
sMIlA eBtiémis:;-' ~Íl;:deA:-\f,~\:k~; diJ·, gouvérlle-


J ~:'L' J ~ L 1 ~ d, • ~.',.. '.


¡


( l}. Les ~~ts lo)'al et, lQJ'auté , fla~, ce,~ns; QU :011 l4!1t
fa,it synonymes defidele etfidélité, ont été fréquemment
l'épétés- lA la tribune par nos ministres, nos ministériels,
ct surtoutnos ultras; ili paraissent forme.r un cortége
,indispensable a celui de légitimité.


( Note, du traducteur.)




( 93 )
m~nt, maisd" .gouv,ernement Jui ... m~me. IeI,
aq .. reste, la par.tie fut assez :innocente; ils re-
In~~~llt les dés dans le cQrnet, mais personne
ne put D;lettre d' en jeu. Dans le paisible exer-
cice de, son pou voir, lepeuple ;~u~erai.nl'ang(!
tputes les Gho~es a leur place. La ma:jQrité ;nu.,
~ehorsest tqujollfs ,maj.orité .au;.<k~ns(~}. Le·
párti d~mo.cratiqQe prit l'asceQtdant,et. M. Jef-,
ferson, ré~acteu.rde la :déelarp,tiqrJ,.t1/i1Jdé'peu~
~,n.~ . .t;i,mi".~.t;qispiple.de,~.r:mkli~.,\ ppliJ.iqQe:
ha~vp l" '~~~\dmtfh?~~" PkMpsgphe~,~~~é~':.m.,
~é,1p'h~~Bie1i~4e~\1d?q~,lH--!!l-agi~tJflt.'J:~f:~ l~ .:rf(plJ~ll9ltmm0n1~VD():J i~'H1q .uh jrrf;~f~\iF~:
.l\t,;Je~rsq.n. Joltrnit '.:an .~nt,;:reX~~Pffl8(l,


l'appui d'une ,remarque ico.ntenue dans.,ma,doc .. ,
ni~re:,~~tg.~: :~,_~y~ir ' qll~)e~s:'ptal~; }ittéra~s
(~~ l'AtQé,n;·HuCfr··:&Qn~nal?sp~~· :·MlrJ:~~( affilires.de
la r~RW:lliqq~. ~9,\l~ vQ{YQn.~, ~J~~flettr;'ld~· ,~;
&ge" .pe(,gc.~n~'ippilpsophe ,,, ;,c~t honuue .si ,ént"",,
dit, passer . de. sa.pWliotheque"dans le .. séllat, «
parvenir graduellement aux plus .hautes chargas'
de laconfédération. S'il Ulí né' en' Eur.ope, if·
eut augmenté les trésors de la science, et lé.gué


i (2) Cect doit s'entendre de la nation,et de lalégislature
(Note du traducteur.)




(.94 y
a la postérité ,les résultats de ses actives ''1''e:.'
cherches et des grandes conceptions d'un esprit
fertile et original, non pas daIls des notes tra-
cées a la bate, mais dans des vohnnes composés
a loisir et· écrits avec ce nerf et ceUe simpli-'
cité dassique qui distinguent la 'déclaration
d'indépendance. Pour l'homme né en Am'ént'rne, '
le poste d'honneur est un emploi public (1'_
J efferson y fut done, appelé, et il" le quitta chargé
d' années et d 'h,oJ;lueurs,pour, aHer : l)léditer' sUr
une, vie bien ,emplÓY'ée;~tl sar :lé· bÓDheUt:·¿r-itn~'
peuple .~ J~J !P~~¡ufit.éJanqnt!i"¡havait(tant : con~
trib\lé. ,L~s ¡l)lIit~! ,desa ,sagesge,'.cxistent datIs"
les lois de: sa.;. patrie ;et cette' patrie elle-meme
servira de monume~t a sa gloire.
, Les élections, qrn porterent;¡l\Í. \ ,J(df~·.a la'


prenüere lllªg~~w~t"ntn¿amew!ueftt Ewobhlh:~~~ ~
mentd'honHla~:,.et de,·mesures .. :La.·'plus stricte
économie fut adoptée dans chaque branche du
gouvernement ; quelques emplois inutiles furent
supprimés; l'armée de l'Union\; déja,si. fuible,. fut
encare réduite; des actes .émanés':,du preIuier'
congres furent rapportés, et; la constitution


(1) Par?die d'un vers du Caton d' Addison :
The post ofhonour is a priva te station.


(Note du traducteur.)




(.95 )
amér~caine mise en action dans toute sa simpli •
. cit~.i·


Comme on devait s'y aUendre, une révolu-
tion si complete dans les partis ne put avdir lieu
sans quelque cOln~otion; le courroux de la
minorité désappointée s' exhala dans une guerre
de pamphlets : .quelques écrivains sonnerent le
tocsin aux oreilles des hommes religieux, en
peignaut le président comme un déiste; d'autres
a c~JJes des partisans d'vnhou' goúveruement,
eni\~q\l~lif~lW d?anarchiste., Ce' sagemagistrat
se:rpPI~t~ª.i.SP1\Jdl.aÍlxJfi:~meurSppa!tooiqu'il savait
qu~\! g(nl}v.~rn~l'llen~ 1, dont ctk,usJ ¡ ¡}és raetes . se
fDnt f aJl grand. ,jour" :dont: les,"melh:bies·¡ vÍVent
au mílieu de 1eurs· concitoyens , auxquels toute8
leurs paroles. sont . adressées, et :sous les yeux
desquels toutes reuDs¡ ·mesures· sont .. : exécutées ,
n'a rien a craindre que de' samauvaise' ~on- .
duite.


Il est curieux de. voir les gouvernemens de
l'Earope entollrésde légions armées tremhler
au moindre pétard lancé sur eux par une mul-
titude ,désannée, tandis que celui d' Atnérique
demeure nu au milieu d'une nation en arnles,
ne fait pas plus d'attention aux cris de la calom-
nie qu'au murmure du vent, et n' emploie d'autre
lnoyen pou!' repousscr ses attaques que de




· IX >.(j~qiJ.; •
," .' .. ·(M~,t;'..'ii !-JL .. H" r2._·~:.ill.t\ Hb'rd·~ JffDiGJt) !tt(Iill J;¡ 'lb ;;~ 11lll(l·J •• --.-H'~IeIl'1JUt P" sse"Imelix aemon rer 1 an§ur-
, diw..desdén~a1ño~s:de ':f*I~~ lfllostí1\~ lnesJjJdé-
r~ljst~~;fnvq:~; •. ~~ll'.dwn8tibnr4~ i'~a'it ~,eclhré
s,()~: r~f.es~d~nt~)~~l~~~(' qq¡!fi"~it,, éttLIe principal
~~~i,~ate.~~ ~?¡~~ rétj\Bli~~w~:mt~ 1~lffirs~~tll1iAy.,~dérale,
qtll le ,pre,ml~ proposa d.e conr9flp:el~ rlf ~ppjV~n~ifW- ;,.ftUi
Ji{' foí'ni:t /et ruClui-meme un des sage~ c¡uil ~OBppu:t:llrent
al!e ~and ~ire t : G estaihsi ~;e~ Anglétc:~~' les Wl;lÍgs
q.ui onVpJ:ocuré a lenr patrie une 'constítuitoI; , ~t qui ont
Olllployé tous, leurs effor,ts :pour la~r', . sont dé-
llQl.lcés CQnune les, eJluemisde ooUiepatrie.




( 97 )
; ~~W~~-s'q~le; je , \' ieus de citer,', plein~ d'uue
Lc:\iwtité' convenable a leurcaractere' et a leur
position éminente, ne firent·, aueune attention
,ap:~ outrages dirigés contre eux; ils laisserent
au bon sens de la nation qui,par ses sur ....
lr~.ges libres, les avait placés a sa tete, le süin
,.:d'éx:nou~ser, les traits de, la calomnie, et de
,qéj~ll~ les ma(JhÍ).)atiolls .d'hommes que leur
,,~r;qbitiQn.,d~lt~ ,avait.p,!ussés. au dernierdegré
,~~p.~l':w,4n9.S\t~if!\ d~ la!,'violence. ¡.tett~ ,l'0litique
"l~,<~qr~ ~Ly.étitahl~bsp,it1;de!la- cdri'sti- ,
.' . rs


: ; ~~4p.o~n:~ain'l~~~ Jeiirdmlbat~)I'PMttváf~. qtrélle
~~lff.'hitimtel~diootOrm¡ ,,:U)V'I'IID~~~ éf a


, L., .v.prifoYh~p-cpb-AIosonh'ie.', di" n (F .1:1 .. ',-,',[:
, ~~.,;tJi'" ._:"ffL' _ nI.' ,.1. -' ~')·..:I" .
,,' ~e~, cla;rp.eul'!i,;~utréeB de la: miilorité devenaÍlt
R:~HsJ>r~iY~~t~~dtJ ¡m~J!re-;.},q1lil:'ffllEf devenai~ plus


· .. r~~~~lr~n~_~!Qj~il'.ennemi--.que--les- eolonnes
del'Uni?n.~.t~ien,t ~pr~rnl~~s~,.Si ,enes l'étaient; en
~«.~·t; il'p~i~:A~['¡MW~Ur lhoyen ,pour les raffer-
mil', en rotfraat. 'son' ~sistahCepour les 'réil-


" ~erser.Les eunenlis' extétíe'cirgt de rAnlér!q~e
~::(mt: souveut'plns' t'lÍt'que ses'amis: ~le, rinté-
\itiettr:, pOllr lhi dünner de la raison. L'~9sti:rw­
·tI~.l(d'·un: 'mi~li~Ú~re anglais la for¡;a, de pro-
,clamer" S?~ ,indépendauce, les. intrigues d'un
atÍtre l'o~Jig~r~,nt á re,sserrer les -liens de 1'E ...
uiou ;" l'Ul~ lujuppl'.it a songer a ses drolts, l'autre


7




( 98 )
, '


el J~fendreses illtérets et, son honneur' oUlí'agé,.:
tous deux en 'ont fuit une nation. '.


Cette république a aussi en le honhcur de
,s'attirer des hostilités de la part de tous les gOl;l-
-vernelnens européens. Si la France eut conti-
tllué de la favoriser avec autant de ' constance
'que l' Angleterre en mit a la maltraiter,' elle eut
pu se laisser guider par ~e" puériles pI:édil~S~,
tions, et, ~ut-etre, all!ait-~lle pri~ parti" <lan~ la
'gnerre, f4ri,~~s.~j~q\li.,f:,j RfP-q~.,siJ:e~Hild~Jte~J>s?
cessé. de, d~vJ~\~ D l'~lWPl,>ey ~,,/~ ,~~tré~it~ " ,a:
l'autr~~';'¡;'i"'Ir:¡¡;':l r::;: L ,,' ", " ;! ,.,,' .
,~:l, n.,~~ralité: ;;si s~~Jllent ,waintenue par


Washington avec les puissances'h~nigér~ntes de
l'Europe, rellcontra dans leprincipe une,forteop:-
l)osition. Les JlO,~6d,., ,ff~q.q~,h~afav~~(~.et í~


, ,'~ L:"~"" \ .,J),LU,:< ~.i,J~ t.<;,)L tliYD1U.,U\.i ~(,,¡'1'
ber~~, J)a~kai~ttJ~ t!&~<;~1!r ~,4~)1o~~f}~éric:ai~; ,e,~
si ,l~ republique. fran'1~ise n~ el~t ,pa,s été sitot
déshonorée pa.r des cl'i~és el d~~folies, toitte
l'influence de Washington 'n'a~~~it' 'pu empe-
che~. sescon~itoye~~ de prendre ~af.ti, pour,~
peuple qui avait si récemment versé son ."s~ng.
pour -leur cause. La poli tique uÍté~ieur~ -d~ la
. Franee la rendit presque aussi odieuse q~le son
ennemie ; entre les ordres du conseil et les dé-
crets impériaux, iI l1'y avait guere de choix a
faire. L'Amérique ressembla a un volant que




( 99 )
Se 'TetWoyaient 'les deux empires helligérans; et
si l'un fi'appamoins fortque l'autre, ce ne
ful pas qu'il mlt des intentions moins hostiles,
ínais c' est qu'il avait la main moins vigo'u-
reuse.
'Qltoi qu;il'én soit, l'une des deux puissances


fita, l'Amérique une insulte qui tourna la ba-
lanc~ éontré ene'd'une'm'anit~re plus'décidée que
léS'ehtraves miseS' au~cdminerce des' 'Etats-Unis:


, é~' '~f ' 'la ¡ 'ptes8e, d~s niat~i?t~ 'américaíns. . En
ébt1¿tH~~:áil(la ~Htt~e'paHi1ilÓe aif'g6lÍvernement
de rUnion, con tie sait s'il faut,r~dmirerotien .. :
rIYtf' : ;)8f{}.l¡{a~\freJ !laírfjffii~e u~foi')/4~'1wúW dt6it,
~t'sdriout1é~:aÍ'glÍmens justes e{fefln~s d~ c~
goúv~rrieinerit ,; ~ais ne ~eviennent-ils pas ridi-
culés, quái\d{<>íftbs:vM~ etíiployes 'par le~ cahinets
eüfóp~éH[ tl'¿ls~é:'·beih~·'ttépui)li<fo~'\he· jam~is
troqcler' 'sa 'síínplicité ~ pour: la politique subÜle
dés·~tatsp1t.s' v}eux:qu'ellEi t


Il'setait ámlge~I1t :depa-sser en revue les causes
qUi provoquerent la jeune Amérique' a jeter une
seconde fois le gant au plus puissant empire du
!, ' .


monde. Quand elle le fit, les chances ne parais ..
saient gitere moins défavorables pour elles qu'a.
l' époque ou elle se rangea pour la premiere fois
sous l'étendard de la liberté. Si elle avait accru


7"




( 100 )


sa force" i1 'en étalt de I rneme de son' eril1emi;
J'un ,~utre: ¿bie, }tous ses pr8gres, elle les avait
faits dan~' '1~~" arts . de la paix, tandis qu'il avait
fait les '$'i~ns; dans la science de la guerreo Les
vétéra:Os' d~l~ révolution dormaient a coté de
leuJ's peres, ou étaieJ?t accablés sous, lepoids des
~n~ées;un inUIwnse territoire dont l'étendue
pt:i~i~~X~;~Ípit~lus 'que doublée, dont les cotes
et 'Jes {t~~~i!~i:es J~'étalént pas fortifiées ,et qui


, cP11Pt~~~,¡';pa:~~)~~~J~;op,~~~t!f~ ,; l:~éI.~ues ,!etn1~m~s
s~c~e!~f:~;~tB}!}H~1\~l~~¡~~~:}1~?~~¡ (,~?;~?frotiVa' tont
,4~HP.,~Olil.P. o~v~~t}ux lncurslollS de vleIlles troupes
~(,4~"~ t;;1fo,sd&i~di~ns téfó({J~,~íhsf qu'aux des~


iI J¡t~~_¡~~ "":._i(} 4 'i .~
centes de llbttes qliI' avaient jusqri'alors régné
sans rivales~úr l'Ocean. Tontee que I'Amérique
POU~q¡t oppo~~f~:et~irtiri~ ~~tr~ rHiís&tilte; dont
l'iiabil~tij~ttI~-Llbrg~Ó«t!~ lliv~iifitr AA~ '~r68vees
~ '._' ,!" ,f:'j f-l: .-.... ·IJlt~'~~;:;··f1'~,~" ; ." ,,=
dans une ·'l11tte -cóúrté, !mais' teítible; avec les pi-
rates 'de 'i~ M~<iiterráh~~¡,' l'r'rlé¡~iórine cause et
un grand courage: liberté du' c071tm'erce et droits


. " (1) )?en~l;n~ la guerre, la lihérali t{ des Américai-hs serithla
fournir des. armes contre eux : des· étrangers " et' dans' plu~


\ sieurs cas, des citoyens naturalisés, re~urent 1'01- de I'en ..
nemi, et firent le métier d'espion sur la.. terre qui leut'
avait dOl1l1é asile.




( 101 )


fl4fumarins, tel fut son eri de guerreo C'était
une guerre, de défense et non d'agression; uile
guerre déclarée par une nation dout les eitoyens
avaient été arrachés de dessous son pavi.llon, et ce
,pavíllon insulté sur toutes les mers etdans tous
les ports.


,Les out.~~ges qui avaient excité l'iridígnatio!l
.de la république étaient surtout de nature a en-
~flammer le eourage de ses l11arins.Je' ptlis dire,
:surJ'a,utor~t~ ~e beaU~O~lp(~~~ ~~~oy~~s;les plus
,<1istin~ué~, -4~, r f\~~~~~W¡ ?/~t~~niJ~:i.'J1~~ai~. :~aIls
sa,mar;tne gt;W:re!,de bfÜlment~tll n7eut 'pár"iñisón équip~ge, r ~~.,~ RH ~ ~}~:~i;~l~~l ¡~~f/m~lfp(:~~i¡f;~,~d¡ie~t


,rentrés dans lenr pays ay ce 8e~' p~lnes el- dés
périls sans nombre, apres dcu~, 'ql~aire' et meme
sept a~Ilées~~. ~~r.vi~~ fRrSé i~. \~o~·,1.d,e~ batimens


. de"guerl'~ qngl~~ •. ~:ai sq~~Y,~~l~(¡e~~~~~·ú:.~ttrlbuer
a" ce eoncour~ 4~.griefs per~onnels et' liationaux,
la bravoure plusqu'hulnainc qui anima les équ~­
pages américains (1).


,(1) Un ami de l'autenr 'Vit dernicrement dans son
pays~ ~ pu il s' est retiré, le Scévola américain. Ce marin .
avait ét~ pressé sur un des navires marchands de rUniou,
et contraiJlt de servir sur un hatiment de guerre lJri-
tannique. Apres que tI répuhlique eut déclaré la guerre a
l' Angleterre, iI sc coupa la main d'un coup dc hache,




( 10:1 )


On peut a11 surplus trouver dan.s les rCg~:,
IDeos de ... la JQ~¡n-e améric.aine. d' autres causeSt
s~antes 'pour ,expliquer le courage de cetta,
ma:rine •. l~~ul·ho.nlme 'ne sert sur les vaisseaux, :' '. ·i'" .' j ~. :. .",.. •
d~gueJTe~lIléricains que de son propre COllsen ...
tement. ~i l'engagement du matelot est. volon ...
taire, et neJe Ue ,quepour trois ansiJA'aiJ~urs
en s'éIoignantdesTivages de sapatrie, il deJn~
sous J'émqeq~h~~~ lQ1s. Á.;~Q.rp d'un, hatimeIlt
de WI~rf.~ d~ ~111t~l}~,JJ~u9~JI9~qtE!J~ .. f; p~t
etve punl.§~iYAntJ~liaDT;!pi;>dcr~p>~éx;l~ur. Poun
d~¡p~~ ~JY~'JlMUA \~~~tj9n, ,(~st iofligée
q~ pl~~!:-.>-il~r\~f~ier" d6cQlJ4rt k. de .. ~r,vJ<;e):;
PQur d.es d~l#s ,graves, il ne.pe\ltpasmeme etre
jugé a hord du hAtiment Otl iIles a: commis; son;
jugemellt ;'t~t ~sH~pe;g·~p.ipju~¡qy'A 2~HHH~5Wi JPJ4s~~
trq,"veJ;¡ ;t¡lA¡¡\rj~~~fJfPl!~rtMl tI"ffih.fqf.)~¡ ,te\'Pr""
toire ~q~"Etats~VRr~,,¡so~t¡~ l>~1fHn4~~ vai~u
de guerre .. de )'lJJÚ~n .. 'SQRi i{JqlA~md~t la. met
alorsen a,cC\lsat~9~\. f1.~ se?,~amp.r.ades deviennent
t~mºinspour , Pll . C9UJre 1ui. Il ne faqt qu'une


et laprésentant au commandant anglais, lui dit que s'il
. ne croyait Fas 'que cela fut suffisant pour le' faiTe ren-


voyer du service des ennemis de sa patrie', et lni obtenir
sa liberté, illui restait encore unlmai:a pour se couper
une jambe.




( r03 )
faihlc connaissancc de la natnte humaÍnc pou!'
voit°' comhien l'absencc de jllgemensarbitrairéS
eldc «?batimens corporels, qui ne'sont enaucun ,
cas tolérés iei, ni dan-;; la marine, ni'ailIeurs, doit
tcndre a élever le caraetere de' I'hómme:En,Ett-,
rope, ou les assertions tiennellt • si souvent líen
de raisonnemens , on nous dit qu'une coÍltrainte
brutal e est nécessaire pour obteni~ de la, d~sci­
pline dans une marine. La ín~ri#eárnéricahlé'
dffrtr une ié-xtelleiiteréflitátiblí' 'de ct'r ptioc~ ..
tJ'ii"-~as' ¡:de'~éln'bl\tty:>estl>m&hnüi~, 'ét' 'liF 'd~j
serli~n' ~t:rélli\!ffl8\t l'~J k1JJor(P~ ~sse"~
a~étiéains ;' "~ ~l~'ri\rellftl~ll1Jzili(IutWftmfJ;
proprcté, de Ia.'di~~ipIirié ,-dé'ráetlVB1é iél!~dW1S:
bravoure. Leurs équipagcs, il cSlVTai, sont'com ..
posés d'húrritnes 8\'tt1é,'classe' pl~s' rdcvée que
eetixqtloti'h4:lü~e Útrle~Ft1~~iréW'd'h'uCtlnéatitte
nation ; d'hómtneS nés, de parens 'h¿n:ri~tes-:ef
ayant re<;u' tll1e'cértaiúe:'éducaticrh. ; ,de cítoye~s'
libres, et 'fiers d'uD ljays aux frais' duquel , s'ils
sont pauvres ,ils: ont apprisa :litc 'Son histoí~
et a coulprendre ses lois, ainsiquc tous les ,droiLs
q~'~ll~s leur eo~fercnt. Ces équipagc,s ~o~.t encQr¡e,
reeruté~ . par. des volontaires tirés des;nayires dtÍ
cornmerce, navires sounlis a des reglemens incoa;.
nus aux marines ntarchandes de toutes les autres




( 10 4 )
nations; ¡ eL qtli l 'expliquertf haturellement cctte
intelIigerice~' '~b~t~ '~'dre8se 'el ce'hon ordre dont
tóus;le~ :étraúgérs'sont étónn:és, en mettant pour
la preriiie~e, füis le pied sur un n~:lYire marchand
aniédcaln. .


; Avant 'qú'un natiment marchand puissepartir
pour un, voyage ; certains employés' salariés pour
cela 'c1~~sserit 'tIne ,liste de toutes ~ les pers'onnes
erriba~qüé~s;;;i ~bifip'a~sflgers ';'s'oit '~ens d'équi-
pá~~. Le' ri~rh.Tl,1;k e J; l~ Ili~~ a~il '!~y~ra~~~:;' é'(' ~u-' t~~~:r~h'séiYri~!rifh~fg8ii¿~~'h~lW/~~' íd~r~í~rs Cso~t' ~?t~J!:' ~r:~~I'~~~~~~~\~H?{4é)~· ~ie.· de tout
lUdlVl'(fU musl enreglstre. Qüelque longue que
soitl'absence du hatilnel1t, et en quclque pays
,qu'il ahorde, le capitaine est obligé de pOQrvoir
a 'la' subsistalÍce' ~:,a l' eh tret~n·dJ:) ses bO''rrinl€S-~: al
térrecot11lrt-é 'fi! la;ru~; ~tia,Sbti'tétdtlÍ,,;1 il'doit l~s
rc,pteséiÜ'ér 'toÜs ,"6'ü e~l} iDér (fé~l ~c~rtUlca t8 signés
"".' ,', :; ~ ".>.~.-!:'.~ ·d~ i';..¡H~·-. "nH¡ ~.~j,.~¡. ,


par les consuls alnerlCaHl~ des, ports ~trangers OH
~. 1 f ' !" ~ ¡ ,t t~¡ ) i, -', ~. , , ' >


il s'est arreté, et constatant que ceux ([u'ils ne
rametl'e pasJ, sdrlfín6Hs, en 'ront ql1itté de leur
propre: volon!é. Si le capitainc IIlalHlue a ses en-
gageme~s.?óu s'll traite un marin avec une sé ....
vérité outrtc ct capl'icicuse, la partie lésée pcut
le f:"irc meUre en accusation au prcmier porl amé-
ricain otl le navire entre' , el toutt's lc:-:, ptTSOilJKS




( 105 )


qui, se trouvaient a bord so:p.t cil~es comlne t.é ...
moins ( 1). Ces reglemens , m,ainte.l)~s ave~, la plus
grande rigidité, mettent les, marins en: qu~lque
sorte sons la tutelle du capit~~ne ,etJ;PR1~g~nt en
"t ' "t d 1 1\ meme emps a e re un tuteur oux et lonn~te.


Un ,capitaine américain , lorsqu'il se t~o.lly'~ da~s
les ports étrangers, veille sur les marins de son
équipage, cornme un Ulaltre d' éco~e ,~hargé d~s
enrans des autres, paree qp'~l ~~.i~ bi~Il,; que s~ils
éprot;tvaien~q~elqu~, ~cc~d~t?~~fet, il, ~e;, sa~~~-:­
fér~itp' ásl~¡~~p~h~~e',l~~bín~J~ fui;~~o~~att~e~ d'ün·e'ri-:~rii~~~¿:':~¿U¡i~{J~tj~~~lJ·n·t{~'J~;2~~~~rt~í. ~ti~~~' l;.,t '~rri~éPI ~f:'W~f')~e G~l;~!I;'Jl':,t j~fCS,',' Geu,:)J t,-~,'


:'1' -, .,npL~f.) "qL'i:J'rmq t~nIr. tJllr7¡t¡~11
,: \ i " .! J!!' ~ ,~. ! ! .. - ~


( 1) Parmi les dispositions réglemtmtail~es ,dn rCmal'qM'
celle qu~ I ¡{jJ.e ,-11\ qilanUté .. et. la flualité, des, :vivres, clont
cllaquenavire do~tse pourvo~, ~imiqqe J¡,.,FqtjOIl il ~-r
louer a c~laq~~ homme. Le capitaine e~t en o~treol?lig~


j ,'., I ~ , ¡ ¡ ,. I }:.' • f' . .' .: . - , .


d' avoir a hord une caisse de médicamens, et de savoirles
administr~r' dans ies 'cas' ~rdinaires. ' ' ' , "


(2) Un capitainc améric':lin connu de l'auteur pourun
h,omme singulierement intelligent, integre ,et humain,
perdít au large de Lima un cuisinier l1egre qui fut frappé
dé mort suhite ten présentant une tasse de café a Son
maltre, qui se trouvait seul a écrire dan s la grande ca-
bine du navire. Un jeune mousse qui était entré ·aycc le
cuisinier, et était ensuite passé uans une cahillc yoisinc ,
cntendit le hruit (le la chute, et accourut ~t la voix de son





( 106 )


unesécurlté inaccoutumée a la v ie el aux mceut'S
durnatelot; Fon donne asa profession une sorlet
de digriité qui engage les fils des plus rcspectabj'uS'


ÍnaItre. Le' capitai~e fit venir son équi}Jagé, et, apres avoir
cssayé en vain tous les remedes qu'il put imaginer, nota
sur le iournal du hátiment la mort de son cnisinier; avec
un détail exact de la maniere oont cette mort était, ar·";
rivée. Il fit a,ses'lDatius ,un rap¡nrt semh1able qui se trouva'
ap>pvyé ~\\t~~ 'Ílie(P9¡;ijibl~ ¡ ~~ le· témQiS~.Q 1JU)U~.
A. ~t~, ,;~~p~~Jkj ,rip\\hHq~!OOé ~ml»Q'ij$t:·}P.!\ a:\Jea.
~ima,,~t: l~pA:!j~,~ .SD i)~tion\l}~tait,6nt~é:dans ce por.~
(jl,W p<mI.¡J ¡y AA~JCltt V~Jl:~fllr;ue~a ltNqyait.par conséquent
pa:;Mi~oWt\\l:.~llel!~, (',apitai~pi\tr's'adrcs5er. Av~
quelque difficulté;"et moyennantquelquc. argont, iI par ..
vint a amener a, bor<1 lJnchirurgien espagnoJ.., n luimontra
le mort, etIo J?ria dUlui~~,qu'cil put~aOOsJsaIWtgpel(tJu?a~
ayait apprise. ~\dC!ll~j qU~th,1JD~ ',coor,\(H ié9ideooe'
d~nsl' Amm-iqJJe.:m4f~nftlf1Jb defuioo 11' oqvetturcdul ca ...
d~vre , . et . denoter ., sJlr. le rjA.1iW·~l í dUi hAt.illJent, en; 'pré-
sence de.l'éql1ipage.,C41quiln¡.pitll1ltri\it avoor,causé l~
mort. Sangra~lo ,.Oq~f~t ~f} rS'?Md$ yeu'i., branla la tete, ci
prQoonsa gravetllBut, que le. corps; qU'.on~J}ll'i i présentait
était mort: Quelques moyens qu'oal'6nl~tiJ'c.D ;ne;fut
jamais tirer de luí aucune autrerépt:mse¡ISH'EspagnW:,e-at
été plus halJi1e en chirnrgie, ainsi qu'a manier la plume,
il est encore douteux qu'on eat pu lui fáire comprendre le
cas,ou qu'on l'eut amené a faire ce qu'on luí demandait.
Bref il s'enfuit. Le capitaine eut á.lots recbnrs an pricur
ti'un couycnt; el, au moyen d'un préscntde 'cinquante





( 1°7 )
citoyens;" servir en avant dUlnrtl (1). 11 n?cst ras
rare de voir des officiers de la marine Inilitaire
fuire leur apprentissage (In métier. de la mer
cornme mousses a hord des. navires.. ma.rchands;
et,d'apres ce que j'ai rapporté, vous jugerez ql:\'ici.
iIs, le peuvent sans deshonneur (2).


doUars, il' ohtint l'inhumation de son cuisi'nier', confé-r-
mément auN. rites' de ·la religion catru,lique" el: 'un' ~certH
fio;lt des ~~trésqui~'en étaientChár~Sr¡l)e ratdur a N6'VV!..
"Yerk ,.il¡e'ÍihibaJSun' journal' et¡~lff' ~tHicat¡d~5(rprMi¡'es' e?
pa~ab ;,m¡iis 'l\uoi<ttfe'c()[{n\ii-p~ u\\ ~tttYen5 ~e!;pectame!
~t:8.1pn1Jde bo1t!l 'répon&at'lS 1Ja~ iJ.~~ liib~ '4é1I~Htitf~'
on I1e regarda' pa~,",g:a }5bróté 'cotWnl~LrgtIffisJine.oTót\.~ 1~
gens de I'équÍpage fúrenf intetrogés ~épa't~ilt l 'el '~tt!fjj
dépositiol1s comparées entre eIJes' aVánt"qu'on 'n'nequit-"
tat~ecapitaine. Celui-ci , en raeo:ntant une partie de cette
hiatoire a l'allteur ,avait!pOuv but'dt!lÍl~ntt'er l?ignoranee
des Espagnols qui ;hahitent 1'Amérique-méridiomde';mais
comme cetteperSonnelá trouva curieuse S()us d'autres rapl'
ports , elle tira da ~nteur les détails consignés ici~


(1) Cctte partie d'un Mtiment, appelée'gtziUard d'a:.
-vant., est le' líen ou se' tiennent d' ordirtaire les mat~lóts,
ils:nepassentsur l'arriere (réservé pour la pÍ'omenád~
(N··.éapitaine' et des officiers) que .lorsque lamalloouv're
Pexige.


(Note du tradu:cteur.)


(2) En qualité d'ancien marin, nous croyons devoir
déclarcr que les reglemcns auxquels l'auteur donne tan!




( 108 )


Ccttc discipline' étahlie ahord des' hatim~,,,
et non pas (cornme' on le suppose en AngleteITe)
la désertion des marins anglms, fut le pouvoir
magiquequicréala vaillante, marine des Etats-
Uni'S~"Un déserteur anglais ne fut jalnais, du
ruoins sciemment ,employé pendant 'le 'cours de
la guerre~ C' était.a'hsolument défendu par' les lois,
tant par des' matifs:d'humanité·-que pour éviter
des -disputes"aV'ee'l~ennemi:;Je me tappelle:tUie
'aÍlecdoteq~ pt6ÜV~I:;~ec" qttel 'st>lr{ ex·ltet:·::et
:riretrt~ 1ÚitittbilM.tt¡~ oPiSffltt¡¡tj'cé~feglemeht;:


La frégate l' A dams , sons leg.~8jJes' dücommo-
dore MlÓrris; [á~im-f}e~h quelqttéSJ avaries en sortan t
du poh ,et' falsaít de l'eau lm'~(lu"elIe prit un,
hatiment de l'escadre ennemie. La prise futahan--
donnée dans titi étafde délabrettierlt'cthnplet) et
les priS'onniWSilrNiispifi'téstt H~'fd 8éI17Ji~~; '"<tUi
n?était""gtlétb¡l~h!'¡¡nhi1flftft~l dond1ti(fn';;'·'L'escaare
enneníie cha5~aüt "la fregate;' ¡'et 'cMle:"ci ; mena-


d''élogcs s'ont' a peri' (le' chose pres' ceux (ie 'lá' marine mar~
chande fran(]aise~ La Seule diltérenceclul nous frappe, est
que les enquetes ayant pour ohjet de constater le 5()rt 'de~
hommes partis sur des hAtimcns marchands, sont in-
stituées 'en Fral1ce a la diligcl1cC dcs familles et non du
Gou VCl'llC mento


(Note da lrac{ucleul'.)




( 109)
,~n~ a; chaque instant de coulel' has, les Améri-
~aiIlsavaient a opter entre deux ·maux; comme
de raison, ils préférerent la noyade, et résolurent
de forcer de voiles autant que possible, en se
dirigeant vers les cotes de leur paJ8; top.tefois,
il leur semhla dur de condamner des homm,es
dont fhonneur n'était pas engagé' dans cette
affaire,a se noyer avec. eux.' Tputl;etaf9, étai~
dangereux; mais comnw les \q6t~~ r .<4~J~msip:r;ts
~glais~s ~étaie.Qtpas\ fJoigJ;lt~!~ lti\fo~9r~
se d~H~~#h~~Jf!S~dlwr~!ll q~rA¡'t~lJ}\ q~r
q1l6r, ,~~ ~p'\,i~'Ml~~i ~~jJ08 ~ ?,s\,,\l)\::' ~ .. '1 &JJ;~~ri h;~ 1
.:'" ,P,élr~:, le~,,~t1i~pgl11i~mp ~,)t¡~~i~i'R~lIl~~qi
dais, véritable,Paddy:(,) 4~ m;\l¡~:!P?ip~·J'~~ ffi-
pitaine Rog,ers , . cO~llmandant"e,n, "e(Fond q~eJa
f~·ég~~:" aluérjRa~nf1,: entenda~t; A~. b:C\lit &u~ .le
g~inal'd,,4~av~~, ,'$~Yl ,t~~n~¡W'~~~';.PPAr.::~voif; ,~~
quoi ils'ag~s3;it;, ii trouy~ f~rl.a~df!.+s)~re¡, ,et ~e
querellant,:ayec ses compag~ons d'infortune. Le


(1) No~ familier employé au lieu de Patrick: ceJ?~~
,cst tres commun en IrlanJe, dont Saiut-Patrick est .le
patl'O~. Les Auglais out fait du mot Paddy ., ~t ~ltf ~~n
.wréviation Pat, un sobriquet ridícule sons lef!~e~ ils
désignent le peuple Irlandais personnífié , com;me le peuple
anglais est désigné sous celui de John-Bull,


(Note du traducteur.)




( 110 )


capitaiue ~le 'prit par les, épauIeset-.le 'Úollouisit
en prisQu. Au oout· d'une heure bu d{!ux, ,il
alla, le. voir et le trouvant désenivré, ie remit eri
liherté,enluirecommanaant de s'ahstenir désorl.
nlais .de Doire, trop de whisky ( 1)' et de jurero Les
promesses qUf} 6t alor8 Paddy.ne furent pas mises
a une longueépr.euve. La ':&égate'arriva·pl'~.des
cotes d~ .1aNouvelle ... EcosSe, et les prlsennieJB
fureu.t·8Vll~fqu~s;aft4 desivivl'eS daDa ~lescanot8
qui dav~IQDgtrol(f,riv~ jusqula Une j)etite;yiUe
peu élojgll~e,,¡ riEcndantufueJen ft1'1'Ót8' gaglt-aient ;
la teIlve,¡I~r~pi~ineI!togemfqmse~prómel1ait sur'
le po:pl ·dBnladftégtité., . tlpel'~t un hOJIlmeiqui
cherchait a. é~ter,. ses regards en se cachant
derriere un lIla!; « Quoi, Paddy.f s'éeria :le
» capitaine ,est-~e¡ VOUS;~»;!,,",,,, .:~;Oui¡, lpl~Í8e<Ai·
J)votre hon~w -(QF'~;l.aiasez....j¡to~~5eule~~M\ 'me
))·Doyeravec;vo.us. »Le .éapitame lni expliqua que
cette fin n'était,pas aussi·inévitahle qu'il'pot1r~
14it le croire, et,lui. qommanda aJlec \douceur.de
s' embarquer dans un dernier can()t {qui . allait


"., ..


(1) Eau~e-viede grain fabriquee le p]ús so~vení" dans
<les distille:i-i~s 'clandestinés; les 1 rlandais ; de la hásse élasse
'; . . .!
sont passionnés pour.le whisky., " ,


( Note dlt tradzwteur.)
(2) Locution irlanda~e. ,




( 111 )


'partir. L'lrlanuais s'obstina .1 res ter. Si la fré-
gáte f~isaitdc l'eau, représclitait-il au capitaine)
il.fallait plus de bras p'our faire jouer les pOn1pes-;
'et si l'enuemi la joignait,. plus iI y en anraitel:-
mieux cela vandrait ; quant a lni, il, donl1ait sa
parole de se battreconllne un diableo «(Oui,
Paddy, Tépliqua l' officier; maison vous pendra
'3: la grande vergue , ,aussit6t qllefious aurons éte
faitsprisonniers. Non, mon brave gur<;on, cela ne
sera. pas; il fa:at vousenaller a' terreo •. » OH forc;a
l'JrIa_!s:,~3.: rlescendre'q,ans;:Je ic~otl mais tni
bout mt qnelqqes~ut~iJiUl)rurit ,.aJ l-1'afterl ...
tion, du mpifaine- ;Jtt'vit .Paddy;;~n~lnrut~1:'na-l
geant vers la frégate, tandis qüe: if~' canotcller-:
:chait a le rattrapper. « Jamais ,lue dit le capitainé'
Rogers, e~ me racontant cétte histoire, janlais de
nnrvié' ; je ne sentis mon' crenthattte; comme
'lorsque je :refusai de le laisser moIiter a hord
de' la frégate, et que je l~ vis conduire aterre
lnalgré luL Ponr ma part, }'eusse consentí a l~
laisset se noyer avec nous 3mais l'ennelui nous
cllassait de pres, le langage du pauvre diable
-1'errt faít rer.onnaitre pour un déserteur, et, ({ans
tous les cas, nous eussions enfreint nos ioi~ .. » ,


Maintenant, treve aux digressi.ons. Une ma-
'fine formidable fut bíentót organisée; iI n' était
l~as aussi aisé ue former une anuée. La premicre




( 112 )


, difficulté'¡éta:it"'ja dímitiution subitedes;.lt~ent.1s
publies' qni;,: depuis plusieurs: ánnées,avaierif ~
pour' 'prltldipále ,source , la "prospérité 'd~' eom.~
nÍeFte~) ~es jmpots >próprJírient dits déplaisertt
danslow; ~s paY's, inais :sttl1.bUt~ la: oU "'existe 'une


, déJfio~ra~ie."lci'; lesch~fsdtl 'g'6livernenerlt; pá-
"ftraissent ü'a-volr' ,pas voulurecriürir rt/desii'heSUr~s
j qui ·.eussentopU,refh>idir ; l"enthóttsiá:smébdi:i;la
nation. ,00: Jles- en ')a blamés;· -'mais: :peut-etre a
tort. Eíl GonísiJbt:ánt<Ws ~~fuewFt~s~ituti~~lle
~tte Ml1gun~l~'i"éphbHquer, (jri~ipéité::~r~r
"'q{l'iiy~ ~<dej~réV()ytiiteé qtte~eítérhérité a
la laisser se réveiller toute seuIe. ~:"';,
'~an«tlk~L'bqstilités :oorn*tétleerefif;flariÍ1~rine
américainé'colll11tait 'di~ ·frégates,~t"tlné ~entaine
,de hateaüx' 'mnonhier~'; ;;}!artbéeJ"t1thlt ffirt~,I;de
trenté ... cinq mitlei'hMftIit~lF:~ríi~~ú',(Jltéli~,


-: etplá~sJ SUt~ lesldrdtW~cl"omcter~f~i '; la-'que'lqtles
exce¡lti@s.{ pres!t íl"élái~-=gtlel(¡; ~íidsthiits
dansl'art inilitáiré ':qttet~\i\}thmés'fatMirieJg' ils
devaient 'conllnátider~111'; étdW;bdUWe1Jclle'voÍr les
obseryateurs" Stlpepfi~ls; f i'~btlrtTtIrbit 'Jtreíjil;Ier
(suivantleur ·caractere ) ~ a 'títir!parJl~;;dehut ;
mais les homnies, quicorirlaiss~lieht PeS¡)rit ila-
tional des' Américains et lesressdii.rces cachécs
de leur répuhlique, purent prévoircomment'l'ull
mettrait les autres en évidence. QueIques mOlS




( 113 )


,s:~oulenl, et les arhres des' forets amel'1CalneS
. flottent sur l'Océan ,portant des creurs de flamme
diglle..~ de Jeur eause et de leur. origine ~nglaise.
Les:efforts das g,raudes villes maritimes el. meme
des particuliers, seconderent C6UX du gouvm.:~~­
mento A mesure qtle la. guerre se prolongea ,
l' on viL des c<;>r.saires , incolD:patahles pour la
mal'che et montés par des citoyens courageux
qui .av~Úent ~bandonn~ leurs oceupations pai-
sihle8.~ cQAAvrir \()utes les. mers..Ces ~orsaires,
. qu.pic¡ue:¡J~~¡é\~ .~~tic,Qli~s" .fur~llt rangés
. ~ns,,~ ;Dl~~" ~~,\,t<,fO~ .u.J( ¡~,es
reglemens. , .. \;})( '.J i;J:.')'i'.\:ii) i:)! ~).:: .' ,


Pour lese\''1ic~ de, ¡ tare, :l~pt$.lple:eu..l~.f(faire
un plus loug apprentissage. On trouvaimpos-
sible de I'~l~lplir les rangs d'une année réguliere.
QuOiqu'oll p~ "d.~and~~ ~tl~itoyeJil H.u~ de s' en-
roler pOllr ,deu~al1s e~ a Ve4 une· baute·. paie, Oll
pul a. peixJe: fo~{!rWl' Fégiment~ On pou:vait se
proCl#'cr .des vplp~taires~n foule,· et les nülices
étaicllt par,tQut pl-etes a ptarcher; Illais ·se battre
p~ur de l'argent inspire ici une aversioll que ricll
Jle~saurait vaincre. Le gouverlleluellt doubla ]a
paie sans plus de suc~es. II fallut 'done, de toute
nécessité, coníier la défense dupays aux ci-
toyens eux-memes. Ils se comport.erent, ain'si
qu'on pouvait s'y attendre ,avec heaucoup de
~. 8




( 114 )
lnalailr~~~;, beaucoup d'imprudt:mce ,et beauco:up
d'bér~~Ille. '


Une milice, J;louvellement levée forme une sin-
guliere armé e., Les horo,mes qui la composent
sontquelq!l~fQi~, : braves a l'exces , quelquefois
tirp,ues., compleUll troupeau d'oies, et, dans


'l'un et l'autre cas, volontaires cornme un~ b~!lde
d'écoliers. On"oe peut ~'enlpecher de sourire4e
qllelqu~;-¡uJl~S -!.}1\e~ m~~pHS~fll1~~s. ~ la premiere
caWR~,g~f;IJt~~~TR'~~tl}P . p.~9.r,e. désagré~ble
dpnIté" par: 1~:g~?~!aJ j et t~I)t6t,,:un officie,r po-
pulair.efE~.pl?WF~;A~~' . sp~,J~Q,~map~,ement; o~
bi(!u il Jaqt fajÍre, unem~rch'; ~;x.tl'a~rdi~~irement


• " ¡. :. • -' ! <~." ~ > f _".l' .': f -¡ : \, ! ,,' ., ," ~ - Jo ~' • ~ '} ",", '> ';


fa~igan,t~ ?,iB~\J~?;U ;:r~p~voie l$fafil/1, ~,!8 tentes.
Un,e foi~,~oll~; Y5?ipn~)~ géné~~l' all~~'d'un cót~
et les troupes ",01,1, pp~rparler J~!~~ p~oprement ,
la ,mql}t~h~~$1!I)A'~g:¡ ~n~f- r(r~n) ~~\~~, Ue~. ~ares,
les prier~s, tQjQ.t. est. inutile; les cay~liel's se jet-
tent dans les forets e,t g~l~p~tfx~r?:Af'~~?h~~bi­
tatioDS, ~y~~tJrHr ~?JI!H~~~p,)~pn ,~111,~¡·~ :,~;t?r tete,
mais derrie~e, ;;trJ.\J ,_ Kw:m:)nt l'arri~):~í~arde '(1).


(1) PencJant une campagne pénible contre les Indiens,
dans les déserts d'lndiana et d'Illinois·, le gén~ral Harrison
n'osa l)as allerplus loin que de [aire des propositions a
ses volontaires du Kentucky; et il termina sa dépeche en
demandant poliment a se,s soldats la permission <le leur
donner des ordres pour un jOUl' seulement.




( 1"15 )
Dile fititre fdis, lestroupes'et 'le g~llériil ~sotit~~
obligés de s'arreter subitement fautedé~--m.tlni~ ~
tions et de~ objets les plus, iri.dispensábles 'ponr ,
faire la· guerre; leurs sabres et 'leurs· 'l'li'stolets ,':~
par exemple) sont encore aPhiladelplüe ,'~ tanUis',
q~'eux,se trouvent déja sur les frontieres'duNtlt<t'·


Nohobstant ce manque de discipline;~ d~exp~(
rienée et dé lalens militaires de lapitrt des fuiiices ;,
américaines " elles Hons offrent ,-'des;;I~sOpretnierg
jours de Ja gu~tt~, 'des exerhp!~s nd\ln~ Á\1.aleur: "
aua~deil¿~L ee lboiir~nnée clk'suéces;: En'! etret'{
enes pécherent plus gériéralem:ent1.hlIi·le~ibártttt1~{,
d1ex;PtWlen;~kL'q\\~i Vár 1~~ifMárre8~~~ ~JeP~lJ
est ilamiraJ)le de' ~"oi/av~C' trllélIé~p'~bIf1:tfB'taa~~tt!~
multituéÍe' fiei,~í bt.iridqcile fut 'soumiié;;~ou:'pfut:~t-!
se ~~~mii el,eln1áill(?á{{J¡'u~pe H(§Ub6~Hih~tion:
. Peúdan:t'íe ¿óti¡.s d,i:!1al,hHt~~ fJ~ fidtWi!afifét~ts:';


de l'01.~esttQ\Wbl~eÍitl'asM~t~Hdfla~tiis g'édere~s&;"
a l~ cOIlfid~r~H()~! fEl~~é5i S'ouS;lé's :aÍles de]a -1i~}:
be~té'répi~hlica¡iie ','éloig'nés: dh ilh"xedes gratl'des1
vilIes ,'et exposés rde~'~tt~ques cnutilinelles de' tt:~
part de leurs féroces voisins les Tndienso,'les habi==
taos de' ces états sedistinguent par une actifité ,
un pátriotisme , un désintéressement, UIl"courage"
etc une sorte d'esprit chevaleresqu~, a la fois en~
treprenantet généreux, qui ne 80nt peut-etre
égalés sur aucua point du globe. Les outrages faits


8 ..




(116 )
a<lw.;natitbo)atVaientr~rávolth·I.;fi~~té de oo,q ¡,d~es
citOJPnSl plmmilrst :mtJ'ée~',ava.tltb.' déclara ti~de
guerreo Le Kentucky ell particuliér ; avait otganise
dflri:t'QpnsiJde vol!On:tai.l1~,.dmlt la'fhrces'életait
a~plmP,dé)citiq;milbihommas, :'~lutsque les' h<M:"
,~té~éo~erentil' eiithousCism¡r;dás 'oitoyeus
~ ;eeU.(t; ;pef.;be' l~l1ibliqnC' ~éclataa unl·;te}~,
que~intelÑemioll¡dq.poUiVoir, 'f}xócuti{?;parut*
oessairei pohn ~IIJ.Radterítoq.te·la· ,@)puMtiolf aitile
c:Lt}s' emOU!rtG~l.lás . 4mtmeS.t;m.vdisirenl d~ ,~atitib­
,.ti&mq~pven:des~hóktpnes ; Gmle$~elieHai:&t ;~a' l'envi
lhUMhfims~t2rummieD11de!aenrs'!~epre8 mains
Ql~~umtilSé,'sdelemtsépotutl'L~íat ~e~l:Olrlo,
'Voismd.<K.aDtúckY'11e·territoire ¡d'lndiana (élévé
aujourd'huisuuang d?état), imíterent cet exemp1e;
eJib générBl'1ítoute" !a;rsgiF4,u i l?OumtfSéj,montra
auiniéeliD'.&md tlf¡priti. liAJlifittég¡menS1~bwpar
ceSi étnt, ,se joigowent ¡presqJJe)~\lSJiesII'Odeur.s'des
fpontierds~,' Hal>it<U;fB oosf:le~ i e~ime rQ l'usage de
,la ,ear&hine, et1 Jamiliarisésdliec ieS',fatigues .et les
péri!S:de·lav~,duchassenr; tireurs qui, en ajustant
un, ,Oisea.\l8IU vol Jlourua.ient dire avec un arcl1er
fatal aPlülippe de ~lacédoine:d lJ(lJiZ droit:J cava-
liers qui peuventparcourir san s reUwha les forets
el les: marécages, traverser les rivieres et franchir
les ravins, conlme ces anciens bandits fameux dés
frontieres de l'Écosse, les habitans de la lisiere




( 117 )


JJQCidentale de l'Unian .étaient particulier.ement
pr:opres a pOU8ser avec activité la guerre, fatigante
.dont Ieur pays était luenaeé.


, A l'ouest des Alleghanys (1), iI eut été'superflu
de tirer la lnilice; toutei les demandes d'ho~es
f~ites par, la république furentremplies et pllÍsqué
J'emplies par des volontaires. En intt'épidité, ailisi
(jU' en audaee, eette armée de pa triotes n'avaitpoint
d'égale; Jnais elle ne pouvait appr~lldre)a disci-
plin.e rau'itl'écolede l'adversit'é.llest roeme doti ....
,,\tallf qu' elle :J'ait '}amros, complefument. app~":~
dans l~ se~ :quednaI1enti{,\oo~tt~tmjlmüteS·dk
prófession.. Eri~fltit,~{ ~'~étai:1:pllÚótf¡hlw~a~~
de sentimens'que la SDunlÍ8sÍQIiit,fQtdorité," qui
produisait l'ensemblc dans les mouverneus; c'€talt
l' enthollsiasme qui suppléait alL talent, et une
50rte de géuie inhtitif qlli tel'l(,lit lieu d' expécience.
Nous voyons tlue poignée de jeunes gens dont le
chef aV;lit a peine v lugt ans, meltre' en fuite une
trollpe d~.vieux soldals et de gue.triers indiens',
exaltés par la victoire, et dix fois plus nombreu,x
que leurs jeunesadversaires; ITmis ceux~ci avaient
juré de saerifier leur vie ponr racheter l'honl1eúr
de la république, terni dans la préeédente carIl-


(1) Les plus hautes lUont<lgnes de l' Amérique seI,ten-
trionalc.




( ,118 )


. pagne;::eF€n:O\ltre de·venger;]a mort ,Jeleurs pa'"
'rens"oet; '(le"le'llrs;~tlnis, massacrés par les féroces
allié~·de leursennemis (1); iI est el remarquer 'que
l'empIoi des Indiens au service britannique a tou-
'jours 'eu~n;effet différenbde ceIui qU?Qn se propo-
sait: 11 riefiiappe pas de terreur,ulaisau'coD,traire
iI exéÍte fa valenr des hommes qui ont a cürnhattre


( ;. .


. , : .~ ... ; ,-- ,


Ü) ¡ ~~:f~~fr.?f ,9.~llj~u~e~ p.éros n,~, s~ ;~ls~.i.ng~a~,~ ;pas
~)<?}~~}~flr .1iQ~¡ ~~:~J,ra~it,,1 ~~ei ~a~ ~ s,~ ¡v~~e.~~, ch~':fleres~ue.
9n l,m a,yalt coDJie1.a ~eferise d'utl tórt qm commanoalt le
.~~~~~ ~'<~n~l1\~~!tvt~'~e~l~r s'é~jJtteÍiidaris lclac Erié; Son
général ay'ant été riífbrmé' qu'un;fortparti d'ennemis
·itllai(m.v~it'ée;fort; expédia a la. gárnison l'ordrede dé-
. truire les ou vj~ges ~t.· de se retiI:er e~. bon .ordre¡" Le j eune
C.rpg4'!n~is~M-t X~p.?rm~~,~ ~;~ ~??I~~íq~:HRc~~~~,~.t,
,t¿~ r!ffiffiWHhff s~~rfRm1?~~n~w,~ r~~~~~~l~~l~ ~ap;e 5~'Jlg ,~ya~nt ~ri~, résolut de désoheir ~ux orares' ~u généól, et
¡l'~tt~'~dr~ i;e:~m~~CLe sen~l~~ts'olehitét quiliaít ces bravcs


. jeunes gens ~ (i 'le c'alnie avec lequel ils' prirent toütes lenrs
mesures, les affranchirent du reproche 'd'imprudence. Sans


. antt·es -armes < quelenrs Ct\lsils ,el. une pi~e. de; canon, et
cernés: par des hateaux canonqiers" de vieilles tro~.l)e~, et
des sauvages, 90nt ils connaissaient, la cruau!é ~ leur vic-
toire ne semble ,guere moins que miraculeuse. Quol'qu'il
en soit, elle fut complete, ei ouvrit la carricre a" eeUe
série' de meces qui couronnerent 'les armes amérieaines.
sur les frontieres de l'Ouest et llu Nord, et qui se termi-
llCrent par la bataille de Platt5burg.




( t¡'9 )
dé si féroccs enncmis. Apres le. massa~re ,sur la
1'¡viere Raisin, dont j'ai fait mention daus une
lettre préc~den te, la victoire vint se fixer sous
les-drapeaux des Anléricains.,


L'enthousiasme dalls les états dl1 Midietdll
Centre ne fut guere moins ardent q\le celui des hª-
Litans 'de l'Ouest; mais en eut-ii été autreluent,
les descentes faites sur leurs rivages par les bati:·
mens ennemis, le sac des villages épars sur
une, ételldue de cotes de deux mille milles., et
enUn l'incendie9.e la.nouvel1,e·, capitale., 'auraient .
suffi pour éveiller ,r;é~~r~~',:-A~Rl~¡~~n!~r,~~~-
more et a la Nouvene-Orléan~., tmwr; -


Quelque mortifiant que flit dalls "le·moIn~nt
rin€endie du siége du gouvernement, i1 produisit
peut-etre ponr la république un avantage plus
durable qu'~ucune de ses plus brillantes vic-
toires. Une partíe.de eeUe grande' confédératioll
avait jusqu'alors m~ntré une déplorable ab'senoe
de patriotisme.


La conduite de quelques-unsdes états de 11.
~ouvelle - Angleterre, an commencement de la
lutte, n'est pas tres aisée a expliquer. Que cet
état de Massachussets qui, trente ans aupara·
vant, s'était placé él l'avant-garde dans l'armée
patriote, et dont la cause avait été si généra-
lement épousée par l~s autres répuLliques, ait




( 120 )


subiterdent'ohhlié:son prériliércaracteré, poür
deineurerttanqnillespectalellfd'une guerre d'ob.
déperid'á'MntiPl\bnheuY· et l'existence nationale de
bi1gründ~~~~hMiqúe' donf jusqu'alors il s'était
íñM't~~:~~n'~~nHjre 'si distingué, .tül~ ce qui
~~<&:' ;ta ~Jfui~;: la plus extraoromaireet la
ptfi~' aftligeárité ahjufationdeprincipes :q:n',on


• ptÍIsse trótlveí: dáns'l'es-annál€s:des naiions !Les
citb'yértsj,at?:cM;'iet~rvt\riis'Selrt avoir été dupes
d!íití 'pg~ti-!·afult; 4e~ ifuftl';: lfflqu~lí~t~'@poque,
a\Í~H:t: ét~ ~Pe!~et@ nt~~;jdWi~~ riltífruh' áii-dessus
del'liJqtleIféPi,qlfftkH\Wi~i ~e~ "p~fr et 'fflls'tlite
s"-étré itrlt~~t8eo&'qt\~ d'Wt1t'res:~'efr! étaierít aper-
~üs ;;'er~~l{íhleflf de;"#nr" LOJ)hotl1ie;,
L'auai;ch·ie:~f~e;ctrrwlge qlli süivi~nt la bril-


lante ilttttWeJtn~qlt l-evbltitiUtr fr.i~~~~ ,-ptodui..; .
sitelh ,atUi#~6\W~~JtEitf~~ 4.1ue)'~étiel1ón fuolllen-
hinée,'etrfav~li-p/ltltt¡desíjOtisÚl~\ Mgitítne et de
l'atistocrdtíeréb~hHe; étt Ahléritlue, ils arreterent
l'élan du seutimeut nati01lal '(PÚ s'était manifesté
av.ec enthollsi~iSnl.f.en faveur ou peuple fi'an<;ais,
et sem~lE~rcnt pOl~r HU Il10ment emlccr le souvenir
d'.injures récclltes et dispuser les esprit.s de la
jeune llation en féwcur de la tueee dout el1es'était
séparée. Les soldats de la révolntlon allléricaille
lWpllrelJt s'enlI)(~cher de détourucr lCllrs y(!UX
avec horrenr, de cette l~'J'allce qni avajt pruscrit




( 121 )


Lafayettc et souffert l'a.ssassinat de 4 Rochefou-
cauld; et si l'incarcération du 'M~riGte pr~crit,
dans les hastilles de la coalitioll"u'out ré.v.-élé'llu
monde la poHtique de~.puissances·lisuée$ .. contre,
la répu~lique fran<¡aise, ~uc~Ile .. ame génére~
n'a~ait ;hlamé la prédil~tio~ d'~e !portio.Ddei
citoyens américains pour U~~. ppissaJlpe qUli, ~Íl.
qu'ennemiede.s liberté,'3 ,et.~e l~· P¡;osp~l'ité de
leur patl'ie,résista a l'anarchique férocité ·d~s
tribunaux.f~vol!J\io.~ir~{f{~ ~.)'~~tiqble (imbi·
tion de Napoléon. Peut-etre les lIleIJlbr.es da parti
démocrat~ fur.ell~,-ils, pen<l(lpt.q~lelql.W temps ,
aus$i abu~~. ~n;;~pq~fallft \.lf)¡ ,at\aQh~lp~A~ ,opi-
nitüre pour la France, que leurs adversaires le
furent ensuite dans. ~eurpeD.c~~t:po~l' Angle-
terreo Les }Jl:erpiers , tout~fois ~ r~connurent leur
erreur et con~e,ntirent a l'<;tVOUCI>;; ta,ndis que, dans
certains ~s, le& del'nier~ se laissereutqveugler par
l' esprit de parti sur leur~ devoit~s d'h9m1nes aL de
citoyens (1).


(1) Quelle que pnisse etre la tendance de l'auteur V{~rs la
lluance d'opinion qui a distingué les Franklin, les Jef-
ferson et les NIadison, il serait injuste de ne Jh1.S l'CCOll-
-naitre avec quels égul'ds et quel respect elle parle de l'an-
cien partí fédéraliste , composé aussi de beaucoup de vé-
térans de Ja ré"yolution; c'cst ainsi qn'cn s'cxprimanl avec




( 1:)2 )


Ah rang des prelniers fédéralistes se trouvaient
~des homlnes non moins respectables par leu:n~
vertus que par leurs talen s ; mais ces hommes se
'séparerent graduellement de la minorité pour
se meler parlili la masse de la natiou., laissant
de "ienx Torys· et quelques politiques désappoin-
tés, décréditernn titre que des patriotes:avaient
porté, et sons ce masque trompenr travail1er.a la
ruine de leur pays~ Heureusement, ils échoue-
rento 'Puisgte¡'~ette;ex:périence servir de .le~on,
non a Massachussets senl, mais a tous les états
de la conféderation!


"]'ai déjaetl occasion de vousfaire remarque:r


une sévere franchise sur l'esprit et les actes de la trop
fameuse convention d'Hartford, contré laqti~l1e s'élevercnt


, .' ,-:i ~ r" ,t :'~ ']. r { ~-. ...; ..' . ,-
llautement les Rufus Kmg, les Jo1m Adams et autres fé:"
déralistes des plus distingués, et qu'en attribuant a des
intrigues de Torys et d'Anglaisdé~uisés', ·Ce5.erreurs po-
litiques dont l'impression était alors toute récente, elle
ne perdpas l'occasion de rendre en maints endroits,
hommage aux vertus politiques el privées d~s hahitans
de la Nouvelle-Angleterre. Sa?.5 doute, si elle eut visité
eette partie de l'Union) une Iettre datée de Boston,
herceau de la liherté américaine, et des champs de Lexing-
ton et de Bankershill, n'eut pas été une des moins 111~
téressantes parties de son ouvrage.


(Note dl¿ traducteu1'.)




( I:l3 )


les clmngemens que laderniereguerre a: apportés
,dans la; situation de la république. Nan.,.sellle~
. nlcnt elle s' établit d'unemaniere stable a la place
'qu'elIe avait prise parmi les nations, mais encare
'eHe ,·resserra, a l'intérieur, les liens de l'Unian •
. Les, hommes n:lt~mes qui, il1dispasés par l' esprit
~de 'P~úti, avalent refusé de cancourir aux'mesures
f GU; gouvernement·, et' de sympathiser avec,leurs
: cOI1citoyens, se seritirentgraduellement échauf-
fés'par-l'enthousiasme, qúiéclatait a~tour d'eux,


'et :sevirent forcés par ,1'imlUi-nenc~.··~udanger
commun, de se rallier a la cause cornmune. A


¡ la mil:de Ja-lritte 'une ~ parfai.-t~)"Dali.liJ».itéde ~sen­
, timens régnait dans toute l'Union. Le llOro d'Ull
parti jadis respectable" mais qui depuis s'était
ruiné lui.- meme ,. devintgé~~ralement impopu-
laire; et ses membres; pour se releve!' dans 1'0-
pinion, jugerent a propos de se déclarer con-
vertis aux principes du gouvernement populaire


. et de 'l'unionfédérale. .
On peut dire que le parti, autrefois si mal


, nommé fédéraliste, a cessé d'existcr aujourd'hui.
, On remanlue sans doute une diflerence de ca-
raclere politique ~ ou pour 'm'exprimer 'mieux,
une différence d'intensité dans les sentimens ré-
publicains des différehtes parlies constituanles
de ecHe grande confédération; mais toutes sont




( 1!24 )
mainfenant également dévouées aux institutions
llationales, et, dans toute mssidence d' opinion ,
admettent cornme de nécessité que la minorité
cede ~ la ma\ol'l.té; et ce qu?il -y a ue I>lus im-
portant, ces, düférences d'opinion ne portent
pas sur des qualités ou des défauts des peu-
pIes étrangers, des Fran«;ais, des Anglais, des
Hollandais . ou des. Portugais; le vreu de votre
vénérable a~}~~~'J~al~é aujour&hui : tous~es
compatriotes sont .A rnéricains. Genet peut main-
tenant faire le tour des états, et Henry celui de
la Noov€lle,rAngléterre, avec toute sécuritépour
la paix de leurs citoyens; et les habitans de Mas-
8achtlsséts"eux.:..m~inés . rougiraientau nom de la
~()nventi6n' d~Hayti)rd (1).


(1) ~el1etest maintenant, ou da moins était, a l'époque
oil l'auteur passa par .A.l~a~~y , u~ ,'p~~~:ir~;~\{~~~,~ur~~toyeD
de rétatdeNew~York. n est curieux de voir combien, dans
une démocratie, Ié~ f~cticux tombent vitedans l'oubli et
la nuIlité. On me morrtra Aaron Burr, dans 'la cOur du
maire, a New-YOI'k ;é'était'llnvieillárd" surlequel per-
S.OJU1C n'arretnit les regards ,excepté un puéril étrariger.
En ELR'ope, on envoie le démagogue turbulent en pri~
son. ou a Véchafaud, el 1'on en fait un martyr; en Amé--
riq ue, on le lai~:;c libre, et hicnt6t personne ne reuse- plus
a luí.




( 125 )


LETTRE XX.


Unanimité de sentimens panni la nation.-Gou-
iJerliement central. - Constitution fédérale.


, ,;


~~- n'y a maintenant, ma cll{~re amie, nfille
apparence d'une minorlté ~t~~!~:, qaps ,.la nation,
ni par conséquent dans ]e congreso On ne se
disputeplu.s'pour savoir comilleí:if la nation doit
etre goovernée. La souverairieté,' est reconnue
-tésider essentiénement dáns'le petipte, qui est
convéilll de n;exercer cette ~ouvel~aineté que par
,des représentans,' obligés de s~ conformer aux
instructions des électeurs qui les ont n{)mmés;
s'ils ne le font pas, ils sont mis de coté aux élec-
tioos su1vantes et remplacés par d'autres. Une
opposition de la part des gouvernans aux désirs
des goü\Ternés, ne serait ici qu'absurde. Les pre-
miers sont les serviteurs du peuple et non ses




cr 126. )'


111altres ; il~ ;sont investisu'autant de pouvoh.'
tout juste que leurs eonnnettans ont eru eonve-
nable de leur en confier, et foreés d' exercer ce
pouvoir, non pas a leur fantaísie, mais au gout
de la nation (1).


Le gouvernement des Etats-Unis a été qualifié
de gouvernement faíble; nlais seulel11ent par les
hommes habitués a eonsidérer un gouvernement
cómme devanttoujours etre en garde contre le
peuple. C'est tout autre ehóse ici; le gouverne-


(1) Les représentans doivent, par conséquent , sentir"
queIquef()is eneux-memes s'établir une l~ltt.e ,entre .. le~~
propre conviction et les désirs formels de leufs commettal1s,
et consciencieusernent céder a la prem·i~l:e. j~ me ~ouviens (le'
l'exempI~'d'un memhre distil1gué du con gres , nornrné par un:'
cornté de l'ouest tIe la Pensylvanie. (M. BaJdwin), qui ~ota
d'une maniere entieremel1t opposée aux instructiol1s qu'il
avait re~ués.A son retour, il fut somméd'ex.pliquerou de':;'us-
tifier sa conduite, sous peine d'etre rejeté. n réponclit qu'au
temps Ol! iI avait voté, il avait exprimé le regret que son
opinion différat de celle de ses commettans; mais qu'il s'erait
indigne de l'emploi érninent qu'il occupait, et de la con-
iiance publique dont il avait joui pendant si long-temps,
s'il pouvait s'excuser d'avoir voté d'apres son jugement;
que ses concitoyens étaient parfaitement libres de transf~
rer leurs suffrages a l'hornme qui pourrait se trouver plus
d'accord avec_eux qu'il ne l'avait été; que pour lui) tout




( 1 ~7 )
ment agit de concert avec le peuple; jI esl . une
partie du peuple; en un :mot e'est le peuple lui-
meme. Il est aisé de voit, qu'un tel gouverne-
ment doit ctre le plus fort qu'il y ait au monde,
et le plus capable de remplir tous les objets poul'
lesquels les gouvernemens sont visiblement ip-
stitués. Les partisans du pouvoil' arhitraire nous
diront: les hOInmes sont méchans, et par eonsé-
quent ne sauraient se gouverner eux-meules ;
nlais si réellement ils sont. nléebilns, jI est clair
{IU'ils sont eneore moins faits pour se gouverner
les uns les autres. Quand les gouvernans sont
ooués d'unehónté parfaite et d'utl.jugement in-
faillibÍe, iI peut ctre raisonnable-d'abandonner les
intérets des houllues a lcul' 111erei; 1113is ieí on
suppose' que les gouvernans sont infIuencés par


ce qu'il pouvait promettre étaitd'examiner, attentivement
et de bonne fui toutes les questions, de peser serupuleu-
sement les désirs de ses eommettans,. mais de ne jamaiD
voter d'une maniere déeidément opposée a sa propre opi-
nion. Ses coneitoyens aeeueillirent cette déclaration par
des applaudissemens ; et eomme dans toute sa earriere
poli tique , ses aetions avaient été d' aeeord avee leurs sen-
timens, ils regarderent la dissidenee dont ils avaient cru
ae'Voir se plaindre d' abord, eomme une nouvelle preuve
de son intégrité, et ils le réélurent a l'unanimité.




1{ 1';8))
-.,>,;i.; "t :W;:t .; 'i' ,\:fl,':;~i:~" d ~1t ?,~p~jt:ri
. iouf.es _les P~SSlOqs cOJ:mnunes a l'humalllre; on


". - .. ~) "'f rt:'1 :.~.l ;\',.- ~: _~-".(!~~ ;{:; j~ '~'} ¡f(":~J.J :"':"1,:: pr~n~( ~Oln: ~1~ ,?o?sequ,enc~ t?? f ¡~~p~~, _ ~~~ J~~~
síOns'; _ ou pltitót -OH, s'eff'orcé' de le~ fáire' servir
a ravantage';'ah1ieu, de tourner' au detritrtent ~e
la s'ociéte:'. 'Sr' h~ -bÓlnme' est '~Jnbitieux, il : nk


_ p~t'; a~qu6rir~ dé l~imporúln~' q~'~ri 'aéfehdá~t
les' ínté~étsdes autres; du mo~eni qu'il oppose
d'une maniere ostensible les siens a ceux' de ses
co~citoyells ~itf~ut qu'it ~a~a~~onne l~ parti~. ~ -


\. !; j } < II ' f l·: ~; " . ~.: '. i .
:, Il ne para~ pas _ évident ,qrie . Já vertu soit -in-
dispensal~le ,:a~JllairÍUen' de l'égalité 'p~litique;
l'envie'pe~t:s\uffire;, et'tóut'hó~mé' esfpret a'dire
'a un autre ':'tu~~~era~i)¡áJ plu8'ql/enioi'-L~Jgalifé
P?l~tique ?, ,J~~i ',~o~.i~'a}~i~ ,~' e~f~eY~:':~~~f'i. r~us ~ln;
dIspensable au malutH!n ,de la vertu;' part'oUt' OU
1'on admet un principe d'exclusion, l'on souIeve
de i'1fn:.estes p~ssions;.qivisez une"s~ciété eu classes,
et l'i~~ole~éé, p'r~'~d' 'ná~~a'ri~~' ÍJa'fúÍí !~;(pIUs\e1e:-
~ .. .' , ~. ;, °.° ~".;; 1-, ,,; p~}J ... ,L:' .~L:)L ".:"';~ ~: ~1


vées, tandis~<.q1J.~ I~ ,s,~rr(~)JM~fR;J~~1J9~'~~!~i~~~in~
t()utes.d~~,se .mallifes~ent~~q ~9-,d~ .plusJ)a~~es:
.' ,Dans toutes-des.·autres républiques:;anciellues
()um-ode'rries ,: il y a euan levain:d'aristooratie_;
l' A mérique, par bonheur pour elle-,eut des son
enfance assez de ,rertu pour repousser' J'iÍllro- ,
duction de dignités héréditaires. I1 y eut" a, i~l~
d'autant plus de vertu de sa part ,qu'~lle 'a.vaiti,
a résister llou-seulenlent a l'exemple de to~t~s le~




( 129 )
natiQQS de la terl'e, mais en cote aux iuvitations
persuasives et níe,lnes au~ ordres, form¿Is de s~s
~ouverains. SielJe eut re~u ceÜ~ so,~~.i,llure, duns le
príncipe, iI est probable qu'anqun effort n'arír~it
pu ensuite la lui enlever. Ses républiqtiés, ser~iel~t
eucore aujourd'huides provinces hrita'iuliql~es\
ouLien ses citoyens n;aurai~nt cessé' ti.e cabal«:!r
les UBS cOlltre. les autres, cmlune'les. patriciel~s
et les plébéiensdel'an'cienue ROl¡lC,'o~'eonllÚe
ceux ue ,Florel~~e','Ü)~'.~" ....,..,., .. ;; "," " .


Le. gr~~i r #~t~~~!{ i~i~~~¡~7~ ~~i:{61uj' ir~' gli
UOriUlll l}op~lq~i', e' lloúil¿' ~ C(;l~~~{tf~)'~l;d v~lir
<J~íf.:Jt,J~~f{?~¿~f.~~~ ~;~~}~~ .. )l~f~~i~~i&.~fJ~ !'!?ir:
c.aglOTll. d/, t(J,t,lt! 1l1:aZt e'he. TUISCOT1:P ne1!e .c1fta.


, .' ' • • ' .c . ' ( • " •• " , - ! 1.' ; " _ T,: ,~t ~.',. ~


Si les t~Q,~lf:\Pie J~i ré"Hlbh(IUé.~(!~:171({re;lce; E~~L
" 1 ... : J;' " f'· i ;


'. ',;';:,); ·:.~;_:.JJ_·"._t'.J.l\·.~:Jr··.~···f"',',:,~(~- ~ .. .,-¡J l~
.( lJ L~sS(t~~H~~~~~e,~!:t ~~:~J7;u:l,ie~'~~;~l~,t a,.~~uf ~l~h~t~r~


l'esprit démocratlqqe'de 1a N au velle~Aúgletérré, par la créa-
ti~n d'úne n8J)t~¿~é: té~tg()'tivel'·n:éúr~í'o)';aáx·tthrterent lJ'~>I:_
gueil des' grands'pTtiprletaife8, en Ie\trirlsinuant depren-
dre le litre de lJái'ons.Les,córHltH3tOílsde tetre$ pool' 'étre
tNl1smises ea ligne maso\lline, concessions qui f.uren". si
fréquentes daps les 'Colonies lHt~ridionales el dans la pro:vince
de :New-York, étaient pro!)nblcment f:lites dans la m(~~ne
vlfé. Ces propriét::lirrs h{~r<S<litaircs furent les Torysde lá
révolution; iI Y eu t, co~me de mison, parmi eux. a'hoÍlo-
'1'al)les exceptions.


2. 9




( 130 )


tífient eeHe ass.erlion de son llistonen philosoplre,
la paix de l'Amérique ne tend pas moins a la
confirmer. La liberté est en stlreté dans ce pays,
parce qu'elle est également le lot de tous. L'état
n'est sujet a aucune convulsion, paree qu'il n'y
a aucnne usurpation a maintenir, el que tout in-
dividu a a perdre une égalc portion de souverai-
neté (1) : aueun roi ne dépose voIontairement
le sceptre , et dan.s une dénlOcratie tous les
hornmcs sont rois.


On éprouve une sensation singuliere en pro-:-
menant ses regards sur un pays ou les utopies de
quclques ; pl~ilantropes seluhleut parfaitemcut
réalisécs. Un peuple se SOlunct voloptairemellt ~
des lois qu'il s'est données lui-merne; ses lnains
sont arnlées, et pourtant iI respecte la voix d'Ull
gouvernement .que son sQuffi.e a eréé, et. que ce


(1) On trouve une déplorahle exception a cette regle
dans l'escIavage des noirs sur le territoire des ~tats du Sud.
Puisse la sagesse des maitrcs les préserver de cette révolu-
tion de la roue de fortúne envisagée par le vénérahle
philantrope M. Jefferson , comme étant au nomhre des
évenemens possihles ou probahles par une intervet~tion
surnaturelle. Tout homme impartial s'accordera avec l'au-
teur que nous venons de citer l)our penser que le Tout-Puis-
sant ne saul'ait, dans une tclle úccurencc, se rangt~r du cóté
des l)lanteU1·~.




( 131 )


men1é souft1e peut détruire en un 111Oment! Ily a
quelque chose de véritablement'grand dans ce frein
moral qu'une société s'irnpose ene-nH~lllc.


Je ne ln'étonne pas que les EuropéelJs refusent
d'ajouter {(Ji aux pel'sonnes qui kul' lout un rap-
port exact de la condition de ces républiques.
Qu'une nation composée de sonverains indépen-
dans, soit, de ton tes , la plus tranquille et la. plus
unie , cela pcut hien passer l'intelligence d'hommes
accoutumés au pouvoir du sabre. On peut luettre
en question si les institutions uel' Ameriqüe pour-
raient etre transplantées en Europe. Unetentative
de ce gente: a écno'ue enFran~é';¡'(jt: les ·nlemes
causes peuvcnt produire les mernes résultatspar-
tout ailleurs; lnais surement on se propose ele
forcer' a fhire le memeessai autre parto J'avais posé
]a p]urne potir parcourir une file de joufnanx.
de Londres qui venaient d'arriver. Je n'ai pas
besoin de vous dire avec quels sentimens je les
jetai loin uenloi : ]curs colonnes contenaient le
récit ele l'évenement du 16 aoal (1). Quoi! le
l)eupl~ anglais écrasé ct sabré par des soldatsl
Saville, Wlíitbread, Rornil1y, vous etes heureux
d'etre au tornhcilU !


(1) Le 111assacre (le l\Jallchester.




( .32 )
'Laissez U'11;' gouvernertrent s'appujer sur llÍle
arrnée;efn~s? lib&·t'es qui resténta rtn peuple ri~
'sbhfp~cls-:ro~sé(lées- ~e pleiifdtoit,'Ifiais cOlI1me
P'~H; gra@et ¡jiú' f¡t"e'llt. Id, IÍbn~seulementTcette
ffi~~1'ml ést reconriü~ e'n tb€órie ',r lnttiseÍ1coreon
:~sy (t~nfbfhi~ :d~r~slapratiqüe :<tex;~~úple °tiertt l'~pée '~n'tJ.e s~s' maios et n'cn laí~-'pá\r::a:~
g!~}llvern'aíis.·'Les'! dto1eriS ,se, chargent ain~ 'de
v~ineFe'itx;::frl@fhbs:ni riuHhÜerf de leursdroits:et a
Pe:k.ecdtibn"d~ léiW~folH {i J.: '~
'J-~é;:sripi1óSe"q{ie vDiis;conhaiss~z passáblement la
'cúhstitttt¡ori-;des'Etat~lJnis,'et *~·*aussi, quoiCfu'il
's~'fjllf tt!atl,ealiJt\1'éf~ la ·forCé 'dtiHeh qu'elle éta-
blit erltrldéFa¡~;érses parfies da I'Union. Les artit


'\ . ,


: ,; (~)Jl.~~r~~~)j'?:'Hffmis'.~~Jí~R13~~~f-;a,~~el1e é~o:~ue) que
les- eri;mjnels détenus a la geole 'de Philádel'ph~c ténteren t
de foreer leue pr'is~ri. ii~ ~vaient réussi a gagner la cour ex-
t~rieure avantquel'alarme ftit donÍlée: Les 'citoyens , qui
deJ'lleuraient dans lé,\ iyoi~nage p'¡irerlt leúTs'fusils, etcou-
~~l~nt ''Ver~ la 'rpisebJ qUétq\leS!':Ulls'e3-rvinJ."e~ta~eo,agili\é
a gagner le haut <Iu mur de la cour O~,~lWJ),~rti'ejde~,.qoru.­
pirilteurs~~e eqtiaiCJ1t avec lClJrs ~eoliers, tanuis que ~'au~
~r-esrtravaill~i~nta ,forcer les portes. On les coucha en joue,
,~\ eomme de 'r~ison , la })reH;liere sommation les :fit rentrer


I ,: i -- - , , , ', '
dans l'ordre et rctourner a leurs salles. De tcls eitoyens ne


, S{;llt~ iIs ras aussi Lons ponr maintenirla ,tranquillité pu-
hlique que tous les soltla!s uU,lllonde?




-( .J~3 )
',,"8 det-Co~'¡'ération !rld.optés"pté?ip~t.alll~_e~,--t:, a
rl~époque de;! la ,révolutjon, n'agirf1H~"fln:effet que
sur les états et non sur les indi~idu~.En v:ertu de
ces articles , le congres général, qui ll~ était alors
composé que d'une seule chambre, ne pouvait
lever des hommes ni percevoir des taxes, que par
l'intermédiaire des législatures des différentes ré-
'publiques. Le p'euple de chaque état réglait son
commerce par le luoyen de son gqq:yernemcllt ,
et non par celui de la co~fédér~tiOP)t ~evait $~n.<:ol,1.j
tingent de troupes, percevaitl$esrev~l~,~J~ ma~
nierequ'iJjugeaiteorn:~nable,etpr()~lOn'c;'~i~m-e1p-~
surlanée~sit~ ~dejfournir.le c~#qg~n~,~ID_
Cette méthode produisait heauc()np,de.'SI?~ffJt
sion en te!l;lj>~_ª~_g~l~rr~, et E~~lS encore en temps
de paix. Lorsque'a c;onstifution.fédi;:;ie rc'ill1llaga
. ~esa'l~Íicle~,\ J6S citoj~~~s (re~f d1V erséÚlt,s hJ:[fir~nt
pas .une ll?úvt;llc Aqh~g~lliórl ~Te p'(;'~~(;j t~~;- íiitlis lts
tran~~rer~Rt .i)eu~~ rcill'és~X.,l tU!ls' a~l. C;?,n:g~~~- ;gé:"
néral, une. partie,de~eux (lu'ilsavaient áq~é­
riellrement délégués a len!' repréientans dans l~s
assemblés 'locales.


Le gouvernement central se trouva alors exer-'
cer son autorité sans appel, el l"exercér non súr
les législatures <les différcn,s- états, mais sur les
c~loyens eux-:"'nH.~nles, réunis pour la premiere
foi~ en une grande famille. Il se livra a ses tra-




( 134 )
vaux' 1Cgi:s[ltit~ ~ dans le congres , san s égardpour
l~s fi.'á~iions uu grand tout, quoique le~ limites
territoriales des diverses républiques fussent de-'
me'ur~es les 'luelues.Ce gouverneluent central
regle le commerce, inIpose et perc;oit les taxes,
hai 'monnaie, établit le's bureaux de poste' et
les rontes de poste, déc1are la guerre, leve les
armees, entretien t une marine, rassernh!c les' mi-
lices, regle leur discipline et exercC l'autorité sur
elles, lorsqu'elles:sont réunies ponr le service des
Etats-Unis'. Ses pouvóirs, en un mot, s'étendent
sur tons les objets qui ont rapport a la défense
cornIÍlllne ~t' ~u-' 'bien géneral de la confédératÍon;
et comme ils sont claireluent définis, iI peut
faire les 10is nécessaires pour les rendre eHicaces.
Quanta l'usage qu'il fait' de ces pouvoirs, il est
directemerif 're~pcohsR}jie ''en\l~el~S ré' pebple; rl'mI il
résulte que tout en étaut jncalculablclllent plus
fort que dans l'origine, on pourrait 'dire qu'il est
aussi en quelque sorte plus' faibUf 'Les 'articles de
confédération seníblaiel1t l:iisser' au gouvertremcnt
qu'ils organisaient, la possibilité d'excrccr une
influence ilIégale sur la natíon, a l'aide des légis-
latures des différens états. II possede aujourd'hui
simplement le pouvoil' direct; mais pour exerCCl"
une influence quelconque, la chose est impra ...
ticable.




( ¡,35 )
Les'dcux charubres législatjyes i.nv~sLies de ces
~rands pouvoírs représcntcnt, l'une la population
de toute 1'Union, l'autre les dífférentes répuLli-
ques dont elle est composée. Pcut-etre est-ll per-
luís de dire que la challlhre des représenta.lls ex-
prime l'opioion de la nation, et que le sénat ha'~
lance les intérets locaux. des différelltes seclions
de ce vaste territoire .. Un meulhre, dalls la premicre
de cesassemblées, représente quaranle nülle ~'nnes;
deux Hwmbres dans l'autre, repré?~:mtent un ét~t,
quelles que 80ient sa grandeur et sa,populatiDn.lI
~Llit de la qu'aucune 101 n~ pcut etre rendue sans
,réunir,;~~~ J;l;\~·j9Ji\~., ~~n~}e~ .~Hlt~j H911~~ne, ~an~li
le peuple, ce qni doit toujours assurer ,ulle tres
grande majoriLé de la llation a toute mesilre
adoptée, par le congreso DallS un.p~y s oú le peu-
})le se gouycrne lui,-Incme, c'cst, .un p~int tr<~s
important~ .


eeUe représentatiou du pcuple , par s~ p~s.ií·ion
Jucale, ainsi que par le nonlbre de ses membl'cs,
11l'oduit encore d'autrcs efiets salutail'es. Elle ~a­
lance parfaitelnent les diffél'ens intérets qui divi-
scnt plus ou moins toutes les socíétés civilisées,
Jllais qui, sur un territoire aussi vaste que celui
de l' Amérique, sont peut-etre susceptibles d\~tre
arrangés plus géographiquelnent ( si je puis ITl'eX-
I)r11ner ainsi), quedans des paysnloinsétendüs. Les




e r36)
éthlS'idc' IfOü~tttj '1td croiSsell ttapidementen foreeet l
etiiiliébe~~ptltrP0hthien.tot un ititMet pttissant ~,et~
ex~l\l5ifas0UtmjJra.griculture et l'industrie mantl'".
:fué{üriere~~Qtiéléür:popülatíon vienne aexcéder
ceÍle des;états<~qtii'hordent l'Atlantíque, les inté-
~§"'cofuniereiliux' ·p'0urraientetrenégligé~ dans:
l'ássemblée'háfíonnle;et coIrtme actuelletnent la
po:pulatioIi dé ces états surpasse cene de la section
deFUniQh,l~-pttisree~eíttpetlplCe, les intérets
decette ;~ñi~~~~ijnrráíent:et~e",o1.fbliésatipoint
defaire hMitr¿áes: mécontentéIÍ:1E~lts chez ,ces ré.J.
publiques· llaissft:nte~. ,'Le lÍ1OOécdé-':rep'réscrítation
adopté dans le sénat semble obvier a cedánger,
etl'~vatiti1ge :~qu~a' presetitede'VíerMra'prohable-
nietrt d~·:pli\,§~~tf~lh~ áppatentJ:¡8' m~~ure-queles­
éhíts"de l~~ féNW.~ \letiei1dro"t:pl~ i1ÍlptwtIIDs •...... ~ .. )
~; LegAtfgRi1~ t!t~ K~l~I~'á~~b~épeitt ..


etre- lee: seitFes,i rlátions :: ql:ñ,,':stl6hefilf,mcer.:unc).
ligne de-~émarcati.on,~l~ulraJes ... ,pílu~oir~légis __
latu" ,.~¡éQ\Jkií\fltj.w!¡f¡i!ke~l !lHiGjffiq;fl,p._~·· dal1~' la
formatión,dfa'th~:ernerrlelit.,Che1tla;premiere, ... .:
les distinctións'cntre' ces' potlvoirssbnt fort- bien
coinprises; "clH~Z raütre, elles sont parfaitement
étahÜes. En Angleterre, le pouvoir Iégislatif et le
pouvoir exécutif SOl1t nomillalemeqt séparés,
lnais effect1vemeut l'éunis, lorsqu'une majorité
peut etre achetée, et <{ue les llllllistrcs du cabillct




( J37 )
Qhlt\1Jl;' vote:direcl sur cháque qnestion disclltée~
Iei, uon"'~6\l1~me{lt l~ président lui~m~me,e$t:po ...
sitivementexolus des· deux ch.anll)f~s.i du c()Dgl!es~ ,
mais il en 6St de meme de toute ,pel'sOllne cm"
ployée sous les ordres du gouverJ1e~~,(I). ~.,'aij
en ooca$ion, da ns ltn.eptécédent~~~ettrf}" dey~~,
faire rematquer que cette distmctwll,eptre les dif~
férentes btanches da ~uvernement,est.maintenue ,
par les cpn$titutioo~ pal'ti,mM~r~ f~ ;é~~~,.(!OiOl~a
pat ce¡le .~~ ~t~\s.-:UAi~ ;iqji~Ji-mtril4i~~}~.1~,ti~~
c1árationd~ droiJo·de l'éta,t,.{\,ª~,~~i.l~cpus~ets"
que CrJ s()it ,un , gou"erneqzent,ti~ ,/Gis,.el non
d/holnt'1'f!.l3~J {i '.I:')i'I'k, >::.,l((nEY;:; :fnn.?"a 91 ~flbh
··-L'él~ctio~, ,d,uprés.ident~st: r'gl.w ,,~!~,i~gb-,
nieus~n,~ ,oo:,nlaoiere a .. ce qu~el~:paI\tiápe aUK:'i
deu~,Ul~~sjl~: ~P-f~~tªti9:n gy' 9.!A'!!8~ ~~ ,s~na_t e~
la ~ham:Qre4~!i.l'f:pt:é~lltansr"Jt .~J;a~~ ~~t]:ss~ire ~e
se mett(~~:n ~J.~e,d.,'a1.lo~'d¡;ontr~~ lél:',~'_~~ grande:


(1) Le pr&iderinles'État5~Unisnéparaitjáma1sdans ren":',
ceinte du CapitoletttCépté lejour de soninstallation. Slil assi~
tait párhasatd a quelque débat, ce ne pourrait etre que
comme simp1e citoyen parmi l' auditoirc; mais ce serait mema
l'egardécomme une inconvenance, et parconséquent cela n'ar-
rive jamais. Je ne me souviens pas d'avoir été questionnée '
depuis mon retour en Angleterre, sur laconstitution améri~
caine par un seul individu qui ne confondit le présidcnt des
États-Unis avecle président du sénat.




e 138 ) ,
ínfluence d'UIl état plus populeux queses,Yoi.sins~
et qui eút pu commandcl' le choix. du magislrat
supreme, si la nomination avait été laissée a la
masse de la population anléricaü;e, sans égard
pour la position respective des parties qui la
composent; et en second líeu, de se garantir d'une
coalition d'états liés entre eux par ccrtains inté-
rets particuliers ou par des relations de voisinage;
coalition qui eut pu procurer a une portion de
l'Union un injuste, avantage, si l' éleclÍon eut
été faite par le vote des états. Je ne suis pas él
Dleme, au reste; de juger jusqu't't quel point on.
a réuni et jusqu'a quel point il était possiLle de
réunir ces deux modes d'élection (¡).


Les pouvoirs du président sont grands ;.nlais


(1) Quelques amemlemens aux élections ponr la prCSl-
<.lence ont été faits par diverses conventions dcpuis l'étahlis-
sement de la constitution féuérale; mais je pcnse qu'ils ont
eu uniquement pour objet de statuer qu'il scrait procétlé sé-
parément a l'électioll d'Ull vice-président. Autrefojs eet em-
ploi était dévolu au candidat qui avait réuni le plus de suf-
frages apres celui élu a la présideuce. Une fois , ..... les votes
furent part.agés également, et ron jugea a pro pos d'éviter
toute confusion a l'avenir, en spécifiant queBe personne on
elltenuait nommer présidel1t, et quelle autre on nmnmait
vice-présiclent. Quelques autre5 amel1demens import.ulls out
été proposés dernieremcut, et, je erois, soumis au pcuplc.




( 139 )
ils' sblIt toujourssoumis au conh;üle de la ~égis­
-latl1re. Il nOnlnle les anlbassadeurs, les' consuls,
les juges de la cour supreme et autres fonction-
l1aires ges Etats-Unis; mais c'est seulement avec
1'approbation du sénat, a moins 'que les deux
char.nbres du con gres ne jugent a propos, dans
'des circon'stances qui exigent une célérité par-
ticu1iere, de l'investir du pouvoir disctétion-
naire. Il peut .f:1ire des traités, mais seulelllcnt
de l'avis et avec le' concours des ' deux, tiers
du sénat. Sa signature renel 'valide un acte de
la législature; mais s'i1 la refuse, une 111ajorité
des' deux tiers· 'dans chaque chambre -donne-force
de 10í a cet acte, san s son concours., 11 peut
convoquer le congres entre les époques fixées par
son ajournement, lorsque des circonstances cx-
traordinaires l'exigent; mais il ne peut jmnais
le renvoyer; seulement, si les deux chalnhres
ne sont pas d'accord sur la durée de l'ajourne-
ment, il devient arbitre eutre elles. Le président
est cornmandant en chef de l'armée et de la
marine, ainsi que des nlilices, lorsqu'elles· sont
appelées au service de la nation lmr une 10i du
congl'cs; dans ce cas, son autorité remplace
ceHe des gouvcrneurs des différells états qui sont
cOHllnandans en chef de leurs milicGs.


Les pouvoirs du présidcnt ont élé jngés trap





~ i4ti Y
"gr~I111~'pnrttjh~fities hÓmmes ;~etr~~d~;r~ibl~9 pa~
(faUtr~s ;" m~~je-'penséqn'a present'~;pe1l ,Jae 'pt;t4
sonncs sont'de~fun ou l'autre de ces avis. UIl ma~
;~lstrat<supreme qui n'exerce ses fonetionsqu~,
pendant :quatre ans, et qui peutetre accusé d~
malvetsation, pourrait, a ce qu'il sémble, jouit
'du ponvoir de conférer tous les emplois pUblic&
dont la conservation dépend uniquement dela
honne coIidUite, dit fonctionnaire, sans beaucoup
'de risqui de'Ie-;i~-abttSer: de'cette prérogative~
Au surplus, en sotlTnettant sa volonte a fassenti":'
:ment d'nn,e branche de la législáture, on obtient
une" ddt1HYé ,gatáhti~ de ~l"imp~rfialité .: tl~s' IÍomil
natiotr~; ,';; Jj~at¡¿b11p'¡d;e petile~' tracass~riespour
'arriver a'ni etnplóis sont 'évitéÓs,'eF]e'president
se ti'ortve ~ol~l~gJ' truil;~ pél1ible.'resptJli5aói1it~> .~
. ;L~f; pb~vólY'jÍÍt1i8mtféj d~~ Et~~s~(fhiS') est;°á:íti-í ..
hucf ~' p:né¡ cQbtíl~hpr-¡'rile-' qlli' 'siege II W~Shinga.
tot..Cetlecoúr de jnsti~e.ú'es~phs' l~1noin~ hétf~
des : institittib~s qu' dn réhÍ~tql{l~il (fán~{'~ ~~drgá()ll
satiol) singó.liér~~ du gottvérnement 'américáin;
Elle resserre les liens de l'unioh 'tedérate, lmiin~
tiClit la paix entre les diverscs ré}}llhliques, et
entre ces fractions du grand tout et le gouverne-
ment qui en forme le centre. Ene juge toules les
conlestations entre les différens étals, ou entre
les citoycllS d\m élal et le gouvernement Oll:




( 14· )
~~~; citoyCl1S d'~_ autre~d~¡ m~~,4uc:ceUe~, q~
~t?l~ ,s';~Jev~Iept;r~des particiW~-et l~ .~q~
y;~r~e~;t,,;,;ceutral , . 011 entre Jé~o C!JnY~s,~~
~~~Vniset des .états.,. descitQye!1~,ou.4es :;su.j~t$
~~a~g~rs. Enfin,:sa ljuridietion eiMra~seY>l.'té~
~$,~qsesf!Ui dérivent de la constitutiOn.JédéraIe
~~E~ Jpis rendues par le g?,uver~'ernentéta?ii
~n, evertu ,de .. cette cOllstitution,; tous, les·' ca~
.d~amir~uté el' de législatioIl, ~ma5~~~!~et ,tous
ceux qui con~er,ne~ lesap~l>~s~el~r~~ tninistres,
consulset autres agens pub,lies.


On trouve fréquemlllcnt ~ dans le~ ,éeri~setdans
les~isc()~rs, i :~'f 11~~wiem \ l~~Nmtr~ ~~lP.Bfé<l~
ralistes, des paralIeles établis: ~Qtx~ l~ g9u~erne~
~ent amé~ica~n et legouverneLUGJ~tá~glais; mais
ces eompa~ai~()~l!S ,-<,pnt~ "n~c~~~Hirérrent tres éloi-
gnées ~:ee q\le~ l';~-fi ~~; ce~:,sqH~;~fI~fP1ens. est, en
f)raliqUih' l;~n~~~~: J'f1~t r~rJ;~dJ~~ll~?t~.en. théol'ie,
ti:lut 6DJ,t J~. ,taconstitu tion des '. Eta ts,-Unis est _.,~.!", \:1":.\)./' -tl' .• (.:~~, ~'í_' .~~...> '\ __ ".~:: \ .... : ·:~1~~i,.~· ._."~ ,;.c_' .. ~ , ', . .',
formé~ 6ur~le llJodelede e~llédesdjfféFe~s états ~do.~('i'Q.~i~~~· . e'~('Folllp:?sée.,:·'~apt·:~~;elle attri-
hu~;,J s_~ fq~~tionn,aire3' de~ pouvoirs différeUf
,et l;ill;~'~tendus que; ceux exercés pa( les gonver:-
neIll~ns des- états, sans contrarie!' ni anéantir ,ces
d@rniers"Tel1e qu'un'des corps de notre systclne
planétaire, chaque républiquc tourne sur son
axe, nlais se lneut arce toutes les autres, exer,.,.




{ f4~ )
~nt sa force ,centrifuge et. cédant~ a l'attraction~
qui la retient dans le cercle magique de la con"""
fédération.


La position singuliere de ce gouvernement,
centre d'une masse de républiques qu'on voit
croitre en nombre et en force a· chaql1e lustre
qui s~écoule, 1 ui don n e un cara ctere particulier
de grandeul' merveilleuse et imposante. Je ne
saurais peindre l'effetque produit sur l'espritl'exa--
men attentif du lnécanisme de ce gouvernement.
Cet effet peut se comparer a celui qu'on éprouve
en contemplant ponr la premi(~re foís une des
Lelles lnachines a vapeurs du célebre Watt. Son
action siInple, antant que pnissante, s'excrce
également, silcncieusenlent et irrésistiblement;
et, quand l'esprit demeurc efll:ayé en pensant a
sa force eta l'imlnensité d'objets qu'eHe met en
lnouvement, soudain arri ve l'idée que la nIaill
de l'ouvrier peut l'arreter a l'instant meme!


Il faut que j'a ppelle de nouveau votre attention
sur ce trait du gouvernement anléricain qui le
distingue si élllinemment de'ceux de tous les autres
pays; savoir, qn'illui estimpossiblc de rien ajouter
ni retrancher a ses pouvoirs, et que cependant iI
peut toujours etre fagonné de ma!tiere a réflécbir
l'imagc de l'opinion publique. E11 Europe, une
cOllstitution cst souvent un n10t vague; l'nn ~lit.:




( 143 )
c'cst ceci; l'autre. dit : c'est cela; un troisieme
cherclle la chose et ne la trouve nulle parto Une
constitution signifie parfois d'anciennescoutumes;
d'autre fois d'ancicnnes chartes; ici les choses telles
qu'elles sont; ailleurs les choses tel1es qu'elles fu-
rent jadis. Chacun parle de constitution, entend
ce nlot a sa maniere, et peut-etre melue ne saurait
pas l'expliquer du tonto Dans ce pays, la constitu~
tion est eutre les mains de tout le p~uple; illa
donne a ses représentans et leur .dit.:.roici votre
guide; nous jugeons de sa capacité pour dirige!;
1)OS acles ~ cO.7JZnze de votre capacité pour gouver-
ner par elle; si, en. l' ép ro u v.a.n t ~11,o.l!i~}(I croyez
cléfectueuse, exposez vos objections;et nous déci-
derons si elles sont raisonnables. Le représentaut
du peuple ne peut ici ni altérer le nlotle de son
élection, ni accroitre ses pouvoirs lorsqu'il est élu.
Le peuple ne réclame pas des droits, mais confere
de l'autorité a ses gouvernans. L'expérience fart
voir quelle quantité leur est nécessaire. Si on leur
en a dOllné plus qn'il ne fant, on repl'end le sur-
plus; s'ils en ont ret;u trop peu, on leur accorde
eeHe qui leur manque. Les propositions pour des
ehangernens ou des additions a la COl1stitutÍon
prennent naissance dans le con gres , et requieren t
une majorité des dcux liers dans chaque cha11lLre
pour clre atloptécs. Les 3mcndcmens proposés de




( 141 )
la sortesont soumisau peuple qui, s'illesapprouve;
convoque des conventions dans les divers états;
le consehtem-ent des trois quarts de ces conven-
tions fait IJasser une proposition, et l'annexe cornme
un nouvel article a la constitution.


J'ai, a votre demande, touché 'un sujet heau-
coup au-dessus de mes forces; mais l'esprit le plus
ordinaire se sent entralllé a examiner la machine
poli tique quí est en jeu íci .. La simplicité et l' é-
tendue de sestnouvemens le:&appent d'étonne ..
tlleIlt :il se reporte avec actmitmÍon au génie qui
-}~a cOl1(]ue, el contemple avec ravissernent ]a paix.
{iu'dle aSSU1'e etle bOBheur qu'elle l'épallcl.




·;c!\::, :.; ¡;~~"j¡H;;Uí~ jfttl:~,:)hoad
,,!',~ •• 1OJ :~:~t4 :3!;P::V(!l¿X::',


,¡ ;,:,,! f , I ÜH.! ¡ 1 ; , ". ) L} ¡; ,H. AJ L;.F. i < ,j ,$ i


~ • I " ( • ....~ ~ -~ vil ~ .: 1 ~; , ' " l ... , ~ \ LETTRExxí:)':~ ',VP.',~;


I~ter.Gt8 7 ~~ ~ 'cfiffé.¡;lfZ~es,· PClr~i~s :4e" ¡ ?~: AonfédP~
'('dtian e~, illfl.~~n8f 9J{;~n~f;(l1,fP':~~~~¡ )dq?f~ ·~fI


; . PQ¡ngt~sr ~}~~~~ff~~?~/Rtq.#l:)df.!tY 1!.~'1i~~f~~~
raliste. -Btat~ du-,aen,tre. --:-;Poli~i2ueetini
flue~~r{!frlqur::~lfff~~:¡;';,~¡ ªt~!~dt?-,~;}"ºft!~~·
- Pouvoins du Uongres relati1Jement ti l~ es-
clafJage des noirs. - ¡: Obserflations 8ur les
hergers et les chasseurs des frontieres. -
'Anecdote de Lafitte. - Liens divers qui
consolident l' Uníon des Etats.


N cw-York, févricr 1820 •


. SI VOUS considérez, ma chere amie, le plan gé-
néral du gonvernement central, vous verrez avec
quelle extreme adresse les divers intérets des
nombreuses parlies de cette grande cOl1fédération
sont balancés et employés a se contenir les nns


2. 10




( 146 )
les autres. Par la suile des temps, ces inl.éreb
poutront etre lllarqués un peu plus distinctcment
'\' 1 " qu a present; que ques personncs mcme ont


pensé qu'ils pourraient etre plus forleluent op-
posés l'un a l'autre. Ceci parait plus que aou-
teux; mais, en admeUant cette supposition , nous
ne pouvons calculer les effets probables de cet
arrangenlerlt, sans compter pour quelque chose
la force graduel1e que recevra l'U nion par la fu-
sion qu'opereront les tnariages et les autres liens
contractés entre les habitans des différens états,
le flux de l'émigration qui transporte la popu-
·lation de l'un dans l'autre, et surtout la pros-'
périté constante due a un gouvernement qui ae-
vient de plus en plus aüné et respecté, a mesure
que le temps éprouve sa sagesse et lui imprime
un caractere de sainteté. Il fut une' époque OÚ
presque aucun de ces liens sacrés n'existait, el
pourtant une sorte de sympathie régnait entre'
des sociétés séparées les unes des autres et dis-
séminées le long des rivages de l' Atlantique.


Durant l'existence coloniale de ces états, leurs
habitans n'eurent guere de relations entre eux. De
vasles forets séparaient souvent leurs populations
pcu nombreuses; la diflcrence de climat et de
rcligioll, influait aussi sur leurs nlreurs et leur ca-
ractere : mais pourtant, quoique séparées pm:




~( 147 )
d'immenses déserts , et pcu uuies lneme par les
liclls de l'amiLié indiYiduelle, elles avaicnt deux
choses en eommnn, leut' langue et un male es-
prit de liberté: e' en était assez pour lier par une
chaine ~olide, quoiqu'invisible, tous les l11erll-
hres épars de la grande famiHe amérieaine. La
force de cette chaine a rarement été bien con-
nue des ennemis de l' Anlérique. Ils eomptaient
la briser pendant la guerre de la révolution, et
regardaient cornme certain qu'elle se rOluprait
d' eUe-meme , quand les nobles sentimens éveillés
et entretenus par une lutte pour l'indépendanee
se ealmeraient, on lorsque, le danger commun
ayant cessé, la nécessité d'une coopératioll fran-
che et unanime ne serait plus aussi apparente :
heureusement l'expérienee a jusqu'a présent
trompé ces calculs. Les avantages dérival1t d'uIl
gouvernement vigoureux et sage, qui emploie
toutes les forces et toutes les ressources du grand
tout ponr son hien etre, ont été de plus en plus
compris et appréciés, en mellle tenlps que l'in-
Hueuce de lois justes, et encore plus l'extension
donnée aux relations entre les divers états, ont
détruit des préjugés el en grande partie effaeé
des nuances de earaetcre qui distinguaient d'une
lnaniere trop trunclmnte les habitans des diffé-
rentes partics de ecHe grande républi({ue.


10"




( 148 )
CeHe des parlies de l'Union qui a le plus gé-


l11éralement conservé la physionomie lnorale quí
la distinguait anciennement, est la Nouvelle-
Angleterre.On en peut trouver la cause dans
l'austérité de eroyance de ses premiers habitans,
et dans l'isolement mI se trouve son peuple du
Teste de la nation. Rigides sur la 1110rale, instruits,
actifs et intelligcns, mais circonspects, et, .. au
dire de leurs voisins, singulierement prévoyan~
sur ce qui concerne léurs intérets, les citoyens
de laNouvelIe~Angleterre sont les Ecossais de
l' Antérique. Comme eux, ils habitent un pays
pauvre comparativement aux autres', et envoient
des légions de vigoureux aventuriers ehercher
fortune dans des contrées plus riches. Il y a
toutefois eette différence , que l'Ecossais cou,rt
le monde et amasse un petit tréSQr pour venir
le dépenser an milieu de ses nlontagnes stériles,
tandis que l'hahitant de la NouveIle- Angleterre
emporte ses pénates avec lui, et fonde une co-
lonie sur les bordsde l'Ohio, avec non nloins
de satisfaction qu'il ne l'ei\t fait sur les rives du
Connecticut.


Pépinieredes défricheurs de forets, la NouvelIe-
Angleterre perd des milliers d'habitans et naturel-
lmnent en re«;oit peu; de sorte que ses citoyens
sont nioins exposés a la visite des élrangers, et




( 149 )
meme a se nl(~ler avec la population des autres
états, que le sont leurs voisins du Sud. Cette
circonstancc a peut-etre ses avantages et ses dés-
avantages : elle leur conserve toutes les verf,us
d'un état peu avancé de la société, mais en
meme temps quelques-uns des préjugés quiappar-
tiennent el cet état; elle les protége contre le
l\lxe , luais donne a leur caractt~re quelque chosc
de provincial. Fortement attachés el leurs insti-
tutions, ils se sont quelquefois 11lontrés tiedes
envers ceHes de la nation. L'opposition fédéra-
liste est prineipalemoot venue de eette partie de
l'Union .


. La conduite poli tique de la Nouvelle .. Angle-
terre, postérieurernent a l'établissernent du gou-
vernament fédéral, lui fit, pendant quelques
années, perdre un peu dalls l'estirne de la nation.
Sa politique étroite fut imputée a une certaine
dose d' égolsme partieulier a son peuple; mais sa
conduite pendant la lulte révolutionnaire le jus-
tifie de cette aceusation, et 110US porte a attri-
huer ses erreurs el un défaut de jugernent plutót
qu'a une déviation de prineipes. Depuis la guerre,
le parti libéral, toujours nombreux, a obtenu
l'aseendant; et conséquernment les états de l'Est
rcprennent dans les conseils de la nation la place
flu'ils y avuient tenue prinüÜvcnlent. 11 est difficile




( 150


de trollvcr lnalntcnant un f(~d~ralii'llc fluí lu('rile
absohunent ce nomo Une cer!aíne susceptihililé
sur les affaires politiques, et une sorte de froi-
denr en pronon<;ant le nOHl de Jefferson et (aínsi
que je l'aí observé) celni de Frank1in, sont
tout ce qui peut parfois rléceler un ci-dcvant
rnemhre du parti tombé (J).


L'état de New - York et celui de Pensyl vanie
peuvent étre regardés comrne les plus influens de
toute 1'Union. L'élégante expression employéc
dernierelllent par 1\1. CIay, en payant son tribut
de reconnaissance pour les importan s services re11-
dus par le deruier de ces états, peut tres bien
étre appliquée a tous dcux : Ils sont les elefr; de
la voúle fédérale. Leursvastes et riches territolres
semblent réunir tous les intérets particuliers dont


"' (1 )I/hostilité secretccntrctenue par quelques membrcsdu
parti fédéraliste contre Frallklin cst un peu singulierc. Cct
homme doux et sage , dont les derniers efforts eurent pour
objet l'organisation du gouvernement fétléral, et qui suc-
cO~JPus le poids d)l années et des honneurs a van t que la.
lutt,~tse~ crmmens-at entre les deux partis, aoit etre rc-
gard~ c~mme n'ayant pudonnerde l'ombrage ni a l'un ni a
, .1'1 9 2.1 ". '.' " , 1 autre. a vep.eratIon qu a touJours montrec pOU!' sa me-
)'ÜM~91&~&f\'tJtM.h~átc qui.fut élevé a son école cxplic(uc
a!iRilti'~~.U .tI1~H11~·ÚJil1Ú:HI ~JJHJ.




( i S 1
:je compose Pinlérel général de l'Onioll. Le COill-:
nlerce, l'agl'iculture et l'industrie lnanu{aclu~
riere, sont 11lüssammeut représentés par eux
an congreso Lenr région occidentale a heancoup
de confoflnité avec les états du Mississipi, etl'o-
nentale avee ceux de l'Atlantique. Leurs popu-
lations se distinguent par l'esprit d'entreprise eL
par une politique éclairée sur ce qui concerne
les afütÍres intérieures de leurs républiques. Ces
puissans états ne fournissellt pas moins de Cill-
quante membres an congres, par la raisoI,l qu'ils
fornlCnt plus du quart de l'Uníon (1).


Soit par l' eHet dG leur richesse ou de ~eur po-
sitio n plus centrale,-qui lenr procure l'avantage de
communications libres et I::lCiles avec les cÍloyens
de:} autres états, et des étrangers de loutes les
parties du nl0nde, les habitan s de Pensy lvanic
et ceux de New-York, mais plus particulierement
ces derniers, ont acquis une libéralité de sel1li-
lllcnsquiimprime dela dignité auxmesures delleur
gouverl1ement. lls votent des fonds considérahles


(1) Il Y a a présent dans la chambrc des representans
. ccnt quatre-vingt-quinze membrcs et trois ou quatre dé-
légués. Ces délégués, envoyés par les districts qui n'ont
fIue le titre de terrÍLoire ~ et n'ont pas encore été élcvés
¡,Hl rang rl'états , ne votcnt paso




( 152 )


non-seulement pour l' éducation publique des jeu-
nes citoyens (ce qui se pratique partout), pour
l'établissement de hihliotheques, et la fondation
d' écoles savantes, mais encore pour curer des ri-
vieres, ouvrir des routes, creuser des canaux, et
exécuter d' autres grands travaux d'utilité publique,
qui feraient' honneur aux plus riches empires de
l'Enrope. Les progres de l'état de New - York,
depuis trente ans, sont vraiment étonnans. Pen-
dant ce laps de femps, sa population a plus que
qnadruplé , et la valeur des propriétés plus que
doublé. Elle a ahattu les forets de I'Hudson jus-
qu'a l'Erié· etaux frontiCres du Canada ,et au-
jourd'hui elle s'occupe a compléter la navigation
sur toutes ses grandes eaux, et a les l¡er entre
elles.


Les revenus'l\ationauX' setjmnt" :principale-
ment des'donanes:, dépendent heaucoup de l'es-
prit cOlnrnercial des habitans . de ~Ne~-Y ork. ~ Ce
heau port a quelquefois fourni le quart du re-
ven u des Etats-Unis. La derniere guerre a né-
cessairement pesé sur son capital maritime; mais,
quoique son COlnmerce eut été ruiné, cette ré-
publique ne montra aucun penchant el faire tort
el la cause COIDITIUne , en séparant ses intérets de
ceux de la confédération. Son opposition dans le
congres était. grandelnent en nl!norité; mais, la




( 153 )
guerre une fois déclarée, l'opposition passa du
coté de la majorité. La conduite de M. Rufus
King, le vénérahle chef du parti fédéraliste daos
le sénat, est digne d'etre conservée dans les an-
nales de son pays. n s'était opposé a la déclara-
tion de guerre, uniquement par la crainte que la
république ne fut pas en état de lutter avec
son ennemie; mais , la voyant résolue a hraver
tous les !tasards, plutot que de se soumettre
au déshonncur, il se sé para surMle~champ de son
parti, déclarant que le devoir. de toutpatnote
était d'assister son pays de tons ses moyens pour
le mettre en étaLklesoutenif" 'li,t," ;t~mpete,et i.l
offi-it :decverser d21ns le tréSQr .. uDéfpa.rti~~>
sa fortune privée, qu'il disait excéder ses ,he-
soins (1).


Aucun état,· ne- peut présetilte1t. c\l.Df-, plqs, 10DKtle
liste de services rendus . 8. ·la confédération'i que la.


( 1) J e tiens ectte anecdote d' un senateur qui, je dois
le faire remarquer, était ordinairement en opposition aTeo
M. King sur les matieres politiques, et qui siége encore .
avec le partí le moins démocratique du sénat. Un patriota
de ceUe trempe est une vénérable relique de la vieille'
J)ande fédéraliste de la révolution, et doit commander
le respect de ceux. qui diiferent, tout comme de ceux
qU! sont d'accord ave e lui pour les opinions politiques.
Un exemple non moins frappant de bonne foi et de




'l 154 )
V irgíulc. Elle dOJlna le premie!' signal de la rcvu··
lutlou par la bouche de Patrick Henry; elle con·
duisit l'armée patriote, dans la personne de
Washington; elle rédigea la déclaraLion d'indé-
pendance avec la plum e de Jefferson, et elle fixa le
premier anneau de la chalne fédérale par ]a nlain
de Madison. En un luot, elle a 'donné a la répu-
blique quatre des patriotes les plus purs el des
hommes d'état les plus sages qui aient jamais ten u
le tÍluon d'aucun état.


La politique de cctte mere de 1'Union a tou-
joUl'S été sillgulierement luagnanime. Elle dunna
aux autres états l'exenlplede ces concessions de
territoire qui ont si richernent doté le gouverne-
luent géuéral, et out donné naissance a celle
quantité de républiques qu'on voit s'élever~ous
les jours. Les concessions faites par la Virginie
comprennent les états actucls de ],011io, tI' lu,·
diana el. d'Illinois ,et le territoire de Michigan.


patriotisme fut offert clans la Nouvclle-Anglctcrre par le
vénérahle ex-président John Adams, qui, fidele aux prin-·
cipes de la confédération et a la cause de sa patrie) désap-
pro uva puhliquement les mesures de son parti qui telldaicnt
~l contrarier les efforts du gouvernemcnl national, ct
donna son suIfragc a une administration qui ayait été
avec SUeCe5 la rivale de la siennc.




( 155 )
Ponr la millieme partie des terres concédées Lci
en clon gratuit, ]es hommes ont souvent inonde;
la tcrre de sango La libéralité de la Virginie se fit '
encorc mieux apercevoir dans sa conduite en-
vers un état voisin, peuplé dans le principe par ses
citoyens et soulnis a ses 10i8. La luaniere dont
elle affranchit le Kentucky de sa juridiction, en
1110tivant ceHe mesure sur les inconvéniens qui
résultaient ponr les habitans de ce territoire de
leur éloignement de la capitale de la Virginie, et
en les invitant a organiser un gouverncment indé·
pcndant,ofli'c un l>el exelnplc de générosité na-
tionale.


L'csprit puhlic de la Virginie s'est constatu-
ment fait sentir dal1s les assemblées nationnfes, et
conséquernment lui a procuré une influencc plus
fIne proportionnée a la force nUlllérique de sa
représentation dans le eOlIgreS. II s'est élevé
deruicrement dans le nord de l'Union un cri
partiel contre l'influence de la Virginie. Jc ré-
peterai a ce sujet les paroles d'un fermier de
Verrnont, avec lequel il m'arriva d'entrer en
convcrsation sur les affaires rl' état. « Qllelle que
50it, m.e dit-il, l'inflllence de la Virginie, elle
paralt en ÜtÍrc hon usage, cal' cCl'LainClUel1t Hons
prospérons asscz; je la' vojs pas d'ailleurs com-
ment elle pourrait exerccr (l'jnnl1('nC(~ autrc-




( 156 )
nlent. qu'en s'accordant avec l'opinion de la lna-
jorité. » Vous reconnaitrez que les mots inflztence
de la rirginie expriment (si toutefois ils ex-
priment quelque chose ) le hasard qui a tiré de
eette république quatre des cinq présidens qui
ont dirigé les affaires de l' Amérique fédérale (1).


Je ne connais rien qui place le caractere na-
tional des Anléricains sous un plus heau point
de vue, que le résultat des élections ponr la
présidence. On voit les préventions locales et
meme l'esprit de parti luis de coté, et les citoyens
de cette multitude de répnbliques jetel' les yeux
sur le plus distingué d'entl'e les serviteurs de
1'état, et payer a ses ver tus le plus noble tribut
qu'un patriote puisse recevoir et qu'un pays
puisse offrir. Tous les magistrats supremes des
Etats-Unis étaient des vétérans de la Févolution ,
et se faisaient autant remarquer par lcurs vertus
privées que par leur caractere publico On avait
pensé que, comme la Virginie avait déjil donné
trois présidens a la république, l'électlon du
colon el Monroe rencontrerait une forte opposi-
tion : lo in de la, ancun président ( Washingtoll


(1) La réélection unanime du colonel Monroc, qui a eu
lieu dernierement, prouve que le hOl1 ICl'lllicr uont il esl
parlé ci-dessus cxprimait les scntimens de la natio n,




( 157 )
cxcepté ) ne réunit un nombre de suffrages
plus approchant de l'unanilnité, et son nOll est
prononeé avee respeet et meme avee afFectlon du
Maine jusqu'au lVlissouri.


La position énlinente prise par la Virginie
dans les eonseils de la nation l'aplaeée a la tete
des républiques du Sud, dont la politique, ainsi
qu' OH peut le remarquer, a eonstaIllllent été
libérale et patriotique, et, sur tous les points es-
sentiels, d'accord avec ceHe des états du Centre
et de rOuest. Quel que soit l'efret de l'escla-
vage des noirs sur le caractere moral de la popu-
lation des, états du Sud, et hienqu'on:Qe puisse
mettre en doute l'efret per~ieieux qu'il produit
sur la masse, eet effet ne s'est jamais fait sen-
tir dans le sénat. Les dispositions qui tenlpe-
rent un peu la démoctatie.dans les états mé-
ridionaux qui honlent l' Atlantique, o,nt peut-etre
été prudentes ou tout au moins heureuses. D'a-
pres les eonstitutions actuelles de ,la Virginie
et des états plus méridionaux, les conditions
exigées pour etre élu représentant remettent le
pouvoir législatif entre les mains des planteurs
les plus riches, classe d'hommes non moins
distingués par leur éducation et leurs maniere~
polies, que par des opinions lihérales et une
philantropie éclairée. lIs ont en général voyagé




( 158 )
oans leut' pays el en Europe , possedenl suC-
fisamlnent uc richesses pon!' ponvoir exerCCl"
l'hospitalité, lnais non pas assez pOUl' étaler du
luxe, et sont ainsi, par leur éducation el par
lenr position, placés au-dessus de la dégradante
influence que la possession du pouvoir arhitraire
prentl sur l'esprit el le erenr hnmain. C'est done
pent - etre a la légere dose d'aristoeratie lnelée
aux institutions de la Virginie et des deux Caro-
lines qu'on dOlt attribuer la eonduite géné ...
reuse et concilian te des memLres d~ ces états dans
les assemblées nationales (1); nons ne devons pas


(1) On a fait o})server a l'auteur que ce passage pour-
rait ctre interprété en faveur de l'aristocratic. Il se peut
qu'elle ait trop compté sur l'csprit général de son on-
vrage poul' prévenir une semblahle interpl'étation. V ou-
Jant expliquer la génél'osité de scntimens déployée val'
les états du Sud dans le congd~s national , elle a -préféré
l'explication qu'on trouve dans le texte a ceHe donnée
autrefois par M. Burke, et adoptée par les plantcurs cux-
memes. L'orateur anglais a prétendu que Fe~jstencc de
l'esclavage des noirs tendait a exalter l'csprit de liherté
chez les planteurs américains, de l¿¡ mcmc maniere qu'on
regarde la condition abjecte (les llotcs commc ayant COll-'
tl'ihué a élever le caractcrc dcs allcicllS Spartiatcs. QU'OH
se reporte a la gucrrc dans laqudle l' Amérique a conr!l! i~
son iIHlépcndanc~) et l'oH ne trOUYi~ra l'iCll qui appnic




( 159 )
lH~arH)lljins ouLlicr de nlettre en ligne de cinnpte
l'effet prouuit par les progres de l'éducation, ni
eelui d'institutions libérales sur ]a population
blanche en général. A vant nlcme que se termi-
nat la guerre de la révolutioll, M. Jeffersoll crut
déja remarquer un changelnent dans le caractere
de ses concitoyens, et I10US avons une pteuve
palpable que ce changement n'était pas imagi-
naire, dans la conduite de la législa t~lre de l' état
oe Yirginie, dont le premier' acte fut l'abo-
lition de la traite. Puisse cet état donner au- > '


cet argumento Les simples agricultcurs de la Nouvel1e~
Angleterre (cbez qui l'esclavage des noirs exista a peine)
nc le céderent pas en énergie aux riches planteurs de
la Virginie. Si l'on étahlissait une comparaison entre les
constitutions actueHes des républiques du Nord et du
Sud, on pourrait peut-étre tirer une conclusion diree':'
tcmcnt opposée a ceHe de M. Burke; cal' la légere dose
d'al'¿stocratie dont iI est parlé dan s le texte n'indiquc-
t-clle pas, dans la massc de la population du Sud,
une cedainc indifférence touchant l' exercice de ses droi ts
politiques, inconnue dans les autres parties de l'Union?
Quant a l'opinion de l'auteur sur les institutions de la.
Virginie et dC3 deux Carolincs, ellc se trouvc &xprimée
vol. 1, leUre VI.


(Note foumie par l'aut,?llr pou/' l' édition franraise.)




( 160 )


jourd'hui a ses vOlsins un exemple pareil a celui
qu'il donna alors au monde, et combattre avec
persévérance les ohstacles que ses craintes et . des
intérets privés peuvent opposer a l'afiranchisse-
ment des esclaves!


La portion du vaste territoire de l'Union vers
laquelle l'étranger tourne ses regards avec le plus
de curiosité est ceHe qui s'étend a l'ouest des
Allegh~nys. Le caractere de ces répuhliques est
nécessairement extraordinaire comme leur po-
sition ; quant a leur influellce, elle est déja
puissante dans le sein du congreso En observant
leur situation, géographique, l'étranger pourrait
se htlter de conclure qu'en elles croissent plutot
des rivales que des soutiens des étals de l' At-
lantique. Il trouvera, an contraire, qu' elles COll-
tribuent puissamment a. resserrer . les, liens de
l'Union, et queleurs sentimens et lcurs intércts
sont de nature a attircr l'une vers l'autre les
divisions septentrionale et Q1ér~diolHlle de la con-
fédération.


Les nouveaux canaux ameneront prohahlement
les productions des corntés occidentaux de l'élat
de New-York al' Atlantique , quoiqu'il y en aura
une grande partie qui des cendra les rivieres de
rOuest, quand la navigation aura été cOlnpIete-
lllent établie du lac Érié a la Nouvelle-Orléaus.




( 161 )


Dans tons les cas cette ronte continuera d'etre pré~
férée par lescOlntés occidentaux de laPensylvanie,


_ destinés a possédcr sons pen, s'ils ne les possedent
d.éja, des manufactures florissantes. Les progres
faits dans ectte branche d'industrie pendant la
derniere guerre, et lneme quelques années aupa-
ravflnt, ont été un peu arretés depuis la paix ; mais
il est probable qu'ils vont recornmencer avec une
nouvel1e activité.


Il est hon de remarquer qu'il y a dans le carac-
tere de la na tion américaine, ainsi que dan s les
divetses productionsdu: sol, '(luelque chose qui
semtile favorable atl. développetí1.~titdeJ~industrie
Inanufacturiere. Je ne parle pas de l'adresse pu-
relnent mécanique des Américains, qui s' est 111a-
nifestée par tant d'inventions importantes et de
perféctionnemens dans la construction des navires
et des ponts, dans la navigation par la vapeu!', la
fuhrication d'instrtunens aratoires et de machines
de toute cspece, mais de ce sentinleut de fierté ct
d'indépendancc qui les détourne de beaucoup
d'occupations auxquelles ontrecourslesEuropéens,,'
Il y a quelquesantres particularités dans le carac-
tere et la condition de. la population éparse des
districts do l'Ouest, (lui y filit éclorc l'ind astrie
nlanufilctul'ierc en n1(~lne telups que l'agricultnrc.
En s'étahlissallt au milicu d'un tlé;crl , le colon S!.~


2. 11


,


.' ~
.-10
" :~




( IG2 )


i.fouve souvcut ré<luit a sa propre indüstric ponl
se procurer les divers objets qui Iui sont nécessai-
res pour se no~urrir et ~e v etir ; tandis qu'il manie la
hache et la beche, sa femme pousse l'aiguille ou
tourne le rouet, et sesenfans tirent dusucre de }'é-
rabIe ou font courir la n3vette.L' état de 1'Ohio est si
bien arrosé et offre <les moyens si faciles ponr l'ex-
portation <le ses productions, que ,si ses habitans eus-
sent pu trouver un marché assuré pour leurs den-
:rées, i1 est peu probable qu'ils eussent jamais essa yé
d'établir de gl'andes lnanufactures. Mais la politi-
que des naLÍons étrangeres a tellement frustré l'es-
poir des agriculteurs , et si completement suspendu
le conllnerce, que le nouveau véhicule donné a
l'inuustrie hun1aine s'est [(,lit sentir jusque dans les
coins les plus reculés du territoire de l'Union.


L'effet subit produit par les mesures comlncr-
ciales adoptées en Enrope peut a peine se con-
cevoir. Des filatures, des moulins a foulon, des
distiIleries et des fabriques de toute espece sem-
hIerent 80rtir de dessous terre, dans chaque viIle,
beurg et village, et mClne an sein des forets
qui bordent les eaux de 1'Ouest. Le jeune état
de 1'Ohio, par exemple, dont l' existence ne
datalt guere que de huit années, en ISII, ex-
¡:ortait par les lacs, rivieres et canaux de 1'0uest
des étoffes de laine, de coLon et de lin, d'un




( 163 )
tissu admirable, quoique grossier, des liqueurs
spiritueuses , des sucres, etc., pour une valenr de
deux millions de dollars (plus de 10,000,000 fr. ).


L'étonnante aptitude des Ámérieains pour les
travaux de toute espeee, quelque étrangers qu'il~
paraissen~ a leurs habitudes, s' explique facilement
quand on songe d'abord a la vigueur mentaJe
conulluniquée par leurs institutions libérales,
et ensuite a l'édueation pratique qu'ils rec;oivent
généralement. Un jeune Áméricain est ordinai-
rement exereé a frapper un hut avee la certitude
d'un aneien arbalétrier anglais; a nager ave e eette
adresse qui valut au jeune Franklin; a Londres,
le nom de l'Alnéricain aquatique~· a manier le
fusil e0111me un soldat, les outils eornme un ar-
tisan, les instrumensaratoires eomme un fermier,
et assez souvent l'aiguille et les eiseaux eomme
un tailleur de village. J'ai ehoisi l'Ohio pour
exemple; nlais les habitan s de la région oeeiden-
tale avaient généralement pris l'habitude de fa-
briquer ehez eux les vetemens de laine et de
coton dont eux et leurs famil1es étaient couverts.
eette coutumc les disposa a suivre la nouvelle
direction industrielle que la politique des pays
étrangers rendit indispensable de prendre.


Les ports ayant été rouverts a la paix, qnantité
de nouvelles 111anufilctures eommenc(~rent a tlé-


1 I,.




( 1 G!t )
clwer; Lcaucoup tLnJlrcs uéaUllloÍllS se lTl.11U ,'o
¡inrent par la bouté de leurs prouuits ( plus par-
ücu1ierCIUeUt ceHes de urosses étoffes de }aine et n
de coton ), en dépit de l'imprudence avec laquelle
011 enconlbra les Dlarchés de marchandiscs étran-
geres, lllesure qui consomm~ la ruine 'de la lTIoitié ..
des négocians des grandes villcs de COlnmerce.
Les €hoses COlllUlencerlt a prendre lenr nivcau, et
les citoyens s'aper<;oivent que les spéculations
mercantiles sont un jeu ruincux, quand les dcn~
rées et llwtieres hrutes récoltées dans lenr pays
ne sont pas prises en échange pou!' les produits
des fabriques de l'Europe. Il se peut que l'Enrope
trouve également qu'elle penl a cela; mais je ne
suis pas assez savante ponr parler sur ce sujeto


Les habitans de l'Ouest 011t vu avec un 'mécon-
tenterncnt extraordinaire la décadence de leurs
établissemens nlanuf:'lCturicrs; non-seulelllcnt ils
ont été forcés de retourner a l'agriculturc, sans
trouver de marché ponr leurs dcnrées; rnais ( ce
qui vous fera peut-etre sonrire) ces simples nlais
fiers républicains ne sont nullemellt 'satisfaits de
voir leurs étoffes COlunluncs aLandonnécs par
leurs filles poul' les soieries de France et les mous-
selines des Indes, Beaucoup d'entre cux opposent
une résistance formelle a cet abandon des prin-
<:ipes et du bon gout, et maintiennent slrictelllent




( \G5 )
la COUlLUllC d'ha]nllcL' tons les lnemllí.-es llc IClH'
filmille ayec les produits des lllanufaclures na-
tionales'. Nombre de propriétaires ont l'habitude
de [aire [aire chez eux tons les objets simples de
vetement et d'alneuhlenlent : on voit, par ce
nl0yen, des jeunes felumes d'une éducation soi-
gnée, et de lllanieres élégan tes porter des robes
de coton tout unies, et des hOlllmes présider le
sénat de leu!' pays avec des habits de laine fabri~
(Iués et confectionnés par les mains de leurs do-
mestiques, ou Ineme par ecHes de lenrs enfans.


La prépondérauce renaissantc des intércts iu-
tlustriels sur les intérets cornmerciaux produit un
accord dc senLimens cntre les divisions de l'ouesl
eL du ¡ nord de l'Union (1). PiUsJJurg, le J\;lan~
chester des États-Unis, doit toujours consel~ver le
caractere d'unc ville de l'Ouest, son port élaulla
Nouvellc-Orléans. Corinthe ll'était pas plus véri~
tahlenlent l'reil de la Grece, que Pittshurg celu!


( 1 J Quelq ues scmaÍncs apres la date ele cette leUre, \' "\U.--
teur a entend u toute la représentation de N ew-York, ainsi
que celle de Pensylvanie et de Jersey, soutenir dan s le seiu
<Iu congrcs les intérets "industricls contre lc~ intérets com~
mcrciaux. l7oye: a la fin du volumc UlI morceau cllricu~
sur la siluatiou ('emll1crci¡lle C't indu:;tridlc el'.::, EtL'.ts--
Unis e11 1820.




( 166 )
de l'Amériquc. La Pensylvanie, a laquelIe il ap~
partient, offrc le double caractere d'un état de
l'Ouest et d'un éta t de l' Atlan tique, et est ,;rai-


<' ment la ele! de la voúte fédérale.
Si les nouveaux états sont liés de la sorte aux:


états du Nord, iIs ont aussi quelques intérets en
commun av€c les éLats du Sud, et, par cette
double liaison, senlblent consolider une confédé-
ration dont les Européens ont souvent prédit le
démelnbrement. Le Kentucky et le Ténessée, les
plus agés de cette jeune famille, ont non - seu-
leluent été peuplés par la Virginie et les Ca ..
rolines, mais faisaient originairement partie de
ces états. Généreusenlent affranchis de leu!' juri~
diction, ils conservent une affection hien pro·
noncée ponr eux ; iIs sont aussi affiigés d'un fléau
commun, l'esc~avage des noirs. Il n'est pas du
tout improbable que le mélange, a l'ouest des AI-
leghanys d'états, ayant et n'ayant pas d'esclaves,
contribue a balancer, dans le congres, les intérets
des divisions septentrionales et méridionales de
l'Union.


Je dois réfuter une étrange assertion que j'ai
vue répétée dans je ne sais cOlllbien de journaux
étrangers : savoir, qu'on peut imputer an gou-
vernement des Etats-Unis l'extension de l'escla-




( lG¡ )
'~atge des nOll'S (1). Tous les acles ele ce guuver-
nenlcnt, an contra!re, ont toujours lendll VCl'S
l'abolition de l'esclavage; mais l'étendue ct la uu-
tUl'e de ses POUVOi1'8 80nt probablenlerlt filal com~
pnscs par ceux qn! lni imputent l'existence de


(1) J'ai tl'Ouvé dernierement une des plus extravagantes
erreursde ce genre dans l'Histoire tI' Amérique par 1\1. Kensie,
ouvrage qui contient beaucoup de notions précieuses sur la
topographie et la statistique des Etats-Unis, mais qui ren-
ferme aussi sur leur situation morale les détails les plus con-
tradictoires et ies plus ridiculcs (du moins pour ceux qui la
connaissent ). Le passage dont je veux parler est ainsi
conc;:u: « L' esclavage des noirs a étendu ses funesles eIfets sur
la plus grande partie de I'U nion. Quelques écrivains, parti-
culierement des Anglais flui désiraientreprésenter les États-
U nis conUl1e une sceol1de Arcadie, ont cssayé de justificr
cette <.létestahle mesure en soutel1ant que cela faisait partie
de la politique du systcme colonial existant avant l'indé-
pel1danee : cette excuse ne saurait s'appliquer aux nouveaux
états; car le congrcs a condamné es hahitans de ces vastes
régions aux effets démoralisans de l'esclavage. » Maintenant
si c'étaitla tout ce qui empcchit les États-Unis et'ctre une
seconde Arcadie, ils ressclllblcr.l~cnt plus a un paradis ter-
restre que je ne l'avais imaginé. Il n'y a pas un seu ues états
(Jlli se sont élevés sous les auspices dueongrcs qui n'ait été
positivelllcnt et ahso]ument préservé par ses 10]5 áe l'es-
davag~, SOllS quc1quc forme que ce pút ctrc. Les au··
h~ul'S évitcraicllt bcaucoup d'crreurs s'.!s "otdaicnl, aV.111t
d\~Cl'irc sur un p:\)S ) prelldre la reine el' en Ere les IoÍs.




( 168 )
ce flrau , soit :-tu K.cntueky , soÍl ~l la Loui;,Íane, (!t
il faut n'avoir ancune connaissanee de ses aetes
pour ne pas lui atlribuer le Inérite d'en avoir
préservé toutes les républiques qui se sont élevées
sous ses aus-plces.


A l'époque Olt les États-Unis se séparerent de
l'enlpirc britanniquc, toutes les parties peuplées
de lenr territoire étaient infeetées de eette pesté ;
11 n'y en a pas tnaintenant la moitié qui le soit,
quoique, par;l'acquisition de la Louisiane, le mal
ait re<;u une augmentation considérable. Ce n'est
que depuis l'adoption de la constitution fédérale
que le congres posseue quelqne pouvoir ponr
f~tire des loís sur le sujet de la traite. CeHes qui
fnrcnt rendues avant eette époque .le furent par
les -états , en Vertu de leur autorité individuelle, et
ne pouvaient etré exécutées an-de1a des limites
de lenrs territoires respeetifs. Les pouvoirs con-
ferés par la nouvelle constitution au gouverne-
roen t général , lui permirent d' obtenir la cessation
de la traite, majs ne 1n1 donnerent aucnne auto-
rité pour faire cesser l'esclavage la OLl il existait.
L'affi'anchissement déja opél'é dans huit des treize
états primitifs l'a été par des actes de leurs lé·
gislatures respectives.


Il y. a a présent vingt·deux républiqncs dans
la confédération ; douze d'entre elles out dé-




( IOD )
daré les 1l00l'S el les hlancs égalcmcnl lIbres;
les dix nutres 50nt plus ou 1110ins déshonorées
llar l'esclavage. Panní ces dernieres, cinC[ sont
d'anciens états, et les cjlHl restantes ont été f()l>-
mées par le déinelllbrement de ceUes-ci ou de por-
tions du territoire de la Louisiane ,apres qu' OIl
J'eut achetée aux l?rangais. Le K.entucky, par
exeulple, fut élevé an rang d'état índépen-
dant, dll consentement de la .Virginie dont iI
faisait prin1Ítivelnellt partie, et Ténessée par ul,le
cOIlvention sem1lable avec la .,Caroline. Le 1\lis-
sissipi fut cédé par la Géorgic an gouvcrnc-
ment génél'al, pour etre érigé, quaud il y au-
rait lieu, en état indépendant; mais, par une
stipulation exprcsse, les citoyens de la Géorgie
se réserverent le privilége d'y émigrer avec leurs
esclaves. La Louisiane proprenlent dite, formée
d'une petite portian du yastc tcrritoire cédé sous
ce nom, passa aux Etats-Unis avec le double fléau
de l'esclavage SOtiS la [OrIne la plus hideuse, et
de la traite pratiquée avec une impitoyable bar-
barie. Le deruier crillle fut arreté sur-Ie-champ;
el, par l'heurcuse influence de lois douces ct de
la propagalion des lmnieres, les horreurs de l'es~
c1avage ont été considérablenlent di minué es (1).


(1) Les voyagcurs ailligés de la manic ul1ti··am6ricainc


'/~ ,~> .~
~



·,t';';'




( 17° )
Dalls tous ces cas lc gOllVCl'UClllCLll a élé sans


pouvoir pon1' extirpcr l'csclavagc; il a néanmoins
été tout-puissant ponr en empechcr l'introcluc-
tion sur les territoires placés sous son autorité.


",iment a tracer leurs portraits dll caractere national en
prenant leurs modeles a la NouveUe-Orléans. C'est a peu
pres cornme si on les ehoisissait a la Guadeloupe 011 a.
Sainte-Lueie pour peindre le caractere anglais. Ces pein-
tres fidCles ont maintenant le moyen de dessiner le earac-
tere américain d' aprcs les EspagnoIs de la Floride. La
question de l'élévation du territoire de l\fissouri au rang
d'état, qui occupa si fortemcnt la nation et le sénat l"hÍ-
ver dernier, tenait uniquement a savoir queIs étaient
les pouvoirs du congrcs pour donner des 10is au territoire
en qucstion. Le Missouri ~tait colonisé par des Fran~ai5
possédant des esclaves, lorsqu'il'fut cédé aux Etats-Unis
par un traité qui garantissait aux. colons lcurs -pro-priétés,
en y comprenant le.; esc1aves. L'affranc11issenlcnt n'était
done pas au pouvoir <Iu eongrcs; la question était de sa-
voir s'il avait le droit d'empecher les citoyens des autres
états d'émigrer au Missouri avec leurs es claves. L'erreur
semble avoir été d'omettrc de rendre eette loi prohibitive
avant que le Missouri ne l)rlt le rang d'état. Apd~s avoir
délibéré pendant plusieursmois', le congrt~5 en vint a un
arrangement qui parut le seul possible. On rendit une
loi qui prohihait:la formation par démembl'ement de la
LDuisiane d'un autre état possédant des esclaves, et ron
imposait a l'esclavage cluns le Missonri toutes les restl'ic-
tions que le lraité íllltéricur pcrmcttait




( 17 1 )
L?Ohio futle prenlier état organisé d'apres les


principes américains : il fut fondé par le con gres
dans la vaste région céJée par la Virginie au nord-
onest de la riviere dout il a pris le nomo A la
formation d'un nouvel étatsur les terres incultes
appartenant a la nation, son gouvernement est
confié au congres des Etats-Unis , qui en marque
les frontieres, nomme aux emplois publics , et
supporte les frais d'administration, jusqu'a ce que
sa population s'éleve a soixante mille ~hnes : alo1's
iI est autorisé a convoquer une convention pour
établir sa constitution) a subvenir aux dépenses de
l'administration et a prendre sa place dans la con-
fédération COillJUe républj(jlle indépendante (1).


En 1787 le congres passa un acte établissant
un gouvernement proyisoire pour la faíble popu-
lation établie sur les terres de l'Ollio, et le gou-
vcrnement institué alo1's a servi de modele a
ceux. de tous les territoires qui ont depuis été


(1) Plusieurs territoires sont montés au rang d'état
avantd'avoir la population requise par la 10Í. Celui d'Illi-
nois ,par exemple, ayant présenté une requete au eon-
gres pour demander l'autorisation de prendre les renes de
son gouvernement, on luí permit de se réunir a la eon-
fédération avee une popul,üion de moins de 40,000
ames.




( 172 )
organisés dans l'innncnsité du déserl. LJaclc doul
jc parle contcnaÍl une clausc qui est devcnuc
obligatoirc pour les colons de tout le territoirc
situé an nord-ouest de l'Ollio. L'esclavage et la
servitude non volontaire furent formellcluent
lwohibés dans cette région, par une loi du gou-
vernelnent gélléral. Ohio, Indiana ~ lllinois eL
lVfichigan, se sont élevés au sein dll déserl; les
trois prelniers S011t déja états indépendans, et le
dcruier est sur le point de voir finir sa tutelle , el
de prendre le meme rango


Il y a une chose bien digne d'etrc remarquée;
e' est que, pour que cette loi passat, le vote una-
nime des états était nécessaire, d'apres les anc1ens
articles de confédération qui étaient alors en V1-
glleur : par un vote unanimc la loi passa. Aucunc
voix dissidente ne s' éleva parmi lesmcmbrcs de
l'état de Virginie, qui avait cédé le territoire en
question, ni par mi ceux des autres états du Sud,
qui privaient ainsi leurs concitoyens possesseurs
d'esclaves du droit d'émigrer sur ce territoire (1).


(1) En examil1ant la politique des états du Sud en
général, il serait peu généreux d'oublier dé faire rcmar-
<fuer que leurs représental1s au congrcs out été parmi les
memhres qui insistercntle plus forterncnt pour qll'on ap-
pliq~lat les peines les plus sé,'ercs de la loi au:\. hommc~.




( 1'J3 )
Préservéc ainsi tie la flétrissante et 1, rUlneuse


contagion de l'esclavage des Africains, la jeunc
famille des républiques de 1 'Ouest s'est élancée
uans la carriere avec une vigueur et une pureté
de caraclere san'- exemple clans l'histoire du
nlOnde. L'Ohio, qui, il Y a vingt-cinq ans, était
completement désert, contient aujourd'hui un
demi -miIIion d'habitans, et envoie six repré-
sentans au con gres national. Dans les autres
états, fOlldés postérieurenlent a celui-ci, la pro-
gression cst la InemC. On éprouve une singuliere
sensation en pensant que l'aventureux colon qui
abaUit le premiel' árbre a l'ouest des Alleghanys
cst encore vivant. La hulte en bois de Daniel Boon
s'éIeve aujourd'hui sur les rives sauvages du ~lis-


eonvaincus d"introduction clal1destil1e d'escIaves d2.ns les
ports du Sud. Le voisinage de Cuha et de la Floride es-
pagnole offre de grandes facilités pour eette atroee eontre-
llande. La marine des Etats-Unis est aetivement em-
ployée a l' empccher en croisant non-seulemel1t sur les cotes
d' Amériquc, mais eneore sur ceHes el' Afrique ; en outre de
cela, des agcns sont étahlis dan s cctte dcrniere contrée pour
reeevoir les ncgres renvoyés dal1s leur pays natal sous la
sauvegarde de la répllhliquc. Les lllemhres des états du
Sud ont non-seulemcnt toujours COl1couru a toutcs ces
mesures, mais mcltlc quelqucs-uncs des plus importantes
out été proposécs llar eux.o




( ¡ 74 )
souri, tanilis qu'une lnasse de républiques solide....;
luent étahlies re1l1plit l'espaee qui le sépare
du séjour de son enfanee.


11 est clair que dans le COUfS de quelques géné-
ra tions, la partie la plus peu'lée et la plus puis-
sante du territoire arnéricain sera baignée par le
~Iississipi, et non par l'Atlantique. D'apres le ca-
ractere qn'elles présentent dans leur enfanee, on
peut prédire que la prépondéranee croissante des
républiques de l'Ouest ajontera un nouveau lustre
a la gloire nationale, et serrera plus étroitelnent
les liens soeiaux qui unissent la grande farnille
aInérieaine.


Elevées sous les yeux du gouvernemen t fédéral et
par ses SOillS, elles se sont attachées aux institutions
nationales avec une vivacité d'affection inconnue
dans les parties plus anciennes de la république.
Leur patriotisme a toute l'ardenr el leur politique
toute la candeur de la jeunesse. J'&i déja eu oe-
easion de vous faire remarquer l'entllOusiasme
avee leque! on les vit elnhrasser la défense des li-
hertés et de l'honneur de leur patrie an eornrnen-
cernent de la derniere guerreo Elles mOlltrerent
pendant toute eette lntte un esprit vrairnent che-
valeresqne. Les traits de valeur et surtont de gé-
nérosité romanesque des volontaires de l'armée
de l'Oucst fiq'ureraient djg'Tlel11cnt au milieu des


"




( 175 )
plus HoLles pages de l'histoire révolutionnaire,
Les citoyens' des répnbliques occidentales ne se
sont pas montrés luoins générenx dans le sénat
que sur le chalup de bataille. Dans lá chamhre
des représentans ils penchent toujours ponr le
parti le plus noble et le plus luagnanime. Lors
nlclue qu'ils commettent une errenr, vous sen tez
que vous airneriez nlienx errer avec eux, qne d'etre
sage avec de plus prudens ou de plus fro¡ds poli-
tiques.


En examinant l' Amérique aans son ensemble,
on lui trouve un caractere tout-a-fait étranger a
l'Europe, quelque chose qui, dans cette antique
partie du 11lOnde, serait traité de chimérique : une
libéralité d' opinions et une nationalité de sen ti-
mens qui DC dérivent pas du simple accident de
la naissance, mais d'une juste appréciation de
cette liberté civile a qni elledoit toute sa gran-
deur et tonte sa prospérité .. 011 pent compter
que dans les républiclucs occidentales ces signes
caractéristiques seront encore plus marqués.


On parait cOlllmnnéluent croirc en Enrope que
les déserts américains sont colonisés par le rebut
de la société. L'amie a laqnelle j'écri's sait bien
qu'ils le sont généralernent par les membres les
plus estimables de cette société. L'arnour de la li-
herté, que l'érnigrant porte avec lui des rives elu




( 17° )
Connccticul, de l'I-Iuuson ou tlU Pulomac, s~exaltc
et se purifie clans le cahue et l'isolcluent oú iI se
trouve au lnilieu de forets primitives ou de prairics
S311S hOÍ'lies. Quelques esprits inquiets, détestal1t
le joug des 10is et de toútc espece d'ordre social, se
lueIent sáns doute a la fouIe des hOlnmes plus ver-
tucux qui émigrent; lnais ceux de ce caractere se
font rareUlent fermiers. lls s'élancel1t ordinaire-
roen t au-dela des avant-postes de la civ ilisati()Il ,
et r¿rment une troupe errante de chasseu11s aOllt
lé, hahituües el 'quclquefoisle ~cal'acterc se rap-
prochent be,aucoup de cellK des lndiens, le"ws
compagnons. D'autres fois ils se font b~rgers, ~on­
duisUllt leurs troupeaux de paturage en paluráge,
sl1ivant que leur hmtaisie les guiue d'une Lellc
pr~:tirie a upe autreplu~,;bclle.enc(}re, ou' selon
que lefhli'a.é..la popu1áti¿n 'ulenace d'empiéter sur
leur solitude et len!' saunlge empü'e.


On pellt trouver néarl~oin~., parmi ces éclai-
reurs des frontieres, dés ,19n:n~~s qui, semhlaLles it
lenr v,énénihle guide ,Daniel 1300B ,He perdent au-
cune des vertus sociales an nlilieu de lenr vie IlO-
made. « La frontierc, dit M. Brackenridge, autenr
'lni connait parfaitc111cnt les hOlll1llCS dout il trace
le portrait; la frontierc cst ccrtaineulent le rcfllge
de be~ucoup tle gcus v iClcux et rnéprlsables; mais
cHe ~st ;H1:)~;i r~¡:;ilc cllo¡;;i par (pl<.mt ilé de ciloyew,;




( 177 )
a{)ués des plus nobles sentimens. Il senililerait que
c'est par l'effet d'un sage reglement qu'on trouve,
la ou la force des loís se rait a peine sentir, la plus
grande SOlnme de cou rage , d~ vertu et de désinté-
ressement. Parmi les jeunes gens qui ont émigré
a la frontiere, il en est peu qui soient sans mé-
rite. P'apres la fenne conviction de l'importance
future de cette partie du territoire, la jeunesse
active et entreprenante, les homlnes vertueux et
infortunés, et ceux qui ne possedent qu'un faible
patrimoine, s'y rendent et forment des établisse-
mens ponr eux et pour leurs fanülles. De la vient
qu'on trouve dans ces parages quantité d'hommes
dignes de la plus haute estime. Entre autres per-
sonnes de ce caractere, je cite avec plaisir cet in-
trépide aventurier de la Caroline du nord, qui
joue un role si distingué dan s l'histoire du Ken-
tucky, le vénérable colonel Boon. Ce respectable
vieillard, dans la quatre-vingt-cinquieme année
de son age, réside sur la riviere de Sel, l'un des
affiuens du Missouri· dans la partie supérieure de
son cours. II est entouré p~r une quarantaine de
familles qui le regardent comme leur pere, et qui
vivent sons une espece de gouvernement patriar-
cal dirigé par ses avis et son exemple. Ce ne sont
point des gens nécessiteux, que leurs lllalheurs ou
leurs crimes out fait fuir, COlUlue ceux qui s'étaient


l.2




( 178 )
:rétlIlis a D~lviJ, (1311S la caverne d' Adullu·m : íIs
menent lous une vie sage, et posseoent générale-
mellt plus que les dIoses nécessaircs a I'existence.
Ils ont émigré par gout. Peut-etre ont-ils agi pru~
oernment en se plac;ant loin du tumulte et des dé-
ceptions du monde. Ils jouissent dans leur petite
société d'un repos parfait et d'un honhel1r réel,
qui ne sont point L'lits pour une société plus nom-
breuse ou un gouvernement devient nécessaire. La
ils sont vrainIent libres; affranchis meme de 1'ac-
tion des lneilleurs gouvernemens qui existent, iIs
ne sont en hutteni aux folies de l'ambition, ni a la
contagion de l'esprit de parti. Ce n'est pas la un
des véhicules les moins puissans pour pousser
l' Anglo-Amérlcain a aller s'enscvelir au Iuílieu des
déserts (1).» ,


( 1) Le scigneur des déserts, Daniel Boon, bien que son
reil soit un peu éteint et ses membres affaiblis par une vie
longue et aventureuse, tire encore un oiseau au vol avec
eette adres s e qui, dans ses jeunes années, excita l'envie des
chasseurs indiens ; et iI promEme ses regards sur la fameuse
riviere duMissouri, avec des sentimens presque aussi
vifs que Iorsqu'il découvrit avec des yeux plus pcr~ans
la fameuse ripie re d'Ohio. Le tombeau de cet ami de la
nature, de la vie active et de l'indépendancc ahsolue, sera
contemplé par les générations futures avec le meme res-
pcct que les Grecs avaient po u!' ceux de leurs dcmi-dicux,




( 179 )
. Un exemple/rappant de ce InéJange de gralldeur


d'ame et de férocité qu'on trouve souvent chez les
demi-sauvages des frontieres, a été offert dans la
derniere guerre par le louisianais Lafitte. Quelque1l
annéesavant qu'ellen'éclatat,il s'était misa la tete
d'une troupe de hannis de toutes les nations de la
tcrre, et s' étai t établi sur le sommet d' un roche r inex-
pugnable, au sud-ouest des houches du Mississipi;
Souslepavillon des patriotes del' Amériqueméridio-
nale, ces piraLes pillaient a leur gré tous les navires
qu'ilsrencontraient, et débarquaient leur butin en
fi'aude danS'les criqucsles plus isolées du Mississipi,
avecuneadressequinlettait en défaut t.ous les «2lgens
du fisco A la longlle les déprédations de ces proscrits·
ou des Baratariens (ainsi qu'ils s'appelaient eux-
memes dlulOnl del'ile Baratarialeur repaire), devin-
rent in tolérab les, et le gouvernement des É ta t8-U nis
détacha une force navale contre leur petit Tripoli.
L'établissement fut détruit et les pira tes dispersés;
mais a peine la flottille américaine sefut-elle retirée,
que Lafitte rasselubla de llouveau ses compagnons,


Cet homme singulier semble s' etre peint dans. ces paroles
. simples et touchantes: «( N ulle ville populeuse , avec toute
la richesse de son commerce et la majesté de ses édifices
publics, ne pouvait procurer a mon ame autant de plaisir
(Iue la vuc des beautés de la llattlre que je trouve ,ici ))


12.,




( 180 )


et reprit possession de son rocher ~ L'attention dd
~ongres étant alors détournée par la guerre, il put
écumer le golfe tont a son aise, et il tourmenta
tellement les cabotenrs, que W. Clairborne, gou-
verneur de la Louisiane, mit sa tete a prix.


Cet audacieux flibustier, poursuivi par le gou-
vernement américain, parut aux anglais propre a
favoriser leurs desseins. lIs savaient qu'il connais-
sait toutes les pass es des nombreuses bouches
du Mississipi, et ils chercherent a s'assurer son
assistance pour l'attaque projetée par eux contre
la Nouvelle-Orléans.


L' officier anglais qui commandait les forces dé-
harquées a Pensacola pour l'invasion de la Loui-
siane, entra en négociation avec le chef des Bara-
tariens, auquel iI offrit des récompenses qu'il crut
faites pour len ter sa . cupidité et son ambition (1).
Le pira te feignit de goíiter la proposition; mais
ayant adroitement tiré du colonel Nicholls le plan
de l'attaque projetée, il repoussa ses offres avec le
plus orgueilleux dédain( 2) ,et expédia sur-Ie-champ


(1) On offrit a Lafitte le grade de capitaine de vaisseau
dans la marine anglaise, et une somme de 30,000 dollars
( plus de 150,000 fr. ) payable ou il voudrait.


( Note du traducteur).
(2) Les divel'ses l'elatio'JlS de cette aff"il'c que nQUS aVOlli




( 181 )


Un de ses plus fideles compagnons vers le gouver-
neur qui avait mis sa tete a prix. JI l'informai t
des projets de l'ennemi, et lui offrait l'assistance
de sa petite hande, a la: selllttrcondition d'une am-
nistie pour le passé. Le~ouverneur, quoique touché
de cette preuve de magnanimité de la part ~e La ..
fitte, hésitait a accepter S011 offre. Celui-ci tint lléan-
moins ses corsaires prets a marcher a la premiere
invitation,et continua d'épier et defaire connaitre
les mouvemens de l' ennemi. Le danger étanl de-
venu plus urgent et les preuves de la générosité de
Lafitte plus multipliées, le gouverneur crut pouvoir
se fier a lui; illuiaccorda, ainsi qu'a ses~olll:pa­
gnons, le pardon de Ieurs offenses envers 'larépll-
hlique, et les appela a la défense de la Nouvelle-




ea occasion de consulter dans nos recherches sur l'histoire
maritime des trente dernieres annécs, portent que Lafitte
continua 4e dissimuler , et, en éludant une réponse précise,
chercha a gagner du temps, ce qui est d'autant plus
probable, qu'en éclatant il s'6tait les moyens de rendre
aux Amérieains le serviee important qu'il méditait. Nous
croyons aussi que Lafitte n'était pas Louisianais, mais
F ran~ais, commandant u~ corsaire de la Guadeloupe , avee
lefjuel, lors de la prise de eette ile par les Anglais , il était
\l.llé se ~réfugicr a la Cote ferme, ehez les indépel1dans.


(Note du traducteur ~




( 182 )


Orléans. lIs oLéirent promptClnent, et servircnt
avec une valeur, une fidélité et une honnc con-
duite, qui ne furent point surpassées par les meil~
leurs volontaires de la république (1 ).


Je n'ai tracé qu'une simple esquisse des grandes
divisions de cette république : un sujet de ce genre
n'exige pas beaucoup de précision, ou du moins
mon pinccau n'est pas assez habile pour lui en
donner davantage. Je vous prierai toutefois d'ob-
server 'qne la naissance des nouveaux états a tendu
a ,consolider l'Union; et que l'eur ~mportance
croissante pl'oduira probablement le meme effet.
Ce résultat trolllpera les calculs de ces politiques
a Iongue vue, qui out prédit qu'a lllesure que les
parties de ce grand édifice politique augmente-
raient en nombre et en force, le ciment qui les ~je
se dissoudrait, et que plus les intérets de la
société agrandie deviendraient dilférens, plus elle
serait troub1ée par la guerre des partis.


Le fait est que toutes ces savantes prophéties
touchant l' Amérique ont été démcnties. On vous
avait dit qu'elle était trop libre, et sa liberté a fait


(1) Vinfatigable Lafitte ar])ora de nouveau le pavillon
oc Carthagene, mais pour faire la guerre d'une maniere
plus réguliere qu'auparavant. Je pense qu'il a rendu des
services signalés a la cause des patrio tes.




( 183 )
5a sécul'ité; flu'cllc éLait trop pacifique, el dIe a
hien su se défendre; enfin qu'elle était trop grande,
et sa grandeur en croissant a augmenté 1'union de
ses états. Ces nombreuses républiques répandues
sur un territoire si vaste, embrassant tous les cli-
mats et possédant toutes les diverses productions
de la terre, semblent destinées, dans la suite des
iemps, a former a elles seules un monde entierement
indépendant des richesses et de l'industrie ~e tou-
tes l~s autres parties du globe. Chaque jour elles
apprennent de plus en plus a conlpter les unes SU1'
les aulres pour se procurer les divers articles né-
cessaires pour la nourriture etl'habillement; quant
au prenúer hesoin de l'homme apres cetu"':ci, le
hesoin de se défendre, elles ont,. des leur enfance,
été habituées a y pourvoir en comnlun. Les liens
de""l'Union sont plus n'ombreux et mieux serrés
que les étrangers ne peuvent le .. co~cevoir. Des
·hornmes qui ont versé ensemble leur sang pour la
liberté, qui savent apprécier et jouir égalCluent de
ses bienfaits, que leur sang ou celui de leurs peres
a achetés, el qui sentent aussi.'que cette liberté
qu'ils adorent a trouvé son dernier asile sur lenr
rivages; de tels hommes forment un peuple uni
'par les liens de l'amitié et de la fh1ternité plus for~
tement qu'aucune autrc nalion.


. t""'"':';';\
,",,'


~" ~;,~<\~;/




( 184 )


LETTRE XXII.


Liberté l'l'limitée de la presse. - Elections. -
E.lfet 'des écrits politiques. - Journaux. -
Débats du congreso


New-York, février 18~o.


LEs Américail1s, ma chete a!llie, sont certaine-
lllent un peuple cahne, raisonnable, poli et dé-
cent d~ns sa conduite; ils ne 80nt point enclins
a se quereller ni a ~e dire' des injures; cependant,
a lire leurs journaux, on les prendrait pour une
hande de soldats ~l~ssois (1). Une presse sans en·
traves parai( ~J,re la soupape de silreté de Ieur
constitution lihérale, et i1 semble qu'ils en sont
persuadés; car ils ne font pas plus d'attention a
tou( le fracasqu'eUe occasionne, qu'au bruit de
la machine a b<»:4 de leurs bateaux a vapem.


(1) C'est sans doute aux soldats hessois envoyés contre
les Américains par l' A.ngleterre, dans la guerre de l'in·
dépendance, que l'auteur fait allusion ici. Voyez, a la fia
du volume, une ñote sur ce sujeto


(Note du tradl&cteur).




( 185 )
Un étranger qui, en débarquant sur le sol


américa in , prendrait irnmédiatement un journal,
pourrait supposer (surtont s'il lui arrivait de dé-
harquer a la veille d'une ~lection) que l'édi-
fice politique est sur le point de s'écrouler, et
qu'il vient tout a propos pour etre écrasé sous ses
ruines; mais qu'ilne jette pas les yeux sur une
feuille publique, et iI pourra parcourir les rues
d'une ville américaine, le jour meme d'une élec-
tion,sans se douter de ce qui se passe, a moins
qu'il neluiarrivece qui m'est arrivé amoi-meme,
c'est-a-dire, de voir devant une maison urie foule
de peuple rassemblée autour d'une perche sur-
montée d'un bonnet de liberté, et des hommes
qui entrent par une porte et sortent par une
autre. S'il demande a un ami qui passe rapide-
ment aupres de lui :« Que faít-on la ? » Celui-ci
pourra lui répondre : ce On procede a l'élection
des représentans; continuez votre chemin, je
vais entrer donner mon vote, et je vous rejoin ..
drai. »


Il peut pal'altre étrange que le peuple, apres
avoir exercé les droits de la souveraineté, juge
a propos d'user de celui d'injurier les chefs de
son choix et en use sans pitié; mais quand on
considere flue dans cette démocratie, iI Y a tou-
jours une minorité quis'est vue obligé de cédcl'




( 186 )
a la majorité, la chose semhle facile a expliqucf'.
En outre de cela, un homme, apres avoir con-
couru au choix d'un représentant, peut se trou-
ver lnécontent de lui. Il s'ensuit qu'il le lui fait
savoir, qu'il l'apprend a ses eoneitoyens, et
qu'il empIoie pour assaisonner sa philippique ~
toutes les épithetes que lui fournit le dictionnaite.
Quoique eette maniere de vilipender les magis-
t1'ats lihrement ehoisis pour gouverner la répu-
blique, ne fasse pas beaueoup d'honneur au corps
social, elle porte évidemment son remede avec
elle. L'opinion publique, apres tout, est la rneil-
leure, et au fait, la seule censure eHicace de la
presse. En Amérique 011 la trouve suffisante,
tandis que dans d'autres pays on a en vain re-
eours aux amendes, aux emprisonnelnens et aux
exécutions.


Jamais les papiers publics ne furent plus vi-
rulens qu'apres la déconfiture du parti fédéralist~,
en 1805; et jamais les traits de la calomnie ne
produisirent moins d'eifet que sur les sages ma-


. gistrats que le peuple avait alo1's investis de sa
confiance. Le discours de M. Jefferson, apres sa
scconde nomination a la présidence, eontient
tluelques réflexions d'une application si générale,
que jc suis tenlée de les soumeltre a votre at-
lcntion.




( J87 )
« Pendant le cours de notre adminislraLíon; el


dans le hut de la trouhler, l'artillerie de la prcsse
a été pointée contre HOUS, chargée de tout ce
que la licence pouvait imaginer ou osero Ces abus
d'un instrum..ent si utile 'el la liberté ainsi qu'a la
science, doivent etre vivement -déplorés, en ce
qu'ils tendent ;}} diminuer l'idée de son utilité,
et a en compromettre l'empIoi. Peut - etre eut-oIl
l)U corriger, ces abus au moyen des punitions sa-
lutaires portées par les lois des divers états de
l'Union coutre la calomnie et la diffamation; lnais
des devoirs plus pressans occupaient le tenlps des
serviteurs du peuple ,etJ'on a lais.sé les coupables
trouver leur chtltlmcnt dansl'indignation publique.


) D'un autre coté, il n'était pas sans intéret
pour le ul011dc qu'une expérience fút faite li-
brelnent el pleinement pour connaitre si la
liberté de discussioll sans l'assistance du pou-
voir n'est pas suffisante pour la propagation el
la protection de la vérité; si un gouvernement se
conduisant selon le véritable ~sprit de la consti-
tution qui ra établi, 1110ntrant du zele et de 1'in-
tégrité, et ne faisant aucun acte dont iI ne vouIut
pas que le monde eutier fut témoin, peut etre ren-
versé pa.r la calomnie et la diffamation. L'ex-
périence a été faite: vous en avez vu le résultat.
Nos concitoyrns ont observé tout avec calme eL




( 188 )
sang froid. lIs virent la source cachée d'ou tt)us
ces outrages découlaient; ils se rallierent autouf'
des fonctionnaires publics de leur choix; et
quand la COl1stitution 'les appeL'l a porter une
décision par leur suffrage, ¡ls prononcerent un
wrdi:ct honorable pour ceux qui les avaient
~ervis, et consolant pour les amis de l'honune,
(lui pensent qu'on pent et qu'on doit luí con-
fier la direction de ses propres affaires. On n'en-
tend pas conclure ici que les lois rendues par
lesétats de l'Union, contre les publications ca-
lomnieuses et diffamatoires, ne doivent pas
etre appliquées. Celui qui en a le loisir renel
service aux 'mreurs et a la tranquillité publique,
en réformant les abus a l'aide des moyens coer-
citifs que lui':donne la loi. l\lais l'expérience
est citée p~ur prouver que, puisque la vérité et
la raison se sont soutenues contre de fausses opi-
nions basées sur des faits faux, la presse exige
pen de restrictions légales. Le jugement public
rectifiera les faux~.faisonnemens et les opiniol1s
erronées, ce qui s'opérera en écoutant toutes les
parties , et aucune autre ligne de démarcation
ne pent etre tracée entre l'inestimable liberté de
la presse et sa licence déllloralisante ( 1). »


( 1) Le discours prononcé par J efferson, lors de sa p:re~




( 18g )
11 n'y eut jamais de pays 011 un détnagogue


put avoir lnoins d'influence que dans celui-ci. Le
citoyen apprend ici a ponser par lui-meme.
Fiel' de son titre et de ses droits de souverain',
son orgueil se révolte contre l'idée de soumettre
son jugement a ceux qui voudraient se faire ses
guides et ses instituteurs politiques. Il observe les
faits , examine la concluite de ses fonctionnaires
publics, el prononce en conséquence.La sédi-
tion peut ici sonner l' alarme tont a son aise; per-
sonne ne l'écoute. Les yeux sont fixés sur la
machine da gouvernement; et tant qu'elle marche
bien, les servit.enrsquila mettent. en,mouvement
sont soutenus par le suffrage national.


Si les vaines déc1amations répandues par la


miere nomination a la présidence, en 1801, n'est pas moins
remarquable que celui dont on viellt de lire un fragmento
Nous possédons un exemplaire de ce discours imprimé en
quatre langues, savoir, en anglais, en fran~ais, en ita-
lien et en allemand ; et nous eroyons faire plaisir au lec.,....
teur en lui offrant la traduction fran~aise d'unmorceau
si admirable, tant par les sentimens de philantropie et
les idées de liberté qu'il renferme, que par la maniere
simple et noble dont ils sont exprimés. (royez a la fin
du volU1uc.)


( Note da, traducteur).




( 190 )
presse passellt sans qu'on y prennc . gaI?(1e,
les raisonnelnens qu'elle propage, s'ils 80nt justes.
et appuyés sur des faits, exercent une puissance
supéricure a tout ce qu'on connalt en Europe.
lei, iI n'y a point de populace. Un oratenr OH
un écrivain doit, pou!' arrive1' an ereur des Alné:...
ricains, se frayer un chelnin a travers leur raison.
Il fant qu'ils pensent eomme lui avant ele sentir
COI1UllC lui; mais une fois qn'ils en 80nt venus
la, rien ne' saurai t les empecher d' agir commc
iI le leur conseille. C'est ainsi que l'cffet produit
IJar le Sens commun 'sur l'esprit public, en pro-
dnisit un analogue dans les mesures publiqw:!s;
iI déferla (l) le drapean ele l'indépendance.
Avant ce temps, l'éloquent Patric1( Henry
avait réveillé la Virginie, et lui avait luis les


(1) Aucun mot de notre Jangue ne saurait rendre .aussÍ
bien le mot anglais unfurled. Le verbe déferler, termc de
marine, pourrait tres bien, comme une foule d'autrcs
motS empruntés aux. sciences et aux arts, passer dans le
langage ordinaire. On dit d'une voile pliée sur sa vergue,
d'un pavillonroulé autour' de son }Jaton, qu'ils sont ferlés;
les déployer s'appelle les deferlel'; maí:; ce dernier mot,
qui a encore d'autres applications et qui présente a l'esprit
plusieurs im~ges, nous a paru préférahle a tout autre.




( 19[ )


armes a la nlain; Diclwnson, par la plus adluÍ-
rabIe série de raisonnemens, avait amené le
peuple a calculer les inévitables résultats des
actes du parlement britannique,\tet l'encouragea
dans cet esprit de résistance qui rachéta les
libertés du genre humain. Pendant toute la
lutte révolutionnaire, il n'y eut pas un parn-
phlet, un conte, une chanson, qni n'exer~at son'
influence sur les affa!res publiques.


Les écrits du gTand et bon Franklin, le 80-
crate des temps rnodernes, le pere de l'Alué-
rique indépendante, et l'oracIe de ces hornmes
d'état philosophes, que la voix ,publique a ap-
pelés au timon du vaisseau de la république ,
depuis la premiere élection de M. Jefferson,
exercent encore aujourd'hui lcur salutaire in-
fluence sur le caractere national, et par conséquent
sur les l11esures nationales. Vous ne sauriez entrer
dans la rnaison d'un fermier, Oll dalls la hutte en
hois (1) d'un habitant des terres nouvellelllent
concédées, sans y trouver les reuvres du sage
que l' Arnérique révere. Ses apophtegmes et ses
paraboles sont gravés dans la nlémoire de l'en;,..
fant; sa vie écrite par lui-n1(~me est le 'mauuel
uu jeune homlue lorsqu'il entre dans le 111onde;


(1), V oir la note, tome 1) 'Pa.~e 2/18,:,




( 192 )
ses principes vrailnent divins -de justice, d11U...!
lnanité, de tolérance, d'activité, d'économie,
de frugalite, de philantropie et de liberté,
t~glent l'administration de tout hornme d'état
}1atriote, et la vie privée de tout citoyen ver-
tueux.


Un journal énergique et bien rédigé, Le Fédé-
raliste (1), htüa considérablement l'adoption et
la consolidation paisible de la constitution fédé-
raIe ; quantité d'autres écrits furent COII1posés et
publiés dan s les memes vues. Les resolutíons
adoptées par la législature de Virginíe, en 1799,
lesquelles rédigées par MM. Jefferson et Madi-
son, déclaraient que le con gres avait excédé les


. . 1 . . , , .1'" , ,,'\ \. pouvOlrs qtU UI avalent ete uelegues, nxereu\.
rattention de la nation tont, entiere, par la
"raison que cette déclaration étaít appuyée par
des faits "qui avaient déja occupé le public, et
qui prouverent la vérité de l'accusation. IJa
Branche d701ivier, ouvrage de M. Carey, (2)


( 1) Le rédacteur de ce journal était M. Dickensol1, a:u-
teur (les Lettre( du Fermier.


(2) M. Carey, libraire et homme de leUres, a publié,
il Y a deux ou trois ans , un livre curieux intitulé lreland
Pindicated ( l'Irlal1dc justifiée), ct dont il est a la fois
l'auteur et l'éditcur.




( 193 )
libraire famé et habitan! patriote de PhiladeI-
phie, produisit, dit..:'{)ni , la plus. grande sensa-
tion qu'ait exciféc ~ú~un é~rit politique depuis
le Sen8 r:OlnmulZ. Son b~t: ostensible était de'
cimenter l'union entre les deux anclens partis
démocrate et fédé~élliste; luais en 'énumérant
leurs fautes réciproques, iI en imputa une si
grande quantité au, deruier, qu'il n'était plus
guere possible de le, soumettre par la douceur.
Cet ouvrage déconcerta les m,éconten~; et peut-
etre aussi les poussa ~ des actes· d'une plus
grande inconséquenée, les f01'9ant ainsi a tra-
vailler contre elL~ - .Illemes. Quoi qu'il en soit,
le mérite et l'lltilité-ae la' Branche dJOlivier,
furent sentis et avoués raer toute 1~ nation:
treize éditions de eet ouvrage furent enlevées
avec la rapidité de l'édair, et iI rassa dans les
lIlains de tous les citoy~ns 'de la repubÚ.qÚe. "


Il est impossihle qll'aucun pays du monde
soit plus compIeteInent . inondá de journaux que
celui-ci. On en a non-seulement eu' anglais, mais
encare en fran~ais et en hollanda:is, et iI en paraitra
bientótprobablement quelques-uns en espagnol.
Ce n'est pas ici par amusement, mais par devoir,
que chaque citoyen ~herche a connaitre ce que
font les fonctionnaires publics; il dait premiere-
ment exarnlner la canduite dll gouvernement




( I!Jí )
géllél'al, el ensnÍt<: ceHe de la législature de l'élJt
dont jJ est habitant. Indépeudanlment de cela, i1
faut encore qa'il sache ce qui se pass e dans les
autres états de l'enion. l\lajs COITnne ]e nomhre
de ces états s'éleve aujourd'hui a yingt-deux,
sans' compter quelques autres qui se forment,
il Y a assez de llwtieres relatives a la })olitique
intérieure pour remplir les pages d'un journal;
vierit ensuite la pol~tique de l'Europe (Iue, soit
dit en passant, je pense qu'on enten<1 souvent
mieux ici que de votre coté de l' Atlanti(lue ;
un autre sujet plus intéressant ponr les Amé,....
ricains leur est fourni par les amlires deleurs freres
du. continenl 1l1éridioual. Qnantité de généreux
cítoyens de ceHe république out hasardé lenr
vie et lenr fortune ponr servir une canse qui
présente une si forte ressenlblance avec ceHe pour
laqueHe etlx ou leurs peres ont arrosé de lenr
sang le sol ou i]s ont pris naissance. Le gouver-
nement de l'Uníon a expédié divers agens
chargés de rnissions amicales aupres des gon-
vernemeils des républiques de l' Amérique méri-
dionale; missiol1s dont je pense que vous lirez les
détails avec beaucoup d'intéret (1). Outre ce qui


(1) Ces détails se trouvcnt dans des ouvrages puhliés Cll
Amérique, mais «out la plupart n'ont pas encore été tra-
duits clans notre langue. (1Vote da tradnclntr.)




( 19,') )
a rapport ~l la politiquc, cette multitude de ga-
zeUes et de journnux contiellnent une variúé
étolmante d'artic1es de tous gen res ; iI n'exisl e
'pas un sujet dans les diH-ercntes bra'nches des
connaissances humaines qu'-ils ne traitent d'une
'lnaniere quelconque, et assez souvent avec une
rare hahileté; et les faits qu'ils citent, ainsi que
les principes généraux qu'ils défendent, sont en
général tres utiles á la société. L'animosité de
})arti qui, parfüis, dépare leurscolonnes, paralt,
cornme je vous l~ai dit, plus riclicule que per-
nicieuse; dans tous les cas, c'est un nlal qui
vient a la 8uite de la liberté, et que, par égard
})our la bonne compagnie ou il Se trouve, la 'ré-
publique peut bien con sen tir a supportcr.


Ainsi que vous l'aurez remarqué en lisant les
débats du cOlIgreS, cette scurrilité ne pénetre
jamais dans le sénat. Le langage des représen-
tans de la nation, quelque chalenr qu'ils 111et-'-
tent dans 1eurs argunlens, est toujours décent et
poli. A l'époque nH~nle oú le sén'at et le peuple
étaient si vivement agités par les querelles du
parti délllocrate et du parti fédéraliste, jI ne se


, ,. , l' presenta qu une Clrconstance ou on manqua
ouvertement au respect dú a la charnbre. Il faut
dire qu' en eette occasion l'indécence fut poussée
au dCJ'nierdegré. Vn melubre donna un démenti


13 ~




(1 nG )
forme! a un autl'e ({ui se jeta sur luí et le ter·-
:l'assa; tous deux furent expulsés de l'assem-
blée.


Le ton adopté dans les débats du eongres a
été, pendant nombre d'années, digne des plus
heaux jours du sénat romain; l'éloquence et la
justesse de l'aiSOnnenlellt qu'on y déploie ne
.sont pas moins remarquables que la modération
qu'on y conserve iu\'ariablement; je pense que
ee.tte IrlOdération, si différente de ce qu'on ob-
serve dans la ehambre des communes de l' An-
.gleterre, peut etre ·attribuée a ce qu'ici iI n'y a
pas de majorité ni de minorité constantes. On y
voit üne lutte franche entre les opinions, et
non pas les principes en guerre avec le pouvoir.
Comme les membres qui diffekent de sentiment
aujourd'11ui, peuvent se trouver demain dan s
la meme n13jorité, il est raré que l'animosité per-
sonnelle se Eneje á une opposition. poli tique ;
d'un autre coté, les grands principes de justice
et les droits de l'homme qu'on invoque si con-
stamment dans la chambre <;les représentans, sont
propres a imprinler de la dignité a la politique
nationale. Le vaisseau de l'état doit etre piloté
sur le vaste océan de la liberté el non pas dans
le canal tortueux des convenances politiques.
L'ame de l'homnle d'état enlhrasse l'ünmense




( 197 )
perspective qn! se déploie devant lui; les prin-
cipes généreux qui forment ses armes offen-
~jves et défensives, le disposent a combaUre son
adversaire avec une courtoisie chevaleresque;
il le presse vivement, iI l'attaque de tous
cotés, lui porte des coups terribles et pré-
cipités, et se montre impatient de le vaincre;
mais iI ne cherche pas, en l'injuriant, a obtenir
sur lni un avantage qui ne l)ol1l'rait que
nuire a sa cause, et ternir l'éclat de son
triOluphe. ""-


On peut penser, an reste, qu'iIn'est pas pro-
hable que les invectives et les insultes person-
nelles fussent tolérées dans une assemblée eom-
posée d'hommes également fiers et également
libres. Les institutions politiques de ce pays
expliquent eette particularité qui, si souvent,
excite la surprise des étrangers, habitués en Eu-
rope a eompter sur le brnit et le désordre , la
("\ rr'.('[ne la liberté.




LETTRE XXIII.


Education des Alnericains. - Colléges jJu-
blics. - Regime des éco/es. - Condition des
fenzmes.


Ncw-Y olk, févricr 1820.


L'ÉDUCATION de la jeunesse, qu'on peut regarder,
roa che re amie, COlnme formant la base du gouver-
nement américain, est devenue une affaire natio-
nale dans tous lesétats de l'Union. Aussi les obser-
vat.ioDs faites sur ce sujet, dans l'uo quelconque de
ces états, peuvent-eI1es etre eonsidérées eomme
s'appliquant plus ou moins a tous les autres. La
partie de eette vaste eorifédération qlu apporta
le plut6t un soin attentif a l'édllcalion de ses ci-
toyens, fut la Nouvelle-Angleterrc. Cela vint pro-
habl~nlent du caractere plus démocratique de ses
institutions : la liberté et la science se donnen!
toujours la maín.


Si la poli tique nationale de fluclqucs-uns des




( 199 )
états de la NOll\cllc-Angletcrre fut par fois bl.\-
lnable, l'administratlon intérieure de tous ces
états raclH~te amplement ccs torts. Il n'y a pas
de société plus véritablement vertuense dans le
Illoude, que ceHe qu'on trouve dans les délnocra-
ties de 1'est de l'Union. La beanté de 1eu1's villages,
la propreté de leurs lnaisons, la simplicité des ma-
nieres de ceux qui les habitent, la sincérité de
lenr religion, dépouillée en grande partie de son
ancienne austérité cahiniste, lcurs coutumes sa-
ges, lenrs mreul'S purcs et leurs lois hn111aines,
doivent cOlnmander l'admiration et le r.espect de
tout étranger. Je fus singulierement frappée, dans
le Connecticut, de l'aspect des enfans que je vis,
propremcnt vetus, le sachet au bras et le visage
rayonnant de joie et de santé, salner les passans
en se rendant par troupes a l'école. Ce salut, ih
11~ l'adressent pas an l'flllg, llmis a l'age. Se111-
blables aux jeunes Sparliates, les enfans appren-
nent a saIner respectueuscment leurs supérieurs
en années; et la candeur et la lnouestie avec
lesquelles ces intelligentes petites créatures ré-
pomlent aux questions de l'étrallger, plairaient a
Lycurgue 111i-nH~me.


L'état ele Connecticut a destiné un foncls cl'un
núllion et demi de dollars a l'entretien des écoles
publiques. Dans cclui de V ennont, une cel'tainc




( 200 )


portion de terres a été distraite par chaquc. con-v
mune, et les produits en sont affectés au nH~me
objeto Dans les autres états, chaque commune
s'impose elle-rncrne pour le montant des sornmes
l1¿cessaires aux frais d'écoles ou l'on enseigne la
lecture, l'écriture et le calcnl a toute la popula-
tiOll. Dans les grandes viHes on enseigne aussi
a ces écoles la géographie et les élémens de la
langue latine. Ces établissemens entretenus sur
les deniers puhlics sont onverts a la jeunesse des
deux sexes du pays. D'antres éeoles d'un ordre
plus élevé sont égalenlent entretenues dans les
distriets les plus peuplés, nloitié sur des fonds
spéciaux, et moitié au lnoyen d'une légere rétri-
bution exigée de chaque écolier. L'instruction
donnée dans ces écoles dispose la jeunes~e a reee-
v/oir ceHe qu'on lui donne dans les eolléges des
états, qui en possedent chaeun un au moinsr
L'université de Cambridge, daus l'état de 1\iassa-
chussets, est le plus aneien et, je crois, le plus
distingué de tous les établisselnens de ee genre
existans sur le territoire de l'Cnion.


Peut-etre le nombre de colléges fondés au sein
de cette grande famille de répuhliques n'est-il
pas, en général, favorable a la naÍssanee d'uni-
versités fameuses; mais il remplit rnieux l'oLjet
qu'on se propose, d'élever, non quelques sujets




( 201 )


tres savans, lnais une nation éclairée el libé-
raleo


Le nombre des universités, dans toute l'Union,
lnonte aujourd'hui a quarante-huit. Les plus re-
nommées sont : l'université d'Harward, a Cam-
lJridge, pres Boston, fondée en 16g8; le collége
d'Yale, a New-Haven, Connecticut, fondé en
17°1; Nassau-Hall, a PrincetoIl, New-Jersey,
fondé en 1738; le collége de Colombia, N ew-York,
fondé en 1754; le collége de Dartmouth, New-
Jlampshire, fondé en 1 769; et le collége de Guil-
bume et Marie, en Virginie, fondé en 1791. La
plupart des colléges de l'Union sont amplement
dotés par les législatures des -états auxquels ils
appartiennent. Ceux des nonveanx états le sont
avec munificence par les lois du congres, qui affec-
tent a lenr entretien de belles portions des terres
nationales. Dans l'Ohio, par exemple, la trente-
sixieme partie de tout le territoire de ce riche
éta t a été concédée ponr cet objet, et distribuée
de InarlÍere a donner le plus de produit possible.
Dans quelques autres des nouvea~lx états, tel que
ce]ui d'lllinois, les dotations sont encore plus li-
béralcs. Quelque nombrcux et bien dotés que
soient les établisseluens ponr l'éduc:ation de la jen-
nesse, dans les états voisins de l' Atlantique, avant
un siecle,' ils paraitront peu de chose en compa-




( 2U2 )


r.ai~on <le celJX des états de l'OllCSt. J'ai tléja en
occasion, daus une précédente lettre, de parler
de l'académie de VVest -Point, instituée pour ré-
pandre une bOllue instruction lnilitaire dan s tont
le pays.


11 est inutile d'entrer dans le détail des regle-
mens intérieurs des différens états de l'Union rcla-
Üverrlent a l'instructiQn nationale. L'enh'lnt de
~out citoyen, quels que soient son sexe et sa
couleur, a droit de participer a cette éducation,
et des fonds suffisans ponr suhvenir aux frais de
son instruction sont faits , soit sur les rcvenus de
terres affectées a cet objet, soit au moyen de taxes
imposées tantot par la législature et tantot par les
conlillunes. Nonobstant la généralité de ces dispo-
sitions, il peut tlrriver parfois, a raison de ce que
dans certains distri.cts la population est plus
éparse, et de ce que clans cl'autrcs elle conlicnt un
11lélange de population étrangcre, que les connais-
sanees soient inégalement répanJues. Les Allc-
nlands> de la Pensylvanie et les liollandais de l' état
de New-York sont en pleine possesslon un te]n-
pIe de l'Ignoranee; et t1'ois ou (luatre générations
n'ont quelquefois pas sufli pour détruire leur dé-
votion a la stupide diviuilé <lue 1'homme a SI IOllg-
temps adorée. Cepenuant les écoles allemandes
ont beaucoup contriLué au renvcrsclllcnl de l'i-




(203 )
dole, et 1'011 pcut préSUll1Cr (Inc l'obslÍnatioll gcr-
InanirIllc, si forte qu' elle soit, se laissera vaincrc a
la fin, et que les Allemands échangeront leul' al-
phabet contre cellli du pays.ll y a vraituent quel-
que chose d'inexplicable dans ce qu' 00 nomIne
caractere national, et qui se 1110nt1'e partout si
distinctement luarqué. Dans l' espace d'une dou-
zail1c d'années, les Frangais de la Louisiane se
sont presque amalgamés avec leurs nouveaux COID-
patriotes, el enseignent plus ou moins a leurs en-
fans la Jangue de la nation américaine, tandis
que les lIol1andais de Comrl1unie-Paw, sur le ri-
vage de la baie de New-Yor~, ont mis. un siecle
pour apprendre une demi-douzaine de mots an-
g1ais (1), ct pour acquérir le quart d'une idée non·
vene.


(1) Ccci doit paraitre d'aut::mt plus extraordinaire,
que presque toutes les rdcines saXOIlCS de l'anglais exis-
tent dans le hollandais, ainsi qu'une grande portion de
cette immense :quantité de ll10ts franc;ais dont s'est en-
richie la langue britannique; et que, toute la différence
consistant dans les désincnces et la prononciation, dont
les modifications d'aillcurs sont uniformes, iI sufllt de
saisir quelqucs analogies fúrt simples púur transformer
un langagc dans l'autrc.


(Note du tradllClPflr.)


.,t;t.~
:..,.:~.:ifj~




( :>.04 )
Si l'on doit chcrcher l'explicalion des lnreurs ee


¿u caractere d'un peuple dans ses institutiollS lla-
tionales et l'édueation premiere des individus qui
le composent, le earaet<~re de l' A.méricain s' ex-
plique facilement. L' étranger est surpris, au pre-
mier abord, de trouver chez un citoyen ordinaire
cette intelligence et ces sentimens qu'il a été habi-
tué a chercher dans les écrits des philosophes ou
dans la conversation des hommes les plus éclairé&
de son pays. La meilleure partie de notre éduca-
tion, dan s l'ancien monde, consiste a désappren-
are. Il faut que nous désapprenions en revenant
de nourrice, en sortant de l'éeole, et souvent nous
désapprenonspendant toute notre vie, ponr
quitter ]a scene avant de nous etre débarrassés de
toutes les idées fausses qu'on avait implal1tées dans-
nos jeunes cerveaux. lei, toute cette peine est
épargnée. Les impressions re0ucs dans l'enfance
sont peu nombreuses et simples comme tous les
élémens des saines connaissanees. Toutes les idées
que-l'on acquiert sont tirées du livre de la vériLé,
et embrassent des principes souvent inconnus du
savant le plus aecompli de l'Europe. La maniere
dont l'édueation e~t dirigée ici n'est pas non plus
sans influence ponr former le caractere. Je me
sens du moins disposée a luí attribuer eettc dou-
ceur et cctte affilbilité de lnallieres (1' ti distiuguclll




( 205 }


l' Américaiu. La rndesse engendre la rudesse, et
la doncenr enfanle la doucenr. J'ai sonvent OUl
di re par des colons des lndes occidentales, qu'un
esclave devient toujours le plus dur conducteur
d'esclaves. Il est bien connu dans les écoles d'An-
gleterre que l'écolier qui a été le plus rossé devient
a son tour le plus cruel tyran de ses camarades, et
sur un vaisseau de gnerre anglais il se trouve sou-
vent que le chef inflexible sur la discipline a appris
sa rigidité a l'école de la souffrance. L'Américain,
clans l'enfance, dans l'age mÍlr, ni dans la vieil-
lesse, ne sent jamais la lnain de l'oppression. Les
c1ültimens corporels sont formellement interdits
clans les écolcs, dans les prisons, dans l'armée et a
Lord des véússeaux; enfin partout oú une autorité
s'exerce, elle doit etre exercée sans avoir recours a·
l'argument des coups.


Il n'y a pas long~temps que, dans un état voisin
de ce lieu-ci, un maitre fut renvoyé' d'une école
publique pour avoir baUu un enfant. Le petit ham-
hin passa toutd'un coup dli role de criminel a
celui d'accusuteur: « Osez-vous hien me frapper,
s'écria-t-il? vous etes mon instituteur, et non pas
mon tyran. )) Toute l'école se souleva aussitÓt;
l'aflhire fut examinée, et le maitre renvoyé. On ne
chercha point d'excuse pour un ch&timent pros-
crit, dans la gravité de la faute qui a.vait pu le pro~




( ~HiG )
voquer; onpensn que l'horllmc qui ne pouyait-pas
lnaltriser ses passions n'était pas nút ponr répri-
lller les passions des autres, et qu'en outre, iI avait
enfreintles reglemens de l'école et pcrdu lerespect
de ses écolicrs. L'enfant, ainsi exempt du joug de
l'arbitraire, acquiel't des sentimens et contracte
des -habitudes qu'il conserve pendant tout le cours
de sa vie, et sent son importan ce comme hOillrne
et comnle etre ·pensant; et il apprend a regarder
la violence comnle aussi déshonorante '¡lour celni
qui l'exerce que ponr celui qui s'y soumet. Vous
COl1cevrez, d' apres cela, COlumen t les semen ces de
la fierté et de la donceur germent ensemble dans
la meme ame. C'est peut-etre dans le mélange con-
venable de ces deux qualités, qui se tempercnt
l'une l'autre, qu'on trouve ici la perfectioIl <In ca-
ractere national et du caractere individuel.


'Ponr ce qui regarde l'édncation des fClllmes, la
Nonvelle-Angleterre semble jusqu'a présent avoir
été particulierenlent libérale. Les danles des états
de l'Est possedent souvent les connaissances les
-plu~ ~Gllde~, le~ lt\ncg\.\.e'6 müdesne'6 et mbne les
langues mortes, et une vaste érudition ; par une
conséquence l1aturelle, leurs rnanieres sont plus
composées que ceHes de mes jcunes et vives amies
du district OÚ je nle trouve. J'ai déjá mentiol1né
dans une de mes prenlieres lettres, que l'attention




( 20'7 )


pnbliquc est mainlcnant dirigéc·partout VCl'S l'édu-
calion des femmes. Dans queI(lues états on a établi,
80118 la 81u~veillance de la légis1ature, des éco)cs
oú ron enseigne aux filIes les différentes branches
de la science (liJe fen votre ami, le docteur Rush.,
regardait cotlnne si essentielles.


DallS les antres pays, il pcut paraitre d'une
faible consé(Iuellce d'inculquer dans l'esprit des
femmcs les principes dll gonvcl'nemcnt et les ob1i-
gations du patriotisl11e; mais il fut sagelnent pensé
par le vénérable apotre de la liberté , c10IÍt Je viens
de tracer le nom , (pIe dans un pa ys Oil uIÍe mere
cst chargée de furmc!' un jcune esprit destiné a
jnger un jour des lois et a soutenir les libertés de
la répnblique, cette lucre elle-melue devait com-
prendre ces ]ois et apprécicr ces ]ibertés. En Amé-
rique, les avantages personnels et les arts cl'agré-
llIeHt devraient passer apres une solide instruction.
Il en est parfaitemellt ainsi chez les honuues, maie
les femmes sont trop élevées a la n13niere euro-
péenne. Le fran~ais, l'italien, la clallse, le dessin,
occupent les momens du bean sexe, qni trop com-
lllunément s'y livre avec nonchalance, tandis que
l'autre s'applirIlle sériellsement a l'étnde de la phi-
losophie, de l'histoire 1 de l'écol1omie politique et
des sciences exactes. II suit de B. qne lorsflue la
vivacité de la jcunesse s'est un peu calmée, les dCllX




( 2'08 )


sexesont moinsde eonfúnnité Jans lenrs penc1lans
et lenr maniere de peuser qu'il ne serait désirable.
Une femme a qui la nature ou l'étude a donné 'Une
vigoureuse intelligenee, pro litera eertail1ernent des
notions nouvelles que lui présentera la conversa-
tion de son époux;' tandis que eeHe douée d'un
esprit faible et futile ne pourra etre facilement
mnenée a abandonner ses idées fi'ivoles, pour celles
qui occupent la tete plus forte du compagnou de
sa VIe. I


Il est a remarquer que sur aucun point la phi-
losophie libérale desAméricail1sne s'est plushono-
rahlement montrée qu'en ce qui regarde la place
3ssignée 3UX remmes. Les préjug'és encare existans
en Europe, quoiqu'un peu surannés, et qui res-
treignaient la lecture pour les feIumes, aux romans
et a la poésie, et la conversation aux objets les plus
futiles, a la pieee nouvelle, au chapean du dernier
gout et' a la eontredanse la plus en vogue, sont
tout-a-fait. inconnus ici. Les femmes prennentleur
rang d' etres pensans, non pas en dépit des hom-
mes, lnais prineipaleluentpar l'efret de leurs vues
grandes et lihérales, et de leurs efforts eomme peres
et eoffime législateurs.


Je vous paraitrai peut-etre m'éearter de mon
sujet; mais puisque je viens déja de parler des
felulnes sous un eertain rapport, je fcrai aussi bien




( 209 )
Je répondre luaintenant á votre question tou:'
chant lenr conditiou en général. Je suis persuadée
qu'.i.l serait iIllpossible que les femmes jouissent
«'une plus haute estime que ceHe qu'on leur ac ...
corde iei; la déférenee qu' Oll a pour elles, en tout
temps et en tout liea, m'a souvent causé autant
de surprise que de plaisir.


DallS sa maison, le mari, a quelque classe de la
&ociété qu'il appartienne , rnontre pour Ha COffi-
pagne une tendresse telle, que je ne la erois sur-
l)assée nulle part, et qu' elle ne doit lneme etre
égalée que daos bien peu de pays. Ni le Cavaliere
servente d'une dame da grand ton, ni l'amant
langoureux qui vient de corriposer un sonnet sur
les beaux yeux de sa lnaltresse, n'eurent jamaig
pour l'idole de lenr imagination des attenlions
plus délicat~s que je n'ai Vll, je ne dirai pa's un gent-
leman anléricain, mais un artisan ou un fermier
en avoir ponr sa !noitié. On trouve toujours ]a
femme el les filIes du citoyen qui travaiUe pour
V iVl'e, proprement vetues et oceupées de quelques
affaircs de ménage. Les fe_romes de la calnpagne
ne vont jamais travailler aux champs; ~t je pense
qu'un Amérieain, quelque futson rang, verraitavee
peine une felnlne employée a tout travail q\li ~eln­
Llcrait peu [(lit pour ses forees. Dan§i nos excur-
sions, iI m'est (lrrivé de rencontrer des hOlnmes


2,




( 210 )


dont l'e~rieur Be p1'Oluettait que la rudesse d'UD
artisall ou d'un fermier, et qui m'ont traitée avec
une civilité raffinée que je n'aurais aUendue que
ou gentleman le plus poli.
Peut~etre la condition des femmes offre-t-elle,


dans tous les pays , le Jueilleur moyen de juger du
caractere des hommes. La ou le sexe le plus faible
est surchargé de travail , 011 peut attribuer au plus
fo1't qu~que chose qui tient du s,auvage; et lit ou
le premier est privé de la liberté d'agir, on doit,
trouver chez le dernier une fo rte dose de sensualité.
Je ne connais rien qui indique plus c1a.irement la
lnarcherétrograde des rnceurs nationales en Angle-
terre, que les chaines .qu' on forge pour les femmes de
la génération qui s'éIeve. Peut-etre ces chaines out-
elles été jusqu'a présent plus particulierement im-
posées a ceHes qui appartiennen.t a ce qu'on appelle
la haute classe. Quoi qu'il en soit, je crains que des
milliers de nos cOIlcitoyennes des classes moins
élevées, dont les meres, ou bien certainement les
grand'meres pouvaient parcourir le pays d'un hout
a l'autre, et aller partout seules, 011 accompa-
gnées d'un: individu non marié de l'autre sexe,
avec autant' de vertu et aussi peu de défiance
qu"Eve avant sa chute, ne soient aujourd'hui con-
damnées a marcher avec des lisieres , du berceau
lusqu'a l'antel, si ce n'est jusqu'au tOlubeau, eL




( 211 )


qu'on ne leur apprenne a voir dans l'autre sexe une
race de seducteurs plutot que de protecteurs, et
de maitres au lieu de compagnons. Malheur aux
mreurs d'un pays, quand on fait consister l'hon-
neur de notre sexe dans l'impuissance de mal faire,
et lorsqu'une femme n'est plus elle-meme la gar-
dienne de sa vertu! Si quelqu'un pouvait douter
de l'efret produit sur l'esprit des femmes par les
aUeintes portées a leur liberté, qu'il regarde le
costume actuel des Anglaises; la question sera
tranchée sans avoir besoin de recourir aux colon-
nes des joufnaux quotidiens (1). S'il fallait choisir
entre les deux ex.tremes·, ii vaudrait mieux voir,
comme en Écosse, une' femme attachée a la glebe
et meler sa sueur a celle de son rustiqueépoux,
que de la voir tomber par degrés dans la triste ser-
vItude d'une Dona espagnole.


La liberté don t jouissent ici les jeunes femmes
cause souvent quelque surprise aux étrangers qui,
la comparant avec la contrainte imposée a celles
de Paris ou de Londres, ne savent comment conci-


(1) L'auteur fait ici allusion a la fréquenc~ des proces
pour crime d'adultere) dont on trouve la relation dans
les journaux anglais, sous le titre de criminal C01Wer=.
~ation.


(Note du traducteztr.) ..
14··




(212)'
líer la liberLé Jes mreúrs Ílationales avec leur pu ..
reté; mais la confiance el l'innocence 80nt sreurs';
etsi les Alnéricaines perdent jamais la garue de len\'
vertu, les gens de loi dés États-Unis seront proba-
hlement aussi occupés a intenter des adions en
divorce, que ceux d'aucune des vieilles monarchies
de l'Europe. (1)


Je regrette souvent qu'en élevant les femmes ,
on apporte généralement si pen d~attentioIl aux


(1) La loí de Jivorce est si rarement appliquée en Améq
l'ique, qu'il ne m'est jamais arrivé d'entcndre dire , ni de
penser a dema~der comment elle était con~ue. Dans l'état
de . Rhode -ls1ahd, elle offrc, au reste, une singuliere
disposition, qu'on m'a expliquée de la maniere suivante;
si deux époux présentel1t au magistrat civil un acle en
forme par lequel ils déclarent qu'ils d~sirent se séparer,
a raison de ce que les Fran~ais appcllent incompatibi-
tité d J humeur, et s'ils vivent ensuite chacun de leur


. coté, mais dans les limites de l'état, deux années entieres,
et se cond~isent bien pendant ces deux ans, ils peuvent,
, '''-1' 1cut denlallde ; 'obtenir- que leur mariage soit rompu.
le fus étonnée d'apprendre que peu de personnes eussent
jamais cherché a profiter du hénéfice de cette disposition,


rét. que parmi celles q\Ii l'avaient fuit, plusieurs avaiel1t
manqué aux condition's exigées avant l'expiration des deux


'années. Les liens du mariage ne se trouveraient-ilspas
plutut resserrés que relachés, si chaque pays avait' un
Rhode-Island ?




( 213 )


excl'dces du corps : reniorccr le corps, c' est don-
ner de la vigueur a rame; et Dieu sait que noLrc
sexe a gl'and besoin d'avoil' l'un et l'autre forts.
Dans le plus heureux pays duulOnde, la condition
des remIneS est encore assez pénibl~. Ont-elles des
talens? il est difficile qu'elles puissent les mettre a
profit; de l'ambition? les voies honorables ponr se
distinguer leur sont fermées; une vigoureuse intel-
ligence? elle est étouflee par les souffra.nces corpo-
rel1es et mentales. Les seigneurs de la créatioll
(les hOlumes) re(}oivent de la nature des avantages
immenses et iuuombrables, et il faut convenir que
partout ils prennent assez de soin pour conservet'
et accroltre ces avantages. Il y a quelque chose de
si flattetu' ponr la vanité humaine dans la con-
sciellce d'une grande supériorité a notre égard,
qu'il est peu surprenant que les hommes se mon-
trent avares de ce que]a nature lrufa pr-rmis d'u-
surper sur les filles d'Eve. L'amour du pouvoil'
prend plus souvent sa so urce dans la vanité que
cl.ansl'orgueil, attributs que, soit dit en passant, ron
confond souvent ; aussi est-ce encore plu~ particu-
lierementle péché des petits que des grands esprits:
Maintenant cornme la majeure partie des esprit-s
IltunaillS appartiennent a la prerrlÍere classe,il faut
que ceux fluí les posscdcnt se contenten~ de satis-
Etil'c leur am¡our-propre en considérant la fitiblessc




( 214 )
des autres plutot que leur propre force. Vous diJe?;
que ceci est sévere; mais n' est-ce pas vrai? En quoi
consiste la grandeur d'un despote? est-ce dans son
méritepersonnel? non; mais dans l'avilisseluentde
lamultitude quíl'entoure.Qu'est-ce qui nourrit la
vanitéd'un patricien ? est-ce la conscience d'hériter
en naissant de toutesles vertus de sa race ?la longue
liste de ses aleux cesserait prohablement de com-
mander son respect si elle ne le mettait pas él
D1eme de commander celui de ses semblables. Mais,
direz-vous, qu'a tout ceci de cornmun avec la con-
dition des femmes? Pensez-vous comparer les hom-
mes pris en m~sse au despote et au patricien ?-
Pourquoi pas? la vanité du des pote , comme ceHe
du patricien est nourrie par la folie de leurs sem-


I hlables; ceHe de leur sexe pris en masse est de
lneme satisfaite par la dépendance des femmes. lis
aiment mieux trouverdans leur compagne une


. faíble vigne qui cherche un appui autour de leur
tronc robuste, qu'un arbre vigoureux dont les ra-
meaux se meIeraient aux leurs. Je crois que quel-
quefois ils se repentent de leur choix, lorsque la
vi~l1.e a cO\ubé le cb.eue \usC\u:a terreo II est difii-
cile, qual1.d ou observe le monde, de ne -pas rire des
conséquences qui, tot ou tard, résultent des folies
des hOlnmes; mais quand elles tombent sur les
fenuues, je suis pIutot disposée a soupirer. Nées




( 215 )


l)otlr endurer les plus tristes disgl'aces de la for ...
tune, on énerve leur . corps et leur esprit, conlmc
si ron craignait que la tempete ne fondit pas assez
rudement sur elles. Au lieu d'essayer de contra-
rier l'injuste loi de la nature, il semble que l'homme
prenne a tache de la faire peser plus fortement
sur sa raible compagne; il est bien alors que ses
folies retombent sur sa tete, et que la destinée des
deux sexes soit telletnent liée, que la dignité de
l'un doive croitre ou se perdre avec celui. de
l'autre.


En Amérique, on a san s doute fait heaucoup
pour améliorer la condition des femmes; et
comme leur éducation deviendra de plus ;en plus
une affaire d'état, leur caractere tendra a s'amélio ...
rer achaque génération. La république, j'en suis
si\re, sera amplement récompensée des peines et
des dépenses que cet objet lui colltera. Dans les
luttes qu'elle a soutenues pour sa li:qerté, son hé-
roi'sme vint en grande partie des femmes et des
filIes de ses sénateurs et de ses guerriers, et pour
conserver a ses fils l' énergie d'hommes libres et de
patriotes, elle doit augmenter ceHe de ses filles (1).


(1) Il est hien connu que durant la guerre de la ré ...
\'olution, l'entl1ousiasme des femmes secunda puissamment
celui des hommcs. le crois qu'en y regardant hien, on..




• (216)
Toutefois, poUl' donner de la vigueur au cara c-


tere, il ne suffit pas de cultiver l'esprit; le corps
doit etre habitué él. un exercice salutaire, et les
nerfs fa<;onnés a supporter les extremes de la tem-
pérature qui menacent dallS eepays de ruiner les
Óbnstitutrons faibles. C' est l'unioh de la force eor-
porelle ave e la vigueur mentale qui dÚDlle a la po-
pulation mal e de l'Amérique eeUe singuliere én~r­
gie de caractere qui, des l'enfance de ce pnys,
obtint Un si bril~ant élogede l'orateur anglais :
« Qu~y a-t~il dans le nlOude qu'on puisse lui
comparer, s'écria M. Burke? Tandis que nous
sl1ivons ces hommes( Jes colons) parmi des rnon-
tagnes de glaée, et que DOUS les voyons s'enfoncet
dans la baie d'Hudson et le détroit d~ Davis; tan ...
dis que nous les ohservons sons le cerde arctique;
n01l5 apprenons qu'ils ·ont pénétré dans ·la région
polaireopposée, et qu'iJs naviguent aux AntÍ-
podes, sous le serpent gIacé du Sud. L'ile de Fal ...
kland, qui serublait un objet trop lointain ponr
notre arnbitiorrliatiúnale, n'est qu'une slation,
une sarte de relai, dans la course de leur victo ..
rieuse activité. Les chaleurs briilantes des mers


trouverait que, dans toutes les luUes qui conduisirent un
peuple a la conquete de sa liberté, la meme coopération
des déux sexes a e:x.isté.




( 2[7 )
é(ltúnox"m\es ne les rebutent p~'S plus que \' exees-
sive 1roidure des mers polaires. Tandis que les uns
lancent le harpon pres des cotes d'Afrique, d'au-
tres poursuivent leur énorme proie le long de
ceHes du Brésil; pas de mers qu'ils ne mettent a
contribution, pas de climat (lui ne soít télnoin de
leurs travaux (1). »


Certes, s'il n'est nullement nécessaire que les
femmes arnérícaines rivalisent avec les homnles,
soit dans la poursuite de la baleine, soit a abattre
les forets ou a tuer le gibier, du llloins on pour-
rait, dans lenr enfance, les exercer a la course,
leur apprendre a frapper un but, a nager, et eufin
a faire tout ce qui peut donner de la' vigueur au
corps et de I'indépendance a l'esprit. Mais je llle
suis aSsez appesantie sur ce sujet, et vous crain-
drcz peut-etre que je ne me mette en tete de présen-
ter quelque belle utopie sur l'éducation nationale
des Américaines; non, je laisse a la république le
soin d'en tracer elle-me me le plan, et en meme
temps que je souhaite tout le succes possible a ses
eftorts, je vous dis adieu.


(1) Discours en i:lvcur de la conciliation ~ l'cgal'll de
l' Amél'ique.




( 218 )
,


De tu. Tetigiol\,. - CCt1'Ctcterc des diJFeren!es
sectes. - Anecdotes·l


Ncw-York, mul'S 1820.


IL est assez curieux, lna chere amie, de voir com-
ment les voyageurs se cont.redisent ; ce que run dit
avoirvublauc, l'autre préteudqu'ill'a vunoir.Ce-
lui-ci écrit que les Américains u' out pas de reli-
gion, celui-la que ce sont des fanatiques. Tel af-
firme qu'ils sont si préoccupés des affaires de la
république, qu'ils n' out pas un m ot a dire a un
étranger, et tel autre qu'ils ne pensent jamais
a la politique et?parlent sans cesse de choses fu-
tiles (1).


(1) Comparez l'ouvrage de M. Fearon et celui du lieu-
tenant Hall a ce sujet. Quant a moi, il me scmhle Ci.u'ils




( 219 )


**** demande ce qu'il en doit croire; il me fait
trop d'honneur de s' en rapporter a ma décision. Au
reste ,il peut faire ce raisonnement :si les Áméri-
cains n'avaient pas de religion, iI est a présumer
qu'ils n'auraient pas d'églises; et si, au contraire,
c'était une race de fanatiques, iI y a également
lieu de croire qu'ils contraindraient le peuple a
fréquenter les temples; or nous savons qu'ils ont


sont tous lleux également loin de la vérité. Le premier
dit que les Américains ne s'embarrassent jamais des affaires
de la nation; c'est une assertion qui ne mérite guere
qu'on la réfute. 11s sont tellement absorbés par ces af-
faires, dit le second, qu'ils se montrent habituellement
graves et siIencieux; une pareille sentence a sans doute
été tracée dans son livre apres une soirée passée avec
quelque citoyen dont la nature avait fait une espece d'o-
riginal tout-a-fait difrérent de ses compatriotes. Au sur-
plus, si cette remarque parait étrange a l'égard des
hommes ,par rapport aux femmes, elle est tout'-:a-fait
incompréhensihle. Il faut aJ)solument que cet hahile of-
ficier ait jeté les yeux sur les pages du marquis de Chas-
tellux, au lieu de regarder les jeunes femmes de New-
York lorsqu'il esquissa leurs portraits, ou peut-etre l'ont-
elles pris pour le marquis lui-meme. Sans adopter l'opinion
de Brissot de Warville sur un ouvrage bien intentionné
envers l' Amérique , on doit convenir que l'inconséquente
légereté et l'injustice de certains passages des voyages
du marquis de Chastellux." rappellent pIutot le jeune no-





( 220 )


des églises et c¡u'ils ne forcent pas le peuple a les
fréquenter, ni menle a payer les ministres qui les
desservent, et cependant les ministres sont payés
et les églises pleines; la conclusion est facile a
tirer (1).


11 est impossible' d'appliquer une regle générale
a une société aussi diS1rminée que le peuple des
Etats-Unis. Peut~etre ceHe de Selden serait la


Me échappé des cercles élégans de la vieille capitale de
la Fr~nce, que le Tespectable auteur de la F.Jlicité publique.
n n'est malheureusel11ent que trop ordinaire aux voyageurs
de toutes les nations d'ouhlier qu'ils ne s'asscyent pas au
foyer de 1'étranger pour trahir ses secrets ou div~Iguer
ses faiblesses, et que si un .portrait chargé ou une anec-
dote scandaleuse peuvent amuser un puhlic frivole, il::;
peuvent plus surement blesser le creur de personnes qui
ne nous ont point offensés. Le mal'quis de Chastellux,
ainsi que heau~oup d'autres voyageurs, ne connaissant
pas l'état de la société dans le pays qu'il visitait, el com-
parant les mreurs nationales des Américains a ceHes des
salons de Paris, se laissa aller a médire des fCll1mcs q ui
se livrerent a leur in nocente gaité en sa présencc, et a
tourner en ridicule celles qui lui avaienl imposé par leut'
réserve. Peut-etre les jeunes dames de l' Amérique sont-
elles aujourd'hui un peu trop l11éfiantes a l'égard dl."'S cava-
licrs européens. J'ai souvent remarqué que l'arrivée d'Ull
étranger réprimait la galté qui régnait aans une asscm-
blée", et y répanJait le sérieux pour toutc la soiréc.


(1) Voyez a la fin du vulume une note sur ce snjeL




( 221 )


nlcilleure : « La religion, dit-il, ressenlhlc ~ b
lnode. Un homme porte son pourpoint tailladé,
un autre le porte galonné, luais tout homme a un
pourpoint; chacun a de meme sa religion; elles
ne diffel'ent que par la fa<;on. ) Lemenle philo-
sophe dit encore : « Toute religion tend a gagner
des richesses. ) Mais la religion aux Etats-Unis ne
gagne rien ; quelle que soit cette religion, elle est
done sincere et inoffensive.


Quelques personnes soutiennent que la tolé-
rance réligieuse n'est que de l'indifférence; géné-
ralement parlant, la chose pent etre vraie.La
persécution,. saos doute, eúflamme le zele, mais
un tel zele, qu'il vaudrait ordinairement· ~ieux
n'ell pas avoir. Je ne vois pas du tont qn'on
manque de religion en Amérique. Il est menIe des
parties de l'Union ou ron <pourrait 'croire qu'il y
en a trop, ou du lnoins qu' elle est trop sombre et
trop dogmatique. 00 a long-temps cité a cet égard
la NouvelleLAngleterre, et, a vrai dire, l'origine
puritaine des habitans de cef état peut encore se
reconnaitre a la froideur ~ leurs manieres ainsi
qu'á la rigidité de leur.dévotion. Au surplus, c'est
une chose merveilleuse de voir combien ces nuances
s'effacent prompteluent. Un officier de la P-larine
américaine, natir de la Nouvelle-Angleterre, me
racontait que, lorsqu'il était enfilnt, iI aurait -plu-




( 222 .)


tot osé mettre la main dans la poche de son pr~
chain un samedi, que de . sourire un dimanche.
ce Depuis ce temps, me dit-iI, j'ai voyagé dan s
tons les états de l'Union et parcouru une grande
partie du monde connu; fai appris conséquem-
Inent qu'il ya, en fait de religion, toutes sortes
de nlanieres de penser, et je vois que mes como.
patriotes commencent a l'apprendre eux-memes~ »


Vous concevrez quel grand changement s'e~t
opéré dans l'esprit religieux.s états de l'Est,
quand je vous dirai que la roi des unitaires y a
été répandue depuis peu, et qu' en cerlains ell-
droits elle a fait des progres si rapides, qu' elle
promet de déeréditer bientot les doctrines de Cal-
vino Il y a ell, C0111me vous pouvez le penser, des


" sermons fuhninans lancés des chaires de Massa-
chussets, quand ces sectateurs du ehristianisme
épuré y. firent leur preluiere apparition. Heureu-
sement Calvin ne pouvait plus f~lire bruler Servet,
bien qu'il pllt crier contre lui; mais, apres avoir
bien crié, .íI laissa son pacifique adver~aire con ...
duire son troupeau vers le ciel a 5a maniere.
C'est, je erois, le seul exemple d'une contestation
entre les théologiens des Etats-Unis, depuis la ré ...
volution. La eontroverse n'est effectivement pas
une seienee a la mode en ce pays, et iI n'est pas
probable qu'elle le devienne jamais. La oil aneune




( 223 )
loi ne dít ce que c'est que l'orthodoxie, nul
homme n'a le droit de dire ce que c'est que l'héré ...
sie; 011 s'il s'arroge ce droit, il est clair qu'il se
fera rire au nez. Il fallut, néanmoins, quelques
années pour faire entendre cela a tous les Ámé-
ricains. Quoique bien peu d'entre eux se soucias-
sent de batailler pour la doctrine de la Trinité
avec l'ardeur des calvinistes de Massachussets, les
unitaires eurent 'quelques préventions a vaincre
dans d'autres parties de l'Union : Philadelphie
et meme New-York avaient leurs bigots tout aussi
'bien que Boston. A New-York ils étaient en petit
nombre; mais peut-etre firent-ils plus de bruit
précisément a cause de cela~ Il y a quelques an-
nées qu'un prédicateur cal viniste de cette ville
s'adressa ainsi aux membres de sa congrégation
qui penchaient vers les nouvelles doctrines: « Ah!
Ah! vous pensez que vous entrerez au cie~ en vous
accrochant a nlo~ habit; luais j'aurai soin d'en
relever les. basques. )) Un tellangage n' était pas,
selon moi, tres propre a retenir ceux dont la foi
était chancelante. Le ministre qui nous montre
avec douceur le chemin du ciel, et qui nous en-
seigne a adorer un Dieu de bonté et de miséri-
corde, peut facilelnent auirer a son bercail les
ouailles d'un pareil fanatique.


La religion américaine, quelle que soit la secle




( 224 )
qu'on veuille examiner (et elle ,ompraud toulcs
celles qui existent), parait paisible et lllodeste;
elle ne donne lieu a aueune dispute, meme lQrs-
qu'elleest plus minutieuse et plus exigeante que
la majorité ne croit raisonnable. Je ne tiens pas
eompte iei des méthodistes ambulans, ni des
shakers et autres sectes ridieules qu'on trouve
dans quelques coins de ce vaste pays, hattant la
mesure aux hymnes de Mother Ann. (la mere
Anne) et travaillant au millennium, en s'abste-
nant du mariage ( 1 ).


La concorde parfaite qui regne entre les di~ ,
verses sectes religieuses, pourrait porler1'étranger
a en regarder les membres comme 1110ins attachés
a leur foi qu'ils ne le 80nt réellemellt. Il y a véri ..
tablem€mt parmi la nation américaine une grande
quantité d'individus qui ne tienneIÍt a aueune


( 1) Les shakers.l doot le noro est pl'esque synonyroe de
quakers (tr.emhleurs), passerent en Amérique il y a
quarante ans. Ann Lee, autrement nommée Mot1.zer Arz.n
(la mere Anne) , qui fut leur guide spirituel , était niece
du général Lee, Jequel prit une part si active a la guerre
de la révolution. Des malheurs de famille lui dérangerent
le cerveau; elle s'imagina etre une seconde vierge Marie ,
et trouva des prosélytes, comme Johanna Southcote et Je-
mima Wilkin~on en trouverent apres elle.




( 22.) )


sede; mais COtllllle ils ne tracassent pas leurs voi-
sins pour leurs opinions religieuses, ceux-ci usent
de la n}(~me tolérallce a leur égard. La Nouvelle-
Angletcrre offre un exemple frappant de l'éten-
due a laquelle ceLte tolérance est poussée. Dans
deux ou trois écoles de ces états on n'avait' pen-
dant long-temps enseigné qu'une croyance sous
la protection de la législatnre ; mais depuis quel-
l[ues années la législature a abandonné les luaitres
et les élcves a eux-memes; et il n'y a pas jusqu'au
Connecticut qui n'ait fini par aholir jusqu'a la
1 mee des privilégcs de ses congrégations. Cc qui
se passe ici fer~it croire que le fanati~e, ou quel~
que ehosc u'approchant, peut cxister avec la tolé·
ranee. n n'y a pas long-temps que, dans quelques
parties de la Nouvelle-Angleterre, iI exislait un
édit qui défendait a tout homme de voyager le di-
manche; et cela lorsque chacun était éligible aux
pren~iers clnplois uu gouvernement, el pouvait
croire ce qui lui plais,ait en nlatiere religieuse (1).


(1) Les eonstitutions de deux ou trois étatsexigent que
les principaux fonctionnaires soient chrétiens, ou du moins
croient en Dieu; mais, eomme on ne leur fait preter au-
cun serment religieux, eettc clause devient uuUe. Dans
toute l'Unlon, une affirmation équivaut a un serment.
Celui flui fait Hne déclaration ,ou qUl prend lln engage-


2. 15




( 2:!G ).


Cet édit llle rappelle I'llisloil'e d\Ul Jennicl' tI!:
Pensylvanie : eonllnc elle fouruil une preuvc de
la docilité avec laquelle les hahitans des diver~
élals de l' Amérique se sounlCttcnt aux usages les
uns des autrcs ,je vais vous la raCOllter. Ce bon
fernlier, qui se rel1ebiUt Doslon, setrouva clans les
limitcs du Cúnnccticut un dimanche lnatin : iI
connaiss::tit la loi de Calvin; mais, étant press{~
d'arriver a sa destlnation, il· imagina de 1110nter
Jans la malle-poste qu'il v it venir, et d' attacllCl'
son cheval derrl<.~re celte\'oiLurc, <{lú, appartcnant
aux Etals-UlllS en général, n'étaít pas sujCtle allX
10is du ConnectÍcut. Le courrier approuva ee des-
sein, et dit an fCfl1lier qu'il pourrait rcmontcr sur
sa }jete et continucr sa routc pai~;jblcmcnt 10rs-
qu'ils anraicnt traversé une úllc (lui se lrouvait a
}}CU de distance dcvant eux. Mais, par un sori
lualencoutreux, bs hahiians de ecHe VLIlc 501'-
taicllt de leurs llwisOIlS pon!' aller a l' églisc lorsquc
la malle vint a passcr. Le chcval tout sellé qui la
suivait attira leurs regards. Un eitoycn s'appro-
eha de la voiturc et deman<.!a polimcut au fCl'mier
si le cheval était a luí, ct s\lllc savait pas cIue le


ment, a le choix cl'invoquer le nom :<tc Dicu, ou cl'allir·
mer, 501\5 les peines portécs par les lois centre le manque
de foi.




( 227 )
'Jim::mche était un jour de repos, non-seulelnent
selon la loi de Dieu, Tuais encore selon ceHe du
Connecticut. Le Pellsylvanien répondit avec non
nlOins de civilité que le chevallni appartenait; re-
lllercia ~ an non1 de cette bete, le questionneur dn
soin qu'il prenait de sa commodité, et offrit de la
lui laisser en garde jusqu'a son retour. (( Je loge-
)) rai de han crenr, reprit le citoyen de Connecti-
)) cut, le cheval dans mon écuric et son maltre
» dans lna nlaison; mais je ne puis les garder l'un
») sans l'autre: le pcuple ne verrait pas avec plaisir
)) la bete ohéir aux conlmanclenlCns de Dieu et


. »).l'homrne les violer. » - (e Eh bien, luon ami,
») répliqua le Pcnsylvanien, 1'I10111me et la bete,
») garderont les corrnnaudemens; l'nne lnangera
») votre foin et l'autre vot1'c dIner : ponr commen-
») cer, conduisc7, le cheval a l'écurie et le maltre a
») l'ég1isc. )) Le marché [ut conclu a la satisfaction
des parties: ~culemcnt le Pensylvnnien se permit
l)endant la journéc de hBmer douceU1ent la res-
triction apportée aux Jibertés des citoyens des
Etats-Un.is par le décret des habitans du Connec-
ticut, restricLÍon (lui pouvait n'ctre pas anssi agréa-
ble ponr tout le monde qu'clle l'était ponr lui. Le
lendemain il partit en assurant son hote qu'il serait
heurcux de pouvoir rendre l'hospita1ité qn'il en
avait fe(]Ue a lui OH a quelqu'un de ses amis qni


15"




( 228 )
passerait cluns -son v Olslnage , que ce fut un ~H­
manche ou tout autre jour de la selnaine.


Quelques années apres, le fermier de Pensyl-
vanieétant assis, un dimanche Inatin, a la porte
de sa maison, vit venir un homme a cheval qui
chassait devant lui un petit troupeau de moutons.
llle reconnut bientot pour un des voisins de son
ancien hote du Connecticut. « Hé l'ami ! lui cria-


$» t-il, vous ne faites pas la une honne reuvre
» pour un diInanche.» - « C'est vrai ,répondit
» l'hahitant de la Nouvelle-Angleterre ; et c'est
J) pour cela (lue j'ai choisi un chemin de traverse,
» afin de 00 pas scandaliser les gens scrupu:-
J) leux.» - « Fort bien, l'ami; mais supposons que
» vous m'offel1siez, et supposons aussi que la lé-
») gislature de Pe~nsylvanie ait passé une loi qui
» doive etre mise' en vigue\U'i aUJourd'hui ,1 et qui
» défende a hom~e ou bete de voyager le diman-
» che. » - ( Oh! je n'ai pas l'intention de déso-
» béir a vos lois : si la choseest eomme VQUS le dites,
) je m'arreterai an premier, V'illage. » - « Non,
» non; il faut vous arreter ici: je menerai YOS nlOU-
» tous a l'étable; et vous, si cela vous plait, je VOU1!>
) conduirai al'église.» Cette propositionfut accep-
tée; et le lendemain matin, le Pcnsy]vanien, en
souhaitant bon voyage a l'homme du Connecticut.,
le pria de dire au retour a son ancien hóie que le




( 229 )


voyageur et son cheval n'avaient pas oublié le re-
pos forcé qti'ils avaient pris chez lui un dimanche,
et que, saos y etr.e autorisé par un acte de la légis-
lature, iI avait fait ~garder les comrnaodenlens de
Dieu a un de ses voisinset aux moutans qu'il me-
nait avec lui.


L' esprit humain offre de singulieres contradic-
tions~ Jevois vos journaux remplis de déclamations
fulminantes contre des libelles blasphérnataires :
nous n'avo~s pas de libelles ~emblables ici; et
pourquoi? Paree que tout le monde est libr.e de les
écrire, et que chacuagarde son opinion sans cri-
tiqu~r cehe des autres .. La 0-& la religion n~arme
pas le bras du pouvoir, elle n'inspire jamais aucune
défiance, et n'excÍle auc~ne plainte; la ol\ elle
s'assied lllOdestement au foyer dornestiquepour
inspirer des sentimensr.de. paix. et,des espérances
d'immortaJité a ]'enfa~ce el a la vieillesse,elle est
toujours respectée, meme par ceux qui ne sentent
pas la force de ses argumens. Tel est l'état de la
religion dans ce pays. Je désirerais, et vous aussi,
i'en Buis súre, qu'il en fut ainsi dans le monde
entier.




( 230 )


LETTRE XXV.
,


Aventure du colonel H uger. - Observatians
sur le climat.


New-Jel'sey, avríl 1820.


J E suis Charnlée -' ma dl(~re amie, de pouvoir ré ...
pOlldre a la question contenue.dans votre derniere
lettre, et cela,:sans beaucoup. de peine, paree que
j'ai le bonheur d'etre intilnernent liée avee quel-
ques proches ·parens de ]a personne dont vous
vous informez.


,Le colonel.Huger est né dans la Caroline du
sud, et áppartient a une famille qui se distin~
gue (autant que j'en pl~is juger d'apres ceux de
ses membres que je eonnais ) par une grande force
de caractere et des talens éminens. Il pmolsa fort
jeune en Europe pour y achever ses études médi-
cales. Il était occupé de la sorte quancl se répandit




( 231 )


la' nouvelle de l'arrestation el de l'empl'isonne-
ment~U: général Lafayette, qu'il avait appJ'i's, des


fu ", 1 son en ~ nce, a venerer conlme e cOlnpagnon
(l'armcs de son pere et le champion des libertés
de son pays. A Vienne, le hasard lui fit faire con-
naissance avec le docteur BoIlman, qui avait été
chargé pa~ les amis de l'illustre captif de tenter de
l'arracher des prisons de la coalition. Huger entra
avec enthousiasllle dans les vues du généreux BoIl·
man, et partagea avec lui les dangers de l'entre-
prise et l'honneur du chatiment. J e suppose que
vous connaissez les incidens qui firent échouer le
plan, ramenerent Lafayeui'dans laprison d'ou i1
avait été enlcvé, et rendirent ses courageux libé-
rateurs habitans des somhres cachots d'Olmutz ( 1 ).
Les soufli'ancesdu jeune Aluéricain, apres que
l'entreprise cut manqué, furent cruelles. Enfermé
seul clans un cachot hunüde, craignantpour la
súreté et Incme pour la vie de Lafayette , in - .
certain <Iu sort de son ami, il nlaudissait tantot
leur imprudcnce qU¡ avait peut-etre doublé les
lnaux de cclui qu'ils voulaient sauver , eL ta11-
tot les funeslcs accidells qui avaient fait échouer


" (1) Les détails de lacaptivi.té dcs prisonniersd'Olmut, se
Ü'ouvcnl tlans l'Hisloil'c de Frédéric-Guillaull1c, par M tI
Segur: el dans les Mémoircs de Toulo~lgeon. (Note ~l{¡ trad)e




( 232 )


)eur tentat.ive lorsqu'elle était ~i pres de réussir.
eette fievre d' esprit passa hientót dans son sang,
et pendant trois semaines le délire Ruquel il fut
en proie le rendit insensible aux ,horreurs de sa
captivité. Sans qu'il eut re<;u de secours d'au-
cune espece, du moins a sa connaissance, la
Ílevre le quitta. L'humidité, la puanteur et les
autres incommodités de son cachot ne htüerent
'pas le retour ,de ses forces. Pendant qu'il gisait
sur la pierre, il cherchait a distraire son esprit
en formant des. pIans pour sa vie future, dans
le cas Oll. les portes de sa prison ne s'ouvriraient
·pas uniquement pour son cadavre. Ce qu'il y a
de singulier, c'est qu'il a suívi exactement le
genre de vie qu'iI s'était alors amusé a se tracer.


Le premier son humain qui parvint a son oreille
(car 'SOft gealie.r, en' luiapportant du pain et de
l'esu, ne lui adressait jamais ni question ni ré-
ponse) fut le cri d'un enrant. «( Un enfant! il
» doit done y avoir une femme, se dit-il; et la ou
'»·il y a un~feIllme,il y a·saos. doute de la compas-
})510n. J) En achevant ces mots, il se lrainevers le
mur au hant duquel était la lucarne grillé e qui
donnait passage a l'air et exposait le malheureux
prisonnier a toute l'inclémence 'du temps. Il guet-
ta, écouta eL appela long-temps; enfin il apen;ut
la figure d'une remme qUl se penchait vers la grille.




( 233 )
11 essaya de parler fran<;ais, et par bonheur on pul
lui répondre. (e Vous etes mere, dit-ilafin d'at-
) te,ndrir la personne qu'il voyait : j'ai une mere;
» pour l'amour d'elle, ayez pitié de son fUs!» Cette
invocation touchante produisit tout l'effetqu'il
en avait esÑré: on lui promit de s'inforpler de ce
qu'il désirait savoir, et de lui procurer une gram-
maire allemande. Il apprit de la sorte que son ami
habitait un cachot de la meme forteresse, et que
Lafayette était en bonne san té , mais plus ét~oite­
ment gardé que jamais. On lui passa la gram-
rnaire avec q~elquepeine entre les harreaux de la
lucarne, et on lui apporta ensuife un autro livre,
ce qui le mit a meme d'acquéli.r unelégere t-.ein-
ture de la langue allemande. An bont de quelque
temps, il dit a sa consolatrice que sa grammaire
lui a",ait procuré tant de plaisir, -qu'il ·désirait
qu' elle la flt tenir a SOH ami, si elle ponvait ~ap­
procher du líeu Oll iI était renfermé. Huger s'était
efforcé en vain de tracer des caracteres sur les
pages de cette grmnnlaire; il en tra~a avec un
petit morceau de platre arraché du mur de son
caohot, sur. une cravate noire qu'il avait ótk
de son con et dont iI se servit ponr envelopper la
gramnlaire. Il repassa ce livre el travers la grille;
et an bout de quelques jours on le lui rapporta
ayec quelques mots d'anglais que son anü avait




( 234 )
gravés sur la couverture pour'lui appréndre (Íu'H
se portait bien. Ce livre fornla l'unique' amusc-
~ent d'Huger peIl~ant le reste de sa captivité;
qui fut en tont de liuit ~ois. Les' représentations
de ~T ashington obtinrent l'élargissement 'du
jeune América in , apres un proces' dans lequel
celui-ci plaida sa cause en fraw;ais. Il sedéfendit .
avec une éloquente simplicit~; il déclara que son
ami et lui n'avaient pas de complices, et qu'ils
n'avaient cédé a aucune autre suggestion qu'a
ceHe de leill~ enthousiasme pour l'illustre prison-
nier; que quanta lui (Ruger), iln'avait pas cher~
chéá délivrer un prisonnier d'état, mais bien l'ami
de son pere, de' sa patrie et de l'humanité; que,
pour lui procurer la liberté, il retournerait \'olon- '
tie~s dans son cacl~ot,' et, dou.~erait {;aieJIlent sa
propre vie


o


poúrsauver la 'sÍehne: Lorsqu'il eut fini
de'parler, le juge ( dont je ne me rappclle plus le
titre allemand ) lui ordonna de quitter la ville
sous tant d'heures et l' Allemagne' 'sous tant de
jours; puis se levant de son siége et s'approchan t
de lui : « Jeune)lOmme, luí dit-iI, on peut VOU&
) reprocher. une témérité extraordinaire; mais je
» vous déc;laré que si je devais parcourir le nlonde
» po'ur trouver un arui, d'apres ce que j'ai' cntcndu
» alljourd'hui, j'irais le chcrcher' cnAlnérique. »


Je dois elire (Iue le jeüne 'prlsonnicr sortit prcs~'




( 235 )
que entierement chauve de son cachot, et que"
hien que la. force de sa constitution eut hiento~
fait disparaitre tous les autres effets pernicieux de
la cruelle détention, ses cheveuK ne repousserel1t
jamais. Son chef nu, contrastantavec son air de j~!l"":
nessCI et la vivacité de sa physionomie, lui do~a.~·
pendant plusieurs années une appar~nce tbut-a-. (
faiL singuliere. De re tour dans son pays, le-mal-
heur sembla l'y poursuivre : en entrant dans la'
rnaison de son fTere, le chassis d'une ,fenetre de
l' étage supérieur lui tomba sur ia tete ;"~l de~.eQr~: ::
pendant quillze jours pri!é ,4e ·sentipIentet'. ~oi~
~ :" ~ , "} ~' i '.: \ ". . ~ ~ ~ . . . f-.r~ .~: ~


gné de la maniere la phl.s:'~t~entive·,p~r< ~(jD:~repf
• . ~ ". ¡ ~ - ;, ~ • ji. 'r '4'" t ~ ~: ,;- t·· ~'f. ..';' ":¿ .


désolé. eette cÍrcollstance dpnna lie~ a uri·~¡'ai~·. ¡
de grandeur d'ame qUÍ Iu'a frappée. Lorsque Ie~hi~
rurgien reconnut q~lC le crane d'Huger était offen~
sé, iI proposa l'opératiC?n·dut~épan, comme l'uni-:
quemoyen deluisauver la ~j~, 'qil0iqu~sah§·~~pbjfi¡i. >'.
qu'il conservat la raison. « Non, s'écria son fr~;;¿\i;:"
» Íl ne vivra pas pouretre si différent de ce qu'il. . x
» était. Je connais ses sentÍlnens, et je choisis,
» comme ill'eút faít, en préférant la mort pou~'
lui. » Quoi qu'ílen soit, fIuger paya les~oiÍls d~~ce
digne freI:een recouvrant une s~nté p~rfaÍ~e~ '.C~
ne fut pas tout: son frere, ,qui était tres "riche , Ole
conjura d'accepter l~ lnoitié de sa for~uiÍ~;." rháis
Huger refusa obstinémellt . et s'établit médecÍn a




( 236 )
Charleston. Peü de temps apres, iI s'atlacha a une
jeune femme qui appa.rt~nait a une famille respec-
!ablede la ville';mais, bien qu'il ent acquis promp-
tement .de la réputation dans son état, ses revenus
étaient encore tres modiques, et la personne qu'il
aimait n'avait rien. Dans cet étát de choses, il ré-
solut d'attendre ponr se marier que l'~ugmenta­
tion de 8a clientele le mit a meme de pouvoir
en,tretenil' une fámille; mais son frere, ayant ap-
pris da~squelle situation il se trouvait, fitdon
d"une partia de sa fortune a la jeune ~ame , et Hu-
ger 'ne protesta'pas contre un bienfait si délicate-
meot confér~. Les deux amans s'épouserent. C'est
alors ,qu'Huger se détermina a réaliser les reyeS
qui l'avaient distrait dans sa prison. Il s'en fulavec
sa fernme s'établir sur. une, ferme, au-delades
1~~et~~~~ll.;~ti~!m~~~~~7~~'lUl, h~au'~~~~.~n. A Pig~¡tfe~ªeüi~~s~ cet eufant tomba malade, et les
cánrlaissances du pere en médecine luí app¡'irent
quJil ne guérirait paso Il employa alors 'toule sa
philosophie aupres de la ten~re mere: il la prÉ ...
parap~r.degrés a la ~te qu?elle alIait, faire; illui
lit entend~e que I'attachement qu' elle lui ,portait
<Ievait la mettre en état de luUer contre la dou-
leur, et la f~lire se soumettre a un mal sans re-
mede.' Elle récouta, et eut assez de force d'ame
pour sentir le poids de ses paroles. Elle écrivil




( 237 ')
elle-m~me a son pere, pour lui apprendr.e la mort
de cet eurant: « Mon mári m'a exhortée a suppor~
» ter ceHe perte comme iÍ convient a votre filIe et
» asa femme, et' il m' a dopné la force de le faire;
» mais de quel malheur ~a' tendrésse ne me conso-
» lerait-elle pas!» . Les deux époux furent plus
heureux' par la suite, et Huger a été Iui-meme
l'instituteul' de ses enfans, qui lui obéissen t comme
les jeunes Spartiates obéissaient a Lycurgue. Ro~
bustes de corps et i~dépendans d'esprlt, élevés


• '. ,,~,. '. ~''', ~: -":~" ~ "4 .• __ :. I~~ ,.-~,~~ .• ~l'~ c':'., ~> ~'i-
par léur.pere. da.ris~des sentimelurde .. pat~lotisIlleC~
et couverts de V~tefue~:!ft.li~ic{aé~;1faf·'lehr~' s~il .
viteurs, ils m~htierif"·d'~h~~1~ú¡:~'-hiaq.V~/ !~tjlé~~
caractere cette simpliCi'té"et cette ariléhr!'qh{ f~~::.
ment les traits distincts des fils et desfilles d'une
république. Ce n'e~tpa~.s~ulerp~llt lorsq~~ses
sentimens se t¡'ouverefif~iaWé~pa(q~~l~~~, ~~e
particulÍ(~re, ni quand il fut appele ';i'rémplit~itá
devoirs d'époux, de pere et de' citoyeri, qt¡f!'cet
homme si distingué a montré la beauté-de son
ame. 11 avait une soour dont, peu' d'aú'nécs aI!r~
qu'il se fJlt marié, la santé tomba dans-un';etat
désespéré, et a qui on . avait reconunandé, ¿hriIrrie
derniere ressource, de voyager ce J~ : ~chang,er
d'air. Leur frere ne pouvait alors se (),éplacer~' et
iI n'y aváit l~i parent 'ni ~mi qu'on plitchargel~
d'accompaguer la. nlalade. Huger ahai-Ido~lna'-s~




( =138 )
ferme, vint a Cl}ar~~~on., 'déposa sa femrrle el
un enfant,en.has age chez son heau-pere, et de-
yint,le,c~mpagnon ae voyage,et le médecin de sa
sreur :' au hout d'~ peu pres lin° an, il la' ramena
rétablie, fut rejoindre sa famille, et retourna sur
ses terres.


Pendant la guerre, lorsqu'on s'attenqait que
l'ennemi ferait une descente pres de quelque
grande ville da Súd, et choi~irait plutot Savanah
qu~ la Nouvelle-Orléans, le colouel Huger partit
pour la premiere de ces villes. JI assembla ses en-
fan~, et, en présence de leur mere, illeur expli-
qua le devoir qui allait l'éloigner d'eux. « Ma pa-
)) trie, 'fotre patrie, dit-il, m'appel1e asa défense.
)) Je pars de hon CreGf en Tecommandant votre
) ll1er~ ~t;vous~a.~e\~~;Ea\rÉie~k~M c~~l. Quej~ vous
) "voi~., de- .votre c.oté, eéder ¿fe hon creur votre
) pere.Allons, embrassez-moi tous sans versel' une
)) lar~.» n monta el cl~eval, et ron n'enténdit pas
un murmure: les plus jelllles eux-nlemes s'effor-
ce,rent d,e souriI~e' en voyant ~eur pere s~ éloigner ;
un autre essuya fierement une ,larmf1 de, son reil,
en disant qu~il voud:ait etre assez grand pour
'défendre sa pátrie. N" etes-vous pas aumilieu des
émciens Romains? ............... .




( 239 )
L'!liver a maintenunt tout-a-fait disparu : iI est


vrai que nous av ion s dit la meme chose en marso
Déja l'herbete moi nous relevions la tete ( car notre
vle parait égalementdépendre 'de la ~ouce chaleur
du soleil), quand le dém~l1 des frim~s revint se-
couer ses ailes glacées sur le front du printemps,·
je devrais pIutot dire de l' été , puisqu'ici la nature
passe tout d'un coup de l'apreté la plus sauvage
a la beauté la plus ravissante.


Ce climat est .celui des extremes. leí vous' etes
toujorirs ou rotipar la ch~leur, 'ou transi p~t' le
froid. Vous saVez 'que je Oe meplaipsjamais'qe;Ia
premiere, et, comme jedéteste r~íl1tré', je'pottttais "
bien n'etre pas un juge tompétent. L'été·~sti*"_'
perLe; un soIcil 'resplendissant brille, brille pen!.
dant des semaiIl~s de suite; et l'on ;respire un
air si pur, si léger, et poür ~ moi si bienfaisant,
qu'il semhle me procurer une nouvelle exist~llee;.
J'ai Vl~ cependant les personnes qui m'entouraient
accablées par ces chaleurs qni me rendaient la
vie. Au mois d'aoút, lesjoues pales etles mouve-
mens nonchalans des fenlmes et meme' des


. ,


hommes de ce pays scmblent uemander. qu~ les
brises d'un hiver de Sibérie viennent redonner du
ton a leurs nerfs et activer la circulation' ai1eur
sango Le froid rigoureux qui.suceede a cette cha-
leur extreme paralt produire cet effet, et faire




( 240 )
généralcment du hien ~ . excepté aux personnes
qui ont nátlirélléinéfit í~'~9itrin~ faihle. ' ,
, Beaucoup 'de;gén~"~ro~lám~ront l'an~otD~ la


plus bené'"sa~Il' déJ'anriee en Amérique.En
effet, 'il a d~ 'béauiéS qui;«ittent tous 'les sens;
la nature se revet desteilites 1e~_piUrs brillaIltes,
et l'reil contemple avec ravissement,~d~pUiSl'hum.
ble sumac, avec ses haies et ses feuilles'pour-
prées, jusqu'aux géans de.la foret, dont le~ ra-
meauxentrelacésriffrent , inéla~gésde la Illáriiere
la "plus; fáritastíqhe"l'or', l,e rouge:, ',e;'ve~t , 1'0-


o • ,'~, - ,\ .~ ~' ,_ l' ~ ',' . ~ ~.: j -:,". -? .. -
rangé et le ·b~t(., dáns tó~t~ IeUfS nuances di~
verses; lés v-etgéis éialeni tehrs trésors ,et les épis


_ mursdu triais 'rempl~éel)tl~ verdure d~s champs;
le soleil desceIítl majestueusemerit sur un horizon
de pourpre dont le~ teinte.s brillantes défieqt le
;pine~il ~ "q~ílé~~\r,,\i~opitbherche~ '~i~~ 't~'~éHelrlágU~ffi¡Ü~!~rils~ri;au re~te, n'est pas la
plus sairte,~uttouidans les ,districts non défrichés,
commevous l'avez vu' d~f.s' mes lettres de l'année
derniere~ '" ;', ,; .' ,:, , . ',C


'QUant a l'hiver, ceux ,qm l'aiment aimeront
heaucoup rhiv~~\lj Arriécique'. '~tte sai~o~ 'a ses
heautés' ef 'ses plai~irs. Le ciel est d'uhe' pureté ad;..
mirable, ei la terre couverte d'une n~ige éhlouis-
sante, sur laq\Íelle de légers traineaux, montés par
une jeunesse foÜttre, glissent rapidement, au.




( .24 t )
brult(l~s d()chette~ q~~ les chevaux. semhlent
porter ave e plaisir. t;>~ns ce pays et dans cette
vilte, l'hlver est le te~ps o~ l'o~s'amuse. Les
leOnes gens fon~, ,Y.i~~'~lle$" p~~ une bise pi ...
quante, pon\' se'fre~fl~~~ a la maisou d'unami.;
La, d.ans, ~n 'instant', 'to'ut est en moUVeDieiJ.t;
on eni~ve les '~pis, la musique se fait enten--
dre, la jeunesse des denx sexes se livre au
p~isi~ d~ l~ ~nse" ,et ces 'etres ,joJeux parais-
sel¡it ~'~e~ .. pl~s 'b~~t:éusés, créat~res qt!L e:l!stéDt'


'0 $. ."':~,"!~!. \ \l~,~' :,.t .' "", '. ...<.\. ~'.~ _
'sam' le" ciel.'~oo.la ,~Ulé d~oliJnat, otl ~Ia, l~~er~'~q~i~r~~ ~~\~:{;?u ,t~~,;,~~~ de
la"'paÚ\ireté"et iPtiiíe'-~~f~~~:ii~~; '. J,íett
toutes ces choses ensemble, qm rendent ce peuple'
si gai et si ,content? Quelle qu'en soit la 'cause,
malheür, all: C<2Uf .. <lo.:r. ,', ~ p'o~rB:it voir son


, '. _: ."'1 .~ '<: ~ _ .~(t" ;:' ~ .... ~ "' \ "'" "i .. '< '. " > '!
hóíibeur sa'Os en -etre" ioüché',,:~~<;t,~me, il
ne lui serait pas donné de le, part~getf' ,


Parlerai-je du printemps? mais, a proprement
parler, iI n'y a point de printemps ici; ~ n'y a·
qu'unecourte lutte entre l'hiver et, l'été;~ qiti
pmoiS, 'se disputeut opiniatrement l'empi~~ .. Nous
av'ons vu dernieremerit un combat t6rtt.lJ!eentre


, _ \ , . ~'., ¡ ~ '"", f ~ .~
ces q,eux ,grands souverains de, .'a,tillée. yers la
fin" dé ~ mar, ;'1' été, armé d'une chaleur. de jt1illet ,
vint lont d'un' coup fondre ~s, néiges'; totites
les, fenetres et les portes s'OUfrirent' pour acbueil-


2. 16




(2·42 )'
lir l'étranger, et l~s'arhres commenc;aient a j~{er
leurs feuilles" qualld·, l'hiver i en COUITOUX repaor
rut et. fit to~her -ume' ~es' 'plus; singulieres pluies
de ,v.ergla~ qUe" 'i' eu$e /janiluv vues. L' eau qui
gelait' entomhant enchassa 'tout.es les branches
et tous les rameaux dans uneenveloppe~~·cris­
talépaisse d'un pOllee et si transparenté q1i~lle
laissait apercevoir tous les hourgeons: dans quel-
ques ~ndrpits, de tres' gros arbrc& ~succomb~ent
sOJl8 ~', fardean ·e~traordinai"e,. ~ et ~lel1r8- cimes·
s' abaisserent versla terre jusqu~Qtceque leurs troncs,
se ,fend~ent endewr.: He~usement·il'ne· 6t pas


, de ,veDt·, sana quoi:..le dégQtaurait été terrible :. il
le fut encore assWl; de tons ootés la terre était
jonehée de branehes et de rameaux, et heaueoup
de trona étaient :hns¡,s ;comm~'P_ll la: ;fuudre.:


Jo n.e·'sais'si:,'"Q1eMe:'lluuí'tnGtre'Ue, le prin-
temps n"estpas plus heau dans 'les descriptions.
des poetes' qu' en réalité. Il y a sans 'doute en
Angleterre quelques-ung.. ·de', ces heaux jours 'ou


I l'alouette invisible ;chante aux portesdu ciel;,
ou 1'0& ,~voit la primevere et la > violette" pereer
le vertgazon, et le soleil d'avrillan-cfn. de'temps,
en temps ses,rayons vivifians a ~raV'ers . les nua-
ges que chasse le vent du midi (e~fin ou le cíel
et la terre eihalent' une douce fraicheur et une'
odeur suave et pnntanniCre: les belles vallées.




( :243 )
Ult ,Devonshire yoient heaucoup de, ces jours:
mais, ~n généra], Dotre ile n'en voit guere, ou ,
du moins il y a tant 'debrotiillards el de bises
piquantes qui vienneutil~ eatreQlele~,' que"pour
roa part, j'ai toujours. été' charmée ,de voir ,le
printemps détourner sa face de roses. La fin,de·
l'hiver, car je ne, saurais l'appeler, printemps ,est,
décidément la saison la moins agréable 'de l'année.'
Aujourd'hui l'on a des' froids de Sihérie; ·d~main '
des chaleurs de l'Inde, le -jour suiv~nt du ·ver.gla&j' \
et~ainsi de~ suite;;du~~~d)aQ; freid ,et.du,inid~;
au ebaud,;jusqu'a I ceique\ló ct.e.mieriTemporte-; a'),.
la fin" el¡ que t,oute Jfl']nafm-~j rosJUBeiteteD "ua,in-JL.
stantcomme d'un eOllpde;la baguette oo'quelque
magicien. Les premiers jours de l'été sont vraiment
délicieu~,.: les .. prqgt'ea: ,~i !rapides de,Ja végéta .. ,·',
tio'u, la mullitude, de. i1euffhqu\ lCOUltreat 1$
arbresdes vergers et de la foret, etJe gatou.iUe..,.:
roent des oiseaux, toutes ces choses qui 'VQUS!,
frappent a la fois ont un charme inexplicable. J \
Les. oiseaux ici sont, moins nombreux quedana ¡ i


, notre lile; mais ils semultiplieron~, comme:de"¡',
raison" a 'mesure que la culture empietera; sur
les foreta. le n~ pense pas qu'aucun-_ des oi,eHIX'~:
chanteurs de ce pays puisse etre com~r.éa nntre
alouette, dont le chant est de tous le plus céleste a
mon avis.; sauf cette exception les :oiseauA;améri-"


16 ..




(~q4 )
cains peu1Tebt, je crdi&,jouler· avec les notrés. ·Le
rossigtrol-éle Virginie, dontJeplumage est de eou-
letlt atnarante avee·. t'f'lClques· belIes taches . noire-s
S\W la téte, a· UIt· chant extTemement mélodieu~;
le' ronge-gorge am(,~~ Jain ressemble moins au
ntttre qu'a natre grive, tant ptir ,1agroSee.~ que
pour· le dlant et meDle le plun'rage, : e~té
qu'il a le 'Elevant da eou rouge;' i ce qui, joint a
~ hahitudes familreres., lui a pvooohlement val~
son fit>ttl¿ Le moqueur, qni, autre,la fa~nltié ~'im~'v,,,
tet·~t()u&':}es rmages beauioUílaids, a un ~bant
délióíetix. qbi ht;e&t 'pa~iduUer, l'óiseau bIen,
le' .p¡yeft j a ¡ tt1te· :touge,. ,d·,un petit: oilieau jatme
ressemblant :ro senn, sont 'C6l:iX encore quinle
semblent les plus communs; roiseau-mouehe, ceUe
jólie ~tite~réatUlte{D1oitii1oir1eautlRoitJé.¡rapillon,
D~hfR~¡~~ ~ririeq Mi qul_lmiliea ¡ de·lrété_
·~.'(tbservatíOn8qNeje puisJairesur le climat


ne s'appliquéllt;:comme ~de;rais0.&.,: qu'aúue.pe-
tite portion de "Oetlle i~~td: amnltrée 'qtti-éomppe.nd
'~'Ie!f¡ 4limit&! de: !ml.terre'i ~a !rex'@e{ltrou d'un
seul peut~tref;üledimat:Bdmhre .. -La. p.~~e la
Nou\1en~erre qui lborde ··f.A~~ntiqne est,
iI est thti,'expOspe' pendantlesmois depnnt-emps
a des brouiUards que le vent cllasse de dessus le


. hane de Terre-Neuve; mais ces visites ac~iden­
telles n'otent pas a l'atmosphere eette puretéqne




( 245 )
~tl plus' au moios elle pos sede génél'alement pen-
dant l'été et l'hiver, depuis le, Maine jusqu'au
MissQuri. La vivacitéde la lwniere" qui d'abord est
fatigante pour les.yeux d?u.nAnglais et meme
d'un Européen de quelquepays que ce soit, a,
j'imagine, produit un effet sur la physionomie
nalionale~ Les Américains sont en groéral remar-
({uables par . des sourcils droits et tres proémi-.
nens, au-dessous desquels percent des yeux petits
et: h,illltos" dppt -wsregards vif~ .annoneent une
j.nf4lJ.ig,n~ (i~e'>et:u.nlJeI1aiB\ talentd'(}),·
:serv~t~J ·Lj! ~l"'bao,«'oontitleat~ ~c.epté·lit
ot.i .. ~ .' fttit, . f)eÍ)tÍr )l'iblnenceó )d~ :eauSei:::~',
semble particulierement salubre et. tres ravm'~ble
a la croissance de l'homme. D'autres circonstances.
Q)~~'.:~ll&id.l\~,,;aprQt}Wre;. ~ ¡éff~tó' UJlC
po¡iulation ~empW dé paQIn'~,etrq».l;ito~­
q1J611t, jusqu'a un certain pnint ,.de:M6:~poorraít
p~t\t-etr~, <fans une'atmospheremoiuspure, at-
teindre le maxinlum d~gmutl6llret de. forceJixé
par la llature a l'espece humaine, .. Lesmaladies,de
cé'pay~ pai'aissent etre peu nOlnhreuses ~'JIlal~ t~cs
violentes;' les· fU~v res e"-utres 1l1alaw,e-s ill~~-


. toire,s: .s.ont .communes durant l~.· ;~~r.bief_&t;Qw.i.s
d'automne (1) :quoi qJl'il en ~jt,~~tjfS r,é ....


\


.. ~~
.,
ti


'~




( 246' )
glées 'des Américahls' ;les "préserv'ent en gTande
partié'des attaqUes' de cesi'rrlala'dieS ~ OU hien, en
temperenf la .r:V~~Iende .. Je 'crdis qu'il 'y a plus
d'exemplé~ 'd~flofr~\rli~~dans ;ces états que dans
aucÜn: p!~ys'deí],Eii~opé~ n.o. ¡ Ii; f
L~s états'7 de I'Ouest' sefuBlént:aestinés a etré
i~'pár~dis ide l'Amérique. "La heauté' dé'lél1t' di-
mat ne' saurait~tfe¡ "ég~lé~';\;i)ce':n~est peut-etre
p~~~., "~B~:h~'.~,~! ,<1~e~qués~ün~~iltes'~ItiiWés'el~vé~s du
c~hhnellt ri\er1(11OnaI. L'lnfluence'dés hnses dou- ,
ces Clu golfe 'dú Mexiquc', ';qui~soufHent' ;avec' la -
constante des veb.'is alises!ef ttemontent la gran'de
vall~~. dq)\~~~iss~p~; sr~"~a-¡t);e~iirjusqu'a la rive
méridionale~u; 1~é" J:;ri~" . et; ll1é~~ dansquelques ..
uns des comtés du DOl:d-ouest de I'état de New ..


:.y ork~~.l}e~p}ioatibn que: V:t»lnP1\4onneooce ~é­
'ndrh-eiXe-;·lesf'it&M.u.~,,"tb'ilgéhiétise et plus que
'plausible {elle"'semble confirmée par les observa~
tions po~térieuFe~ d'~~tteá s~:vilns~, ei appuy~epar


;,tous lesfatls e "'~n~sl( .)LI"'~~l .. :(J'! : ".,., ... ,
" " .:.~Jr,'hm?~J¡l{l¡ J ... , "<,"" ,


les dern,i'e~nio~ 'd-' été ; car nous avons remarqué' en cent
occasions , if~hs le~ auteurs anglais , que l'exptession autum-
ndlmontlz~ d~sigha¡t les mois d'aout etde septembre,dont
les -einq sixiemes appartiennent a l'éte.


(Note du traducteur. )
( 1) Les faits avancés par V olney tendent a démontrer




C?47 J
Ell al:-Je :écrit,. ~~~e~. Jo~~ ,~~~ll'J~~ ve~lts et le


temps?. PaqJ0PA~~1~qi; R-:a~~tf;jJ!~it~., uns~i.et
_a~s~ aI:ide!;,~t eqp<;>re qe 1'tt-.r8j,~l~it ~;, sViP~~p.~iell~-


· :IQcnt. Le. clim~ t¡ .~~ tAItl~,.j4Mtt; .,n:~i¡! J~At.4~:. ~ip'-­
gularités, que, si ron V;9:WfJlt;enJ~~~h~r~h~r'1~


· 9a~ses_,; iI y ~.uIi~j~l~t¡~rf! jl ~e enqqete. cú¡.\~.~
~t tres int~re5s.~te; lDai~ je 5uis ,~ut7a-fait-i~~p).-


· pétente pourlraiter q(!,~eJDhla·bles s~jets. '
Je vous a,drE;~~~:MD~, .~~p.pp~<4Jr~~ .peu: ~~_llili..~~.,a


votre deFni~ei.l~ti,J¡~ ,~,c~r~:~lfJr~~;:s,~m~~es.
~ ~tie;t;l~ 'i.~·:c,her~,amiei etje .répo~~r~~,de
mon mieux a vos que~tions; dll Il}~~~s "i'y répo~-
q~e ~~s 'v~tí~ ¡ ~~¡ IJ~ª~oJ~~ . ~~:t¿{ít~lffti~ Jb1 'so~i[1lire
chose que les ~erits!' aílkéif détbhf.~·j d¡¿ !I~~'directitJnJ ét /
modifiés', et que par conséquent l'air des controos ocei-
dentales'eSt le mttnequt._celu,i;.A- gQ}f~;dp lMeKi,v.~ et ~-


• .f;, ~"- •


térieurement celui.. df& .• lide$~cWP~e.t2~r~~¿ "au
Kentueky .. Dt} . ~tte ~llDé~ ,décm~,~, ~~) rplU~!}Wi ~.wrl~ ~
natúrelle du probl~~e ,qu~ .d' ~ordp~~~t; ,~i ~iflieile a ~~­
soudre, savoir, pourqu~i la: temp~¡'atúré (le ~arégion oi:!ci-
dentale des Etats-Unis est:plus~biiái1~e'd~ttdis '¿regte~Jde_
latitude que eelle des étatsqui 'bordent l~Atlantiquerquoi­
que séparée .. d'~ux seulement par les montagn~a~ .Alle-
ghanys. Si les ventsd~ sud-:<>~est, dans la (f.~io~ ~~iden­
~ale, t6~perent ~~frQid de l'hiver, ils d~it~~t.a~ssi tenwé~er
les chaleurs de l'été. Ceei ne semble ~ás~lair_eme~~. admis
par Voluey; mais je n'ai questionné aueun individú con-
naissant le terri.toire de rOuest quin'ait été d'accord avec
moi' sur ce poilit.




drai de bouche., Regardez comme une assez
grande marque d'afiectioD pour vous que nous


, AbiMoIlnions '~b f id'ede~':travenrer.' ,les:kHe-
ghanys: nous termmerons pour le mom~nt notre
voyage par "une: visite a "Washington, et nous·t
~~embatqtleronsen 'maififi1li- J' Angleterre. ",


.- fJeci n'a-t-il pas l~air d'un' retour; et croyez .. vous
maintenant que :,' nous' vO~' tiendrons paróle?
Adieu.'· .'


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. (~49 ) ,
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I..JL"


-LLE'l?TRE- XXVI.


Le marché de Philadelphie. - Conauite déll'·.
toyens. -- Maniere de dresser" et, J~ conilu,,~e
ltl8' eA.9Í;Lux •. --CI)n8iIil, a un émigrtint . .i.;..;Ce
qui árrWe, Ior'qu'o'fl,'dWú4M -de8 dpm6~tiquts
etr-ang";f ('M AmArlqtilf. ~~, redempt1mí-
naires allinnands. - Maniere' tdont ~~. f~t
Z.'importatíon des paysans" européens.--- Des-
e"'. la'l)elaware. - Le.~tre du eomte de
8urpiltiers . ( Joseph 'Bóijapa.,{~:j. ~; R(!ñclm~e


• /f'-.


apee des 1IOyageurs anglais: ':..f'f;::~:


Philadefphie, anil i8!16. ,;,


Nous so~mes, co~me vous le voyez, '~a che~e
amie, ~n rou~ pour Wa~hington ; D,ORS veno,n~ 'de
quittet61- hateau a vapeur de Ttenio~,pohl" un
autre (¡ui se rend a BaltinlOre et se trouve en ce
mowent le lopg du qllQi, au oollt de la rtledu




( 250 )


ularché, entouré de bateaux remplis d'aloses,
poisson qui me parait tenir le Inilieu entre le
saumon et le maquereau, et qui se vend un cen-
ti eme (1) la' piece.
Co~me eette ville de quakers est tranquille!


J'écris dans la cabine san s etre ttóuhlée par au-
eun bruit, excepté celui des PqS de deux hommes
qui se promenent sur le pont; et cependant le
grand marché de cette ville, le plus considérahle
peut-etre de tous ceux des Etats-Unis--, se tient a
moins de deux cents vergesdlillieu·oú je suis. Nous
venons d'y faire un tour, et certes jamais nous ne
vimes une foule plus sage et plus paisible .. J e
ne sais si toutes les poissonnier.es sont de la
sectedes quakers,. mais, a coup sur, il Y en a
peu qui apparti~nent ñil~ congrégationde·Bil-


lingsgate (2). llfant; ,queje vous dise ce qui m'a
frappée, non pas seulement a Philadelphie, Olt
ron peut supposer que l' esprit de Penn plane en-
core, mais dans toutes les viUes de ce pays que j'~
eu occasion de visiter; e' est la conduite raison-
nable des citoyells. Vous ue voyez non-seulement


(1) Le centieme d'un dollar, c'est-:-a-dire, ellliron cinq
centimes 'et demi.


(2) Marché au pOlsson a Lob,dres.




( 251 -)


pas de tllffiultc dans les rues, mais pas lu<huc
de querelles; point ~e ces disputes ou les jurons et
les eoups de poing roulent al'envi, etqu'on pour-
rait prendre pour des preuves d'une brutale igno-
ranee, quoique Wiridhamy aifvu la langue et l'ame
de ]a valeur. L'absenee du bruit ne dénote pas
plus une absence d'activité, qué l'absence d'inhu-
inanité n'indique ceHe du courage. Si quelqu'un
doutait de l'une ou de l'autrede ces propositions,
qu'il visite la république a~éricaine et' qu'il;étu-
die le ~aract<~re et lés Itloours' de ce peuple ,ainsi
que sa courte mais iiltéressante histoire.


J'ai remarqtlé ailx cliah'eMés etaux'atttresvOi-
hIres qui se trouvaient surCa place dumarché et
aux environs les memes chevaux bien nourris,
bien pansés et bien portan s , qui avaient si sou-:-
vent att~ré roon attention 'en pnrcourant cepbYs.
En vérité, je ne me souviens pas d'avoir vn 'un
cheval décharné depuis que j'ai' 'débarqué. Ces
animaux semhlent se ressentir de l'influence des
101s salutaires qui régissent leurs maitres;cette.l0-
fIuenee les' atteint par contre-coup, apres 's'etre
exereée sur le caractere et la conQition des' fiers
coryphées de la création : cal' }orsqu'un homme
l10urrit bien son chevaI, cela prouve qti.'il a' du
fourrage a luí donner; quand iI le traite douce-
ment et le conduit avec la voix pIutót qu'a coups




de fouet, c'est qu'il a du bOll sens OH de l'humanité:
du bon sen s , s'il considere son propre avanlage;
et de l'humanité, s'il songe a ce que doit sentir
le pauvre animal. C'est une chose admirable de
voir cornment on dresse un chev&l dans ce paJs;
on n'emploie pour cela que ]a douceur. Un ha-
hile écuyer, apres avoir, pendant un certain
temps, flatté, caressé et conduit un cheval neuf
pal' la bride, saute sur son dos saos fouet ni épe-
rons, et continue de le flaUer de la maio et de la
voix, ou le fatigue en le faisant courir, et de la
sor te floÍt par le faire obéir a la bride ou a la parole ,
avec autant de promptitude et de docilité que le
coursier d'an hédouj.n. Une lecon doollée de )a


"
sorte n'est jamais ouhliée; et d'une parole, ou bien
en siftlant, 00 fait redoúbler de vitesse a \In che-
valatteléau carrosse,audéal'born ou a la diligence.
Dans tóutes mes courses je n'ai trouvé qu'un seul
conducteur qui 6l plus que de faire claquer SOH
fouet en l'aíl', et eQcore, je dois le dire, l'honunc
qui m'off'rit cette e,xception était un Europécll.


Si les pareos de~'ft'** se <lécident enfin a passcr
dans ce pays ,~on!ieiHez-Ieur surtout de ne pas
amener de dmfie,stiq~es avec eux.·· Les domes-
tiques ·étrangers sont iocontestablement les plus
mauvais qu'on puisse avoil' ici. lls ne connalsscnL
pas l'ouvrage que le climat rend néccssaire, et ne




( 253 )
veulent pas [aire celui qu'ils faisaient ailleurs. Au
bout de quelques semaines, souvent meme qe
quelques jours, au lieu d'etre utiles el leurs mai-
tres, ils deviennent une charge pour eux, ou
bien, en lenr faisant des demandes exorbitantes
et prenant des. airs d'importance ridicule, ils
forcent ceux-ci a les renvoyer. Vous concevez fa-
cilement que des esprits non cultivés sont aptes
a mal interpréter la nature de cette égalité qu'une
démocratie attribue a tous.les hommes. Ceux. qui
ont été élevés sous ce régime peuvent discerner et
reconnaltre les distinctions. que l'éduc~tion et la
condition établissent entre.le gent~et''l'aJ;ti ....
san; mais ceux qui viennent 8. peine d'etre déli-
vrés des aristocraties européennes, se trouvant
dans un pays ou .tous les hommes sont placés par-
faitement de niveau par les loi~, se cr~ietit, ~SS~Z
naturellement métamorpllOsés de 5erviteurs; J;lll
compagnons de leurs maltres, et tout d'un coup
se dépouillent de leur sournissioll re~pectueuse
pour s'arrner d'insolence. Je ne suis, toutefois,
pas ameme de dire que les plailltes que j'aien-
1endu faire a ce sujet par mes compatriotes pes
deux sexes fussent enlierement justes. Il est
probable que, dans ces querelles. de ménage, iI y
a souvent des tortsdes deux cotés : les maltres et
les maitresses conservent fréqu~rnment un ton qui




( 254 )
l)eut etrc toléré en Europe, mais qu'ici leurs la-
<luais et leur8 servantes' ont appl'is a tronver in-
sultant; et de lenr coté les domestiques sont trop
dispo8és a s'exagérer l'offense qu'on leur fait, ou
trop empressés de 8aisir l'occasioll de régler de
vieux comptes, en payant l'imperlinence en na-
ture. Si les parens de**** sont parfaitement surs
oe lellrs domestiques, et s'ils le sont autant
d-'eux-memes, ils peuvcnt amener leur maison
~vec eux sans beaucoup de risques. Je crois, i1
es! vrai, que cela convient rarement; mais toutes
les regles offrent des exceptions. 11 faut, au sur-
plus, qu'ils s'attendent a une chose ; le lendemain
de leur arrivée,oll les appellera monsieur et ma-
dame****; s'il8 n'ont pas l'air d'y prendre garde,
les choses iront fort bien; mais s'ils demandent
pourquoi ron nese ~rt. ¡plus des.mots de maitre
et de maitresse, il Y a dix a parier contre un
qu'on répolldra qu'iln'y a ni maltres ni serviteurs
en Amérique; que c'est un pays libre; que lous
les hommes sont égaux , etc~ ,etc. ; le tont accom-
pagné d'un hochement. ~e tete et d'une brusque
sortie de l'appartement. J'ai été témoin de plu-
:-;ieurs secues de ce genre, et quelques Amérieaines
<le mes amies en ont vu beaueoup plus que moi.


Les**** sont peut-ctre curieux.de sayoir quelle
cspeec de domestiques il~ pourront avoir ici.




( :l55 )
D'anord iIs trouveront dans les villes qui bordenf
l' Atlantique, ou iI faut généralement aller cher-
cher les domestiques, beaueoup d'Irlandais et
queIques Anglais. Ce sont, pour la plupart, des
éehappés de la multitud~ d'émigrans qui arrivent
dans le fleuve Saint-Laurent; a quelqueSexeep-
tions pres~ lesprerniers sont misérabIes, sales et
ignorans; les derniers, raisonneurs et insolen s ;
eeux-ei, néanmoins, reprennent quelquefois, au
hout d'un an ou deux, Jeur bonne hunieur ainsi
que leurs manieres primitives, et as d~ientiéDt;
polis, mais jamais serviles. II ya' chez rIrlandáis
quelque chose qui lui attiré partout delá'cotnpas-'
sion. En dépit de sa nonehaIante insouciánce, sa
simplieité et son hon eamr lui font des amis, menie
parmi eette nation industrieuse. Les Irlandais dis-
tingués'qui se sont établi~;engrand n(}thb~e>daIiS'
ces états s'intéressent, cornme de raisoti;a telirs
malheureux compatriotes : les soeiétés hiher- '.
niennes de New-York et de Philadelphie procu-
rent aux uns de l' ouvrage, et nourrissent les au-
tres : ces émigrans font quelquefois d'assez bons
journaliers et de passables laboureurs , mais géné-
ralement de tres médioe~es domestiques.


Sur les bords de l'Atlantique, on, dans les états
du Nord, la population noire réside prineipale-
111ent, 011 emploic .beaucoup de negres eomme




( 256 )
domestiques. Leurs défauts sont cornmunément
l'indolence, et quelquefois un pellchatit a l'intem··.
péranee ainsi qu'a co'mmettre de petites infi~éli­
tés. Ceux qui emploient des negres trouvent en
général qu'il vaut mieux le~ employer exclusive-
ment. L;Amérieain natif, lorsqu'il consent a ser-
vir, fait un exeel!ent domestique. Le service., ainsi
que je l'ai dit dans une préeédente leUre, n'est
pas ~n genre d' oeeupation pour leqpel les ci-
toyens de ee pays soient portés; mais les memes
qualités qui les en détournent les rendent d'au-
tant plus fideles quand iIs s'y livrent. L'étranger,
au surplus, doit bien prendre garde de ne pas
blesser leur orgueil : aueun Américain ne souf-
frira une paroJe insultante. Leur m:miere ordi-
naire de se venger, d'un ordre trop impé~ieux est
de quitter lamaison sans attendre et meme sans
demander Ieur eompte. La suseeptibilité de l'or-
gueil amérieain est quelquefois assez curÍeuse et
passablement divertissante. Il y a quelques mois
IlOUS re<;llmes a l'impioviste la visite d'une
femIue qui avait été notre domestique l'année
d'auparavant. Nous l'avions eongédiée paree que
nous n'avions plus besoin de ses serviees, et nous
l'avions vue en possession d'une antre place avant
de quitter la ville. Ce ne fut pas san s plaisir que
je reconnus cette fenlme, quand elle entra Vt~tll(!




( 257 )
proprement '. et ave e une mine riante qui semblait
aussi dire bien des ehoses. Apres quelques saluta-
tions préalables, je eommen<;ai a m'informer de
ce qu'elIe avait fait depuis ~otre départ, «::t je lui
demandai cornment elle s'était trouvée dan s sa nou-


, ,


velle condition. c( Ce futchez des étrangers, ma-
) demoiselle, que j'entrai ,en sortant d'avec vous.
) -« Fort bien, Mary. » - « Ils avaient de sin-
» gulieres manieres, mademoiselle. » - « En un
» mot,l\lary, ils ne vous plaisaient pa$?»- « Cer"
» tainement non, mademoiselle. Je les;quit~ai lee
» lendemain matin. » -'« C'étai,t un peu prompt.
) Il . faut qu'ils en aieIlt h'i~n' 'P~l; ~lS~~., ~n~ers
» vous? - « Ilseurent l'air de' douter de mon


¿ .


» honneteté, répondit-elle en redressant sa tete.»
-(e Vraiment? »- « Oui-da. La dame enferma
» la vaisselle d'argen~ et~~~e ~~s: co~vert~.:)?~ Je
ne pus m'empecher a~' ~'orirl~e en: í~,d(tIl!~~~~n~"
«Est-ce la tout, Mary?» - Tout !répondit-
» elle, et le rouge lui monta légerement au vi-
» sage en répéútnt ce moto Je crains, ajouta-t-
» elle, que vous ne pensiez que j'aie agi. folle':'
» ment, mais je n'étais pas accoutumée a' ce
» q~'on me faisait a10rs. La dame me dit que
J) c'était son habitude. En ce cas, madame, ré-
) pondis-je, je vois que nOU8 ne nous convenons
» paso J e ne saurais rester dans une maison OU


2.




( 258 )
) l'on senilile douter de mon honneteté; aiusl je
»pense qu'il vaut mieuY nous quitter tout de
» suite. » - « Et vous le fites? » - « Oui, ma-
» demoiselle, je m'en allai sur-Ie-ehamp. »J'appris
avee plaisir que la fierté de eeUe brave remme
n'était plus exposée a de par~illes épreuves. Apres
quelques elrconloeutions, et d'un air embarrassé ,
elle me dit qu'elle était mariée, et qu'elle avait
épousé un homme bon et laborieux.


Vous eoneevez qu'un earaetere de eette trempe
exige quelques ménagemens; et e' est en géné-
ral eelui de lous les domestiques dan s ce pays.
Un maitre ou une maitresse d'une humeur im-
périeuse seront tres mal servis. C' est meme un
h~sard qu'ils soient servis; et s'ils le sont, ce ne pent
ctre que par le rehut des negres ou par de pau-
vres émigrans qui jugent a propos de faire transi-
ger leur orgueil avec leur cupidité , et qui
probablement se vengent sur la hourse de leurs
maitres des affronts qu'ils en re«;oivent. Il y a.
une erreur dans laquelle les étrangers sont. tres
s.ujets a tomber, e'est que les noirs forment un
second étcit (I); qu'ils jouissent de moins de pri-
viléges, et conséquemment ont moins d' orgueil


( 1) Ces mots sont en frangais dans l' originat
(Not, du tradlWteur.)




( 259 )
que les blancs; et qu'ainsi on peut les traiteli
impunément du ltaut en baso Ce n'est guere
sans un vir _ déplaisir que les Européens recon-
naissent Ieur erreur, et trouvent que les privi-
léges du negre en Amérique surpassent souvent
ceux dont ils jouissent eux-memes dans leur
propre pays, et qúe son orgueil égale le leur
porté au plus haut degré. Ce pays ne convient
véritablement pas el l'homme vain ou impérieux.
Celui qui sait respecter la fierté de son sem-
hlable, dans quelque condition que la fortune
rait placé, et qui ne fait pas consister sa propre.
importance dans la conduite abjecte de ses in-
fériÉmrs, mais qui, au contraire, sent sa· di ....
gnité d'homme relevée par ceHe que s'aUrihuent
les autres, peut vivre dans ce pays· paisible-
ment et commodément, etre bien servi, géné-
ralement estimé, et civilement traité. .


Il Y a ici une autre sorte de serviteurs qui
80nt tres utiles au ferrnier et au country-gen-
tleman (1) : ce sont les pauvres paysans suiss.es
et allemands qui arrivent en foule de la Hollande
dans Ce pays, mais· principalement a Philadel-
phie. La Pensylvanie a été en grande partie


(1) Pour cette expl'ession , voyez tome 1, page 173.




( 260 )


peu'plée par des Allemands, et pcut-etre untiers
de sa population est d'origine allemande; il est
done tont naturel que le torrent de l'émigra-
tioD qni déborde des rives du Rhin continue
de refIuer au meme endroit. Les reglemens aux-
quels sont soumis les navires marchands a New-
York paraissent fermer ce port aux pauvres
émigrans. Tout capitaine qui débarque n.n étran-
ger doit répondre qu'il ne tombera pas a la
eharge de la république. S'il est tr0t;tvé errant,
et sans aveu, a une époque quelconque des trois
années qui suivent son arrivée, le capitaine qui
I'a débarqué devient eomptable des frais de son
cntretien, et doit payer el l'état une forle amende
pour cet objeto


Les Allemands les plus riches, et d'autres ha-
bitan~ phila~tropes d~'J'~ta~ d~ ,Pe~ylvanie, en
maintenant. le port de· :Philadelphie ouvert aux
indigens du éontinent européen, se sont appli-
qués a soumettre ce commerce (car l'exportation
des émigralls est réelIement devenue un objet
de commerce en HolIande) a des reglemens pro-
pres a garantir le territoire pensylvanien. d'un
déluge de mendians, et les pauvres émigrans
d'un manque de foi de la part des marchands
auxquels ils confient leur vie et leur liberté. Les.
navires employés el ceUe traite sont principal e-




( 261 ),


lnent hollandais; lnais le triste état dn com-
merce l'a étendue ;, .. des navires de presque toutes
les nations, de l' Angleterre, de '1' Amérique, et
meme des ports de la Baltique. On tronva par
conséquent assez difficile de placer des navires
étrangers sons la juridiction des lois de I'État.
Les premiers reglemens furent dans quelques,
cas si scandaleusement éludés, que le gouver-
nement national prit cet objet en considération,
et rendit une loi qu'il étendit a tous les ports
de l'Union et qui s'est trouvée efficace. En con-
séquence de cette.loi, la' traite des émigrans est
soumise actuellement a la juridiction du' congres
américain, et l'État de Pensylvanie nomm~ des
employés pour s'assurer que les contrats passes
entre les émigrans et les capitaines de na-
vires sont fidé\ement exécutés., Tout capitaine
est obligé d'entretenir ses émigrans ou réde'mp-
tionnaires( 1 ), pendant un mois, él partir du jour
de leur arrivée dans le port; mais iI peut ajou-
ter le montant de cet entretien él celui fixé par
la loi pour frais de passage. Cette dette con-
tractée en Hollande s'acqnitte selon les facultés de


( 1) Les émigrans sont ainsi nommés, a cause de la né-
cessité oh la plupart sont de se raeheter, comme on le
'voit par ce qui suit.


(Note du traductell,r.)




( 262 )


l'émigrant. S'il a assez d'argent, pour payer son
passage et celui de sa famille , iI l'emploie a
cet o.bjet : mais cela arrive rarement; quelque-
fois il pai~ UD tiers de la deUe, et iI s' engage
envers le capitaine a' travaiUer pendant un tem ps
suffisant pour acquiUer le -¡'este, en stipulant
que celui-ci peut céder 'ses droits a uncito.yen
résidant en Pensylvanie : le plus' souvent fémi-
grant paie toute la dette en cngageant ainsi sa
liberté. Á son arrivée ici, les lois le protégent
efficacement contre les conséquences qui pour-
raíent résulter de son igno.rance o.U de son im-
prndence : ii ne peut, o.u plutót lecapitaine ne
peut pour lui, engager, dans aucun cas, sa per-
sonne pour un terme plus long que quatre ans;
et il ne saurait, sans son .con~entement, etre
emmené. au-delades-limites·,deó fÉtat de Pen-
sylv.anie. Le gouvernement de cet Etat nomme et
salarie un employé qui passe en revue lesrédemp-
tionnaires el mesure qu'ilsarrivent, et qui prend
connalssance ett'end comp.te des arrangemens faits
pSll' les:ca;pitaines qui les ont amenés et les personnes
qui.aOhetent le-q.rs·:services. Les acheteurs doivent
se charger de toute la farniije , pere , lnere et enfans,
a moins que les rédemptionnaires em - memes
ne consentent a ce qu'il en soit autrement; les
maitres sont aussi obligés par la loi de pour-




( 263 )
voir a l'habillement et a l'instruction des enfans.
Il y a quelques dispositions d'une moindre im-
portan ce que je ne connais pas parfaitement.
Vous voyez qu'if n'est pas peu dispelldieux
d' employer des rédemptionnaires; aureste ,
cela présente moins de risques qu'on' ne le croi-
rait , les paysans suisses et allemands élant
pour la plupart simples, honnetes, lahorieux et
tres au fait des travaux de la ferme el de la:
laiterie. Ce mode d'arrangemens est si avanta-
geuxa ces émigrans que ceux qui eUS5ent pu
payer leur passage en' attgent' se louent ordi-
nairement pour une c6upled'années a 'quelque
famiIle américaine, au milieu de laquelle ilspeu-
vent se familiariser avec le langage et les moours
de leur rtouvelle patrie. J'en ai vu plusieurs exem.-
pIes en Pensy lvanie' 'et 'méme ,dftDS' les · états, :de
New-York et de N.ew-Jersey, ou lesémigráns
avaient consentí de passer. A l'expiration de Ieur
engagement, les rédemptionnaires sont souvent
pris a gages par leurs maitres; et alors, s'il~ sont
économes et ont dé l' émulation, ils peuvent avec
le temps amasser de quoi acheter quelques acres
de terre et se faire une ferme.


On ne saurait cel'tainement s'attendrea voir la
nation américaine souffrir que son pays deviennc
un lazaret pour tous les indigens de l'Europe,




( 264 )
qui; outre leurpauvreté, n'apportent que trop
souvent ses accessoires, l'indolence et le vice. Les
états qui, par des regIemens semblables a ceux


, dont j'ai parlé pour l'état de New-York, ferment
la porte aux émigrans, agi~sent probablement
avec sagesse. Cet état, apres tout, en re<;oit beau-
coup plus qu'iI ne voudrait, par la voie du Ca-
nada; et ses habitans sont sujets a assez d'embarras
et de dépenses pour Ieur en tretien. On croit gé-
néraIement en Europe que l' Amérique trouve an-
tant d'avantage a recevoir l'excédant de la popn-
la:tion de cette partie dumonde, qu'elle en a a la
perdre. La chose serait assez plausible si l' excé-
dant de la population de tous les pays n'en était
pas généralement la lie. Toutefois on n'a pas a
faire aux émigrans des états du centre de l'Eu-
rope les memesreproches qu~ont mérités parfois
ceux"qui déborderent de la France et des Hes
Britanniques. Les pauvres gens qui ahandonnent
la Suisse et l' Allemagne sont de simples lahou-
reurs, d~ign(}rans paysans, qui icise livrent tran-
quillement aux travaux qu'ilS" avaient été forcés
d'abandonnef en Europe, et deviennent tout d'un
coup des citoyens paisibles et laborieux. Leurs
préjugés, quels qu'ils puissent etre, sont tout-a-
fait innocens; etlquant a des vices décidés, ils n' en
out généralement aucun. Les pauvres émigrans




( 26-'> )
anglais n'apportent que trop souvent ici l'air ca-
pable et les mreurs corrompues de la populatioll
des villes manufacturieres et des grands ports de
mer; ils sont trop ignorans pour pouvoir. appré-


, cier les avalltages qu'offrece _pays, et trop savaus
pour vouloir apprendre. quelque chose. (1) : mais
en leur supposant me me de bonnes mreurs, ce
qui est rare 1 ils ne sont pas propres' au genre de
travail qu'ils peuvent obtenir ici. L' Anglais, en gé-
néral, ne saitfaire qu'une chose,et l'Irland~is, trop
souvent, ne sait rien faire. J e les ai vus, dans plu-
sieurs circonstances, employéspar pure ch~ité,
et leurs femmes et leurs enfansentr.etenus a rien
faire, pendant des semaines et des mois entiers,
aux dépens de quelque fermier ou country-gentle-
mano Mais la hienfaisauce doit avoÍr des bornes;
et les souverains de l'Europe ne~eraient guere_
fondés a se plai ndre, si la république arr~tai~XiJp­
portation de leur turbulente populace et des men-
dians qui leur sont si a charge. Le fait est qu'il n'y


(1) Les hahitans du pays de Galles font exception a .
cette regle: leurs m~urs se trouvent avoir heaucoup de
ressemblance avec celles des paysans allemands, e~, par
conséquent, leur servicc est égaleme!lt apprécié en Pen-
sylvanie. Des cargaisons de rédemptionnail'es welches ar-
rivcnt souvent dans la Delaware. .




( 266 )
a de bonne acquisition pour ce continent que tes
hommes qui sont une